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Un livre de Natalie Angier

Femme

DE LA BIOLOGIE À LA PSYCHOLOGIE, LA FÉMINITÉ DANS TOUS SES ÉTATS

mardi 20 juillet 2004, par Webmaître


Natalie
Angier


FEMME !

DE LA
BIOLOGIE À LA PSYCHOLOGIE, LA FÉMINITÉ DANS TOUS SES ÉTATS


Trad. de l’américain par Bella Arman



Titre original : Woman : An Intimate Geography



Robert Laffont, Paris, 2000
426 p. ; 29,95 $



 Ce n’est qu’à la page 425 de ce gros volume (qui en compte 426) que le
lecteur apprend ce qui a incité Natalie Angier, 42 ans, journaliste spécialiste
des questions de biologie au
New York
Time
, et prix Pulitzer soit dit en passant, à écrire
Femme !

 : « Nous bavardions et elles se posèrent la question : aurions-nous choisi
d’être un homme, si on nous avait donné le choix ? Oui, avons-nous toutes
répondu. » Parce que « les hommes ont plus de liberté ». Et Natalie Angier de
revenir sur cette opinion émise autrefois en famille.



 Il est vain d’attendre de cette étude une resucée de confessions vaguement
cafardeuses. Le propos, rigoureux, est
étoffé

de données à caractère scientifique (entre évolution de l’espèce,
endocrinologie, neurobiologie, anthropologie et génétique) qui dessinent les
frontières d’une « géographie intime » –
An intimate geography

est le sous-titre américain – de la moitié de l’humanité.



 Haro sur les clichés réducteurs ! Au diable les diktats normatifs !
Sachez-le mesdames (les hommes sont pareillement invités à se pencher sur le « 
sujet »),
Femme !

est un « manifeste pour une psychologie subversive ». Qu’on se le dise, « la
prochaine phase de la révolution permanente aura besoin de puiser à la sororité
dont faisaient preuve les singes du Vieux Monde ». « Du punch ! », voilà ce
qu’il « nous » faut, préconise Natalie Angier dans ce qui est sans doute le
meilleur chapitre, fort justement sous-titré « Plaidoyer pour l’agressivité
féminine » : « [L]e monde a besoin de votre sauvagerie, de votre frénésie, de
vos rêves ». Signalons à ce propos la pertinence des titres des chapitres,
exercice malaisé que le sens de la formule de Natalie Angier sauve ici de la
mièvrerie : « Cornes et tentacules (La prodigalité de l’utérus) » ; « Sophismes
(L’histoire des seins) » ; « De l’huile dans les rouages (Brève histoire des
hormones) » ; « Rien de tel que la renommée (Mères, grands-mères et autres
grandes dames) ».



 La journaliste, qui se désigne elle-même comme « une pessimiste qui aime les
utopies, une fantaisiste cartésienne », consacre 27 pages d’anthologie au « 
clavier bien tempéré », cette « petite clef » des Grecs – Natalie Angier a
d’ailleurs un heureux penchant pour l’étymologie –, qui est le seul organe
humain à n’avoir « aucun rôle fonctionnel » (ça fait peur…) mais « à vocation
purement sexuelle » (on est rassuré !). Quelques coups de griffe égratignent
facétieusement la psychologie évolutionniste, ersatz d’éthologie qui est remise
à sa place… sur le divan ! Vous êtes prévenus, notre « incroyante au paradis » a
de l’humo(e)ur : « Des quatre humeurs fondamentales recensées par les
philosophes de l’Antiquité – la bile (l’humeur chaude, colérique), le flegme
(l’humeur froide), la mélancolie ou bile noire (l’humeur sèche) et le sang
(l’humeur humide) –, je prétends être trois quarts bile chaude et un quart
mélancolie »…



 Disons-le tout de go : ce livre dense est captivant, remarquablement
documenté (les citations et les références historiques abondent), fort bien
écrit, joyeusement subversif et, ce qui ne gâche rien, parfois franchement
drôle.



 Un reproche toutefois, dont Natalie Angier, du reste, n’est pas responsable
 : l’éditeur français nous laisse un peu sur notre « fin » ; il a en effet
supprimé sans la moindre justification la bibliographie de quatorze pages que
comportait l’édition américaine. « De la clarté avant toute chose », proclamait
l’introduction…


Armelle Datin

 

De nuit Blanche

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