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L’inceste et la royauté au Rwanda

La légende

samedi 26 février 2011, par Gaspard Musabyimana

Si l’inceste est tabou chez les humains ordinaires, il ne l’est pas chez les dieux et les rois. Les légendes fondatrices des cultures rapportent de nombreux faits incestueux. Cette contradiction a-t-elle un sens ?



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‘‘La légende de Bushi et de Buhavu s’accordent pour représenter l’inceste comme relation préférentielle dans la fondation du royaume havu. Vers les années 1500, dit le mythe, une guerre meurtrière mit aux prises les Shi et les Rwandais. Vainqueurs, les Rwandais capturent Nyi-bunga la fille de Na bushi, roi du Bushi, et l’amènent comme esclave à la cour du Rwanda. Mais après quelques mois, le roi du Rwanda, Gahima Yuhi Ier, lui aussi né d’une union incestueuse, chasse Nyi-bunga de la cour, car elle est mal élevée et étourdie. Il la renvoie à son père, en l’obligeant, pour la punir, à faire ce voyage d’une semaine entièrement nue, et à se présenter à son père dans cette tenue. Cependant, habituée à la liberté de mœurs qui règne au Rwanda, la jeune princesse supporte mal le puritanisme qui est de mise à la cour de son père.



La nuit, en cachette, elle va rejoindre son propre frère dans son lit,
apportant ainsi au Bushi les traditions incestueuses du Rwanda. Horrifié, le
prince veut appeler au secours, mais sa sœur lui explique l’utilité, pour un
fils de roi, d’avoir des enfants incestueux. Ainsi commence la liaison du
prince et de sa sœur. Quelques semaines après, Nyi-bunga est enceinte.
Chacun sait, à la cour, qu’il s’agit d’une grossesse issue de relations
incestueuses. Furieux, Na Bushi exile sa fille et l’envoie chez Na-ntale (le
Roi-Lion), roi des Havu. Celui-ci n’a pas d’héritier. Quand Nyi-bunga met au
monde un fils, Na-ntale l’adopte aussitôt comme son héritier, et lui donne
le nom de Sibula. C’est ainsi qu’on appelle les enfants nés de relations
incestueuses destinées à perpétuer la lignée.



Un mythe rwandais raconte la fondation des royaumes interlacustres par Kigwa,
« l’homme descendu du ciel ». Kigwa a une soeur, Nyi-banda (la « Mère de la
Terre »), belle comme la Lune. Nyi-banda met au monde des enfants nés d’un
père inconnu et mystérieux. Chassée par sa famille, elle veut quitter le
ciel et se réfugier sur la Terre : elle creuse un trou dans la voûte céleste
et descend dans l’Ankole chez les Shwezi. Kigwa, inquiet du sort de sa sœur,
part à sa poursuite et tombe du ciel lui aussi. Leur père, voulant rester en
communication avec ses enfants et veiller sur eux, laisse ouvert le trou
pratiqué dans la voûte céleste ; c’est par là que désormais la Lune éclaire
la Terre, jusqu’alors obscure. Kigwa apporte aux hommes les armes qui leur
permettront de dominer leurs voisins et de chasser les bêtes féroces ; Nyi-banda
leur apporte les plantes, le bétail, le feu.



Pour sauvegarder la pureté de leur sang, Kigwa et Nyi-banda se marient. Le
mythe dit donc le caractère sacré de la monarchie qui tire son origine du
Ciel et se perpétue par l’inceste : le sacré, l’inceste et la monarchie sont
inséparables.’’


(Anicet
Kashamura,


f
amille,
sexualité et culture. Essai sur les mœurs sexuelles et les cultures des
peuples des Grands Lacs africains
.
Paris, Payot, 1973,


pp. 129-130).


Voir en ligne : Le blog de Gaspard Musabyimana