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Le mythe tel qu’en lui-même

La légende d’Œdipe

jeudi 29 juin 2017, par Webmaître

On droit connaître la légende d’Œdipe par ce que nous en a légué la psychanalyse.
Mais on a oublié ce qui a tissé le destin tragique du héros de Sophocle
La légende d’Œdipe nous est surtout connue par tout ce que le génie de Sophocle nous en a raconté dans les trois tragédies : Œdipe-Roi, Œdipe à Colone et Antigone.

La légende d’Œdipe nous est surtout connue par tout ce que le génie de Sophocle nous en a raconté dans les trois tragédies : Œdipe-Roi, Œdipe à Colone et Antigone, où il mit en action et porta sur la scène toutes les péripéties de cette atroce et lugubre aventure. Avant lui, Eschyle avait écrit une trilogie sur le même sujet. Des trois tragédies dont elle était composée : Laïos, Œdipe, Les Sept contre Thèbes, et à laquelle s’ajoutait un drame satyrique, également tiré de l’histoire légendaire des Labdacides, Le Sphinx, il ne nous reste plus que Les Sept contre Thèbes. Eschyle, de même que Sophocle et comme Euripide dans ses Phéniciennes, avaient dû, sans doute, large­ment et librement puiser dans deux épopées du cycle thébain : l’Œdipodie et la Thébaïde, dont le nom seul à peu près est parvenu jusqu’à nous. Ces deux épopées passent pour être des mises en forme assez récentes, des refontes plus ou moins rajeunies, de chants épiques beaucoup plus anciens. Le seul texte antérieur à ces deux tragiques, que nous pouvons encore lire et qui nous parle d’Œdipe, est tiré du onzième chant de l’Odyssée. Dans la fameuse évocation des Morts qui en fait le sujet, Homère y indique déjà les quelques traits essentiels de la légende d’Œdipe. Parmi les héroïnes, dont les ombres apparurent à Ulysse sur le bord de la fosse, se présenta Jocaste : « Je vis, raconte le poète, la mère d’Œdipe, la belle Épicasté qui, par ignorance d’âme, commit un acte affreux : elle épousa son fils, et ce fils devint, après avoir exterminé son père, le mari de sa mère. Mais les dieux firent que les hommes fussent aussitôt instruits de ces horreurs. Œdipe cependant régna, dans la charmante Thèbes, sur les fils de Cadmos, accablé de tourments par les rigoureuses résolutions des dieux. La reine descendit chez le puissant Hadès aux passages bien clos. Excédée de souffrir, elle attacha une longue corde à la poutre de son haut plafond, laissant après elle à Œdipe des maux incalculables, que mènent à terme les Érinyes d’une mère. »


Ce court récit, que nous transmet Homère, ne nous dit rien de la lutte d’Œdipe contre le Sphinx ; il paraît également ignorer la mutilation volontaire et la triste fin de ce malheureux, puisqu’il nous le montre, après la mort de Jocaste, qu’il appelle Épicasté, continuant à régner sur la ville de Thèbes. Avec le temps, et sans pouvoir clairement discerner ce qui provient de l’imagination des poètes tragiques ou de la fantaisie des récits populaires ou autres, des traditions sont venues s’ajouter à ces données primitives, les enrichir et parfaire la légende d’Œdipe telle que les mythographes ont pu nous la transmettre. En tout cas, voici les traits essentiels de ce qu’ils nous racontent.


Fondateur et premier roi de Thèbes, Cadmos eut un fils qui s’appelait Polydore. Après la mort de Cadmos, Polydore, héritant du trône paternel, le garda jusqu’à ses derniers jours. Il laissait après lui un fils, Labdacos, qui, trop jeune pour régner, fut mis sous la tutelle de son oncle Lycos. Lorsqu’il eut atteint sa majorité, Labdacos recouvra ses droits de souverain, se maria, puis mourut en laissant à son tour un enfant en bas âge, qui se nommait Laïos. Lycos alors, au lieu d’exercer la régence, déposséda son petit-neveu et se déclara roi. A peine au pouvoir, Lycos, pour trouver prétexte à répudier Antiope, sa première femme, l’accusa fort injustement de lui être infidèle. Une fois séparé d’elle, il épousa Dircé et mit Antiope sous la cruelle garde de sa nouvelle épouse. Zeus eut pitié de cette malheureuse innocente. Il l’arracha de sa prison, la transporta sur le Cithéron et en fit son épouse. De cette union, des jumeaux naquirent : Amphion et Zéthos. Élevés par des bergers, les deux enfants, en ignorant d’où ils étaient issus, grandirent dans la montagne. Devenus hommes, ils furent, par les mêmes pâtres qui les avaient recueillis et nourris, instruits de leur naissance. Ils apprirent qu’Antiope, leur mère, avait été faussement accusée, et que son mari, Lycos, l’avait indignement chassée pour épouser Dircé. Asservie à cette nouvelle femme, Antiope avait été par elle si durement traitée que Zeus compatissant vint la délivrer et en faire à la fois son épouse et leur mère. Irrités de tant de barbarie, Amphion et Zéthos levèrent une troupe, marchèrent contre Thèbes, massacrèrent Lycos, attachèrent Dircé aux cornes d’un taureau qui la traîna jusqu’à ce qu’elle expirât et fût changée en source, puis s’emparèrent du trône de Cadmos. Lorsqu’ils moururent, la ville sainte de Thèbes avait été par eux ceinte de beaux remparts, et le sceptre royal revint sans coup férir, à son héritier majeur et légitime : Laïos, fils de Labdacos.


Le roi Laïos prit pour femme Jocaste, fille de Menécée de Thèbes et sœur de Créon. Or, comme de cette union aucun enfant ne leur naissait, les deux époux se rendirent à Delphes pour demander au divin Apollon si leur mariage devait être fécond. La Pythie répondit qu’il leur naîtrait un fils, mais que ce fils tuerait un jour son père, épouserait sa mère et plongerait sa famille dans le deuil et dans le sang. Quelque temps après, Jocaste mit au monde un enfant masculin. Craignant dès lors l’accomplissement de l’oracle, Laïos perça de part en part les pieds du nouveau-né, les réunit par un lien qu’il passa dans les trous et donna ordre qu’on suspendît l’enfant à la branche d’un arbre sur le mont Cithéron. Le hasard voulut que des bergers qui gardaient en ces lieux les troupeaux du roi de Corinthe, accoururent aux cris que poussait l’enfançon. Émus par le spectacle d’un si cruel abandon, ils le détachèrent et décidèrent de porter à leur maître cet enfant trouvé. Le roi Polybe et sa femme Mérope se laissèrent attendrir, et, comme ils étaient sans postérité, ils adoptèrent cet enfant envoyé par les dieux et le nommèrent Œdipe, c’est-à-dire Pied-Enflé, car le lien qui devait servir à le suspendre avait tuméfié ses petites chevilles. Élevé par ceux qu’il croyait ses parents, leur vouant un respect filial et une tendre affection, Œdipe grandit dans le palais royal de Corinthe. Son âme était indomptable et fière. Aussi, lorsqu’il eut atteint son adolescence et qu’il entendit, au milieu d’un festin, certains des convives, dont le vin avait délié la langue, douter de sa naissance et soutenir qu’il n’avait aucun droit à. se prétendre issu du roi Polybe, son cœur en ressentit une vive amertume. Dans l’espoir d’éclaircir le troublant mystère de sa naissance, Œdipe prit le chemin de Delphes. Sans lui révéler le secret de son origine, l’oracle confirma la prédiction déjà faite à Laïos, et annonça qu’il tuerait son père, épouserait sa mère et donnerait le jour à une race exécrable.


Saisi d’horreur, Œdipe ne voulut pas retourner auprès de ceux qui l’avaient élevé. Pour conjurer les maux dont il était menacé, il se prit à marcher sur une tout autre route que celle de Corinthe. Comme il arrivait aux environs de Daulis, il eut à traverser, au carrefour de trois routes, un défilé bordé de hautes roches. Dans cet étroit passage, il rencontra un char monté par un vieillard assisté d’un cocher. Le cocher cria d’abord à Œdipe d’avoir à se garer. Mais, au lieu de s’écarter, le voyageur bouscula les chevaux. Irrité, le conducteur du char voulut alors jeter en le cinglant Œdipe par côté. Furieux à son tour, Œdipe répondit en frappant le cocher, et le maître du char, en passant auprès de ce récalcitrant, lui asséna un coup de son double aiguillon. Bondissant sous l’outrage, Œdipe s’arma de son bâton, assomma le vieillard, et massacra, à l’exception d’un seul qui réussit à fuir, tous ceux qui compo­saient la suite de Laïos. Après avoir été, et tout à son insu, le meurtrier de son père, Œdipe, poursuivant son chemin, se dirigea vers Thèbes.


Or, après la mort de Laïos, qui ne laissait pas d’enfant, ce fut Créon, le frère de Jocaste, propre mère d’Œdipe, qui prit en main le sceptre de Cadmos. A ce moment, un monstre redoutable, le Sphinx, désolait la contrée. Posté, aux alentours de la ville de Thèbes, sur un rocher dominant la grand’route, ce monstre ailé au visage de femme et au corps de lion, arrêtait les passants, leur posait une énigme et dévorait tous ceux qui ne savaient la résoudre. Déjà, de nombreuses victimes avaient été la proie de cet étrange animal, et jamais personne n’avait pu découvrir le mot de l’énigme qu’il ne cessait de poser. Voulant mettre fin à ce tragique fléau, Créon fit publier qu’il promettait sa couronne et la main de sa sœur à l’homme qui parviendrait à délivrer le pays de cette calamité. Œdipe, faisant route vers Thèbes, rencontra le Sphinx. Comme à tout passant, le monstre, du haut de son rocher, lui posa cette énigme :
–  Quel est, lui dit-il, l’animal qui le matin marche sur quatre pattes, à midi sur deux et le soir sur trois ? »


Œdipe répondit aussitôt :
 C’est l’Homme. Enfant, il se traîne à quatre pattes ; devenu grand, il marche sur deux pieds, et, sur ses vieux jours, il se sert d’un bâton comme troisième soutien. »


Voyant l’énigme résolue, le Sphinx vaincu se précipita du sommet de son roc et se fendit la tête. Thèbes était délivrée. Œdipe y fut reçu par des cris d’allégresse. Créon tint sa pro­messe. Avec la royauté thébaine, le fils de Laïos reçut Jocaste pour épouse, et le vainqueur du Sphinx devint ainsi, et sans qu’il s’en doutât, le mari de sa mère. De cette incestueuse union, deux filles naquirent, Antigone et Ismène, ainsi que des jumeaux : Étéocle et Polynice, deux frères ennemis dont on rapporte qu’ils se battaient déjà dans le sein de leur mère.


Cependant, cette criminelle alliance ne fit qu’accroître le courroux des dieux déjà courroucés de ce que restait impuni le meurtre de Laïos. Après quelques années de paix et de prospérité, un fléau vengeur s’abattit brusquement sur le pays de Thèbes. La peste décimait la cité de Cadmos ; les semailles desséchaient dans la terre, les troupeaux et les vergers périssaient et les enfants des hommes mouraient avant de naître. Consulté sur la cause de ce mal effrayant, l’oracle répondit que la ville de Thèbes était souillée par la présence du meurtrier de Laïos et que le fléau ne prendrait fin qu’au jour où les Thébains auraient découvert et puni le coupable. Sans perdre de temps, Œdipe alors, avec une patience tenace et résolue où se révèle son amour pour son peuple, ouvre en personne une minutieuse enquête. Il interroge tous ceux qui pouvaient l’éclairer ; il en vient jusqu’à menacer le devin Tirésias et l’accuser de cacher ce qu’il devait savoir ; il fait comparaître le serviteur qui avait, sur l’ordre de Jocaste, exposé l’enfançon, le berger qui l’avait recueilli et porté à Corinthe. De l’ensemble de tous ces témoignages, la vérité se dégagea peu à peu, et la faible lueur qui avait commencé par épouvanter sa raison vacillante, se changea bientôt, par degrés insensibles, en lumière éclatante. Le vieillard qu’il avait assommé à Daulis était son propre père ; la reine qu’il avait épousée était sa propre mère, et les enfants qu’il avait engendrés étaient issus du même sein que lui !


Folle de désespoir, Jocaste se pendit dans ses appartements, et Œdipe lui-même, convaincu d’être à la fois parricide et inceste, se creva les yeux pour ne plus voir la lumière.


Chassé de Thèbes par Créon, considéré comme un objet d’horreur par tous les citoyens, repoussé par ses fils qui, loin d’alléger sa détresse, s’entendirent pour régner à sa place, garder à tour de rôle, chacun pendant un an, le trône de Cadmos, le malheureux aveugle prit le chemin de l’exil, accompagné de sa fille, la fidèle Antigone. Guidé par elle, il erra longtemps, subissant les rigueurs des intempéries, mendiant son pain et couchant sur la dure. Accablé par toutes ses épreuves, averti par une voix divine qu’il parviendrait au terme de sa vie lamentable, lorsqu’il serait arrivé dans un bois sacré qui se trouvait près d’Athènes, il se dirigea vers cette ville fameuse, que gouvernait alors le généreux Thésée. Il s’en approchait, lorsqu’il s’arrêta, aux environs de Colone, dans un bois consacré aux Furies Vengeresses du crime que sont les Euménides. Pendant ce temps, à Thèbes, les deux fils d’Œdipe n’avaient point tardé à regretter son départ. Un oracle, en effet, avait annoncé que le peuple qui posséderait la personne ou les cendres d’Œdipe était assuré d’être vainqueur de tous ses ennemis. Or, Étéocle et Polynice étaient en guerre ouverte. Monté le premier sur le trône parce qu’il était l’aîné, Étéocle, après un an de règne, refusait d’en descendre et de céder la place, comme il l’avait promis, à Polynice. Pour épargner de nouveaux mal­heurs aux Thébains, Créon vint lui-même supplier Œdipe de retourner au palais ; et, comme il n’arrivait pas à vaincre par la persuasion le courroux du vieillard évincé de son trône, il allait en venir à la force pour s’en emparer et le ramener, lorsque Thésée, arrivant à propos, lui interdit d’arracher à l’asile que les dieux lui offraient, un suppliant doublé d’un malheureux.


Après Créon arriva Polynice. Exilé de Thèbes par Étéocle, il avait rassemblé une nombreuse armée et s’était mis à sa tête pour conquérir son tour de royauté. Il conjura son père de prendre son parti et d’assurer, en s’unissant à lui, le succès de sa cause. Mais Œdipe, bien loin de se laisser attendrir et fléchir, ne fit que renouveler, avec un souffle accru de véhémence, les malédictions qu’il avait déjà proférées, avant de quitter Thèbes, contre Étéocle et contre Polynice. A peine Polynice s’était-il éloigné, que le fracas éblouissant du tonnerre se fit entendre. A ce signal, Œdipe reconnut que son heure était proche. Il fit appeler Thésée, lui recommanda l’avenir de ses filles, lui fit jurer de garder secret le lieu de son tombeau ; puis, accompagné du seul roi d’Athènes, il pénétra dans les profondeurs du bois des Euménides, et disparut d’une façon merveilleuse, laissant aux Athéniens le gage et l’assurance qu’ils seraient à jamais victorieux des Thébains.


Tel est, dans ses grandes lignes, le mythe de la naissance, de l’existence tragique et de la mort étonnante d’Œdipe. Les travaux des psychanalystes modernes, de Freud surtout, lui ont donné un regain d’actualité. Pour les anciens, Œdipe était avant tout une victime de la Fatalité, autrement dit de l’ensemble des lois mystérieuses et des arrêts qui règlent le cours irrévocable des destinées humaines et divines. La volonté cachée qui les promulgue est aussi inconnue que la raison qui en détermine la cause et les effets. La grandeur de l’homme est de se soumettre à sa fatalité, de l’accepter sans révolte inutile et d’en mûrir jusqu’au bout, si douloureuses soient-elles, toutes les conséquences. C’était donc une leçon de morale que les poètes tragiques et les moralistes de l’antiquité s’efforçaient de tirer de la légende d’Œdipe. Par contre, la critique moderne ne s’est pas contentée de cette simple leçon. Dans sa manie de vouloir tout expliquer par des raisons naturelles, elle a voulu démêler les éléments physiques qui étaient, d’après elle, à l’origine de ce mythe fameux. Elle a cru les trouver en rattachant Œdipe à l’illustre famille des héros solaires. Son exposition sur le Cithé-ron, écrit Paul Decharme en s’inspirant de Cox, de Bréal, de Preller et de Max Mûller, « serait l’image de l’apparition du soleil qui, à l’heure où il se lève, semble reposer, solitaire, sur les hautes cimes ». Le nom même d’Œdipe, qui signifie Pied-Enflé, rappellerait, suivant ce même auteur, « le disque solaire qui, le matin, semble s’élargir à sa base, sur l’horizon qu’il n’a pas encore dépassé ». Le père d’Œdipe, Laïos, serait une personnification de la nuit. « Œdipe, écrit Decharme, est le fils de Laïos, comme le soleil est l’enfant de la nuit ; le soleil tue la nuit comme Œdipe devient le meurtrier de celui qui l’a engendré ». Jocaste, toujours d’après l’auteur de la Mythologie de la Grèce antique, « doit personnifier l’aurore qui, le matin, précède le soleil et semble l’enfanter. Le soir, l’astre rayonnant, vainqueur des ennemis qu’il a rencontrés sur sa route, avant de disparaître à l’horizon, s’enveloppe souvent d’ardentes vapeurs. Il s’unit aux nuages violets du couchant, à la brillante aurore du soir qu’il ne reconnaît pas sous sa forme nouvelle : Œdipe est le mari de sa mère ». Le Sphinx est « le nuage obscur et orageux ». Le rocher sur lequel il est accroupi est « la montagne des nuages ». Ses paroles obscures, son langage ambigu, sont la voix du tonnerre. L’écroulement du monstre symbolise la pluie que fait tomber à torrents le nuage rendu silencieux, une fois qu’il est percé et comme dégonflé par les traits du soleil. Enfin, « en voyant l’œil du soleil disparaître à l’horizon, les premiers Grecs avaient dit que le héros était devenu aveugle et qu’il avait été condamné à errer dans l’obscurité. On ajoutait qu’il avait eu pour fidèle compagne sa fille Antigone, déesse lunaire probablement, qui dirige le soleil aveugle dans la nuit ».


Tant d’ingéniosités pour donner un point de départ à une interprétation naturiste de la légende d’Œdipe, ne diminue en rien la valeur essentielle de ce conte moral, fût-elle surajoutée. Tant que les hommes pourront relire et comprendre Sophocle, ils apprendront en ses vers que l’homme ne peut pas échapper à sa destinée, qu’il ne la fuit que pour mieux la subir au terme de sa fuite, et qu’un premier malheur en entraîne à sa suite toute une chaîne d’autres. Pour mériter de mourir, comme Œdipe, avec une conscience sereine et pacifiée, il faut, jusqu’à la lie, avoir bu, sans reproche à se faire, le calice des maux qui nous sont réservés ; nous ne pouvons qu’à ce prix changer notre destin.


In « Psyché », Revue Internationale de psychanalyse et des Sciences de l’Homme, N° 8 - juin 1947. © Tous droits réservés.



La psychanalyse ne nous dit pas tout. L’inceste d’Oedipe est induit par l’acte pédocriminel du père...