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Le multiculturalisme est « un échec »

mardi 15 février 2011, par Kieser ’l Baz (Illel)

Le multiculturalisme est « un échec », a déclaré jeudi 10 février, au soir, sur TF1 le président de la République, Nicolas Sarkozy, car, a-t-il dit, « on s’est trop préoccupé de l’identité de celui qui arrivait et pas assez de l’identité du pays qui l’accueillait ». Voilà des propos surprenants.

Pris à la volée durant l’émission au cours de laquelle le Prince président s’est voulu le protecteur du peuple, expression que l’on retrouve souvent dans la bouche de certains dictateurs... Petit père des peuples !
 
Le multiculturalisme est « un échec », a déclaré jeudi 10 février, au soir, sur TF1 le président de la République, Nicolas Sarkozy, car, a-t-il dit, « on s’est trop préoccupé de l’identité de celui qui arrivait et pas assez de l’identité du pays qui l’accueillait ».
Le chef de l’État français a ainsi emboîté le pas à la chancelière allemande Angela Merkel et au Premier ministre britannique David Cameron qui ont tous deux estimé au cours des dernières semaines que le multiculturalisme était un échec. « Oui, c’est un échec. Dans toutes nos démocraties, on s’est trop préoccupé de l’identité de celui qui arrivait et pas assez de l’identité du pays qui accueillait », a estimé le président français, interrogé sur la problématique du multiculturalisme.
« Nous ne voulons pas d’une société dans laquelle les communautés coexistent les unes à côtés des autres. Si on vient en France, on accepte de se fondre dans une seule communauté, la communauté nationale. Si on n’accepte pas cela, on ne vient pas en France », a-t-il insisté. « Si on accepte tout le monde, notre système d’immigration explose », a encore estimé le président français.
Que veulent dire « communautarisme » et multiculturalisme ? Le Prince Président le sait-il lui-même ?
On se demande ce que ces propos viennent faire ici. Il n’y a pas, en France, de multiculturalisme comme dans les pays anglo-saxons. Il n’existe pas de ghettos pas de communauté ethnique organisée comme on en trouve à New York Chicago ou Los Angeles. La Nation française, telle qu’elle s’est construite, exclut toute forme de multiculturalisme et se fonde sur une unité de langue et de territoire.
À quoi le Prince Président faisait-il allusion ? Nul ne sait. Sinon qu’il fait étalage d’une vision archaïque et aveugle de la nation dont il est l’élu suprême. Outre qu’il fait preuve ici d’un manque cruel de connaissance – ce dont il se fiche éperdument tant il se croit porteur de grandes idées pour la France. Alors qu’il tire ces mêmes idées d’une adolescence frustrée et de son exercice d’avocat pratiquant assidu des formules creuses.
Où veut-il en venir ? C’est plus évident ! Soutenir l’idée que la France aurait favorisé le multiculturalisme alors que des pays européens en consacre l’échec, c’est laisser courir l’idée selon laquelle insécurité et chômage seraient les conséquences de cette partition du peuple français. Il fait un signe ostensible à l’électorat de droite le plus conservateur.
Le but ? Légitimer un peu plus le caractère inhumain de la politique contre l’immigration clandestine. Dresser le bon peuple contre les défenseurs des droits humains. Accentuer le caractère nécessaire et salutaire pour la nation d’un telle politique. Il prépare ainsi sa campagne présidentielle. Rendre plus légitime encore la politique de répression de la délinquance dont chacun sait qu’elle est, en grande partie le fait des noirs et des arabes. (Eric Zemmour) On devine donc les propositions qui suivront durant la campagne présidentielle. Des jurys populaires incités à la sévérité contre les « monstres », contre les primo délinquants au faciès bronzés... Des juges accusés de laxisme, alors qu’ils appliqueraient le droit, des policiers chargés d’en faire encore plus contre cette délinquance ethnique.
 
La critique du multiculturalisme va de pair avec l’appel à l’assimilation des immigrés. Cette assimilation voudrait faire d’eux des sujets indigènes à marche forcée. Au moment où la notion même d’unité nationale, d’unité de la langue et du territoire sont menacées de voler en éclat du fait de la mondialisation.
Cet appel est toujours présenté comme une nécessité pour la nation, pour la société dans son ensemble, et jamais du point de vue des immigrés.
C’est désigner ces immigrés comme autant de problèmes ou de sources de difficultés. Ce message ne peut être qu’incantatoire, et, à terme, répressif. (On se rappelle le discours de Grenoble dont le contenu avait été soigneusement préparé).
Que signifie l’injonction de l’assimilation de quelques immigrés s’il n’existe aucune réflexion sur l‘importance de revenir à des unités locales – village, quartier, département,... – qui redonnerait un sens à la vie citoyenne quand la mondialisation nous inonde d’un flot d’informations, de règles et d’impératifs qui ne concernent en rien notre vie domestique.
Ceux qui dénoncent l’individualisme moderne et le pointent du doigt tout en dénonçant le soi-disant communautarisme des immigrés ne sont pas conscients d’une contradiction fondamentale. Devrait-on, au nom de la disparition du communautarisme dissoudre ou interdire les associations de défense de la langue Occitane, du basque, obliger les corses à chanter leur polyphonie en français. Cela ne viendrait à l’idée de personne ?
La dénonciation des effets supposés négatifs du communautarisme dévoile d’une part le dessein pervers de ceux qui ont fait du combat contre l’Islam un cheval de bataille, d’autre part le manque d’idées et de réflexions sur les impacts sociaux de la mondialisation.
Derrière la dénonciation du communautarisme, on vise l’Islamisme politique mais cet amalgame empêche de distinguer l’extrémisme politique de quelques fous de dieux qui se servent de l’Islam pour cautionner une entreprise désespérée autant que meurtrière de tous les autres qui ne demandent qu’à vivre une vie de citoyens. On écarte volontiers du dialogue les musulmans, innombrables, qui demeurent modérés et convaincus des bienfaits de la démocratie.
On se sert de la peur des fous de dieu pour mieux proférer des incantations. On s’aveugle alors sur les problèmes qui, faute d’être pris en compte, minent nos sociétés et les valeurs qui les ont fondées.
 
« Si on accepte tout le monde, notre système d’immigration explose » dit l’un, mais s’interroge-t-on sur les véritables desseins de l’immigration, sur leurs causes ?
La France a-t-elle un véritable « système d’immigration ? Ce serait une vraie nouvelle !
On ne peut penser l’immigration sans poser la question des effets humains de la mondialisation, de son impact dans les unités locales et immédiates de notre vie quotidienne.
Comment vivre l’immense anonymat dans lequel mon identité personnelle se noie sous l’effet de la machine broyeuse du marché, des nécessités économiques... ? Comment vivre en citoyen sans devoir sans cesse déjouer le jeu de dupes auquel me contraignent les politiques de tous bords ? Comment puis-je retrouver un semblant de dignité et le sens de ma participation à ce que l’on nommait d’antan la Nation ?
Mes enfants savent-ils encore ce que patriote veut dire ? Ne suis-je qu’un numéro d’identification fiscal ou ai-je des droits ? Qui pourrait me le dire actuellement ?