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Angoisse, anxiété, dépression

vendredi 20 juillet 2007, par Webmaître

Il existe beaucoup de préjugés sur la dépression et ceux-ci reposent souvent sur une information incomplète, voire absente des personnels médicaux. Actuellement la prescription inconsidérée d’antidépresseurs devient un véritable problème de société.


Selon certaines estimations, environ une femme sur cinq et un homme sur dix au cours de sa vie seraient touchés par la dépression. Il s’agit donc d’une affection très courante qui peut perturber énormément le mode de vie d’une personne et son sentiment de bien-être en l’empêchant de gérer ses activités normales, son travail et ses relations.
Cependant, ces chiffres alarmistes sont à prendre avec précaution car les enquêtes sont rares, la plus sérieuse datant de 1997 (l’étude du CREDES en 1996-1997). D’autre part, les méthodes de l’enquête sont contestées et il se pose le problème du diagnostic. Les questionnaires de l’enquête ont été remplis tant par des médecins généralistes que par des psychiatres, voire des patients. Il n’est pas sûr que les bases diagnostiques soient bien posées, beaucoup de patients consultant leur médecin référent en se déclarant eux-mêmes dépressifs. Il n’est pas sûr, non plus que les bases cliniques d’un diagnostic fiable soient connues par les médecins généralistes. Se pose donc le problème du diagnostique préalable.
On peut aussi s’interroger sur la prescription inconsidérée d’antidépresseurs :
 
– durée de prescription s’étalant parfois sur des années, dosage mal ajusté à la personne, auto-prescription facilitée par une première prescription trop vague, manque d’information auprès des patients sur les risques iatrogènes liés aux antidépresseurs ;
– prescriptions d’antidépresseurs à des sujets de plus en plus jeunes.
 
Opinion très répandue selon laquelle, les antidépresseurs suffiraient à surmonter une « dépression majeure » si bien que le risque de chronicité est dénié.
Sur le terrain on constate la prise en charge de psychothérapie par des médecins non ou mal formés. (Parler ne suffit pas) Si la prise en charge psychothérapeutique s’impose comme un complément indispensable et efficace à l’action des antidépresseurs, il est bien précisé que la durée de prescription ne doit pas dépasser 6 mois et la méthode même de la psychothérapie doit tenir compte de la personne, de sa particularité de sujet mais aussi de l’étiologie de la pathologie. Il faut être formé pour cela.

 

Voyons d’abord ce que dépression veut dire en psychopathologie.
 
Symptômes de la dépression, une clarification
En psychopathologie et selon les critères du DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders – Fourth Edition), on considère généralement qu’une personne souffre d’une dépression quand elle présente au moins 5 des symptômes suivants, presque tous les jours pendant au moins 2 semaines et quand ces symptômes entraînent un changement dans les modalités de fonctionnement habituel.
  • Humeur déprimée une grande partie de la journée, presque tous les jours
  • Absence d’intérêt ou de plaisir pour la quasi totalité des activités quotidiennes Anhédonie (diminution du plaisir ou de l’intérêt pour toutes activités, y compris celles qui procurent du plaisir habituellement)
  • Perte ou augmentation du poids ou de l’appétit
  • Insomnie ou sommeil excessif
  • Agitation (par exemple torsion des mains) ou lenteur des mouvements (bradypsychie)
  • Fatigue ou perte d’énergie
  • Sentiments d’inutilité ou de culpabilité excessive
  • Troubles de la concentration ou du processus de prise de décision
  • Idées récurrentes de pensées morbides (dans 60 % des cas) ou suicidaires (dans 15 % des cas)
 
Les diagnostics différentiels laissent apparaître des similitudes avec d’autres affections psychiques :
  • trouble bipolaire ("maniaco-dépression") ;
  • trouble induit par une substance (alcool, drogues, médicaments) ;
  • affection organique (hypothyroïdie, tumeur cérébrale,...) ;
  • travail de deuil, état de stress post-traumatique ;
  • dépression postnatale (baby blue).
Les symptômes de ces affections les excluent donc du tableau clinique de la dépression.
On distingue deux types de dépression :
  1.  la dépression majeure qui consiste en un ou plusieurs épisodes dépressifs majeurs tranchant avec le fonctionnement habituel de la personne.
  2.  la dysthymie – altération de l’humeur – qui se caractérise par des symptômes dépressifs chroniques, moins sévères, persistants pendant plusieurs années.
    Chez les enfants et les adolescents, l’altération de l’humeur peut se manifester par une irritabilité accrue.
 
La modification du comportement habituel constitue le premier signe d’émergence d’un épisode dépressif. Une personne précédemment enjouée et sociable peut devenir irritable et renfermée. L’anhédonie et les troubles du sommeil surviennent ensuite, suivis des troubles du comportement alimentaire.
Les habitudes se modifient, les passe-temps sont délaissés, y compris les activités habituellement gratifiantes. La vie semble monotone et vide et rien n’a de sens.
 
Les signes de dépression diffèrent considérablement d’une personne à l’autre.
D’autres symptômes de dépression non mentionnés par le DSM sont :
• l’anxiété : outre les appréhensions concrètes contraignantes, il existe souvent des peurs sans fondement, qui peuvent entraîner des idées délirantes .Les pensées tournent autour des thèmes de l’échec, de la faillite, de la culpabilité et des graves maladies. L’agitation interne entraîne le patient à déambuler sans but précis.
 
• Absence de sentiment réel de maladie (Anosognosie, moins marquée que pour la pathologie du même nom) : En dépit de troubles massifs et de la souffrance qui en résultent, la personne dépressive n’a généralement pas le sentiment d’être réellement malade, mais est accablée par les sentiments de culpabilité et la perte de l’estime de soi.
 
La personne peut se plaindre de douleurs chroniques et de maux qui ne sont pas forcément explicables, tels que des maux de tête, des douleurs persistantes au dos ou à l’estomac. Les personnes dépressives peuvent aussi se plaindre de problèmes digestifs, de bouche sèche ou de constipation, et certaines peuvent même souffrir de douleurs inexpliquées dans diverses parties du corps. Être constamment préoccupé, anxieux ou irritable sur un fond de fatigue profonde peut indiquer l’existence d’une dépression masquée.
 
Des dépressions atypiques
On nomme atypique un ensemble de symptômes qui peut faire penser à une pathologie précise mais qui, réunis, les exclut du cadre de la nosographie standard. Les classements des maladies psychiques sont arbitraires et ils servent seulement de base et repère pour approcher une pathologie. La personnalisation du diagnostic, le diagnostic différentiel permettront de mieux comprendre la personne, donc, de mettre en place un protocole de soins. On peut aussi prendre la nomenclature comme un index intangible qui fixe la vérité du patient quoiqu’il puisse dire. C’est une position confortable qui permet d’aller vite, de faire l’économie d’une investigation plus poussée qui permettrait d’ajuster les premières évaluations, tout en compliquant l’approche thérapeutique. De nombreux médecins vous diront qu’ils n’ont pas le temps de faire un diagnostic différentiel.
C’est ainsi que, sur le terrain, dans l’exercice quotidien de la psychopathologie on voit consulter des personnes soignées pour dépression, parfois depuis fort longtemps. En entamant des investigations très poussées on découvre que ces personnes ne présentent pas vraiment tous les critères pour un diagnostic de dépression. Parfois on entrevoit l’apparition d’un ou plusieurs épisodes dépressifs mais qui auront été très vite compensés, sans plus.
 
Je retiendrai ici deux cas fréquemment présents dans mes consultations :
Des jeunes adultes progressivement désocialisés
C’est le plus souvent une jeune adulte ou une adolescente, de 13 à 20 ans. L’alerte qui conduit à une consultation repose sur un décrochage scolaire. Cette jeune personne se replie sur elle, elle est assaillie par des sentiments de culpabilité, une perte de l’estime de soi, et un puissant sentiment d’inutilité. La perte du contact social s’est installée progressivement. Tout cela fait penser sommairement à une dépression mais d’autres indices nous incitent à une certaine prudence, évitant une évaluation trop rapide.
Sur ce fond vaguement mélancolique on constate rapidement que les facultés de réaction ne sont pas abolies. Ces personnes sont souvent mues par des réactions de colère dont l’objet est très précis. La phobie scolaire – c’est ainsi que l’on pourrait nommer le rejet de la scolarisation – repose sur une critique argumentée, logique du système qu’elles rejettent. On entrevoit également que l’énergie est disponible pour des activités ludiques, sport, sorties avec des amis, loisirs culturels. Il existe donc des centres d’intérêt qui mobilisent ces jeunes personnes. Si on constate une certaine perte de plaisir – anhédonisme (voir plus haut) –, celle-ci est très sélective. La tendance hédoniste, par ailleurs très focalisée sur des activités ludiques fait dire à de nombreux praticiens qu’il s’agit de jeunes personnes qui refusent de grandir. Ils en déduisent la mise en place de batteries d’outils thérapeutiques qui s’avèrent inadaptés.
Si l’on recherche le moment d’apparition des symptômes, on découvre rapidement la présence de strates comportementales dont l’existence remonte très loin dans la vie de ces personnes. La strate la plus récente étant celle du temps présent, on devine une pseudo dépression mais d’autres signes s’enracinent plus tôt. Ainsi un certain sentiment
 
Des personnes souffrant de séquelles traumatiques
 
La dépression dans son contexte
La dépression ne peut pas être considéré comme un mal qui frappe des individus isolés, fussent-ils plus nombreux qu’on ne le pensait. De quoi avons-nous peur, en fait ? De la contagion, que ce mal nous frappe à notre tour ? Ou bien que la persistance et le caractère invasif de ce mal ne cache quelque chose de plus profond et qui nous serait masqué ?
Le regard que nous portons sur la dépression ouvre deux niveaux de questionnement. Tout d’abord le niveau individuel car c’est une pathologie très handicapante qui transforme parfois profondément la vie d’une personne. Il y a aussi le regard que la société porte sur cette « maladie ». Il n’est pas sûr alors que ces deux regards se complètent au profit de l’individu. Face au caractère envahissant du mal, une société peut fort bien réagir par le déni, par le rejet et non par souci de préservation et de soutien des individus lésé. La découverte du VIH fut, pour nos sociétés, très révélatrice d’une tendance au déni, voire à la mise au ban des patients atteints par ce virus. On se souvient des campagnes malveillantes et offensantes qui s’appuyaient sur des rumeurs. Dans certains pays, encore, ces rumeurs demeurent au fondement de système d’exclusion et de bannissement.
 
 
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Différentes sources de documentation :
Catalogue et Index des Sites Médicaux de langue Française
 
 
 
 
 
 

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