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Quand un expert auprès des tribunaux dérape

Le plaisir de tuer (!)

samedi 21 juillet 2007, par Kieser ’l Baz (Illel)

Des thèses qui pourraient vous surprendre, que vous pourriez penser exceptionnelles et pourtant...

Nous n’avions pas relevé la publication de ce livre et c’est bien regrettable car le thème, les propos de l’auteur sont de nature à corroborer ce que nous affirmons depuis trente ans à propos de la psychanalyse et de ses experts quand cette pseudo-science est confrontée aux prédations sexuelles.
Les Éditions du Seuil ont publié en février 2007 un livre de Michel Dubec, au titre racoleur : Le Plaisir de tuer. Le docteur Michel Dubec est psychanalyste, mais c’est surtout un expert psychiatre national auprès des tribunaux.
 
 
Michel Dubec reconnaît une espèce de solidarité de sexe, qui va jusqu’à une véritable complicité masculiniste, avec le violeur et tueur en série, Guy Georges, qu’il a expertisé.
C’est un vrai régal pour un anthropologue et ce livre mérite une étude plus approfondie sur les mythes du masculin, surtout, il permet de mieux approcher ce qui différencie l’individu qui passe à l’acte de celui qui demeure à distance. Bien plus, il permet de différencier la personnalité de ce dernier de celle d’un autre qui s’inquièterait des fantasmes dont il est l’objet.
Enfin, les nombreuses victimes et rescapées qui visitent notre site comprendront pourquoi il leur fut parfois si difficile de faire admettre leur position de victime.
Dans ce livre (co-rédigé avec la journaliste Chantal de Rudder), l’auteur justifie les violences faites aux femmes, et même les viols, au nom de la sacro-sainte nature de la sexualité masculine. Je serais très intéressé d’étudier de près les rapports que cet expert à produits lorsqu’il était commis auprès d’un tribunal, dans une affaire de viol. Il y a fort à parier que nombre de victimes se sont entendues accusées d’hystérie, de narcissisme et de trouble obsessionnel du comportement avec« une forte propension à érotiser leur relation »... Cet homme doit faire les délices de ces associations de défense des pères divorcés dont on sait qu’elle ne reculent devant rien pour soutenir leurs adhérents.
 
 Michel Dubec reconnaît une espèce de solidarité de sexe, qui va jusqu’à une véritable complicité masculiniste, avec le violeur et tueur en série, Guy Georges, qu’il a expertisé :
 
Voici maintenant in extenso l’intégralité de l’article de Brigitte Brami.
 
 
Début de citation :
 
« Sans que je lui en parle, le tueur de l’Est parisien a peut-être deviné le trouble que j’ai ressenti en regardant les photos de ses victimes. Je les trouvais très attirantes. (...) Une communauté de désir nous rapprochait Guy Georges et moi. (...) parce qu’il existait entre nous un partage des mêmes “objets érotiques“, j’ai pu faire un bout de chemin avec le tueur en série le plus célèbre de l’Hexagone (...) Je ne partageais pas la pulsion homicide de Guy Georges, heureusement. Mais je pouvais ressentir ce qui provoquait sa pulsion érotique. Entre nous, je l’avoue, ce goût commun entrebâilla une porte, jusque-là verrouillée à double tour, sur un possible échange. » (pages 211-212).
 
Or, cette attirance sexuelle, que Michel Dubec revendique, de façon indécente dans une pareille situation, aurait dû provoquer chez un individu « normal » - a fortiori chez un psychanalyste et expert psychiatre - non pas un rapprochement solidaire avec le tortionnaire en question, mais au contraire, davantage de révolte envers ce dernier et un surcroît d’empathie à l’égard de ses victimes sauvagement violentées.
 
Pourtant, si l’expert dénonce sans ambiguïté les meurtres de Guy Georges nés de ses pulsions homicides, il s’identifie à ce violeur avec une notoire excitation sexuelle :
 
 
« Oui, c’était possible de s’identifier à ce violeur qui baise des filles superbes contre leur gré (...) Jusque-là, on peut le comprendre, et même, il nous fait presque rêver, il nous agrippe crûment par nos fantasmes. » (page 213).
 
Comme le fait rêver la description de la vie sexuelle du tueur en série que l’expert relate avec une admiration non dissimulée :
 
« Sa vie sexuelle est trépidante, son tempérament étonnant, il est capable de baiser cinq fois par jour ! » (page 218),
 
ce qui est inadmissible déontologiquement, - sans relever ici la délicatesse des termes utilisés par ce grand spécialiste payé par les contribuables - car il a une véritable responsabilité, et ce qu’il dit et qu’il écrit est rendu publiquement avec son statut d’expert psychiatre national auprès des Tribunaux.
 
Nous ne pouvons laisser passer ces propos aussi clairs : « Guy Georges, c’est différent. On peut être avec lui, jusqu’au viol compris. » (page 213).
 
Pour les justifier, Michel Dubec nous ressort l’antienne selon laquelle :
 
« Pour parler sans détour, dans la sexualité masculine, il existe un intérêt à obtenir la défaveur de sa partenaire, pas seulement ses faveurs ; à faire crier la femme, peu importe la nature de ses cris. L’acte de pénétrer est en lui-même agressif. Si un homme est trop respectueux d’une femme, il ne bande pas. » (page 213).
 
Ce refrain maintes fois entendu n’a pour finalité que de faire perdurer des relations inégalitaires entre les hommes et les femmes, y compris à l’intérieur de leurs relations sexuelles. C’est une approche archaïque, une vision primaire et profondément machiste, avec toujours la même sempiternelle distribution des rôles sexuels figés une fois pour toutes. Mais ce dont il s’agit également ici, c’est un véritable appel au « viol compris ».
 
En émaillant son compte-rendu de détails sordides, Dubec parle de viols manifestes, mais ces derniers restent aux yeux de l’expert des expériences sexuelles légitimes puisqu’elles ont réussi à satisfaire Guy Georges ! Expériences selon lui abouties puisque seul compte le point de vue masculin, en l’occurrence celui du tueur en série :
 
 
« Il ne s’inhibait pas au dernier moment, il était capable de leur faire l’amour quasi normalement. Il y avait éjaculation à l’intérieur du vagin. Guy Georges donne le sentiment que l’acte sexuel était consommé avec complétude. » (page 213). Qu’importe la victime, et malgré les violences endurées, il est ici question de « faire l’amour quasi normalement » (sic) ! Le viol est donc revendiqué en tant qu’expérience sexuelle comme une autre. Du moment que le mâle a bien éjaculé à l’intérieur du vagin, où est le problème ? Et que demande donc encore la femme, elle a même eu droit à un préservatif !
 
 
 
Qui sont nos experts psychiatres nationaux ?
 
Ce à quoi nous répondons : mais qui sont nos experts psychiatres nationaux ? Peut-on continuer à en laisser certains véhiculer aussi impunément, et sous le label scientifique, toute cette horreur idéologique violemment et dangereusement misogyne ?
 
Que deux choses soient bien claires, d’une part, il ne s’agit ici aucunement de contraindre en aucune façon la liberté d’expression. En effet, l’expert dont il est question est un homme de pouvoir, il est reconnu et très souvent nommé dans de grandes affaires de justice, mais il est aussi sollicité dans des commissions pour donner son avis au plus haut niveau gouvernemental. Ce n’est pas un individu comme un autre, non, il porte une très grosse responsabilité, et ses rapports d’expertises ainsi que ses propositions ont des conséquences concrètes. On imagine avec une certaine appréhension ce que de tels propos peuvent tacitement autoriser comme comportements délétères, et l’on craint leur influence, car ils ne vont pas dans le sens du respect des droits fondamentaux des personnes.
 
D’autre part, bon nombre de psys se situent d’emblée sur plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation, c’est une position stratégique, donc consciente, adoptée afin de contrer d’éventuelles critiques. Ces psys en viennent très rapidement à brandir l’arme rhétorique habituelle : la défense du fantasme et de sa liberté absolue. Or, une fois pour toutes : les féministes ne veulent empêcher personne de fantasmer. Le fantasme n’a rien à voir avec les lignes écrites par Dubec. Il s’agit hélas de véritables viols et Dubec a dû véritablement être en proie à une excitation sexuelle qui l’a submergé - ce qu’il reconnaît volontiers - en écoutant leur récit détaillé fait par Guy Georges. Preuve en est : pourquoi Dubec accepte t-il le fantasme de viol et pas celui d’assassinat ? La réponse, l’expert la donne lui-même, c’est bien sûr parce qu’il ne s’agit pas seulement de fantasme mais aussi d’acceptation du viol lui-même car :
 
 
« Oui, c’était possible de s’identifier à ce violeur qui baise des filles superbes contre leur gré, mais évite de les soumettre à des conditions trop crapuleuses ou de les terrifier, au point qu’elles ne devinent pas qu’elles vont mourir. Deux d’entre elles ont demandé à Guy Georges d’enfiler un préservatif et il a accédé à leur requête, comme si de rien n’était ! » (page 213).
 
 
 
Et l’expert de rajouter :
« Après, quand il tue, tout bascule. On le rejette, incapable de saisir, ressentir, appréhender pourquoi il le fait (...) Et l’on en veut à Guy Georges du bout de chemin qu’on a été capable de faire avec lui(...) » (page 213).
 
Le bout du chemin que Dubec a fait avec Guy Georges, c’est l’identification massive au violeur et l’excitation sexuelle sadique liée au récit du viol. Le tabou pour l’expert psychiatre, ce n’est donc pas le viol ; le tabou, c’est le meurtre. Avec ces quelques lignes, notre savant fixe les limites de l’acceptable et de l’inacceptable. Le viol étant à ses yeux de l’ordre de l’admissible ; il le fait même rêver.
 
Michel Dubec a ainsi fait preuve d’une absence totale du respect élémentaire dû aux familles des victimes.
 
Nous sommes en droit de nous interroger sur les débordements identificatoires d’un psychanalyste qui, selon ses propres écrits, a travaillé sur son inconscient des années durant au cours d’une analyse personnelle. En effet, quand un expert, dont la neutralité est indispensable professionnellement, en arrive à une telle explosion de ses propres sens et qu’il découvre qu’il perd ainsi tout recul et toute distance, il me semble que la seule attitude digne qu’il puisse avoir est de se désister. Ce que n’a pas fait Michel Dubec qui a préféré ouvertement prendre le parti des violences et des viols faits aux femmes. Violences et viols qui l’ont fait bander.
Brigitte Brami.
le 8 février 2008
Fin de citation
 
 
On peut donc remercier Brigitte Brami de nous avoir ainsi remis dans une réalité oubliée, insistant, notamment, sur l’imprégnation idéologique des allégations de Michel Dubec, sur son arrogance qui s’abrite derrière de « nombreuses années à explorer son inconscient ». rappelons cependant que, dans la topique freudienne, la conscience doit canaliser et vivre avec un inconscient considéré comme une poubelle de la vie. Il apparaît alors "naturel" qu’à fréquenter ainsi les poubelles de notre vie on en arrive à être contaminé par leurs infects contenus.
On comprend également combien il sera difficile pour un médecin, psychiatre ou psychanalyste d’aborder les souffrances anciennes d’une personne rescapée de viol commis sur elle durant l’enfance. On comprend pourquoi, ceux-là affirment qu’il est impossible de guérir ces rescapés, tout juste de stabiliser leur état et leur permettre de vivre avec.
On comprend aussi pourquoi, le passages à l’acte, chez le prédateur-violeur ou pédocriminel demeure un mystère qui conduit les experts à renoncer à toute forme de soin de prévention de la récidive.
Or, l’impasse est idéologique, elle est de l’ordre du mythe.
 
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