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Sur la personnalité du prédateur sexuel

samedi 23 juillet 2005, par Webmaître

Échange d’un forum « Vivre après l’inceste », aujourd’hui fermé.

Question de Lila

J’aimerai savoir si on
connaît les raisons qui font qu’un adulte est tenté de toucher un enfant qui n’a
aucun attrait sexuel, aucune maturité. Ce n’est pas du désir sexuel ! Qu’est ce
donc ? Un besoin de posséder, de soumettre ? Que se passe-t-il dans la tête de
ces personnes.Je n’étais pas formé sexuellement, à peine réglée, cet homme ne
cherchait pas l’image sexuelle de la femme en moi, que cherchait-il ?

 Réponse

Il est important de faire un
point général sur la question : comprendre le pédocriminel c’est d’abord avoir
connaissance des effets du crime dans le champ social. On s’est trop souvent
contenté de rester à un niveau personnel, au cas par cas et on a largement sous
estimé l’ampleur du problème. 

Je développerai mon
intervention sur trois niveaux et en trois volets :
1 - Une sorte d’états des lieux,
2 - La personnalité du prédateur et la relation avec une déviance "tolérée"
socialement parce qu’ignorée.
3 - Les sources collectives d’une banalisation de ce fléau. 

(Pardonnez moi d’avance
d’être si long mais il me semble qu’il vaut mieux être complet. Parfois vous
aurez aussi l’impression de rentrer dans un monde d’horreur. Désolé d’avance,
nous sommes dans la réalité quotidienne de certaines victimes) 

La criminalité sexuelle est
celle qui affiche la plus forte progression en France et, plus largement en
Europe. (Voir plus loin) 

Ne pas confondre
Pédophile/pédophilie et Pédocriminale/pédocriminalité. La pédophilie est un
mouvement littéraire et pseudo philosophique qui a pris naissance à la fin du
XIX<sup>e</sup> siècle et dont Lewis Caroll (Alice au pays des merveilles)
demeure un emblême. Actuellement quelques mouvements phiosophiques se
revendiquent de la Grèce antique pour justifier leur orientation pédophile. La
pédophilie ne conduit pas forcément à la pédocriminalité.Mais il existe aussi en
Hollande un mouvement qui, depuis les années 70 revendique la liberté de
relation sexuelles entre adultes et enfants. Ceci est mal connu en France mais
ce mouvement a des ramifications partout dans le monde. 

Il existe différentes
catégories de pédocriminalité. 

Tourisme sexuel : commence à
être cernée, traquée et condamnée. On s’y intéresse peu car il s’agit d’une
criminalité qui touche les pays à fort potentiel touristique doublé d’une grande
faiblesse judiciare et policière. Actuellement, les polices tendent à associer
leurs moyens.

 Le trafic de femmes et
d’enfants qui s’appuie sur les réseaux mafieux. On "importe" des jeunes femmes,
mineures autant que possible, vierges également, et on les vend, grâce à
Internet. On s’appuie sur les faiblesses des pays d’origine, le fait que ces
victimes sont isolées, que leurs parents ne porteront jamais plainte, quand ils
n’ont pas été eux-mêmes à l’origine de la vente de l’enfant, une fille ou un
garçon, etc. L’Afrique, l’Asie mais aussi la Russie sont concernées...

 Pédocriminalité et
enlèvement + infanticide, elle relève d’un acte pulsionnel souvent désorganisé.
Obéissant à une pulsion le criminel ne prévoir rien ce sont les circonstances
qui déterminent son acte. C’est ce qui favorise son interpellation. Cette
criminalité commence à être connue dans ses modes opératoires, pas dans sa
genèse - les mécanismes profonds qui conduisent à de tels passages à l’acte.
C’est celle dont on entend souvent parler dans les médias car elle soulève un
émoi très fort dans la population.

 Pédocriminalité de
l’indigence, liée à la misère sociale. Elle touche certaines populations de
banlieue ou des zones rurales. En zone rurale, elle peut même être instituée :
chacun sait mais ne dit rien. De plus en plus minoritaire au profit d’une
pédocriminalité organisée en réseau. (Dutroux, Emile Louis) Catherine Despeux,
Serge Garde, pour ne citer de mémoire que ces deux-là ont longuement enquêté
pour montrer qu’il s’agit en fait d’une sorte d’organisation internationale de
la pédocriminalité ritualisée, filmée, vendue. Pour l’instant, seuls des
journalistes ont véritablement enquêté sur ce sujet. Interpol et les polices
commencent à mieux appréhender ce monde, se donnant ainsi les moyens de le
traquer. Il demeure une réserve certaine chez les journalistes à évoquer
l’existence de réseaux internationaux. Cette prudence ne s’explique pas pour des
motifs de professionalisme, il y a autre chose derrière.

 Une catégorie très peu
connue est parfois associée à la première. Elle touche une population très
large, de notables, de chefs d’entreprise, hommes et femmes, qui ont les moyens
financiers de se constituer en réseaux très protégés. Quelques affaires, en
Europe, ont touché du doigt cette sorte de criminalité moderne. Mais seuls les
lampistes ont été arrêtés et condamnés. (Voir les articles de Serge Garde sur le
site du journal L’Humanité)

On est ici au cœur de
l’horreur.

La pédocriminalité ordinaire,
familiale ou de proximité. Elle est le fait d’un parent proche, d’un oncle, d’un
frère, d’un père voir d’une personne qui touche la famille de près : précepteur,
prêtre, etc. La pédocriminalité féminine, quoique plus faible n’est plus un
tabou non plus. Elle ne revêt cependant pas les mêmes formes que la
pédocriminalité masculine.

C’est la plus répandue, la
plus mal connue !

 C’est une prédation qui
dure, s’étale dans le temps, s’appuie souvent sur un chantage implicite, sur la
primauté de la parole de l’adulte prédateur.

Contrairement à ce que l’on
voudrait nous faire croire, c’est une criminalité très répandue, que l’on tend à
négliger et à sous estimer. Elle pose problème car elle est insipide, elle
touche des personnes de la vie ordinaire. Les plaintes sont souvent tardives.
Les victimes doivent souvent affronter une coalition familiale quand ce n’est
pas la stigmatisation par des experts judiciaires commis pour évaluer les
méfaits. Et c’est souvent la victime qui se trouve accusée.

Cette criminalité peut être
extrêmement précoce, elle touche ainsi des bébés. (Il existe e plus en plus de
témoignages en ce sens, en tant que clinicien, j’ai à suivre des affaires de ce
genre)

 Cette criminalité se fonde
sur un vide juridique et sur le silence qu’elle organise pour échapper au
signalement. Le crime d’inceste n’existe pas en France, par ailleurs il faut
prouver le viol pour donner substance à un signalement. Or ces prédateurs sont
formidablement "organisés". Parfois l’expertise médico légale est effectuée
plusieurs jours après le signalement, les victimes sont rarement isolées de leur
prédateur par une décision de justice si bien qu’elles reviennent souvent sur
leur aveux... Ajoutez à cela une crainte viscérale des juges de commettre une
erreur d’appréciation.

 Il n’existe pas, en France,
en Europe plus généralement, de statistiques, pas d’enquête approfondie... pour
évaluer l’étendue de la propagation de cette criminalité. Les enquêtes sont
d’emblée faussées car on confond pédocrimialité et crimilatité sexuelle en
général :

« En 2002, le ministère de la
Justice a recensé 328 atteintes sexuelles et 426 viols sur mineurs de moins de
15 ans. En 20 ans, les condamnations pour agression sexuelle sur mineur ont
augmenté de 200 %.

– 800 mineurs se sont
volatilisés en France en 2000 selon la Garde des Sceaux de l’époque, Marylise
Lebranchu.
– 5 116 plaintes pour abus sexuels sur mineurs de moins de 15 ans ont été
enregistrées en 2000. Et seulement 500 procès. Dans cette comptabilité, la
pédophilie est confondue avec l’inceste. (source : Le Point 21/06/02)
– Près de 13 500 affaires recensées en 1999
– 33 % de viols, 67 % d’agressions sexuelles.
– Sur l’ensemble des condamnations pour délits sexuels, la part des faits commis
sur des mineurs est passée de 49 % en 1997 à 54 % aujourd’hui.

 Une enquête de commissaires
internationaux a stigmatisé la France en la matière... sans suite.

 Ainsi Juan Miguel Petit,
rapporteur spécial de la mission de l’ONU sur la pédocriminalité en France
épingle l’État, sa justice, sa police. Cette mission a été menée dans l’Hexagone
du 25 au 29 novembre 2002. Elle portait sur « la vente des enfants, la
prostitution et la pornographie impliquant des enfants ». (Que dire si la
mission s’était portée sur plusieurs mois ?)

 Le document se révèle très
sévère sur la manière dont la justice française aborde les affaires de
pédocriminalité. Les conclusions mettent clairement en cause l’attitude des
magistrats français : « Le rapporteur spécial tient à recommander à nouveau
qu’un organe indépendant mène de toute urgence une enquête sur les carences de
la justice à l’égard des enfants victimes de sévices sexuels », écrit Juan
Miguel Petit, qui estime cette démarche « vitale »...

Ce qu’il a vu l’a marqué : « 
Je me suis retrouvé face à des dossiers complexes, soixante au total,
nécessitant la plus grande prudence. J’ai pu constater que les choses ne
fonctionnaient pas. Dans plusieurs cas, avérés, des enfants ont été filmés ou
photographiés dans des situations pornographiques. La justice française n’a pas
enquêté ! Pour ces dossiers un regard neuf est absolument nécessaire. »

 Le rapporteur de l’ONU
revient également sur la manière surprenante dont le Tribunal de Grande Instance
de Paris a traité l’affaire des fichiers de Zandvoort...(qui fait l’objet d’une
enquête par Serge Garde et Catherine Despeux) Plusieurs centaines d’enfants
apparaissent sur ces images terribles. Le parquet de Paris a conclu par un
non-lieu... Le Garde des Sceaux a fustigé les rapporteurs. Le tchernobyl de la
pédocriminalité s’arrête aux frontières de l’hexagone !


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Quel est le modus
operandi
du prédateur domestique ?

Si l’on ne perçoit pas comment ce prédateur agit on peut minorer, voire
banaliser ce qui se trame au fond de lui et ignorer même son existence. 

Ce bourreau que l’on peut
classer comme « pervers narcissique », suivant la typologie dressée par Mme.
Hirigoyen, peut être un homme ou une femme : la violence morale n’est pas
l’apanage des seuls hommes, bon nombre de femmes sont des tyrans domestiques ;
les préjugés, les médias donnent trop souvent l’impression que les harceleurs
sont tous des hommes et nous devons bannir ce jugement erroné, les hommes
victimes ont tout simplement plus de mal à parler de leurs souffrances – statuts
respectifs du masculin et du féminin obligent.

 Le prédateur vampirise
l’énergie vitale de sa victime. Celle-ci pourra mettre des années avant de se
rendre compte du processus de destruction mis en place. Parfois, c’est une
rupture brutale qui lui permettra de prendre conscience du détournement complet
de sa personnalité.

La progression de l’invasion
se fera toujours de la même façon, comme si le prédateur procédait de manière
empirique pour mieux connaître son terrain de conquête. Au commencement il peut
n’y avoir que des petites brimades, des phrases anodines mais méprisantes,
pleines de sous-entendus blessants, avilissants, voire violents, c’est la
répétition constante de ces actes qui rend l’agression évidente. Souvent un
incident provoque la crise qui amène l’agresseur à dévoiler son piège ; en règle
générale, c’est la prise de conscience de la victime, et ses sursauts de
révolte, qui déclenchent le processus de mise à mort. Car il peut y avoir
véritable mise à mort psychique, où l’agresseur n’hésitera pas à employer tous
les moyens pour parvenir à ces fins : anéantir sa proie.

Le pervers narcissique est un
personnage totalement dépourvu d’empathie, qui n’éprouve aucun respect pour les
autres, qu’il considère comme des objets utiles à ses besoins de pouvoir,
d’autorité, que cela soit conscient ou non. Il a besoin d’écraser pour exister.
C’est pourquoi l’enfant fragile et malléable, avec sa confiance illimitée et sa
soif d’amour et de reconnaissance, devient si facilement sa proie privilégiée !
Mais les milieux fortement hiérarchisés produisent volontiers ce type de
personnalité. On trouve, en effet, de nombreux manipulateurs à des postes de « 
gestion humaine » dans les entreprises.

Ce manipulateur ne possède
pas de personnalité propre, elle est forgée sur des masques dont il change
suivant les besoins, passant de séducteur paré de toutes les qualités, à celui
de victime faible et innocente, ne gardant son véritable visage de démon que
pour sa victime. Et encore peut-il jouer avec elle au chat et à la souris,
faisant patte de velours pour mieux la tenir, puis sortant ses griffes
lorsqu’elle cherche à s’évader... De ce point de vue, les témoignages de
victimes concordent.

Si ces êtres paraissent doués
d’une intelligence puissante c’est parce qu’elle est entièrement asservie à leur
comportement vicié et leur permet d’élaborer des pièges très subtils.

Ce prédateur s’appuie
volontiers sur les sentiments de culpabilité de leur victime. Puisqu’ils sont
toujours victimes, c’est l’autre qui les agresse et leurs arguments sont le plus
souvent très pertinents, souvent fondés sur la manipulation des sentiments ou
sur une logique matérielle : argent, partage domestique, etc. Ces individus ne
supportent pas la contradiction et ils sont incapables de discussions ouvertes
et constructives ; ils bafouent ouvertement leur victime, n’hésitant pas à la
dénigrer, à l’insulter autant que possible sans témoin, sinon ils s’y prennent
avec subtilité, par allusions, tout aussi destructrices, mais invisibles aux
regards non avertis !

La violence n’est jamais
directe, tout au moins à notre époque, car le pervers narcissique sait
parfaitement jouer avec la loi, voire la retourner à son service. Par contre il
peut exister une relation très particulière entre l’enfant et le pervers
narcissique, qui induise la violence, parfois poussée à l’extrême. En effet, la
spontanéité de l’enfant ne fait pas bon ménage avec l’extrême susceptibilité du
pervers narcissique. L’enfant n’est pas toujours accessible au raisonnement ni à
la logique de l’adulte. Le bourreau frappe, parfois très fort, car la
contradiction l’atteint au cœur de son système. Il est donc en danger. Et c’est
bien la preuve que cela touche, chez lui, une constellation psychique
particulièrement puissante.

 Or cette violence, l’enfant
la sent et c’est ce qui le soumet à la domination de son bourreau.

 En étudiant attentivement
les stratagèmes et les manœuvres du pervers narcissique on s’aperçoit qu’il
cultive un art particulier du « décervelage ». Il s’assure d’une domination
possible, d’un accès particulier à la psyché de sa victime. Il introduit ensuite
le poison qui conduira sa proie à subir une véritable addiction.

Certains pervers narcissiques
parviennent même à transformer complètement la vie de leur entourage pour que
tout soit conforme à la vision qu’ils ont d’un monde bien rangé. Il est évident
alors, qu’aucune perturbation ne doit intervenir. Ils vivent alors de l’âme des
autres.

Le pervers qui n’a aucune « 
vie » personnelle si ce n’est celle de détruire les autres, de s’approprier les
idées, les gestes, les habitudes des autres, suscite l’obsession chez les
autres. Des années après, l’obsession est encore vivante, tel ou tel détail
revient et défile dans notre tête. On le croit oublié, durant des années, la vie
s’est reconstruite et l’idée qu’il va revenir nous plonge dans une angoisse
démesurée. On appelle contamination ce genre de phénomène qui conduit l’individu
à se sentir sali, même plusieurs années après. C’est bien pourquoi, les
positions comportementalistes ne peuvent tenir face à une telle pollution
psychique. Tout au plus peuvent-elles « couvrir » l’apparition de signes
perturbateurs de surface, sans, pour autant, s’attaquer au noyau dur de la
constellation psychique toujours active en profondeur. C’est un des dangers des
thérapies comportementalistes qui posent un couvercle sur ce volcan qui
n’attendra qu’une occasion pour exploser.

 On comprend que ce prédateur
puisse demeurer caché longtemps, faisant facilement diversion et parvenant même
à retourner les faits contre sa victime qui se doit plus fréquemment qu’on ne
pense à affonter un procès en diffamation, voire se retrouve en prison. (j’en
témoigne)

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Qu’est-ce qui peut bien faire
agir le « pédocriminel de proximité » ; commettre sur des proches, sur ses
propres enfants, fille ou garçon, des actes odieux qui vont marquer à jamais et
profondément la personnalité de l’enfant ?

 Face aux mutations de notre
vie, du milieu, de notre société, nous devons changer d’attitudes afin de nous
adapter et de garder une certaine souplesse qui nous permet une forme
d’inventivité propice à une vie riche. Parfois nous résistons car le changement
nous fait peur, nous tenons à garder une antique sécurité, il arrive alors que
nous employons des moyens illicites, inhumains et répréhensibles pour maintenir
un ordre ancien. Nous tentons de ruser afin de conserver notre bien être et
certains comportement qui en découlent ne sont pas toujours très honnêtes.

C’est une tendance commune
chez chacun de nous et il n’y a rien de très anormal à cela. Se pose juste la
question de la limite à donner à ces attitudes peu intègres.

 Comprenons que notre psyché
est naturellement tournée vers la vie et l’énergie psychique, comme la sève d’un
arbre, croît constamment. Cela nous permet d’enrichir notre environnement grâce
à différents outils que chaque société nous propose. Cela va du consumérisme le
plus immédiat aux loisirs et passions diverses, lecture, collection, chasse,
cinéma, etc.

C’est ainsi que se crée un
équilibre entre cette sève dont l’écoulement est constant et le besoin légitime
que nous avons de trouver un ordre satisfaisant dans lequel nous pouvons trouver
calme et sérénité.

Si nous cherchons trop à
contrôler cet ordre de la vie courante, il se crée une pression intérieure due à
la poussée de cette énergie qui ne peut plus s’écouler.

Certains individus résistent
tant à la nécessité de cet équilibre qu’ils cherchent à contrôler tout ce qui se
passe en eux et autour d’eux. D’abord pour eux, ils installent un ordre strict
dans leur sentiment et dans leur vie personnelle, puis, au fur et à mesure que
la vie croît autour d’eux, ils étendent cette volonté de contrôle à leurs
proches, femmes, enfants, amis. L’ordre s’étend du centre, eux, à la périphérie
mais jamais très loin de leur capacité de contrôle et de domination. Comme cette
capacité à contrôler s’installe très tôt dans leur vie, leurs facultés
cérébrales et sensitives sont investies dans cette tâche. Chaque nouvel intrus
est ainsi absorbé, assimilé, digéré par ce cannibalisme psychique. S’il résiste,
il est éjecté et il en va ainsi pour toute forme d’intrusion.

On comprendra que ce type
d’individu peut fort bien passer inaperçu car nos sociétés ont développé jusqu’à
un plus haut point la nécessité de l’ordre, de la beauté, de la pureté et de la
sécurité. Ils passeront donc souvent pour des individus scrupuleux, méticuleux
et sérieux. Extérieurement, ils sont dans l’air du temps et ils sont très forts
à ce jeu. Cette extraordinaire façon de passer inaperçu et au-dessus de tout
soupçon commence là.

La première personne
concernée par la digestion de cet adulte cannibale psychique est son/sa
compagnon/gne. (Plus tôt dans l’enfance ce talent prédateur se sera déjà exercé
et affiné, bien sûr et il n’est pas forcément nécessaire que cela se fasse sur
un lit de violence. Ce prédateur peut fort bien avoir eu une enfance tranquille
avec des parents tout de même particuliers.)

Comme nous l’avons vu dans le
précédent post, cet individu emploie son énergie à éroder toute velléité
d’indépendance et d’autonomie chez ses proches. C’est pourquoi, très tôt, avec
patience et habileté, il isole sa proie afin qu’elle devienne peu à peu
tributaire des conditions que lui-même a créées et qu’il contrôle. Sa domination
ne s’exerce plus par la force. Nos sociétés imposent d’autres expressions à la
volonté de domination. Ils infléchit très progressivement les attitudes de ses
proches, par la persuasion, le calcul, des arguments opportunistes (par exemple,
à la faveur d’une maladie, il proposera de supprimer tels ou tels aliments et ce
sera toujours pour le bien de l’autre...)

Le climat demeure serein
aussi longtemps que le prédateur contrôle l’effet de sa domination. Rien ne doit
lui échapper et, dans son ordre, il peut paraître un formidable agent de
bonheur.

Jusque là, nous avons été en
présence de celui que beaucoup d’auteurs nomment manipulateur psychique. Les
séries américaines de tous ordres nous en offrent de nombreux portraits, preuve,
s’il en est qu’il s’agit d’un personnage fort bien connu.

 Survient un enfant dans
cette merveilleuse famille. Nous n’insisterons pas sur ce qu’un enfant peut
représenter tant au plan de sa présence nouvelle que comme symbole. Mais un
enfant, ça perturbe...

Justement c’est cette
présence nouvelle et incontrôlable qui va poser problème. Les récits des siècles
précédents nous décrivent bien comment ce dominateur se servait de sa force et
de son autorité pour « dresser » ces jeunes pousses, très tôt habituer les
filles à subir sa domination et ne permettre aux garçons que certaines formes
d’autonomie. Au-delà des limites imposées par lui, qui pouvaient aller jusqu’à
choisir le mari idéal de la fille, sa capacité de « dressage » se mettait à
l’œuvre. Il s’agissait d’un système social complet !

Nos sociétés sont désormais
moins rustres et proscrivent toute violence apparente sans avoir pris le soin
cependant de proscrire également les violences psychiques, notamment celles
faites à l’enfant.

Le dressage de l’enfant a
commencé avec celui de la mère, le terrain est déjà préparé, c’est pourquoi, de
nombreuses mères seront aveugles à ce qui se passe sous leurs yeux dans leur
propre maison. Elle est conditionnée. (Je continue ici en prenant l’exemple d’un
prédateur de genre masculin) Si la mère est déjà absorbée par le monde du mari,
rien ne sera plus facile que d’aller jusqu’au bout d’une domination qui n’a pas
d’autre but que d’empêcher le surgissement d’une perturbation dans l’ordre
établi. La sexualité représente l’aboutissement de cette totale domination.

Les personnes proches ayant
déjà été transformées en objet, l’enfant rejoindra ce lot pour un temps parfois
très long et de plus en plus tôt. (Les violences sexuelles sur des enfants sont
de plus en plus précoces et touchent maintenant des nourrissons)

 Tant que le prédateur ne se
sent pas en danger, il ne manifeste aucune violence, aucune brutalité. Et pour
cause, tout est régenté par sa tour de contrôle et son chantage insidieux est en
exercice sur ses proches depuis longtemps. Mais si un agent vient perturber son
ordre, il peut réagir avec une violence extrême.

S’il est coincé, notamment
par une autorité qu’il ne peut pas défier, il se coule alors dans le moule de
victime d’une conjuration... Il est très rare qu’il sorte du déni. Seul un choc
violent qui l’atteint profondément peut l’amener à une certaine humanité et à connaître enfin la présence en lui du sentiment.

Le monde du prédateur se confond tellement avec cet ordre rigide que la venue du sentiment peut le conduire au suicide. Le changement contre lequel il a longtemps lutté, qui a fondé tous ses comportements s’impose avec tant de présence que l’angoisse le submerge.