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Écriture

jeudi 16 mars 2006, par Martine Burger


L’écriture a été, en premier lieu, bien avant l’apparition de la littérature, un instrument du pouvoir, sa fonction a d’abord, et pour longtemps, été extrêmement pratique, liée à ce qui deviendra la gestion de l’état.


La littérature fut ensuite essentiellement la prérogative des classes privilégiées.


Depuis plus d’un siècle cependant, on voit s’esquisser un mouvement d’une véritable libéralisation de l’écriture. Les romantiques allemands commencent en déclarant que la fonction poétique appartient à l’homme, le langage et le mythe étant les produits universels nécessaires à cette faculté.


« Mais il faut que le peuple s’approprie cette mythologie et qu’il lui donne vie »


L’apparition des ateliers d’écriture depuis une trentaine d’années tend aussi à la rendre accessible à tous.


Aujourd’hui, on voit grossir les rangs de ceux qui constituent désormais une société parallèle. A un tel point qu’apparaît le risque de plus en plus grand d’une véritable fracture sociale.


Ainsi face à l’angoisse de nos sociétés qui semblent craquer de partout sans le moindre repère, avec d’autres, nous esquisserons une hypothèse et nous la ferons nôtre : l’humanité ne doit-elle pas réapprendre à se laisser guider par son imaginaire ? Du dialogue instauré avec ce guide apparaîtrait alors sûrement le tracé de possibles futurs.


Dans une culture où de plus en plus de gens voient se poser par une marginalisation forcée, la question de leur existence, il semble de plus en plus important que l’être trouve la possibilité de se définir, de construire sa propre vision du monde, ce faisant il se crée une image de soi, il acquiert une force qui se trouve au centre de lui-même et que nul ne peut supprimer.


Cette découverte amène une responsabilité importante où devenant acteur de sa vie, il ne peut plus être question de se résigner aux mouvances d’une existence passive.


Des récits modernes sont porteurs de mythes oubliés, mythes ressurgissant sous des formes nouvelles : science-fiction, héroïc fantasy ou autres... Mythes que l’on assimile aujourd’hui facilement à des fables... affabulation ! Et dans la représentation de l’homme moderne, le glissement s’insinue. Le mythe, produit de l’imaginaire de l’homme se réduirait à une fantaisie ?


Pourtant de tels récits qui amènent la notion de perte, de fracture, incluent toujours aussi celle de réparation. Ainsi parle le mythe, car le mythe est ancré dans le vivant.


L’histoire nous montre également que les changements profonds ne viennent jamais des instances assises d’une société. Renégats, marginaux, exclus de tous poils, ceux qui vivent aux lisières d’une société repue, ceux- là sont au cœur du problème de l’écriture car ils peuvent avoir la vision de l’ensemble.


Au sein de ces sous-couches, dépotoirs d’une société rassise, se nichent des germes du renouveau.


L’observateur doit avoir une vue lointaine et détachée. Certains écrivains parlent du sentiment de proximité qu’ils ont avec les marginaux. Leur droit d’exister, leur capacité à diffuser leurs œuvres, signent sans doute la grande différence entre l’écrivain , l’artiste et le simple marginal. En d’autres termes, il manque au marginal pour se sentir proche de l’écrivain, la place que la parole prise et diffusée, confère. Il est urgent de reconnaître l’inconfort d’une telle place, la souffrance qu’elle engendre souvent mais aussi la valeur de cette place qui est une place réelle, celle qui rend l’œil aigu, le regard plus libre qui peut porter loin.