Accueil > Psychologie > Connaissance de C. G. Jung > Quelques concepts de la psychologie analytique

Quelques concepts de la psychologie analytique

mardi 21 février 2006, par Webmaître

La
fonction transcendante

Aux quatre
fonctions fondamentales (réflexion, sentiment, intuition et perception) qui
sont, selon ce que nous avons souligné, des fonctions d’adaptation au monde,
Jung ajoute une cinquième, qu’il appelle fonction transcendante, le « je ».

Il précise bien,
dès le début, qu’il n’est pas approprié de comprendre ce terme de « transcendant »
dans un sens métaphysique ; il s’agit, là encore, en examinant les choses
de près, d’adaptation, mais d’une adaptation non plus extérieure, mais intérieure
entre des opposés qui ne peuvent être réconciliés que par un dépassement.

Cette fonction
transcendante est illustrée, de façon particulièrement brillante, dans l’étude
déjà mentionnée sur les lettres de Schiller concernant l’éducation esthétique ;
elle s’identifie à un principe élaboré par Schiller, lui-même, et qui, sous
le nom de « forme vivante », est appelé à réconcilier les deux
principes que Jung oppose du « penser » et du « sentir ».
Il faut nous en référer à ces pages substantielles des Types psychologiques :

« Cette faculté
qu’a la psyché inconsciente de guider l’être humain arrêté dans une certaine
situation vers une situation nouvelle en le transformant. Chaque fois qu’un
individu est bloqué par des circonstances ou par une attitude dont il ne
parvient pas à se sortir, la fonction transcendante produit des rêves et des
phantasmes qui l’aident à construire, sur un plan symbolique et imaginaire, une
nouvelle façon de vivre qui soudain prend forme et conduit à une attitude
nouvelle.
 »

« J’ai donné à cette fonction
conciliatrice des contraires le nom de fonction transcendante. »

Nous penserons,
peut-être, que le mieux que pût faire Jung eut été de s’arrêter ici,
puisque suit immédiatement l’un de ces passages où nous nous laissons
emporter, comme dans le langage parlé, par des comparaisons certainement
suggestives, mais qui sont privées de rigueur :

« Elle n’a rien de mystérieux ;
c’est seulement une fonction d’éléments conscients et inconscients, analogue
aux fonctions mathématiques où on rencontre des grandeurs réelles et des
grandeurs imaginaires. »

La
persona



La partie par
laquelle le moi entre en relation avec le monde est appelée par Jung la
persona, nom dérivé de la tragédie grecque, où cette dénomination désignait
le masque dont l’acteur se recouvrait la tête pour jouer. Elle suggère l’idée
que le moi agit déformé, masqué, dans ses relations avec l’extérieur.

« La persona est un complexe
fonctionnel auquel on parvient pour des motifs d’adaptation ou de nécessaire
commodité, mais il n’est pas identique à l’individualité. Celle-ci se réfère
exclusivement aux relations avec l’objet, avec l’extérieur. »

« C’est un compromis majeur touchant
à tout ce qui apparaît entre l’individu et la société. »

La persona est
donc un pont entre l’image structurelle du monde et la structure interne de
l’individu. Pour qu’elle puisse agir efficacement, elle doit posséder trois éléments
imbriqués entre eux et formant une structure :

- 1) 
l’image idéale que tout être humain porte en lui, en accord avec celle selon
laquelle il aimerait se comporter ;

- 2) 
l’image qui s’est formée dans le milieu où il agit en conformité avec ses goûts
de même qu’avec ses idéaux et ses comportements ;

- 3) les
conditions physiques et psychiques du sujet qui posent des limites à ses
possibilités de réalisation du moi.

Ces trois
fonctions adaptatives doivent agir en harmonie, pour permettre une adaptation
parfaite. Si elles ne sont pas bien intégrées, le sujet ne parviendra à réaliser
sa tâche qu’au prix de grandes difficultés, et cette situation sera un facteur
déterminant d’empêchement dans le développement de la personnalité.

Par exemple, si
un homme adopte uniquement les valeurs et les comportements que lui impose la
collectivité, il sera un représentant typique de la masse anonyme. Si, en
revanche, il prête une attention exclusive à sa propre image idéale, il agira
comme un extravagant, un solitaire et même un rebelle.

À la persona
appartiennent non seulement les constantes psychiques de notre personnalité,
mais aussi nos modèles, notre façon de nous exprimer, de nous habiller, de
marcher, de parler, notre manière habituelle d’affronter les problèmes
existentiels de peu d’importance et tous les détails qui campent socialement un
homme.

Chez un individu
bien adapté au monde extérieur, la persona est une barrière élastique, mais
dont nous pouvons nous affranchir et qui lui assure une conduite à l’intérieur
des limites normales de cohabitation. En revanche, quand cette barrière devient
rigide, se mécanise et se transforme en « masque », elle agit comme
une camisole de force, qui empêche une adaptation logique et active aux mises
en demeure du milieu ambiant et détruit la personnalité.

Selon
Jung :

« L’identification à la fonction, à
la profession ou au titre, a quelque chose de séduisant ; mais, à travers
cela, beaucoup de personnes se réduisent à la dignité que la société leur a
attribuée. »

La persona, en
agissant sous le couvert d’un masque rigide, procure une compensation économique
aux insuffisances personnelles.

Souvent, derrière
une personne brillante, se cache un monde de tristesse et de puérilité.

L’âme

Jung entend par « âme »
un concept beaucoup plus restreint que la plupart des psychologues. Pendant que
presque tous y voient le synonyme de psychisme, pour Jung, c’est seulement la
portion du moi tournée vers l’inconscient. C’est-à-dire que c’est un complexe
fonctionnel, équivalent à la persona, mais dirigé vers l’intériorité, vers
l’inconscient. Cette structure est indépendante des contingences extérieures
et elle varie seulement en fonction de crises existentielles.

« Selon mon opinion, éprouvée par
l’expérience, le principe général, en ce qui concerne le caractère de l’âme,
est qu’elle se comporte de manière complémentaire par rapport au caractère
extérieur. L’expérience nous enseigne qu’elle possède habituellement toutes
les qualités humaines générales qui manquent dans la disposition consciente.
Le tyran torturé par de mauvais rêves, de sombres pressentiments ou d’intimes
frayeurs, est une figure typique. Extérieurement déconsidéré, dur et
inaccessible, il est intérieurement accessible à n’importe quelle angoisse, à
n’importe quel caprice, comme s’il s’agissait de l’être le moins indépendant
et le plus influençable... Le caractère complémentaire est aussi mis en évidence
dans le caractère sexuel, comme j’ai pu le vérifier, à maintes reprises, de
façon indubitable. Une femme très féminine aura une âme masculine et un
homme très viril une âme féminine. »

Barbara Hannah précise : « Si nous
désirons honnêtement trouver notre propre totalité, pour vivre notre destin
individuel aussi pleinement que possible ; si nous voulons vraiment, par
principe, abolir l’illusion et trouver la vérité de notre propre être, si peu
que nous désirions être ce que nous sommes, alors il n’y a rien qui puisse,
autant que l’imagination active, nous aider dans notre effort. »

Cette méthode rend l’individu indépendant
de toute aide extérieure, elle permet une confrontation directe avec les matériaux
de notre inconscient.

La psychologie de Jung est, en effet, tout
entière centrée sur le développement de l’individu en quête de sa totalité,
"l’individuation", étant bien entendu que plus un être devient
conscient et présent à lui-même, plus il est aussi présent à autrui et au
monde.

Barbara Hannah :

« L’être humain est en possession de
bien des choses qu’il n’a jamais acquises par lui-même, mais qu’il a héritées
de ses ancêtres. Il ne naît pas tabula
rasa
mais simplement inconscient. Il apporte en naissant des systèmes
organisés spécifiquement humains et prêts à fonctionner, qu’il doit aux
milliers d’années de l’évolution humaine...

Les systèmes hérités correspondent aux
situations humaines qui prévalent depuis les temps les plus anciens, ce qui
veut dire qu’il y a jeunesse et vieillesse, naissance et mort, il y a fils et
filles, pères et mères, il y a accouplement, etc. Seule la conscience
individuelle vit ces divers facteurs pour la première fois. Pour le système
corporel et pour l’inconscient, ce n’est pas nouveau. »


Auteur inconnu, documentation personnelle, issue d’Internet. Tous droits réservés à l’auteur ou ses ayant droit.