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Quelques concepts de la psychologie analytique

lundi 27 février 2006, par Kieser ’l Baz (Illel)

Jung est très négativement apprécié de ceux qui revendiquent une position scientifique et c’est à dessein qu’il laissât libre l’ensemble conceptuel qu’il élabora au cours de sa vie. Peu lui importait de fixer dans le marbre la mémoire de sa contribution à la psychologie, il savait que, tôt ou tard il serait trahi, dans l’esprit. Par contre, il sût insister sur l’aspect dynamique et fluctuant de la psyché humaine dont il nous a transmis la description. S’il fallait attendre de lui qu’il décrive l’eau, il eut sûremnt dit qu’il s’agissait d’un mélange d’oxygène et d’hydrogène mais il eut ajouté que cela ne suffisait pas.

Le
Moi ou la Conscience

Il est la dernière instance qui se forge dans le contact de la psyché à la réalité. Il
a pour fonction principale de mettre en forme les valeurs issues de
l’inconscient en adaptant ses comportements à la réalité environnante.
Alimenté par l’inconscient dans ses valeurs d’inventivité il devrait
demeurer en constante vigilance, sur le fil du rasoir entre inconscient et réalité environnante. Mais la persona, qui constitue la strate la plus figée, menace d’embrumer cet éveil permanent. La conscience est technicienne car elle doit et sait utiliser ou inventer des outils dans la réalisation de sa fonction. Elle est inventive et réalisatrice dans la mesure où, en synergie avec les masses d’énergie issues des archétypes, elle parvient à modeler le réel voire le transformer. Dans les textes jungiens postérieurs il est parfois
question de l’ego défini comme la surface du moi, se confondant alors avec la persona. (C’est un concept que nous utilisons peu.)

L’Inconscient personnel

Il est constitué de toutes les valeurs que le Moi a dû laisser de côté au cours de sa genèse. Mais il est aussi constitué d’éléments qui n’ont jamais vu le jour au cours de la vie du sujet et qui demeurent imprégnés par les qualité issues des archétype et/ou de l’Inconscient collectif. Il est un agent intermédiaire entre un état plus ou moins flétri de la conscience et les potentialités inattendues du futur.

L’inconscient collectif :

Ses modes de manifestation sont les archétypes désignés par des images archaïques — comme les dragons et chimères, des lieux grandioses et impersonnels, le paradis perdu... Ces images constituent un fond commun à toute l’humanité. Dans chaque
individu on les retrouve, en tout temps et en tout lieu, à côté des souvenirs personnels. Ils se manifestent dans les rêves, des fantaisies imaginaires et les arts picturaux. Jung distingue plusieurs strates dans l’inconscient :

— 1ère
couche : c’est l’inconscient personnel.

— 2ème
couche : c’est l’inconscient collectif familial auquel on appartient. Dans certaines familles, par exemple, certains chiffres reviennent génération après génération, de même que certaines caractéristiques personnelles.

— 3ème
couche : c’est l’inconscient collectif du groupe ethnique et culturel auquel appartient la famille.

— Au dessus : il y a un inconscient collectif primordial. C’est ce qui est le plus commun à l’humanité, comme par exemple la peur innée du vide ou de l’obscurité, certaines formes d’instincts, etc. Dans cet inconscient collectif, il y a des structures de base, un code général où cet inconscient s’exprime et ce sont les archétypes. Ils sont innés, immuables, les mêmes pour tout le monde. Ce sont des formes a priori de la représentation
 : Elles puisent leur énergie dans la matière indifférenciée, le magma, le chaos de l’origine que l’on peut apparenter au Soi.

Le Soi :

Cette instance, enfin, tient lieu de centre et de périphérie qui englobe toutes choses de la psyché. Il est générateur d’énergie, et de formes. Il est l’Unité, le plus souvent représenté par des nombres, des formes rondes, sphériques ou plates telles des Mandalas — figure ronde au sein d’une autre carrée...

La confrontation directe au Soi est éminemment dangereuse. Elle peut conduire à l’éclatement de la psyché. Mais elle est prévisible et cela, nous le tenons de notre expérience.

Les archétypes :

Ce sont des structures de base, des formes instinctives primitives qui s’expriment au sein de l’inconscient collectif. Ils sont innés, immuables et les mêmes pour tout le monde. Ce sont des formes structurantes de l’inconscient. Les archétypes sont les formes a priori de la représentation. Nous pouvons ainsi évoqué les archétypes parentaux, Père et Mère — Jung les distingue très nettement du père et de la mère réels, il les nomme souvent complexe père et complexe mère, l’anima, l’animus, etc. Ils cherchent sans cesse à parvenir à la conscience et cette dernière instance permet à la masse instinctive, ainsi mise en mouvement, de se réaliser sans nuire à la cohérence psychique.

La persona :

C’est la partie de nous,
apparente, éclairée, que l’on montre aux autres. C’est notre miroir social. C’est le masque que nous pouvons présenter comme surface psychique à ce qui est extérieur à notre intimité. Chaque culture sécrète un ou plusieurs types particuliers de persona.

L’ombre :

C’est la partie inconsciente de notre personnalité, non exposée à la lumière. C’est le versant noir de notre être. Elle n’est pas forcément constituée
de ce que nous réprimons ou avons été amenés à réprimer par l’éducation.

Il existe un équilibre entre la persona et l’ombre car, sinon, rien de spontané ne pourrait se produire. Leur apparition à la conscience dépend pour tous deux du contexte socioculturel. L’ombre — et c’est bien la difficulté avec Jung — peut être envisagée comme un archétype. C’est donc un agrégat de forces qui tirent leur origine du plus profond des archaïsmes de la civilisation. Durant le travail sur soi, la confrontation à l’ombre est ce qui est le plus difficile à réaliser.

L’anima
 :
c’est l’aspect féminin psychique chez l’homme.

L’animus
 :
c’est l’aspect masculin psychique chez la femme.

L’Anima
conduit l’homme à se confronter dans la vie avec ses problèmes distincts. Elle le met en contact avec les instincts, les pulsions et les émotions lesquels dépendent de la différenciation des sensations et du contact à la réalité physique objective ou aux autres. L’individu de sexe masculin est ainsi, fatalement, confronté à des problèmes d’ordre moral et éthique. Jamais l’Anima ne posera le problème de la représentation du monde, par contre, elle conduit l’homme à affronter des situation extérieures et le pousse à changer d’attitude. Très souvent la première incitation à ce changement provient — par projection — de l’épouse, elle-même, mue par son Animus.

Chez la femme, par contre, l’émergence de l’Inconscient, grâce à l’Animus,
la conduit à régler des questions d’ordre philosophique et spirituel mais aussi le problème du mal. En effet, l’Animus est plutôt concerné par des idées générales et des concepts. En commençant un travail sur elle, la femme aborde d’emblée le problème spirituel, non pas tant sous l’angle du religieux, comme on pourrait le penser, mais sous l’angle d’une confrontation à sa propre Ombre.

Les problèmes liés à
l’Animus et à l’Anima sont donc forcément distincts et les manières
d’aborder l’Inconscient fort différentes.

L’Inconscient est une matrice créatrice qui tend constamment à entrer en contact avec le Moi pour en corriger les actions.

Différents niveaux de réalité

Ce tableau très succinct et général ne serait pas complet si nous laissions de côté deux concepts parallèles que Jung utilise souvent : la réalité physique objective et la réalité psychique objective. Jung situe sur le même plan ces deux niveaux de réalité, considérant que réalité psychique et réalité physique ne peuvent être hiérarchisées l’une par rapport à l’autre. Elles sont d’égale puissance dans la détermination de notre vécu, même si une culture, d’un type donné, privilégie l’une au dépens de l’autre. Ces considérations sont extrêmement importantes s’il s’agit d’écouter ce que la réalité nous donne à voir. Réalité qui s’apparente à une norme circonstancielle, le plus souvent.

Finalité et causalité

Jung nous a aussi appris à relativiser parfois la notion de causalité pour introduire celle de finalité. Si le sens d’une composante de la réalité nous échappe, au lieu de nous demander : « Quelle en est la cause ? », inverser la question : « Vers quoi cela tend-il ? » ou « Quelle est la finalité de cette composante ? » Envisager la réalité sous cet angle s’avère souvent fructueux.

Méthode
thérapeutique

La psychologie de Jung est tout entière centrée sur le développement de l’individu en quête de sa totalité, l’individuation, étant entendu que plus un être devient conscient et présent à lui-même, plus il est présent à autrui et au monde. Mais être conscient n’est pas, comme nous le croyons souvent, contrôler la réalité physique objective avec les outils de la conscience. La Conscience a pour but d’enrichir la réalité en gardant constamment un contact avec les couches de l’inconscient. De ce point de vue, être conscient, c’est être en mouvement... Si Jung n’a pas fixé la psychologie des profondeurs en un ensemble de références cohérentes, c’est bien parce que, se plaçant du point de vue d’une dynamique de la psyché, dans sa dialectique principale entre conscient et inconscient, il lui importait bien plus de donner des éléments de base sans les figer. Si nous faisons un parallèle linguistique, nous dirons que les concepts jungiens se présentent comme des idéogrammes et c’est le contexte général qui en donnera le véritable sens.

Il existe un malentendu à propos de l’individuation. En effet, il est reproché à Jung de mettre l’accent sur l’individualité, ce qui accentuerait le fractionnement individualiste de nos sociétés.

Or, par individuation, on peut entendre « indivision » de l’entité humaine liée à l’élargissement du champ de conscience. C’est qui permettra alors une plus grande inventivité et une polyvalence de la curiosité consciente. La libido ne peut trouver son plein épanouissement qu’au contact de l’autre et du collectif. L’indivision de l’être a pour conséquence un discernement plus grand de la conscience, une accentuation des facultés critiques mais aussi une souplesse accrue de la psyché. Ce qui s’oppose à la rigidité de l’Ego qui résulte des nécessaires adaptations à la vie moderne.

L’être humain est alors en mesure d’assurer lui-même un équilibre entre les composantes psychiques nécessaires à ces adaptations — mentalisation, rationalisation, matérialisme — et celles qui sont laissées de côté — sentiment, émotion, éthique...

Afin de rétablir le passage de l’énergie psychique, il faut accepter de se livrer à une exploration intérieure. Pour y parvenir, Jung n’a guère recours à des techniques, capables à ses yeux de préjuger du résultat. Sa méthode est définie par l’Auseinandersetzung , confrontation, échange sans dérobade entre deux personnalités. Elie Humbert évoquait souvent cette périphrase : « Laisser advenir ! »
Une attitude objective, neutre, n’est pas de mise de la part du praticien. Seul un sujet peut aider un sujet, dans son drame et non à côté. Jung accorde par la suite, comme Freud, une importance capitale au transfert qui est le lien affectif unissant le praticien et le patient. Mais loin d’être, comme pour ce dernier, la simple projection d’une image parentale du patient, le transfert joue pour Jung — à partir du praticien — , le rôle actif d’un catalyseur en vue de la manifestation des contenus inconscients. Pour être efficace, il présuppose donc un accomplissement personnel du thérapeute. Aux yeux de Jung, la portée de la psychothérapie est aussi variée que la nature humaine. On ne peut lui assigner de but. L’évolution psychologique est essentiellement imprévisible. Les intentions et les voies de la nature ne sont pas les nôtres. La disposition requise à leur égard est donc une attention vigilante alliée à une totale disponibilité. La même attitude se retrouvera
dans le mécanisme de l’Imagination active qui consiste à « matérialiser » les contenus de l’Inconscient grâce à toute forme d’expression.

Là également réside l’un des grands apports de Jung à la psychologie : l’appel à de nombreuses techniques de création pour dialoguer avec l’inconscient. L’actuelle art-thérapie tire ses sources de cette contribution.

Auprès de la petite psychothérapie qui tend à la guérison d’un symptôme (obsession, phobie, inhibition...) et dans laquelle les découvertes cliniques de Freud ont leur place, le praticien peut se trouver engagé dans une "grande psychothérapie", entreprise de longue haleine qui ne vise pas seulement la transformation de la personnalité. Jung ne se contente pas de rétablir une meilleure fluidité entre les contenus de l’Inconscient et le Moi &mdash ;&nbsp ;tandis que la thérapeutique de Freud se borne à faire venir à la conscience les contenus personnels inconscients, qui pour avoir été oubliés ou refoulés, troublent la vie consciente. Voyant dans l’inconscient une énergie préexistant au Moi, il ne fixe pas de limites à sa poussée en vue de son actualisation et accueille toutes les formes de réalisation possibles. Il demeure seulement attentif à sauvegarder le contrôle du Moi conscient. Il se garde aussi de réduire la valeur des matériaux mis au jour. De telles attitudes ne font que masquer notre ignorance. Si un grand poète a été névropathe, cela ne touche en rien au mystère de son génie, et tous les névropathes ne sont pas des grands poètes. La reconnaissance dans l’Homme d’une dimension qui dépasse infiniment la conscience — limité à l’ego — caractérise la psychologie analytique, dite complexe ou des profondeurs