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Des religions naturelles au mercantilisme...

Le miroir occidental, illusions et désespoirs

dimanche 12 juin 2011, par Bamony (Pierre)

L’émigration est un phénomène non seulement aussi ancien que l’histoire de l’Humanité elle-même mais toujours d’actualité. Nul ne doute que c’est même grâce à cette dynamique des populations humaines que la physionomie de notre planète a été totalement bouleversée, qu’on souscrive ou non à ce phénomène.

Ce texte écrit en 2003 et paru sur le site en 2006 nous paraît toujours d’actualité. Comme si rien ne changeait jamais de ce côté obscure du monde.

Batang'>Tout le monde pourrait en convenir : l’émigration est un phénomène
non seulement aussi ancien que l’histoire de l’Humanité elle-même mais toujours
d’actualité. Nul ne doute que c’est même grâce à cette dynamique des
populations humaines que la physionomie de notre planète a été totalement
bouleversée, qu’on souscrive ou non à ce phénomène edn1' href="#_edn1" name="_ednref1" title=""> footnote'>[1].

Batang'>Ce fait de l’histoire prend de plus en plus une tournure différente.
Sans pouvoir y mettre frein réellement, une volonté se dessine dans les pays
dits du Nord pour empêcher les habitants du Sud d’entreprendre une telle
aventure comme si l’on avait atteint une organisation définitive de l’homme
dans l’espace. N’est-ce pas une prétention vaine ? Quel est le prix à
payer pour tous ceux qui, malgré des barrières quasi infranchissables entre les
deux zones du monde (Nord/Sud) osent braver le franchissement de tous les
remparts ? Quelles sont les raisons fondamentales qui jettent tant
d’individus, citoyens des pays du Sud ou de l’Est sur les routes de
l’émigration ? Telles sont les quelques perspectives que nous voudrions
examiner dans l’étude présente.

I – De l’immigration en générale et de ses conséquences aujourd’hui

Batang'>Dans nos investigations sur les problèmes de l’Humanité contemporaine,
dès les années 1985-90, nous écrivions ceci : « il y a des raisons
de refus de la différence physique et culturelle qui enferment le
"Sud" dans son piège. Comme le mensonge ou ce qu’on pourrait appeler
le refus de la non-transparence des intentions, est l’une des armes efficaces,
opérationnelles de la Raison mécaniciste, les Extériorités non-européennes
s’imaginaient avoir droit au partage des idéaux universalistes qu’elle a
toujours prônés. Il en est ainsi du respect de la personne humaine, des droits
de l’homme, de la liberté de circulation des personnes dans sa sphère de
Réalité. Mais, autant l’orbe occidental aime s’étendre aisément au-delà de ses
limites réelles, autant il opère courtoisement, mais efficacement une fermeture
à l’Autre. Comme l’a bien vu justement Jaulin : « Cette fermeture est
négation d’autrui, mais cette négation use assurément de "moyens"
afin de s’exprimer, de jouer ; ce qui est nié, autrui-nié, est la non existence
de la différence. Bien entendu, cette non existence ramène au privilège de la
non-différence ; mais cette non-différence n’est que l’homogénéité du vide, ou
de la mort, puisqu’elle se fonde sur la négation, c’est-à-dire une relation
d’opposition dont le terme, la finalité est une
"non-relation". » name="_ednref2" title="">[2]

Batang'>Après avoir fait croire à l’existence d’une "identité" entre
les hommes – mais celle-ci, comme l’affirme Jaulin "ne peut référer qu’au
multiple, à un multiple réel, la multiplicité des civilisations"<a
style='mso-endnote-id:edn3' href="#_edn3" name="_ednref3" title=""><span
style='mso-special-character:footnote'>[3]

– la Raison mécaniciste opère aujourd’hui en sens inverse. En effet, les
extériorités non-européennes qu’elle a elle-même "manufacturées",
"dénaturées", selon les mots de Jaulin, sont, certes, aujourd’hui
comprises ou embarquées dans son bateau à la dérive. Mais elles sont tenues à
la lisière de son champ de réalité intrinsèque. Et elle utilise, à cet effet,
des moyens barbares d’un autre âge, discriminatoires et persuasifs. Ainsi,
s’agissant des mesures prises, il y a peu de temps, par la C.E. Christian de
Brie titre un article name="_ednref4" title="">[4]
 : "Bâtir la Forteresse Europe – Les immigrés dans l’étau policier".
En effet, il écrit ceci : "Tournant le dos à une longue tradition
française d’accueil et d’intégration, la politique dite d’ "immigration zéro"
repose sur deux pratiques érigées en principe. premièrement, "on n’entre
pas" ; précisément, les pauvres originaires des pays du Sud et de l’Est,
sont indésirables title="">[5].
Pour les empêcher de venir, on s’emploie à les arrêter le plus en amont
possible, dès le point de départ. C’est la fonction du visa : obligatoire,
discrétionnaire, de courte durée, attribué parcimonieusement après un parcours
très dissuasif, refusé au moindre soupçon de velléité d’installation en France.<a
style='mso-endnote-id:edn6' href="#_edn6" name="_ednref6" title=""><span
style='mso-special-character:footnote'>[6]"
<span
style='mso-fareast-font-family:Batang'>

Batang'>Quelques années plus tard, les faits donnent raison à nos analyses et
intuitions.

I – Des causes de l’immigration contemporaine

Batang'>L’attrait de l’opulence des pays du Nord telle que la télévision
s’emploie à la transcrire dans l’ensemble de ce qu’il est convenu d’appeler les
Tiers-mondes est la raison qui apparaît le plus souvent dans les écrits
relatifs à ce problème humain majeur de nos jours, en l’occurrence, les
migrations internationales. En fait, à travers ce média fascinant qu’est la
télévision, s’agit-il d’une transcription de la réalité ou plutôt d’une
falsification, d’une manipulation de celle-ci ? Nous avons tout lieu de
croire que cette deuxième interrogation est conforme aux faits. En effet, ce
média donne des pays riches un miroir qui relève davantage de l’imaginaire, ou
à tout le moins, des fantasmes. La réalité reproduite à travers la télévision
d’un Nord, qui est signe de richesses, sources d’enrichissement<a
style='mso-endnote-id:edn7' href="#_edn7" name="_ednref7" title=""><span
style='mso-special-character:footnote'>[7]

n’est valable que pour une minorité d’individus. Ce faisant, on s’attache à
occulter les Tiers-mondes, les Quarts-mondes, reflets de la pauvreté et de la
souffrance sociales existant et persistant dans chacun de ces pays dits riches
comme si leurs habitants ne sont pas des hommes avec leurs égoïsmes et leur
désir d’enrichissement individuel à tout prix au détriment du sens élémentaire
du partage des richesses des pays, biens communs. Pourtant, à regarder de près
les faits sociaux, on s’aperçoit que la vie peut être très difficile pour bon
nombre de gens dans un pays du Nord. À titre d’exemple, en France,
l’ « ATD quart Monde » s’emploie depuis plus de trente ans à
tâcher de lutter, voire de réduire l’extrême pauvreté d’une couche de la
population : aide au logement, à la survie quotidienne des familles par
une assistance alimentaire etc. Dans un article consacré justement à cette
association, il en résulte que « les familles » dites de la
population en très grande difficulté « n’ont pas seulement connu des
problèmes de logement. Beaucoup de couples ont erré d’un foyer à un hôtel
social, et n’ont jamais vécu avec leurs enfants. L’objectif est donc de les
soutenir pour qu’elle réalisent leur
projet familial ». Cette peinture est renforcée par les observations d’un
membre permanent de l’« ATD Quart Monde » qui dit en effet :
« nous avons rencontré des familles qui n’avaient connu que des squats et
qui ont commencé par occuper une seule pièce de leur appartement… Les familles
qui arrivent ici ont vécu dans l’urgence » href="#_edn8" name="_ednref8" title="">[8].
Cette réalité que la télévision s’abstient de présenter aux habitants du Sud,
candidats à l’émigration, peut s’appliquer à n’importe quel pays riche, avec
des nuances spécifiques à la situation économique et sociale de chacun d’eux.

Ce point de la
réalité tronquée des pays du Nord ne saurait faire oublier que les causes
profondes sont dans les pays du Tiers-monde eux-mêmes. D’une part, il manque
aux citoyens de la plupart de ces pays qui ont la jouissance de leur liberté
une conscience aiguë de leurs propres réalités et la nécessité de défendre les
intérêts de leurs pays et de leurs peuples. Comme les notions de nation et
d’intérêt général n’ont pas encore prise dans l’esprit de ceux-ci, il s’est
développé, depuis leur soi-disant indépendance, une forte tentation d’un
enrichissement personnel au détriment des intérêts généraux. Cet état d’esprit
a été bien compris par des hommes du Nord qui contribuent grandement au
gaspillage des richesses publiques, celles du sous-sol (matières premières)
comme celles qui sont produites par l’activité économique. Il suffit de prendre
un exemple, dans le cadre général des relations franco-africaines de
particuliers à particuliers et d’État à État, pour comprendre la mainmise de
ceux que « Le Canard enchaîné » appelle poétiquement les « Les
Afro-profiteurs » qui ne se gênent pas d’aller faire « leur marché
noir » dans ces pays francophones d’Afrique reconnus comme pauvres.
Concernant l’expropriation des ressources naturelles des pays africains
subsahariens, Jean-François Julliard, l’auteur de cet article écrit en
effet : « Imaginerait-on un trust étranger exploitant le sous-sol
français et ne versant en contrepartie qu’un loyer égal au quart, voire au
cinquième des recettes récoltées ? C’est pourtant le système qu’Elf a
imposé au Gabon, au Congo, au Cameroun ou l’Angola. Et c’est selon les mêmes
principes que des industriels français prospèrent dans le coton, les forêts,
les minerais, la distribution de l’eau ou le commerce portuaire ».
N’importe quel chef d’État ou responsable d’une certaine importance est vite
pris par les boniments de ceux qui viennent se présenter comme à ceux ayant quelque
compétence dès lors que les victimes n’ont pas suffisamment d’esprit critique
pour se rendre à l’évidence que la raison est aussi un superbe instrument de
mensonge, de duperie, voire d’aliénation. Car les
« Afro-profiteurs », selon cet hebdomadaire se sont diversifiés dans
tous les domaines. Ils sont en effet, « marchands d’image et d’article de
presse, conseillers en sécurité et en stratégie, généraux représentants de
commerce, parasites de l’humanitaire. Et tout ça, ça fait d’excellents Français »<a
style='mso-endnote-id:edn9' href="#_edn9" name="_ednref9" title=""><span
style='mso-special-character:footnote'>[9]

qui prétendent vendre leurs sciences à ces pauvres africains pour les aider ou
les amener à se développer à la manière des Français.

Cet esprit
mercantile contribue grandement à ruiner ces pays plutôt qu’à les sortir de
leurs difficultés title="">[10]
et à appauvrir leurs populations qui aspirent, elles aussi, à des conditions de
vie décente si ce n’est au même titre que les habitants du Nord, du moins
conformément à leur propre éthique de vie. Faute de pouvoir trouver ces
conditions sur place, ils aspirent à devoir aller les chercher dans les pays du
Nord perçus comme une eldorado.

Batang'>Ce désir est lui-même nourri par un certain nombre de considérations
objectives. D’une part, il y a une fuite importante de la matière grise issue
de ces pays, non pas par désintérêt pour leur pays d’origine, mais parce que
ceux-ci n’ont rien à leur offrir qui soit susceptible de leur permettre de
mettre en valeur leurs compétences dans les divers domaines des activités
humaines. Certes, l’attrait des salaires proposés par les pays riches inclinent
aussi à se décider sans résistance, même si certains d’entre eux, depuis les
pays de l’exil, doivent contribuer à exploiter, spolier même les richesses
générées par l’activité économique et celles du sous-sol de leur pays
d’origine. Dans un de nos récents ouvrages, nous avons cité la presque sincère
confession de Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française,
qui reconnaît la responsabilité des pays du Nord dans l’appauvrissement actuel
des pays africains. Dans l’économie de cette analyse, il nous semble important
de rappeler cet aveu. En effet, lors du sommet franco-africain du 18 janvier
2001 à Yaoundé au Cameroun, s’adressant à des journaliste qui l’interrogeaient
sur les causes des difficultés économiques actuelles des pays africains, il
leur répond ceci : « Ecoutez, à propos de l’Afrique, il faut
commencer par réfléchir tout en sollicitant notre mémoire. Nous avons commencé
par saigner ce continent pendant quatre siècles et demi avec la traite des
Noirs. Ensuite, nous avons découvert ses matières premières et nous les avons
saisies. Après avoir dépossédé les Africains de leurs richesses, nous leur
avons envoyé nos élites, qui ont évacué la totalité de leurs cultures.
Aujourd’hui, nous les délestons de leurs cerveaux grâce aux bourses d’études,
qui constitue en définitive une autre forme d’exploitation car les étudiants
les plus brillants ne rentrent pas chez eux […] Au bout du compte, nous
constatons que l’Afrique n’est pas dans un état brillant et, comme nous nous
sommes enrichis à ses dépens, nous lui donnions des leçons à titre de prime.
Tout cela mérite une réflexion profonde et une forme d’autocritique à laquelle
les Églises elles-mêmes doivent prendre leur part. Alors, il faut encourager
les droits de l’homme, sans arrogance, sans vouloir humilier »<a
style='mso-endnote-id:edn11' href="#_edn11" name="_ednref11" title=""><span
style='mso-special-character:footnote'>[11]
.

Pendant toute
la durée de nos investigations (des années 1980 à 2000) sur l’Œkoumène au
sens où Max Sorre l’a défini, « en l’occurrence, l’ensemble des milieux
propres à la vie permanente des collectivités humaines… »[2000 :
378], nous avons démontré, à chaque étape de nos recherches, que la question
des migrations internationales ne se poserait pas en des termes si
catastrophiques comme elle l’est aujourd’hui si l’on n’avait pas endetté les
pays du Sud tel qu’on l’a fait. Dans l’ouvrage auquel ces recherches ont donné
lieu au cours des années 2000, nous fondant sur les données générales de
l’activité économique mondiale, nous écrivions avec pessimisme sur une
situation économique des pays du Sud qui ne cesse de s’empirer : « Le
piège dans lequel l’ensemble des pays du Sud se trouve aujourd’hui, par le
biais, en particulier, de l’endettement incommensurable, était comme programmé
dès le départ, c’est-à-dire dans les années 1973, afin de sortir, par ce biais,
les pays du Nord de la crise pétrolière qui a, d’ailleurs, grandement profité à
ces mêmes pays par l’investissement dans la recherche de nouvelles énergies. Si
l’on se fie aux chiffres fournis par le C.N.U.C.E.D. en 1997, on s’aperçoit que
cette dette, en milliards de dollars, ne cesse d’augmenter. On peut en tirer
les enseignements suivants. Si nous prenons comme année de référence ou point
de départ la décision d’endetter cette zone du monde (1972-73), de manière à la
mettre dans une dépendance définitive, et 1996, par exemple, la croissance de
la dette donne : de 108,9 milliards de dollars de dette totale dans les années
70, on passe en 1996 à la somme de 1796,70 milliards de dollars. Le service de
la dette augmente de 23,4 en 1975 à 214,4 milliards de dollars dont les
intérêts qui grimpent de 21,4 en 1978 à 78,8 milliards de dollars en 1996.
Inversement, le service des exportations des pays en voie de développement qui
était de 22,5% en 1978, baisse à 12,5% en 1996 »[2000 :301-302].
C’est en ce sens que François Chesnais, spécialiste d’économie industrielle
internationale et d’économie de l’innovation technologique edn12' href="#_edn12" name="_ednref12" title=""> footnote'>[12], de son côté,
reconnaît qu’à partir de 1984, il y a, chaque année, un transfert de 25
milliards de dollars des pays débiteurs du Sud vers les Banques créancières du
Nord. Celles-ci arrivent toujours à leur fin : faire payer même les intérêts
par les pays débiteurs grâce à la "dollarisation" de l’économie
mondiale et aussi, comme en Argentine, à la mise en vente des secteurs
rentables de l’économie.

Batang'>Aujourd’hui, un peu partout dans les pays du Nord, une prise de
conscience citoyenne s’impose face à la misère des populations des pays du Sud.
Le fait que ces pays se soient imprudemment obéré tend à rendre la survie de
leurs habitants très problématiques. Et tel est le sens du combat engagé par
bon nombre d’associations, d’organisations non gouvernementales. Mais la lutte
pour l’Homme s’avère extrêmement difficile en raison de l’égoïsme des
créanciers du Nord. Un article d’une revue syndicale d’enseignement parle même
de « lutte contre la pauvreté name="_ednref13" title="">[13] »
artificiellement voulue par les Banquiers du Nord et leurs complices des pays
du Sud qui ont autant si ce n’est plus de responsabilité que les premiers.
L’auteur de cet article écrit, en effet : « quatre ans après la
campagne internationale « Annulations de la dette » et un an après la
création de la plate-forme française « Dette et développement », les
allègements commencent à bénéficier aux populations de certains pays pauvres.
Au Mozambique, une campagne de vaccination des enfants a été lancée. En
Ouganda, au Malawi et en Tanzanie, les frais de scolarité ont été supprimés
dans le primaire. L’Ouganda a triplé ses dépenses de santé. Au Cameroun,
l’allègement de la dette permettra de multiplier par trois l’aide publique au
développement accordée par la France, soit 15 millions d’euros (100 millions de
francs) par an pendant dix ans »

Batang'>Toutefois, ces points positifs de ce problème humain contemporain ne
doivent pas faire oublier les difficultés rencontrées pour obtenir des
désendettements substantiels pour de multiples raisons dont nous retiendrons
ici quelques aspects majeurs. D’une part, le montant de la dette des pays dits
PPTE ou pays pauvres très endettés s’élève, à ce jour, à 210 milliards de
dollars. Au vu d’une telle somme, les créanciers rechignent à effectuer des
baisses ; d’autant plus que dans les pays en question, les gouvernements
ne donnent pas des signes patents, voire la preuve d’une volonté réelle d’un
engagement dans la lutte contre la pauvreté par une réticence à impliquer
davantage les sociétés civiles, premières victimes de cet état de fait. Faute
de mesures favorisant la transparence dans le suivi des opérations destinées à
alléger les souffrances des populations atteintes, voire d’une réelle émergence
de la prise de conscience des sociétés civiles responsabilisées, Marc Deluzet,
responsable CFDT dans la plate-forme « Dette et développement remarque à
juste titre : « Je crois qu’avant d’augmenter l’allègement de la
dette, il faut savoir ce qu’on fait de cet argent. En libérant rapidement de
grosses sommes qui ne seraient pas affectées à des projets précis, on
augmenterait les chances de voir cet argent disparaître dans les circuits de la
corruption ». D’autre part, qu’il s’agisse de dette latérale ou multilatérale,
les pays pauvres très endettés sont sommés, par leurs créanciers, de rembourser
leur dette dans un premier temps afin qu’en deuxième lieu, on puisse la leur
restituer sous certaines conditions. Ce peut être la mise en place d’un plan de
lutte contre le phénomène de pauvreté qui serait cautionné, voire avalisé par
les services de la Banque mondiale. Cette obligation de rembourser la dette
résulte d’un type de raisonnement plus pervers, inspiré par la Banque mondiale
elle-même. En effet, puisque la dette bilatérale ou multilatérale a été
allégée, ces pays pauvres très endettés href="#_edn14" name="_ednref14" title=""> footnote'>[14] seraient ainsi en
mesure de rembourser le reliquat de la dette. Pire, on note même des
contradictions dans les engagements des pays riches concernant l’allègement de
la dette. En effet, on parle volontiers de « dettes soutenances », et
ce qu’on appelle allègement de la dette se ramène quelquefois à des sommes qui
ne pouvaient pas être remboursées, faute de capacités à cet effet. On remarque
aussi que ce que les pays riches consentent aux pays pauvres comme<span
style="mso-spacerun: yes"> 
allègement individuellement dans le cadre
des échanges bilatéraux, ces mêmes pays parviennent à récupérer des sommes
équivalentes collectivement par le biais des IFI (Institutions financières internationales
comme le Fonds monétaire internationale et la Banque mondiale). Où est donc
l’allègement réel de la dette des pays très pauvres et très endettés ?

Batang'>Somme toute, puisque les IFI maintiennent le niveau de soutenabilité à
15% du ratio dette sur recettes d’exportation, on voit bien que rien n’est
réglé sur le fond quant à l’allègement ou à l’annulation de la dette des pays
pauvres ou très pauvres et très endettés. Quoi qu’ils fassent, ils sont
désormais enfermés dans une logique implacable de remboursement coûte que
coûte, donc d’appauvrissement continu. Toutefois, dans les pays du Nord, on ne
semble pas encore conscient de cette situation humaine difficile comme
l’écrivent à juste titre René Passet et Jean Liberman dans leur essai sur la Mondialisation
financière et terrorisme
 : « Se rend-on compte que 54% de la
population mondiale, soit 2,7 milliards, vivent aujourd’hui avec moins de 2
dollars par jour et 1,3 milliards (22% de la population mondiale) avec moins de
1 dollar (seuil de pauvreté absolue) ? Ce dénuement s’est particulièrement
développé dans les pays les moins avancés (PMA), augmentant de 4% entre 1993 et
1998, pour toucher 437 millions de personnes. De plus, pour ces pays, la fuite
des capitaux s’est accélérée avec la libéralisation financière : c’était
le cas pour 40% des capitaux de l’Afrique au début des années 1990 »
[2002 : 35].

Batang'>Dès lors, sans espoir de l’amélioration de l’état économique de leur
pays, des hommes venant du Sud tentent le tout pour le tout pour accéder à un
pays riche.

III – Prise d’assaut de la forteresse occidentale, zone de cocagne, et modalités d’accueil des émigrants

Selon un
article de J.A.I. du 26 janvier 2003, qui fournit quelques données sur ce qu’il
appelle « l’exode planétaire », il est certain que ce
« phénomène est aussi vieux que le monde, mais ne cesse de s’accentuer.
Selon un rapport publié par la revue Population et société (septembre 2002),
plus de 150 millions de personnes-un habitant de la planète sur quarante-
résident aujourd’hui, de manière permanente, hors de leur pays natal. C’est deux
fois plus qu’il y a trente cinq ans  ». L’article énumère, ensuite,
les destinations préférées par les candidats à l’émigration. Ainsi, les
Etats-Unis accueillent 28 millions d’immigrants soit 10% de la population, le
Canada, 5 millions (17% ), l’Australie, 4,4 millions (25%). Concernant l’Europe
occidentale title="">[15],
les données sont les suivantes : la France, 4,3 millions (7,3%)
d’étrangers, l’Allemagne,7,3 millions (9%) ; en Suisse, un habitant sur
cinq est étranger, ce qui en fait le pays européen le plus accueillant, malgré
les clichés courants que l’on porte sur
lui.

Dès lors, pour
quiconque veut comprendre quelque chose aux mouvements contemporains des
populations, il suffit de prendre la carte du monde pour situer les zones des
pays riches et des pays pauvres. Il se rendra vite à l’évidence du paradoxe de
l’humanité contemporaine. En effet, la zone dite riche est nettement moins
grande que celle qu’on a appauvri et où sévit une misère innommable. On
comprend alors que celle-ci soit prise d’assaut de tous les côtés par les
candidats à l’émigration de la zone pauvre comme nous le montrerons dans
l’économie de cette analyse.

D’abord, la
zone de l’Amérique du Nord : on aurait pu penser que le Canada<a
style='mso-endnote-id:edn16' href="#_edn16" name="_ednref16" title=""><span
style='mso-special-character:footnote'>[16]
,
en raison de sa situation géographique entre les Etats-Unis et des Océans, soit
totalement à l’abri des mouvements migratoires. Il n’en est rien puisque, par
la côte ouest, les candidats à l’émigration originaires de l’Asie, en
particulier, de la Chine parviennent à s’installer dans le pays, que ce soit
par des moyens légaux ou clandestins. Des audacieux venant de l’Amérique
centrale et du Sud, y accèdent également par les États-Unis notamment.

Quant à ce
dernier pays, du fait de sa situation géographique disposant de frontières
communes avec l’Amérique latine (Centre et Sud), sa richesse ostentatoire face
à des pays pauvres et toujours en voie d’appauvrissement, la tentation
d’émigration vers ce pays est fort grande. Ainsi, malgré l’ALENA, censé
constituer une zone de libre échange et circulation des personnes et en raison
de l’assaut des populations du Sud, les Etats-Unis ont mis en place des mesures
défensives plutôt guerrières. Notons au passage que les analyses que nous avons
faites dans notre ouvrage name="_ednref17" title="">[17]
dès les années 1980-90 trouvent une confirmation dans l’ensemble des moyens
d’information aujourd’hui. Ainsi, un document de « Télérama » (Juin
2002) intitulé « les naufragés du Rio grande » décrit, avec des
photos à l’appui, les conditions des Mexicains le long ou de l’autre côté du
mur qu’on pourrait qualifier de la honte séparant les États-Unis du Mexique et
de tous les pays d’Amérique latine. Pour enrayer le flux de l’immigration
clandestine, les Etats-Unis ont entrepris, dès 1994, la construction d’un mur
qui sépare les deux territoires, d’Est en Ouest, malgré la signature de
l’ALENA, avons-nous fait remarquer, qui permet le libre échange entre ce pays,
le Canada et le Mexique. Cependant, la main-d’œuvre, priée de rester du bon
côté du mur, c’est-à-dire du côté mexicain, intéresse l’économie américaine.
Selon « Télérama », « ce sont les nouveaux esclaves de
l’Amérique. Le mirage ne se trouve qu’à un jet de pierres, mais eux n’ont pas
le droit d’y toucher. Exploités dans les « maquiladoras », des usines
d’assemblages, ils font la richesse de quelques multinationales ». De
l’autre côté du mur donc, ils vivent dans des abris de fortune : des
maisons en cartons où ils s’entassent en familles, comme le quartier de la
Colonia Fronteriza ; d’autres, sous des tentes faites de morceaux de
plastique, tels les solitaires, employés clandestinement par des fermes
étasuniennes environnantes, mais priés de se rendre invisibles aux autorités
administratives américaines. Car les policiers et les vigiles privées sont
partout présents, prêts à tirer sur ceux qui osent franchir la frontière
illégalement. Malgré leurs souffrances au quotidien, les Mexicains, devant la
terreur de leur sort, refusent de baiser les bras. Pourtant, comme l’écrivent
les auteurs de ce document : » C’est une nouvelle forme d’horreur
économique : l’exploitation des femmes ; la violence, tous ces dénis
de la condition humaine… Leur rôle de victimes de ce système, ces Mexicains en
sont conscients : « on sait qu’à quelques kilomètres de là la vie est
meilleure, les salaires plus élevés, mais nous, on n’a pas le choix. On sait
qu’on est exploités, que la pollution, les abus, le harcèlement sexuel, ce
n’est pas normal ! ». Ils ajoutent néanmoins qu’ils en ont besoin et
voudraient juste des conditions de travail plus équitables ».

Ensuite,
l’Europe occidentale apparaît comme l’une des zones d’attraction des
ressortissants des pays défavorisés ou plutôt appauvris par les Banquiers des
pays riches. Parmi les pays qui attirent le plus de monde, on peut citer la
Grande Bretagne, l’Allemagne, l’Helvétie, l’Italie, la France. Il y a également
la Hollande, le Danemark, les pays scandinaves qui tentent de plus en plus les
candidats à l’émigration. Cette zone du monde est prise d’assaut par une
immigration clandestine en provenance, par l’Est, des anciens pays du bloc
soviétique (Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie, Russie même) et au-delà de
l’Orient (Kurdes, Irakiens, Iraniens, Afghans etc.) ; par le Sud,
c’est-à-dire l’Italie, l’Espagne par bateau et par la nage), ce sont surtout
des ressortissants du continent africain et au-delà, de l’Asie. Au sujet de
cette immigration clandestine, on parle même de « la nouvelle ligne
Maginot<span
style='mso-special-character:footnote'>[18]
 ».
Mais y a-t-il réellement de frontières qui puissent être absolument étanches
par rapport à l’ingéniosité de l’esprit humain ?

Dès lors, en
France le discours des politique sur « l’immigration zéro » sonne
comme une absurdité puisque malgré toutes les mesures draconiennes pour
empêcher cette l’immigration clandestine, depuis les années 1986-92, on a
assisté à un mouvement de flux continu. Une des mesures envisagées à cette fin,
est une ouverture sélective des frontières hexagonales à des étrangers :
les trier sur le volet selon leur qualification professionnelle. Il n’en
demeure pas moins que celles-ci n’ont pas suffit à endiguer le phénomène. Même
si la France n’est pas souvent la destination de l’immigration clandestine<a
style='mso-endnote-id:edn19' href="#_edn19" name="_ednref19" title=""><span
style='mso-special-character:footnote'>[19]
,
mais bien la Grande Bretagne, notamment pour les ressortissants de l’Orient, ce
pays est forcément une voie de passage. Il a fallu construire dans l’urgence un
camp, celui de Sangatte, pour recevoir ou plutôt pour parquer 800 à 1000
migrants sans papiers qui attendent l’occasion d’un départ clandestin vers
l’Angleterre.

Face aux
conditions de vie déplorables, à une situation sans solution, en 2002, le
nouveau gouvernement a décidé la fermeture de ce centre. Cependant,
« Libération » du 4 et 5 janvier 2003, malgré cette mesure, qui
semblait être la moins pire des solutions, montre que« les clandestins
affluent toujours à Calais », livrés à eux-mêmes, errant sans destination
précise, parfois aidés par les habitants ». C’est la vue de ces étrangers
qui nourrit souvent la peur du petit peuple, près à épouser toutes les idées
extrémisme sans examen critique de la nature des faits réels.

En effet, se
fondant sur la publication « d’un rapport sur les étrangers et le marché
du travail », un article de « Libération » s’intitule « les
pendules à l’heure de l’immigration ». La presse française aborde de temps
en temps ce thème pour tâcher de calmer les craintes de certaines couches de la
population qui s’effrayent à la vue d’un étranger imaginant ainsi le pays pris
d’assaut par des immigrés. Or, on constate que la France n’est pas le pays où
le taux d’immigration est le plus élevé par rapport à d’autres de niveau
économique équivalent, du moins telles sont les observations générales de
l’étude du Commissariat du Plan qui estime d’ailleurs que ce pays a encore
besoin de faire venir environ 120 000 étrangers par an : « Depuis
vingt-cinq ans, la France a stabilisé le pourcentage d’immigrés dans l’ensemble
de la population, à un niveau « plutôt modéré », proche de 7,5%, bien
inférieur à celui de l’Allemagne (9%), des Etats6unis (10%) et du Canada(17%).
Et selon le Plan, elle a besoin d’immigrés pour alimenter certains secteurs de
l’économie title="">[20] ».
Cette crainte rédhibitoire de l’étranger chez certains Français rend difficile
l’intégration harmonieuse des étrangers de façon générale. Un article de J.A.I
montre, à l’aide des chiffres en cours, à quel point l’objectif de
l’intégration, mis en avant par tout gouvernement, de gauche ou de droite, pour
respecter les principes philosophiques et humanistes de la République n’a
jamais été atteint. En effet, écrit Frédérique Letourneux, auteur de cet
article « 20% des immigrés sont au chômage, contre 10% pour la moyenne nationale,
et deux immigrés actifs sur trois sont ouvriers ou employés. Preuve que les
discriminations à l’embauche sont encore très fortes edn21' href="#_edn21" name="_ednref21" title=""> footnote'>[21] ».

Pour beaucoup
d’immigrés vivant en Europe, le pays qui servait de référence pour sa tolérance
face à l’étranger, son modèle d’intégration culturelle était jusqu’ici la
Hollande. Mais, depuis la dégradation de la situation économique des pays
européens, la donne tend à changer de visage. En effet, on estime à 8 millions le nombre de gens en situation de
pauvreté. Et l’Allemagne dont l’économie figurait parmi les solides en Europe,
compte de nos jours « 4 millions de chômeurs href="#_edn22" name="_ednref22" title=""> footnote'>[22] ». Dès lors,
en Hollande, comme partout ailleurs dans les démocraties européennes, l’immigré
devient un enjeu politique. Ainsi, ce pays qui avait misé sur le concept de
« multiculturalisme » et où, « au nom de la non discrimination
des minorités title="">[23] »
l’Etat finançait même une quarantaine d’écoles islamistes, permettait le port
du foulard dans les écoles, en vient à changer de ton. « Avec son slogan « les
Pays-Bas sont pleins » et sa solution simpliste de fermeture des
frontières, la liste de Pim Fortuyn – arrivée en deuxième position aux
législatives de 2002 – a provoqué un séisme dans la placide et terne politique
néerlandaise » même si la campagne électorale portait davantage sur
l’intégration que sur l’immigration.

Aujourd’hui, en
France, l’heure est aux modalités d’expulsion de certains étrangers,
clandestins ou non du pays. Les méthodes policières de reconduites aux
frontières ne sont pas toujours tendres. Les médias ont fait état de morts
d’hommes (« en décembre dernier, un Argentin, puis, début, un
Ethiopien » title="">[24])
lors des reconduites aux frontières en l’espace de quelques semaines. Ainsi,
« Libération » parle d’un « deuxième décès en un mois d’un étranger
expulsé par avion » ; ce qui donne en gros titre de cet
article : « Vols avec violence fatales ». Dans cet article, une
source proche du Ministère de l’intérieur analyse la cause de ces mortes
violentes de la manière suivante « il n’est pas impossible que les
techniques d’immobilisation employées par l’escorte aient contribué à
l’asphyxie et au décès de cet homme ». Pire, dans l’aéroport
Roissy-Charles de Gaulle, la situation des étrangers en attente d’une réponse à
leur demande d’asile politique ou d’être expulsés semble humainement
inqualifiable. En effet, ils sont quotidiennement soumis aux humiliations et à
la violence physique et morale au point que « Le Canard enchaîné »,
dans son numéro du 12 mars dernier, parle de « zones d’atteintes en tous
genres ». Ces violences permanentes sont attestées par les mentions
portées sur les certificats médicaux « agression par la police de
l’aéroport Charles de Gaulle ». Selon l’auteur de cet article
l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafe)
recueille souvent des témoignages des agressions dont ces hommes sont victimes
qui sont causes de blessures de tous genres : « des vertes et des
mûres, des bleus, des fractures et des dents cassées… Trois témoignages d’étrangers
de novembre 2001 se recoupent sur « cette femme policier qui aime donner
des coups de botte dans les parties génitales des hommes mais qui s’est aussi
comportée sadiquement avec les femmes ». Nouveaux cas relevés en
2002 : deux hommes évoquent cette policière « qui prendrait plaisir à
frapper, particulièrement le sexe, l’un dit uriner de sang edn25' href="#_edn25" name="_ednref25" title=""> footnote'>[25] ». Les
personnes qui viennent d’Afrique ou d’Asie pour demander l’Asile subissent,
selon le même article, des traitements dissuasifs. On s’emploie à leur infliger
une autre image de la France totalement opposée à celle qu’ils s’en faisaient,
en l’occurrence, qu’elle ne saurait être une terre d’accueil pour tout le monde
ni un pays de cocagne. Dès lors, la seule façon de le leur faire comprendre,
c’est par le moyen de la violence, comme l’écrit l’auteur de l’article en
question : « D’abord, donc, les coups de poing, de ranger ou
de crosse, qui pleuvent indistinctement sur hommes et femmes, même enceintes,
quand ce n’est pas un tabassage en règle « à dix policiers contre
un ». Mais aussi les injures racistes : « Macaques,
cochons ». La discrimination religieuse : « Vous êtes musulman
ou Chrétien ? » et les coups de s’arrêter en fonction de la
réponse ».

Il n’en demeure
pas moins que ces drames ponctuels, voire quotidiens en Europe, ne mettent pas
fin à toutes sortes de tentatives pour parvenir au supposé eldorado. Un fait
qui témoigne de la ténacité des candidats à l’immigration clandestine vient de
se produire au-dessus de la banlieue de Paris. Par sa dimension insolite, il
montre que rien ne semble arrêter ce flux, tant qu’une sérieuse information
n’est donnée en amont sur le désastre humain de cette forme actuelle de
l’émigration. En effet, selon « Le Canard enchaîné » du 5 Mars 2003,
ces hommes ont même l’audace de se cacher « dans le train d’atterrissage…
Puis l’avion commence à s’approcher du paradis dont ils ont tant rêvé, Paris,
et c’est la fin du voyage. On les retrouve morts de froid, ou d’asphyxie. Ou
alors ils tombent, comme ce jeune africain, vingt-cinq ans à peine, parti de
Bamako ou de Libreville, on ne sait pas, qui est tombé sur Groslay, près de
Roissy. C’était le mardi 25 février, tôt le matin, un couple a été réveillé par
« un grand bruit » et, raconte, le maire, « ils ont vu la
pergola du jardin effondrée, et aperçu deux baskets. Ils ont appelé la
police » ».

Dès lors, les
méthodes d’expulsions actuelles de la police href="#_edn26" name="_ednref26" title="">[26] footnote'>
empêcheraient-elles absolument les candidats à l’émigration de tenter
l’aventure aussi fatale qu’elle pourrait parfois paraître ? Il est
possible d’en douter, d’autant plus que, pour ce qui est des immigrés de
l’Afrique de l’Ouest, l’installation du membre d’une famille apparaît comme une
source de revenus substantiels.

Si on prend le
cas des Maliens – mais on aurait pu tout aussi bien considérer celui des
Sénégalais, entre autres – ils sont estimés à environ 38 000 en situation
régulière et à environ 60 000 name="_ednref27" title="">[27]
leurs compatriotes sans titre légal de séjour qui vivent en France. La plupart
d’entre eux vivent dans des conditions difficiles, parfois insalubres et
s’adonnent à des activités qui ne sont pas du tout valorisantes : des
petits commerces d’objets d’artisanat, des travaux de nettoyage, du bâtiment,
de la voirie, d’entretien de l’immobilier public, etc. En somme des travaux qui
n’intéressent guère les gens du pays. En ce sens, il est difficile de prétendre
qu’ils occupent le travail des Français puisque ces derniers délaissent la
nature de l’activité du Malien, en général. Ils consentent à une telle forme de
vie afin de pouvoir apporter une assistance financière à leurs familles qu’ils
ont dû quitter pour pouvoir subvenir à ses besoins. Aussi, ils sont contraints
de diviser leur salaire mensuel en deux parties : une partie pour survivre
plutôt que vivre en France, l’autre qui est envoyé au Mali. Dès lors, on peut
dire que les retombées financières, malgré la modestie de leur emploi et de
leur salaire, en général, de ces migrants sur leur pays d’origine sont
considérables. Elles contribuent même grandement au développement de leur pays
par la création de petites entreprises villageoises ou non. Selon Flore Gubert,
auteur d’un article sur ce dossier dans « Libération » du
19/02.2003/, il en résulte que « dans le cas du Mali, le volume annuel des
envois de fonds que les migrants adressent à leurs familles restées au pays
(estimés à plus de 100 millions d’euros) dépassent même largement celui de
l’ensemble de l’aide publique au développement versée par la France (60
millions). Ces retombées financières sont d’autant plus considérables qu’elle
sont concentrées sur la région de Kayes, à l’Ouest du pays, d’où sont issus la
plupart des Maliens vivant en France… Grâce à la circulation des revenus
migratoires au sein de cette région très déshéritée et longtemps délaissée par
les autorités publiques maliennes, les émigrés soninké contribuent à stabiliser
les quelques centaines de milliers d’individus qui y résident ».

Telle paraît
l’une des raisons majeures de l’émigration des individus des pays du Sahel. On
n’imagine pas comment ce flux migratoires pourraient s’arrêter si l’on ne
trouve pas une solution locale qui leur permette de vivre décemment et de
renoncer ainsi à l’aventure douloureuse vers les pays du Nord.

Pierre Bamony, avril 2003

 

Bibliographie

Livres

Batang'>– Bamony (Pierre), To Eskhaton, le triangle de la mort – Essai
d’anthropologie critique, Grenoble, Thot 2000, 559 p. (www.editionsthot.fr)

Batang'>– Bamony (Pierre), La solitude du mutant – Eloge de la bi-culture (Etudes
des rapports entre Français et Communautés étrangères à partir de ma propre
expérience au milieu des Français. Cette perspective s’apparente à une démarche
de “ sociologie participative ”), Grenoble, Thot, 2001, 426 p. (<a
href="http://www.editionsthot.fr/"> none;text-underline:none'>www.editionsthot.fr)

Batang'>– Chesnais, (François) : La mondialisation du capital,
Syros, 1994, Paris.

Batang'>– Passet (René), Liberman (Jean) :Mondialisation financière et
terrorisme-La donne a-t-elle changé depuis le 11 Septembre ?
Editions
de l’Atelier, coll. « Enjeux Planète », 2002, Paris.

Batang'>– Jaulin (Robert) : Les chemins du vide, Christian Bourgois
1977, Paris.

Batang'>– Sorre (Max) : L’Homme sur terre, Hachette, 1961, Paris.<span
style='font-family:Batang;mso-hansi-font-family:Batang'>

Revues

« CFDT
Magazine »

Batang'>– N° 264-Novembre 2000

Batang'>– N° 265-Décembre 2000

Batang'>– N° 269-Avril 2001

Batang'>– N° 285-Novembre 2002

Batang'>– N° 289-Mars 2003<span
style='font-family:Batang;mso-hansi-font-family:Batang'>

Hebdomadaires

« Le
Canard enchaîné »

Batang'>– Du 6 Septembre 2000

Batang'>– Du 13 Décembre 2002

Batang'>– Du 5 Mars 2003

Batang'>– Du 12 Mars 2003

-« Le
Courrier Afrique, Caraïbes, Pacifique, Union européenne » n° 178

-« Jeune
Afrique l’Intelligent »

Batang'>– N° 2194-Du 26 Janvier au 1er Février 2003

Batang'>– N° 2197- Du 16 au 22 Février 2003

Batang'>– N° 2200-Du 9 au 15 Mars 2003

-« Télérama »
n° 2734-Du 5 Juin 2002
Batang'>

Mensuels

« Le Monde
Diplomatique », Décembre 1994

Quotidiens

« Libération »
- 

Batang'>– Du 20 Novembre 2002

Batang'>– Des 4 et 5 Janvier 2003

Batang'>– Du 20 Janvier 2003

Batang'>– Du 22 Janvier 2003

Batang'>– Du 19 Février 2003


name="_edn1" title="">1
– On peut comprendre, même si on y adhère pas, la réaction de certaines
personnes qui pensent que l’expansion de l’espèce humaine génère partout des
effets mortifères comme les désastres pour les autres espèces vivantes et des
désolations pour l’environnement écologique. Notre espèce ne semble guère
supporter la différence, ce qui a été cause de sa cruauté dans le temps.

name="_edn2" title="">2 <i
style='mso-bidi-font-style:normal'> – Les
chemins du vide,
Paris, Ch.
Bourgois, P.P. 121-122, 1977.

name="_edn3" title="">3
Ibidem, P.31.

name="_edn4" title="">4
– "Monde Diplomatique" de décembre 1994.

name="_edn6" title="">6
To Eskhaton le triangle de la mort, Thot, Grenoble 2000, P.P. 314-315.

name="_edn7" title="">7
– Les immigrés qui retournent chez eux tous les étés sont également pour
quelque chose dans la déformation de l’image des pays du Nord. Tel est
l’exemple des Africains subsahariens, entre autres. Les tenues vestimentaires,
la voiture, le pouvoir d’achat fort important par rapport à des salariés
d’autre pays comme ceux des pays côtiers-Côte d’Ivoire, Ghana etc. - les immenses
valises pleines de divers objets à offrir qu’ils ramènent à chaque vacance,
montrent à l’évidence que travailler dans un pays du Nord est une sinécure. La
vue des travailleurs immigrés dans ces conditions matérielles aisées incitent
ceux qui sont dans la nécessité à tenter l’aventure quelle que soit la
souffrance qu’elle comporte. En outre, le touriste blanc donne toujours l’image
de celui qui est riche : cette richesse ostentatoire n’est pas jugée comme
exceptionnelle mais comme valable pour tous. Dans la mesure où peu de gens
savent discriminer en distinguant la nature des phénomènes, on comprend donc
que la tentation est facile de croire que tout blanc est riche et le pays qu’il
habite aussi.

name="_edn8" title="">8
– CFDT Magazine n° 285, Novembre 2002.

name="_edn9" title="">9
– « Le Canard enchaîné », Mercredi 6 septembre 2000.

name="_edn10" title="">10
– Nous avons souligné auparavant à quel la responsabilité des Africains
eux-mêmes est grande dans cette organisation presque internationale du pillage
des richesses de leurs pays. Les Africains – du moins les responsables
politiques et économiques de ces pays – sont eux-mêmes les artisans de la
minorité mentale et donc de l’absence de prise de conscience de la nécessité de
défendre leurs richesses, d’une part, dans l’intérêt des populations dont la
majorité vit encore dans une situation de misère inaceptable, d’autre part, en
vue de préserver l’avenir des générations futures. Ces remarques sont aussi
confirmées par Jean François Julliard, l’auteur de l’article du « Canard
enchaînée sur les « Afro-profiteurs… ». Celui-ci écrit en effet, au
sujet de la mainmise de l’entreprise française ELF dans les Étas pétroliers de
l’Afrique sub-saharien, ceci : « Prenons une petite entreprise (ou
une banque) à qui depuis longtemps un État doit beaucoup d’argent. ELF, alerté,
va proposer à l’entreprise de racheter sa créance à 50% de sa valeur. Par
suite, lorsque la compagnie devrait acquitter la redevance pétrolière due à cet
État africain, elle en déduira la valeur totale de la créance rachetée.
Bénéfice 50% de la dite créance. Le jeu se corse, précise la note, lorsque
certains aigrefins, de mèche avec des fonctionnaires locaux, émettent de
fausses créances et partagent avec eux le prix qu’en a réglé le pétrolier. Le
perdant est toujours le même : le pays qui voit ses richesses doublement
pillés ». On retrouve ce système de pillage des richesses des pays du Sud
par les pays Nord, avec la complicité des grands commis des premiers, se faire
sous d’autres cieux, producteurs de pétrole ou non, comme le Mexique,
l’Argentine, etc.

name="_edn11" title="">11
– Bamony, Pierre Isso-Amien : La solitude du mutant-Eloge de la
bi-culture
(Thot, Grenoble 2001, pp 365-366). Ces remarques ont été tirés
du « Canard enchaîné » du 24/1/2001. Nous faisions alors observer que
ce que les premiers intellectuels africains, partisans du Marxisme, dénonçaient
comme « néo-colonialisme » apparaît sous un jour limpide. Mais, ces
intellectuels eux-mêmes, plus tard, c’est-à-dire au terme de leurs études en
Europe, lorsqu’ils ont accédé aux affaires de leurs pays respectifs, n’ont rien
fait pour arrêter le pillage des richesses de leur pays ni pour changer le
cours des événements dans le sens de l’intérêt de leurs peuples. Pire, ils sont
devenus très tôt des fossoyeurs aveugles de celles-ci, se transformant très
vite en de superbes instruments entre les mains des opérateurs économiques
européens pour effectuer des gabegies éhontées. Ils sont, en fait, les premiers
responsables de la situation de leurs pays qu’ils ont grandement contribué à
mettre à genoux.

name="_edn12" title="">12
La mondialisation du capital, Syros, Paris 1994.

name="_edn13" title="">13
– CFDT Magazine-Mars 2003.

name="_edn14" title="">14
– Pourtant, concernant certains de ces pays pauvres très endettés, en
l’occurrence, les pays de l’Afrique, on remarque qu’au niveau des ressources du
sous-sol, ils sont potentiellement riches. Ainsi, toute la côte de l’Afrique
occidentale constitue un ensemble de gisements de pétrole considérable. Il
s’agit de la zone qui va depuis de la Mauritanie jusqu’en Angola. Or, selon de
récentes estimations de la demande de pétrole, on sait que la consommation de
pétrole s’élèvera à 90 000 000 de barils par jour dans dix ans et à 120 000 000
de barils par jour dans trente ans. Ce qui devrait permettre à ces pays de
connaître des lendemains qui chantent et de se libérer ainsi de la tutelle des
pays riches qui les tiennent aujourd’hui fermement sous leur coupe par le biais
de l’endettement, entre autres.

name="_edn15" title="">15
– Les mouvements contemporains de population ne se limitent certes pas
seulement aux pays riches ; ils sont plutôt globaux. En effet, en dehors
des pays occidentaux, des pays peu peuplés ou riches en pétrole accueillent une
population importante d’étrangers. À titre d’exemples, on peut citer les
monarchies du Golfe, en particulier, l’Arabie saoudite qui accueille 4 millions
d’étrangers,. C’est aussi le cas de la Libye, de Brunei, de la Guinée
Équatoriale qui accueillent entre 25 et 50% d’immigrés. À ces mouvements de
population d’ordre généralement économiques, il convient d’ajouter, de nos
jours, une nouvelle catégorie de migrants ou personnes déplacées, en
l’occurrence, les réfugiés. Dans le monde, leur nombre est estimé entre 13 et
18 millions, soit un migrant sur dix. Cependant, ce nombre varie suivant le
déclenchement des conflits dans le monde.

name="_edn16" title="">16
– Nous avons montré dans notre ouvrage To Eskhaton, le triangle de la mort,
que le Canada est l’un des rares pays au monde dont la situation se présente de
façon idéale (équation prospérité/solidarité) : avec une population
estimée en 1996 à 2 811 400 habitants pour une superficie de 9970610 km2
et une santé économique remarquable, le Canada peut continuer à recevoir de
nouveaux habitants venant du monde extérieur sans risquer aucun déséquilibre ni
dommage pour lui-même. C’est, d’ailleurs, ce que ce pays s’emploie à faire par
une organisation rationnelle de l’immigration, suivant les besoins des
différentes provinces qui le composent.

name="_edn17" title="">17
To Eskhaton, le triangle de la mort, (Thot, Grenoble, 2000).

name="_edn18" title="">18
– CFDT magazine n°265-décembre 2000.

name="_edn19" title="">19
– Selon le magazine précité, « le trafic de migrants sans papier
représenterait un chiffre d’affaires de 5 à 7 milliards de dollars par
an ». Il s’agit d’une somme que les candidats à l’immigration clandestine
doivent acquitter aux différents passeurs pour être pris en charge jusqu’à leur
destination. Malheureusement, ils ne tiennent pas leur promesse dans la mesure
ils ont tendance à les abandonner dans les ports ou à la frontière de l’Italie,
de l’Espagne ou de la France. Selon ce magazine, cette situation de
l’immigration clandestine profite à l’économie espagnole puisque l’Andalousie
semble devenir « le nouvel eldorado : du côté africain du Détroit de
Gibraltar, il y a des hommes qui cherchent à atteindre l’Europe pour y trouver.
Côté espagnol, il y a des patrons qui embauchent. Mais ici, les accords de
Shengen, la maîtrise des flux migratoires, restent pour beaucoup des notions
incompréhensibles »

name="_edn20" title="">20
– Ceci entre en contradiction avec la volonté affichée du gouvernement Raffarin
qui entend expulser autant que faire se peut le plus d’immigrés possible. C’est
qu’à la date du 3 mars 2003, on vient de reprendre ce qu’on avait appelé les
“Charters de Pasqua” » à destination des pays africains dont la Côte
d’Ivoire, le Sénégal, le Mali etc.

name="_edn21" title="">21
– J.A./L-Intelligent n°2197-Du 16 au22 Février 2003.

name="_edn22" title="">22
– « Le Canard enchaîné » du 13 Décembre 2002.

name="_edn23" title="">23
– « Libération » du Mercredi 22 Janvier 2003.

name="_edn24" title="">24
– « Le canard en chaîné » du 5 Mars 2003.

name="_edn25" title="">25
– En vertu de l’image que les idées des philosophes des Lumières ont construite
de la France et qui s’est imposée aux pays étrangers depuis le XIXe
siècle, ces traitements inhumains infligés à des hommes au mépris de leur
dignité d’hommes entrent forcément en contradiction avec cette image d’Epinal.
Nous avons montré dans notre ouvrage La solitude du mutant-éloge de la
bi-culture,
(Études des
rapports entre Français et Communautés étrangères à partir de notre propre
expérience au milieu des Français. Cette perspective s’apparente à une démarche
de “ sociologie participative ”. Grenoble, Thot, 2001, 426 p.
<span
lang=EN-GB style='mso-fareast-font-family:Batang;mso-ansi-language:EN-GB'><a
href="http://www.editionsthot.fr/"> FR;text-decoration:none;text-underline:none'>www.editionsthot.fr<span
style='mso-fareast-font-family:Batang'>), que l’étranger cultivé, qui arrive en
France pour la première fois, voit les Français à travers ces idées. Tel est
l’exemple de ce Brésilien dont nous avons fait mention qui s’est immédiatement
senti en sécurité et à l’aise en France par rapport à l’Allemagne, pays de sa
compagne qu’il a visité en sa compagnie. Il pensait voir derrière chaque visage
un Rousseau, un d’Alembert ou un Diderot humaniste. Aussi, l’étranger est
toujours surpris de constater que des Français peuvent avoir des comportements
au même titre que tout homme. Tel le fond du paradoxe de leur indignation.

name="_edn26" title="">26
– Le Ministre de l’intérieur, Monsieur Nicolas Sarkozy, pour éviter le mauvais
effet des « charters », et l’impopularité de ce genre de méthode aux
yeux du grand public, innove en la matière par l’invention d’un nouveau concept
« les vols groupés ». J.A.I du 9 au 15 mars 2003 (N° 2200) parle de
« Trente Ivoiriens et vingt-trois Sénégalais expulsés de France le 3
mars » par le « Vol RN 152 pour Abidjan ». Cet article, alors,
rapporte les conditions de cette expulsion.

name="_edn27" title="">27
– L’intention du gouvernement actuel, mais telle était aussi celle de Lionel
Jospin qui, en son temps, s’était rendu au Mali à cette fin, est de réduire ce
nombre des Maliens vivant en France. Pour atteindre cet objectif, on n’hésite
pas à donner des primes au retour de ces immigrés devenus gênants sans doute
par leur nombre dès lors qu’en France, on redoute la dysharmonie par le nombre
de l’hétérogène. Tel est le sens de la récente visite de M. Nicolas Sarkozy au
Mali. Selon « Libération » du 19/2/2003, ce Ministre a « annoncé
le doublement du montant de l’aide à la réinsertion offerte aux immigrés
maliens en France souhaitant volontairement rentrer chez eux ou ayant reçu une
« invitation à quitter le territoire », et désireux de monter un
projet de développement dans leur pays. Actuellement plafonné à 3600 euros, la
prime à la réinsertion pourra désormais s’élever à 7000 euros et sera
accessible à tout immigré en partance pour son pays et porteur d’un projet de
création d’activité jugé viable ». Et si chacun des pays africains où
vivent des communautés françaises plus ou moins importantes selon le niveau
économiques des pays, s’avisaient de faire pareil, que deviendraient tous ces
hommes et femmes qui sont chez eux ailleurs ? Que feraient-ils en France
qui est devenu comme un pays étranger pour eux ? Qu’en ferait-on
d’ailleurs en France ? On a vu récemment, avec la crise politique et la
guerre civile de la Côte d’Ivoire à quel point ces Français de Côte d’Ivoire
tiennent davantage à leur pays d’adoption qu’à leur pays d’origine. Il doit en
être ainsi de tous les Français installés dans chacun des pays africains
francophones ou non.