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Le mythe, la raison et nous

dimanche 18 octobre 2015, par Barbé (Catherine)

Les mythes ont toujours fait couler beaucoup d’encre. Chacun y va de son grain de sel et de sa science pour tenter de leur donner un sens et de répondre à la question : pourquoi une telle pérennité ? Des théories s’élaborent, s’échauffent, s’échafaudent historique, sociologique... ethnologique et même psychanalytique, mais elles restent insuffisantes, parce que parcellaires pour répondre à la question : en quoi le mythe parle-t-il de la profondeur de l’homme ?

L’étude d’un mythe est pareil au parcours des héros eux-mêmes : jalonné d’épreuves.
Le premier écueil se présente dans la manière d’envisager les personnages : assimiler chaque personnage à un être de chair et d’os. Or le mythe n’est pas un phénomène individuel, mais une création collective qui s’élabore sur une longue échelle de temps. A ce titre, ses personnages représentent des instances de la psyché humaine, qui plus est sur plusieurs couches d’histoire voire de civilisation. Réduire un héros mythique à un individu revient, pour celui qui écrit sur le mythe, à s’identifier tôt ou tard avec le personnage/héros en question. Dès lors, la nécessaire distance avec l’objet d’étude n’existe plus ; l’on n’est plus le sujet qui médite sur un objet : l’objet envahit le sujet. Et nous voici habités par le mythe. Le piège collectif se referme sur l’auteur. D’autant plus qu’il est clair que mythographier signifie pour l’auteur qu’il a quelque chose à voir avec ce mythe, qu’il est impliqué. Aussi la première question à se poser est-elle : en quoi suis-je concerné par ce mythe ? Quelle instance de ma personnalité résonne avec lui ? Qu’est-ce que cela touche en moi ? C’est à ce point que le travail commence et l’on ne peut prétendre avancer sur le chemin de l’étude rationnelle du mythe sans avoir perçu une amorce de réponse à cette question initiale.
Le mythe a sa vie propre, son mouvement, sa logique ; les personnages qu’il met en scène également, et l’ensemble franchit les limites de l’humain : c’est pourquoi il est impossible de prendre les héros mythiques comme modèles de comportements humains : un meurtre, un sacrifice a sa raison d’être dans le récit mythologique, dans la réalité de tous les jours. Pour un individu donné, le même acte serait révélateur d’une pathologie. Dans les sociétés traditionnelles, on le dit possédé par un démon ; dans notre société, nous dirions , avec Jung, qu’il est sous l’emprise d’un complexe autonome [1]

Si l’on parle de complexe autonome, on aborde déjà un aspect de la psyché, mais le terme reste très générique.
Dans le récit mythique la réalité décrite n’est pas la réalité physique objective, c’est la réalité de la psyché. Aussi chaque personnage représente-t-il non pas un individu de chair et d’os, mais une facette de la psyché collective totale.
Or celle-ci n’est pas un bloc monolithique, mais une masse d’énergie en perpétuel mouvement, tendue , sous tendue, articulée selon deux pôles dialectiques (polarisée) : conscient/inconscient ; masculin/féminin.
Ainsi, chaque personnage du mythe représente-t-il une facette particulière de la psyché.
Un personnage féminin, par exemple, ne peut-il représenter qu’un féminin collectif, à situer selon la quaternité proposée par Jung[2] ? Il revêt ainsi une quantité presque infinie d’aspects : L’élément maternel – l’autorité magique du féminin – la sagesse – l’élévation spirituelle au delà de l’intellect – ce qui est bon -protecteur, patient, ce qui soutient – ce qui favorise la croissance – la fécondité – l’alimentation – le lieu de la transformation magique – de la renaissance – l’instinct ou l’impulsion secourable – ce qu’il y a de sacré, de caché d’obscur – l’abîme, le monde des morts, ce qui dévore, ce qui séduit ce qui empoisonne, ce qui provoque l’angoisse, l’inéluctable . » [3]

« ... les mythes et les contes de la littérature universelle renferment les thèmes bien définis qui reparaissent partout et toujours. Nous rencontrons ces mêmes thèmes dans les fantaisies, les rêves, les idées délirantes et les illusions des individus qui vivent aujourd’hui. Ce sont ces images et ces correspondances typiques que j’appelle représentations archétypiques... Elles nous impressionnent, nous influencent, nous fascinent. Elles ont leur origine dans l’archétype, qui, lui-même échappe à la représentation, forme pré-existante et inconsciente... » C. G. Jung in Aspect du drame contemporain.

  • Catherine Barbé, le 12/11/1991 Suite de l’article sur ce lien

Le mythe, le féminin et notre conscience


Voir en ligne : Biographie de Catherine Barbé


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