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À quoi sert un psy ?

dimanche 22 avril 2007, par Webmaître

Des échanges, des questions posées sur des forums et auxquelles a répondu Illel Kieser ’l Baz

Permettre à l’individu de
trouver sa propre totalité, pour vivre son destin individuel aussi pleinement
que possible ; abolir l’illusion et trouver la vérité de son propre être,
s’adapter à ce qu’il est.

 

 

À la question souvent
posée : « Qu’est-ce qui permet alors de juger de la ‘ bonne santé psychique ’,
pour ceux, notamment qui auraient suivi une cure psychanalytique ? »

On peut
répondre : Il existe quelques critères basiques de la « bonne santé
psychique » : le corps d’abord, manger, dormir, etc. pas en automate mais en
savourant. Par suite la possibilité d’être relié à ses émotions et aux instincts
en pouvant les accueillir avec nos facultés conscientes, pas de manière animale,
viscérale. Là aussi, goûter aux choses est important… La mise en jeu complète de
toutes les sensations signe un ancrage dans le réel. Celui-ci n’est pas conforme
à ce que le modèle social présente comme tel mais un espace autre dont la psyché
du sujet a besoin pour s’épanouir.

La ‘ bonne
santé psychique ’, c’est aussi la capacité du sujet à tisser des liens avec
l’extérieur, à s’insérer dans le tissu social, à sa façon et à sa mesure.


L’observation montre aussi que l’entretien d’une simple curiosité à l’égard du
monde suffit à entretenir une grande diversité d’expériences, génératrice d’une
multitude d’occasions et autant de moyens de fortifier le Moi, source d’un
certain bonheur.

 

Ça c’est la
base ; après, réparer la blessure est une autre affaire. Avant tout tentative de
« travail en profondeur », il convient de se situer dans une perspective de
cautérisation des dommages de la violence ET de la réparation des blessures qui
ont peuplé notre enfance.

 

Certains
courants de psychologues font une distinction entre psychothérapie et
psychanalyse. L’intégration du transfert et du contre-transfert qui
distinguerait une cure psychanalytique d’une psychothérapie. La cure
psychothérapique n’intègre pas cette dimension. D’autre part, pour entamer une
cure psychanalytique il faut un Moi fort, qui puisse maîtriser les assauts d’une
énergie enfouie quand le travail sur soi aura commencé. Un Moi fort n’est pas
forcément celui qui s’est bien normalisé. La notion de norme sociale et
d’adaptation à celle-ci n’interviennent pas comme critère d’appréciation de la
force du Moi. Il s’agit plutôt de savoir si le Moi possède, dans la réalité
physique objective, des points d’accroche qui lui permettront de résister aux
assauts de l’énergie inconsciente et aux aléas de la vie quotidienne, à ses
accidents, etc.. Si nous envisageons les choses sous l’angle du dynamisme de la
psyché, une psychothérapie a pour but de donner à la Conscience une plus grande
plasticité et la capacité d’inventer de nouvelles attitudes pour faire face aux
situations difficiles et aux changements.

Si un
traumatisme est très ancien et qu’il a gravement lésé les capacités d’émergence
du Moi – ce qu’une anamnèse bien conduite peut révéler très vite – c’est une
psychothérapie qui est d’abord recommandée. Il faut d’abord une médiation –
assurée par un psychothérapeute – pour permettre une plus grande souplesse de la
conscience. Un travail sur soi qui s’enracinerait dans la profondeur de la
mémoire et qui toucherait donc aux bases de l’édifice psychique peut s’amorcer à
partir de ce préalable.

Le but de ce
travail étant toujours d’entrer en contact avec l’inconscient, cela signifie
qu’il faut, d’une façon ou d’une autre, lui laisser la possibilité de
s’exprimer. Quelqu’un qui ne serait pas convaincu que l’inconscient a sa vie
propre n’a aucune raison d’essayer cette méthode. On a presque toujours à
surmonter une crispation du conscient pour permettre aux phantasmes – qui sont
toujours plus ou moins présents dans l’inconscient – de monter à la conscience.

Se laisser
pénétrer par les images intérieures permet à l’Ego d’accéder aux forces vives et
souvent brutales de l’Inconscient. Ce mouvement de pénétration et d’écoute, fixé
dans la mémoire et « l’écriture » facilite l’alliance avec ses forces qui
trouvent alors une voie d’écoulement qui posera les bases de nouvelles
adaptations au monde, plus justes et plus épanouissantes. C’est cette alliance
qui permet de décrisper la relation entre Conscient et Inconscient.

 

 

 

 

Malgré leurs
divergences, les psychanalystes s’accordent pour penser que l’épanouissement de
l’individu est menacé par le développement de la civilisation. Si bien que
l’épanouissement de l’être passe forcément par un état de tension entre les
exigences de la civilisation et les pressions de l’Inconscient qui cherche à
s’exprimer. « Les images venues de l’inconscient placent un homme devant une
grande responsabilité. Ne pas les comprendre ou fuir la responsabilité éthique
le prive de sa totalité et impose un caractère péniblement fragmentaire à sa
vie. » (C. G. Jung)

Le Moi est
placé sur le fil du rasoir, à devoir constamment choisir la voie la plus juste
pour ne léser ni son authenticité intérieure ni les exigences de son
environnement.

 

 

Ce
retournement de l’être est porteur d’un élargissement, d’une élévation et d’un
enrichissement du champ de conscience. C’est ainsi que se mettent en place de
nouvelles adaptations au monde avec de nouvelles valeurs morales et éthiques,
lesquelles peuvent être associées aux anciennes, dans la mesure où ces dernières
n’étaient pas de pures fictions. Ce chemin n’est pas sans danger. Jung signale
que l’une des premières conditions de cette déconstruction/transformation repose
sur l’existence d’un Ego puissant et souple. C’est sur cette condition que
l’alliance peut s’établir. L’Ego a pour première tâche de permettre de nouvelles
adaptations dans le sens de ce qui est bon pour lui et de ce qu’il s’est assigné
pour but. Il doit y mettre le maximum de discernement.

L’équilibre
repose sur une libre acceptation par l’Ego de ces forces sauvages qui se mettent
au service du libre épanouissement de la vie. Faut-il encore que ce but soit en
alliance avec les potentialités de l’être. Jung évoque souvent cela sous cette
forme : « s’adapter à soi-même ».

Le
psychothérapeute peut durant un temps plus ou moins long assurer ce rôle de
médiation et de dialogue entre ces deux rives de la psyché. Un tel rôle n’est
jamais ni définitif ni total. C’est une autre illusion de croire qu’une
psychanalyse peut tout régler pour la vie entière.

Nos sociétés
sont en constante mutation depuis environ un siècle. Les valeurs qu’une
génération voudrait transmettre à la suivante n’ont guère de chance d’être
adaptées. Les conditions dans lesquelles l’Homme moderne se trouve placé lui
imposent le recours fréquent à une telle médiation. Il n’est à la portée de
personne de faire en une fois – quelque que soit la durée – le tour de notre
psyché. Il est d’abord question de « s’adapter à soi-même », or c’est la vie qui
guide, donc les événements qui en font la trame.

 

 

Quelque soit la voie imposée
par les circonstances, le travail sur soi a besoin d’une médiation, une sorte de
pont, de traducteur entre notre conscience et les contenus de l’inconscient qui
s’expriment sans fin…

Permettre à l’individu de
trouver sa propre totalité, pour vivre son destin individuel aussi pleinement
que possible ; abolir l’illusion et trouver la vérité de son propre être,
s’adapter à ce qu’il est.

Couramment