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De la fonction transcendante à l’imagination active

Fonction Transcendante et Imagination agente

jeudi 11 mai 2017, par Kieser ’l Baz (Illel)

L’imagination active est une méthode de la psychologie analytique, théorie créée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. La méthode consiste à donner une forme sensible aux images de l’inconscient et d’élargir ainsi la conscience.


 


De l’Imagination agente des Ismaéliens à l’Imagination active de C. G. Jung, il y a un pont que Henri Corbin l’aida à franchir. Même si cet érudit, spécialiste du Chiisme, est fort critiqué, son témoignage sur l’Islam aida probablement Jung à mieux situer sa propre conception de l’Imagination active.1 Dès 1916, Jung produisit un article sur la « Fonction transcendante »2 et son usage thérapeutique, qui constitue quasiment le seul document technique produit par Jung tout au long de ses années de recherche. C’est aussi le premier document dans lequel il sera abondamment question de l’Imagination active. On y trouve ce qui est aux sources de la psychologie des profondeurs et qui fera son originalité : une conception dynamique de la psyché. Dans ce document très court, Jung répond à toutes les questions que l’on se pose encore actuellement à propos de la cure psychanalytique, du rôle du thérapeute et celui de la cure, la situation de l’individu dans le collectif et, ce qui nous intéresse ici : comment aborder « l’union des contenus conscient et inconscients ».


C. G. Jung a trouvé, de façon totalement empirique, sa propre voie vers l’Imagination active. Cela lui prit plusieurs années, car il ne lui suffit pas d’apprendre à voir les images venues de l’inconscient, ni même de les rencontrer activement dans ses phantasmes3 : il ne se sentit à l’aise que lorsqu’il fit le pas décisif, le plus important de tous : trouver leur place et leur raison d’être dans sa propre vie actuelle et concrète. « C’est, dit-il, la démarche la plus importante et ce que, habituellement, nous négligeons de faire. La connaissance du mythe de notre inconscient, poursuit-il, doit être convertie en obligation éthique. Ne pas le faire serait devenir la proie du principe de puissance, ce qui produit des effets destructeurs, non seulement sur les autres, mais aussi sur celui qui en fait l’expérience ». Il poursuit : « Les images venues de l’inconscient placent un homme devant une grande responsabilité. Ne pas les comprendre ou fuir la responsabilité éthique le prive de sa totalité et impose un caractère péniblement fragmentaire à sa vie.4


Se laisser pénétrer par les images intérieures permet à l’Ego d’accéder aux forces vives et souvent brutales de l’inconscient. Ce mouvement de pénétration et d’écoute, fixé dans la mémoire et « l’écriture » facilite l’alliance avec ses forces qui trouvent alors une voie d’écoulement qui posera les bases de nouvelles adaptations au monde. En cela l’image intérieure diffère du rêve, car, sans une expérience poussée, nous n’avons aucun contrôle sur notre façon d’agir dans ce dernier. Si, la plupart du temps, l’analyse et l’amplification des rêves suffit à rétablir l’équilibre entre le conscient et l’inconscient, dans certains cas, sur lesquels nous reviendrons plus tard, il faut en faire davantage. La crispation du conscient est telle que rien ne se produit.


Le but de ce travail étant toujours d’entrer en contact avec l’inconscient, cela signifie qu’il faut, d’une façon ou d’une autre, lui laisser la possibilité de s’exprimer – Quelqu’un qui ne serait pas convaincu que l’inconscient a sa vie propre n’a aucune raison d’essayer cette méthode. On a presque toujours à surmonter une crispation du conscient pour permettre aux phantasmes – qui sont toujours plus ou moins présents dans l’inconscient – de monter à la conscience. Jung disait qu’il pensait que le rêve se poursuivait continuellement dans l’inconscient, mais que le sommeil et la cessation complète de l’attention aux choses extérieures étaient nécessaires pour que le conscient puisse l’enregistrer. C’est pourquoi le premier pas, en Imagination active, est d’apprendre à voir ou à entendre le rêve à l’état de veille. Jung dit aussi dans le Commentaire sur le mystère de la Fleur d’Or : « Chaque fois que l’on désire que le contenu du phantasme émerge, l’activité du conscient doit être mise de côté. Les résultats de ces efforts sont d’abord peu encourageants dans la plupart des cas. Il s’agit surtout d’écheveaux de phantasmes qui ne permettent pas de discerner clairement leur provenance et leur destination. Les moyens d’obtenir des phantasmes sont également différents suivant les individus. Pour beaucoup, le plus simple est de les écrire ; d’autres les visualisent ; d’autres encore les dessinent ou les peignent avec ou sans visualisation. Lorsqu’on a affaire à une crispation accentuée du conscient, il arrive souvent que seules les mains puissent imaginer : elles modèlent ou dessinent des formes qui sont souvent étrangères au conscient.


Ces exercices doivent être poursuivis jusqu’à ce que la crispation de la conscience soit dénouée, en d’autres termes, jusqu’à ce que l’on puisse laisser advenir, ce qui est le but immédiat de l’exercice. Une nouvelle attitude est ainsi créée, une attitude qui accepte également l’irrationnel et l’incompréhensible, simplement parce que c’est ce qui advient. Cette attitude serait un poison pour quelqu’un qui a été submergé par ce qui est purement et simplement advenu ; mais elle est une valeur suprême pour celui qui, par un jugement exclusivement conscient, s’est toujours borné à choisir ce qui convenait à sa conscience dans ce qui advient purement et simplement, et qui est ainsi sorti de la vie pour échouer dans une lagune stagnante ».5


Dans d’autres passages, Jung inclut le mouvement et la musique parmi les moyens d’atteindre ces phantasmes. Mais il remarque que le mouvement – très utile pour dissoudre la crampe du conscient – est difficile à enregistrer, et que, si l’on n’a pas fixé concrètement le contenu de la fantaisie, il est étonnant de voir avec quelle rapidité les choses qui viennent de l’inconscient disparaissent de nouveau. Ceci n’est pas sans rappeler l’expérience de Rudolf Laban (1879-1958),6 qui, durant son séjour en Suisse, ne peut pas ne pas avoir rencontré Jung, d’autant plus que celui-ci n’ignorait rien du monde de la danse à cette époque. Sa rencontre avec Nijinsky en est un témoin. V. Laban propose en effet un modèle de construction et de mémorisation du geste. C’est une obsession constante du danseur ou du chorégraphe de vouloir fixer dans la mémoire un geste ou un mouvement qui convient. Nijinsky lui-même essaya d’inventer une écriture de la danse. Ces tentatives de mémorisation du mouvement sont restées jusqu’à présent sans suite, même dans la danse dite classique où l’on a simplement standadisé les figures.


Pour ce qui est du mouvement, Jung suggère que l’on répète les mouvements libérateurs jusqu’à ce qu’ils soient réellement fixés dans la mémoire. Ce que Laban propose également. Même dans ce cas, d’après mon expérience, il s’avère bon, lorsque cela est possible, d’en fixer quelque chose sur le papier. On peut tracer un schéma du mouvement de la danse, ou écrire quelques mots de description pour éviter que tout ne disparaisse en quelques jours. Le graphisme et le dessin sont ici associés. Il existe pourtant une technique de mémorisation qui s’avère souvent efficace : il s’agit de mémoriser par écrit les associations qui viennent en synchronie avec tel ou tel mouvement. Ces associations repèrent non pas le mouvement mais l’état émotionnel qui l’a fait surgir. Si le danseur se plie à cet exercice, il retrouve plus facilement l’affect de départ et, par suite, ses enchaînements.


Dans le même texte Jung dit, en parlant des types psychologiques : « L’un accueillera principalement ce qui lui arrive de l’extérieur, l’autre ce qui vient de l’intérieur. Et, comme le veut la loi de la vie, l’un prendra à l’extérieur ce qu’il n’avait jamais accepté de l’extérieur auparavant, et l’autre prendra a l’intérieur ce qu’il avait toujours exclu jusque-là. »


Ce retournement de l’être est porteur d’un élargissement, d’une élévation et d’un enrichissement du champ de conscience. C’est ainsi que se mettent en place de nouvelles adaptations au monde avec de nouvelles valeurs morales et éthiques, lesquelles peuvent être associées aux anciennes, dans la mesure où ces dernières n’étaient pas de pures fictions. Ce chemin n’est pas sans danger. Jung signale que l’une des premières conditions de cette déconstruction/transformation repose sur l’existence d’un Ego puissant et souple. C’est sur cette condition que l’alliance peut s’établir. L’Ego a pour première tâche de permettre de nouvelles adaptations dans le sens de ce qui est bon pour lui et de ce qu’il s’est assigné pour but. Il doit y mettre le maximum de discernement.


L’équilibre repose sur une libre acceptation par l’Ego de ces forces sauvages qui se mettent au service du libre épanouissement de la vie. Faut-il encore que ce but soit en alliance avec les potentialités de l’être. Jung évoque souvent cela sous cette forme : « s’adapter à soi-même ».


L’Imagination active


Jung définit la Fonction Transcendante comme un mécanisme d’autorégulation de la psyché humaine et ce processus est purement psychologique. Il agit sur le Conscient mais il peut aussi être déterminé en qualité et en pression par la propre attitude du Conscient. Cet équilibrage est absolument nécessaire et vital. Or, dit Jung, chez l’Homme civilisé cette autorégulation ne va pas de soi car le Conscient a tendance à devenir trop « dirigé » du fait des contraintes de la collectivité et des adaptations nécessaires à la survie collective. Si bien qu’il s’ensuit une série de « navettes » de l’inconscient au Conscient qui, à trop devenir unilatéral et exclusif, provoque un grave déséquilibre augmentant alors la pression de l’inconscient. Cela peut alors prendre des allures dévastatrices, par l’apparition dans le champ conscient d’instincts mal contrôlés, précédés souvent par une sensation d’angoisse ou bien par des comportements de défense


Par sa fonction d’adaptation le Conscient est amené à rejeter tous les éléments venus de l’inconscient qui sont incompatibles avec cette fonction. Or l’inconscient, comme source des contenus ancestraux, récents – parenté – et antiques – l’héritage de l’humanité, cherche à faire parvenir à la conscience ses propres éléments.


Pour Jung, le caractère « défini et dirigé » du Conscient est un bien précieux car c’est lui qui a présidé à l’évolution de l’humanité. Il est « même indispensable que cette fonction soit aussi stable et aussi bien définie que possible en chaque individu puisque la vie l’exige. » Par une sorte de mécanisme inévitable cette fonction finit par rétrécir le champ d’investigation et d’exploration du Conscient. C’est ce qui finit par provoquer une unilatéralité au bénéfice de la seule adaptation et de la maîtrise de celle-ci. Cette unilatéralité apparaît « comme un avantage et un inconvénient ». Avantage car elle facilite toute forme d’adaptation et de performance mais inconvénient car survient alors une réaction équivalente de l’inconscient. Si l’unilatéralité est trop importante, l’énergie de l’inconscient fait irruption dans le champ de la réalité physique objective en y provoquant des fractures événementielles, des symptômes et des dysfonctionnements plus ou moins graves. Plus l’effet perturbateur induit une réaction consciente de négligence ou d’ignorance et plus la contre-réaction suivante se fera puissante et dévastatrice.


Le cercle infernal de ce que d’aucuns appellent névrose est enclenché. Cependant il s’agit ici de bien plus qu’un accès névrotique. Il est plutôt question d’une attitude générale que la guérison psychanalytique peut fort bien ne pas réduire.


À ce point, d’ailleurs Jung insiste pour dire que la guérison psychanalytique est « une erreur des profanes qui date des débuts de la psychanalyse. Le traitement psychanalytique est une nouvelle manière d’ajuster l’attitude psychologique qui s’opère avec l’aide de l’analyste. Cette attitude nouvellement acquise, plus adaptée aux conditions externes et internes, peut durer longtemps. Mais il est rare qu’une seule ‘guérison’ soit acquise. » Jung ajoute plus loin « Il n’y a pas d’attitudes individuelles qui soient valables inconditionnellement et pour longtemps » Si la chose était déjà vrai en 1916, qu’en est-il actuellement au moment où même les sociologues évoquent une instabilité constante du champ social ? Comment un individu pourrait-il se contenter d’une attitude uniforme et stable tout au long de sa vie ? L’Homme moderne est donc condamné à faire face à des adaptations nouvelles sa vie durant. Ce qui revient aussi à dire que ce dernier devra tôt ou tard acquérir une capacité à faire face aux changements qui ne soit pas trop sinueuse et aléatoire.


Pour Jung, la Fonction transcendante réalisera ce pont entre les données de la conscience – trop figée – et les contenus de l’inconscient, seuls susceptibles d’assurer, par intégration au réel, une nouvelle adaptation. De plus, selon lui, le transfert, loin de réaliser une projection de dépendance infantile à l’égard du thérapeute, constitue la projection sur celui-ci de cette fonction vitale.


On voit combien la fonction du thérapeute se rapproche de celle de l’antique chaman, médiateur entre le monde des esprits et celui des humains. On sait aussi que le médecin chinois avait pour mission de « lever la tête au Ciel » et « d’abaisser le regard vers la Terre », ce afin de discerner les grands mouvements de la nature et les transformations qu’opérait leur venue sur la Terre.


Cette fonction médiane du thérapeute est essentielle si on l’associe à celle, plus familière du transfert et du contretransfert.7


Ainsi Jung aborde peu à peu la façon dont on peut rencontrer les contenus de l’inconscient, rêves, fantasmes, etc. de manière constructive et non en les réduisant à une grille interprétative. Cette approche dynamique peut amener la réduction de l’état de stagnation antérieure. Certes, dit-il, « au début la Fonction Transcendante est artificielle » car elle est supportée par les connaissances du thérapeute. Mais cette artificialité se résorbe rapidement dès que les mécanismes d’autorégulation se remettent en place. Faut-il tout de même que la personne ne soit pas trop engoncée dans sa volonté de maîtrise du réel. Les rêves, alors, ne suffisent pas, le thérapeute doit donc intervenir pour aller à la pêche aux contenus de l’inconscient. Voilà un thérapeute devenu actif et c’est en est fini de la sacro-sainte neutralité !


Jung se pose la question du choix des matériaux à utiliser pour obtenir de l’inconscient des informations que la personne pourrait entendre d’abord, intégrer ensuite. Il recense alors tous les matériaux sur lesquels Freud avait déjà opéré et que Jung élimine l’un après l’autre. N’oublions pas que Jung nous situe dans un cas de figure spécifique où le Conscient est devenu trop figé pour accepter quelque contenu qui dérangerait son adaptation présente. C’est là une situation de raideur psychologique que nous rencontrons de plus en plus souvent ! Le phénomène d’uniformisation qui s’étend à la planète entière, provoque de nombreux phénomènes d’acculturation mais également une très forte pression sur les contenus autonomes des psychés individuelles. Le laminage de la normalisation intensive se paie de ce prix. Cette contrainte laisse peu de place à l’improvisation ou à l’originalité personnelle.


Jung insiste sur la nécessité d’accès aux contenus de l’inconscient mais il définit une sorte de seuil à partir duquel il convient d’intervenir. Il admet que certaines personnes puissent ne pas avoir besoin d’une telle opération psychologique artificielle ni éprouver le besoin de faire alliance avec les contenus de l’inconscient. Par contre si la charge des produits de l’inconscient est trop élevée il en résulte un état de souffrance fort préjudiciable, précisément, à la fonction du Moi et à la production de comportements adaptés8... Ce qui ne manque pas de se produire quand les impératifs de cette adaptation, imposés par le social, s’écartent trop des nécessités humaines essentielles et originelles, telle qu’une certaine harmonie entre la sphère instinctuelle/émotive et la sphère rationnelle et matérielle. L’influence régulatrice de l’inconscient est alors supprimée et elle peut s’inverser en une pression négative.


Dans ce cas Jung propose l’usage de ce qu’il nomme l’Imagination active.


« On commence par prendre l’état mental du patient comme l’objet à approfondir, ce qui se fait comme suit : il doit se préoccuper intensément de son humeur, en éloignant son sens critique, s’y absorber complètement et noter sur un papier la description de son humeur et de tous les phantasmes qui en surgissent. Il doit laisser le champ absolument libre à ces derniers. On obtient ainsi une expression plus ou moins complète de l’humeur qui reproduit le contenu de la dépression – par exemple – de façon aussi globale et fidèle que possible. Comme la dépression n’est pas le fruit du conscient, mais représente une intervention non souhaitée de la part de l’inconscient, l’expression de l’humeur qu’on produit ainsi rend compte de l’ensemble des tendances de l’inconscient qui sont contenues dans la dépression. »


Voilà une première base de travail. Plus loin, Jung élargit ses outils d’investigation : « il y a une autre méthode qui consiste moins à travailler sur l’humeur qu’à l’exprimer. Ceux qui ont un don quelconque pour le dessin ou la peinture peuvent donner expression à leur humeur dans le tableau. »


Enfin Jung aborde la situation difficile dans laquelle rien de bien concret ne peut s’exprimer hors un vague sentiment ou une angoisse diffuse, un dégoût généralisé... Il faut alors créer de toute pièce le premier fil qui permettra de franchir le seuil des contenus de l’inconscient. « Il faut exclure l’attention critique » et faire en sorte d’abaisser le seuil de vigilance de la conscience... Les matériaux et outils créateurs d’un médian peuvent donc varier suivant les dispositions naturelles de chaque individu et on peut dire que celles-ci s’ordonnent selon les cinq sens. Selon mon expérience, si une personne dispose d’un talent particulier, l’écriture, par exemple, il vaut mieux user d’un autre support pour ouvrir un médian. En effet, un outil de création trop bien structuré risque de masquer les contenus vivants en leur donnant une tournure esthétisante.


Nous voilà donc devant une vaste panoplie d’instruments de « travail sur soi » par la voie de l’Imagination active. Nous connaissons, bien sûr, ces techniques d’abaissement du niveau de vigilance et « d’exclusion de l’attention critique ». L’Inde, le Tibet et la Chine nous ont légué de multiples méthodes de « méditation » – enseignées par de non moins multiples écoles de Yoga – mais toutes les cultures du monde en ont produit également. Le Moyen Orient nous a donné, entre autres l’Oraison monologiste9 dont on trouve l’empreinte dans les techniques que le Prophète Muhammad semble avoir utilisées.


On peut aussi rappeler les techniques de transe. Au Pérou, par exemple, chez les Quechuas, je n’ai pas remarqué les traces d’une quelconque technique de méditation. Par contre la transe est couramment utilisée dans les cérémonies chamaniques de guérison ou de consultation oraculaire. La prière et l’évocation y tiennent une place importante. Les brujos expliquent que les rituels d’entrée en transe sont nécessaires pour entrer en contact avec Saxawaman, le dieu de la montagne10. Certains brujos11 entrent immédiatement en transe après l’absorption d’une bouteille entière d’alcool de palme. L’Afrique nous a aussi fait don de techniques singulières et riches où le personnage tambour entre en relation avec le danseur, devenu lui-même la monture d’un esprit que le griot appelle. Les esclaves de la côte Ouest de l’Afrique, embarqués vers l’Amérique du sud ont recréé ces rites cérémoniels dans le Vaudou et dans le Candoumblé.12 Les rites africains sont extrêmement intéressants car ils offrent des possibilités surprenantes d’abaissement du niveau de vigilance de la conscience. En effet, nos consciences sont peu accoutumées au métissage de plusieurs genres, la danse, la musique et le cri/chant. Aussi bien en Afrique qu’en Amérique, chez les peuples indiens du Nord au Sud, l’association du rythme, du chant, de la mélopée et de la danse méritent une attention particulière.


On retrouve de nombreuses similitudes dans le courant de la danse Butô, que les initiateurs de ce courant ont su reprendre à leur compte.


 


1 – Jung ne connaissait pas les travaux de Henri Corbin à cette date. Ce n’est que plus tard, notamment au cercle d’Eranos que Jung rencontra de nombreux historiens, physiciens, mathématiciens et autres chercheurs, notamment, je crois savoir, Mircea Eliade.
2 – Il s’agit d’un manuscrit de la bibliothèque privée de Roland Cahen et traduit par lui. Je n’ai pas les références exactes de cet article dans les œuvres complètes de C.G. Jung, actuellement éditées. À demander à l’éditeur, Michel Cazenave auprès des éditions Albin Michel.


3 – Le terme est à prendre au sens allemand, difficilement traduisible : fantaisie de l’imagination avec une connotation positive. Chaque fois que j’aurais à reprendre ce terme dans son acception allemande je le reprendrai sous cette orthographe.
4 – Ma vie, souvenirs, rêves et pensées, p. 224.
5 – Commentaire sur le Traité de la Fleur d’Or, op. cit., p. 34.
6 – Voir le chapitre consacré à la danse thérapie.
7 – C’est pour cette raison que j’ai choisi le terme d’Imagothérapie pour nommer ma contribution à la technique d’Imagination Active. Thérapie est à prendre au sens antique du terme, à savoir médiation.
8 – Le lecteur aura remarqué depuis longtemps que ce terme n’est pas adapté à notre contexte. Il s’agit en fait de dire : adapté à la fois aux nécessités de l’être et à celle du social.
9 – Raymonde Gilant, L’Oraison monologiste, Lierre & Coudrier éditeur, Paris, 1988.
10 – Consulter à ce sujet et pour cette ethnie spécifique, les écrits de l’anthropologue péruvien, Francisco Aliaga, en cours d’édition sur le site Hommes et faits, déjà cité.
11 – Aucune traduction n’est appropriée : guérisseur, devin, sorcier, etc. le tout à la fois.
12 – « Les tambours de la liberté. Hurt of Africa », in Hommes et faits, <http://www.hommes-et-faits.com/atelier/> ; J’y évoque mon apprentissage de ces rites.