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Carl Gustav Jung

Éléments de biographie

lundi 27 février 2006, par Kieser ’l Baz (Illel)

Cette biographie de C. G. Jung n’apportera rien au lecteur averti car elle reprend de nombreux éléments que d’autres auteurs, avant nous, avaient déjà publiés. Cependant, il nous a paru nécessaire d’offrir à nos lecteurs ce survol de la vie de Jung à seule fin de servir d’introduction aux articles qui vont suivre dans cette rubrique.
Vous trouverez par ailleurs une courte description des principaux concepts de la psycholgie analytique. Sachant que Jung n’a jamais voulu figé son œuvre dans un ensemble conceptuel défini. Il craignait trop la tendance intellectualiste de notre temps. Il ne voulut pas plus participer à un groupe d’étude consacré à son travail...

Louis MASSIGNON a relevé dans les pays musulmans de l’Asie, l’usage suivant : " Le miroir des fiancés est encore en usage en Perse, en Afghanistan et au Pakistan : pour bénir la première rencontre entre les fian­cés, le miroir est accroché sur le mur du fond de la salle de leur rencontre ; tous deux doivent y entrer par deux portes opposées ; évitant de se regarder en face, ils font dévier leurs regards vers le miroir. Ce faisant, ils se rencontrent comme au paradis, apercevant leurs visages redressés (l’œil droit à droite), et non plus "inversés" comme ici-bas.


Carl Gustav Jung 1875 1961


Carl
Gustav Jung est né à Kesswil, sur la rive Suisse du lac de Constance. Son père, pasteur, s’installa peu après à Schlosslaufen, au bord de la chute du Rhin, puis à proximité de Bâle. C’est dans cette ville qu’il fit ses études et acquit le titre de médecin. Il entre alors à l’hôpital psychiatrique du canton de Zurich. Il y est élève, puis assistant de Bleuler. Après avoir soutenu sa thèse sur la « Psychopathologie des phénomènes dits occultes »,
il y prépare ses premières publications : « Études sur les associations » (1903) et « Les démences précoces » (1907). Cette même année, il devient disciple et ami de Freud, qu’il quitte cinq ans après pour fonder une nouvelle école de « psychologie analytique ». Découverte de
"l’inconscient collectif", fondement de l’imagination, commun à tous les peuples à travers les ages, et qui se manifeste dans les religions, les mythes, l’alchimie...

Jung
a beaucoup voyagé en Afrique continentale et en Afrique du Nord, en Inde et en Amérique où il étudia particulièrement les coutumes des Indiens "Pueblos". Il s’efforça toute sa vie de dépasser une attitude purement descriptive de la maladie mentale et de la comprendre de l’intérieur.
S’il fut d’abord attiré par les travaux de Freud — avec qui il se lia d’amitié durant 5 années, l’esprit de système de son aîné l’éloigna peu à peu de lui : Jung ne pouvait accepter une conception de l’énergie psychique - la libido — limitée, pour les besoins d’une théorie, à l’impulsion sexuelle.
La rupture survint après la parution de Métamorphoses et symboles de la libido en 1912 dans laquelle Jung exposa sa théorie sur la notion de l’inconscient collectif. Il décrit une structure quaternaire de la psyché, avec 4 fonctions psychologiques caractérisant les différents types humains :
Pensée, Intuition, Sentiment et Sensation. Ces 4 fonctions forment un
instrument que l’individu doit manier pour évoluer. Sa vision de l’Homme est dynamique, et on peut la résumer par ces 2 concepts : le devenir, et la transformation. En l’homme, le monde devient conscient de lui-même par la formation d’un Moi. Mais le renforcement unilatéral de ce dernier ne doit pas dépasser une certaine limite. Au delà, le Moi tend à oublier son lien avec l’océan d’où il sort, l’arbre se sépare de ses racines, se dessèche ou produit des fruits monstrueux. Sur le plan collectif ce seront alors des déchaînements sauvages — les exemples abondent au XXe Siècle. Chez l’individu, c’est la névrose, affection psychique où l’inconscient, nié, réclame sa part. La névrose n’est donc pas liée uniquement à des évènements du passé notamment infantiles, comme pour Freud, mais à une situation actuelle. Jung disait que beaucoup de personnes souffraient de ne « pas être adaptées à elles-mêmes. Rétablir le passage sans heurt du courant psychique, source de renouvellement, tel est le but de l’exploration intérieure. Jung a nommé fonction transcendante la dynamique de mise en œuvre de cette énergie psychique.

Tout
le travail de Jung s’est appuyé sur la double question qui domina sa vie :
« Qu’est-ce que le monde, et qui suis-je ? ». L’insuffisance du cadre religieux éclata aux yeux de ce fils de pasteur (nous aurons l’occasion de revenir sur ce point important pour Jung). Il devina que la réponse se trouvait au dedans de lui et non au dehors. La psychiatrie lui parut offrir un moyen plus propice d’aborder la totalité de l’Homme. Jung a également travaillé sur la mythologie des grands alchimistes. Au bout d’un travail de
traduction et tri qui lui pris de nombreuses années il en vint à la conclusion que dans la transformation alchimique du fer en or, c’est la transformation de quelque chose en l’alchimiste lui-même qui s’opère. C’est la transformation de la personnalité.

Jung
fut avant tout le témoin d’une réalisation intérieure auprès de tous ceux qui travaillèrent avec lui. Et ses concepts, son élaboration théoriques sont strictement issus de cette expérience réalisée sur plus 80 années. Sa méthode psychologique et son œuvre sont les fruits de cette réalisation. Adolescent, il rencontra sur son chemin la figure fascinante de Zarathoustra, le « messager
du surhumain » qui avait conduit Frédéric Nietzsche à la folie, Bâlois d’adoption comme lui. À son tour il s’est vu contraint par le destin d’affronter ce qui est en définitive, l’unique problème de l’âme moderne : l’Homme peut-il se surmonter, et par quelle voie ?

Il
existe depuis 1948 à Zurich, un institut C. G. Jung qui assure la formation des praticiens. L’école jungienne a des représentants un peu partout dans le monde.

L’œuvre
de C. G. Jung a inspiré de nombreux courants psychologiques et culturels.
Nombreux sont les chercheurs de toutes disciplines qui puisent dans son œuvre.
Sa contribution à la compréhension des cosmographies modernes est considérable, pourtant cet aspect de son œuvre est très mal connu en France où il n’est pas toujours de bon ton de le citer. Considéré comme un mystique, un antisémite, son œuvre supporte le poids difficile du sectarisme freudo-lacanien. Les rumeurs ont bonne presse de ce côté-ci de la psychanalyse ! Quant à ses continuateurs français, ils demeurent peu actifs et il fallut attendre la fin des années 80 pour accueillir la traduction de ses œuvres complètes, sous la direction de Michel Cazenave aux éditions Albin Michel. Quant à la traduction des œuvres d’une de ses continuatrices parmi les plus prospères,
Marie Louise von Franz, c’est un groupe de fidèles qui les éditât. (Dans les archives, vous trouverez des bibliographies qui renvoient à ces traductions)

Marie
Louise von Franz explora durant sa toute sa vie l’univers des contes de fées à la recherche d’une meilleure compréhension de nos sociétés
contemporaines. La vision qu’elle nous transmet de la dialectique entre le Moi et l’Inconscient devrait inspirer de nombreuses disciplines, notamment l’anthropologie. À notre avis, la lecture conjointe de A. Leroi Gourhan et de Marie Louise von Franz éclaire de manière singulière l’évolution de l’Homme.