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Note pour une psychologie péruvienne - 1

De Julio Alvites Ramirez, professeur à l’UNMSM de LIma

dimanche 9 avril 2006, par Gaelle Binet

Cette traduction présente un texte qui devait servir de base à un ouvrage plus vaste sur le même sujet, dans le cadre du programme de publication des éditions Lierre et Coudrier.
Le texte est divisé en quatre parties que nous publierons intégralement. La traduction est de Elizabeth Aliaga, épouse de Francisco Aliaga, anthropologue péruvien qui nous fit connaître Julio Ramirez. Nous retrouverons les travaux de Francisco Aliaga ici même ou dans les archives du site.
On regrettera cependant que l’auteur ait fait peu de place aux courants qui prennent en compte les données de la médecines dite folklorique. Nous savons que ces courants sont vivaces et importants.

Un bref état des lieux

Le Pérou qui est un pays en voie de développement a une économie dépendante des pays industrialisés, principalement des USA ; et en ce moment nous vivons la pire crise économique de toute notre histoire.
Cette dépendance se reflète au niveau culturel - scientifique, car il se trouve que dans notre science, la psychologie, les connaissances sont importées comme des produits manufacturés. Pendant les années soixante et une partie des années soixante dix, dans les librairies de notre capitale, les Éditions Paidos étaient très présentes avec des textes dans lesquels on s’appliquait à nous présenter la littérature psychanalytique.

De cette manière, dans les principales universités de Lima, les tendances Freudiennes furent celles qui primèrent et la psychanalyse prit un essor, non seulement dans les enceintes universitaires, mais au plan culturel. Nous voulons dire par là que cette tendance, psychologique et psychiatrique est récente. C’est elle qui va promouvoir celle proposée par Freud dans les années vingt et José Carlos Mariategui dans son ouvrage Défense du Marxisme en fait mention et considère cette théorie comme progressiste.

Pendant les dernières années, de soixante à soixante dix jusqu’à maintenant, la tendance a changée et est allée vers les courants psychologiques.

Les livres qui nous arrivent, sont essentiellement dans leur majorité, de courant comportementaliste.

C’est l’époque où apparaît la grande polémique entre la psychanalyse et le comportementalisme. Ce dernier a pris un essor, à tel point qu’une université privée a fait de cette tendance psychologique sa ligne d’étude.

C’est dans les années soixante dix que se produit un débat historique à l’université Mayor de San Marcos, la plus vieille d’Amérique, entre le psychologue Raoul Gonzalez Moreyra et le psychiatre Max Silva Tuesta. Le premier défendait une proposition comportementale bien que centrée sur le conditionnement de Pavlov, car il faut différencier la proposition comportementale et celle que propose Pavlov. Les premiers ont centré leurs études sur des schémas méthodologiques E-R et E-O-R. « O » étant étudié non pas avec une perspective scientifique mais avec des hypothèses peu sérieuses (assemblée cellulaire de Donald Heth, salle de cartes, pour Tolman).

Alors que Pavlov avec « l’activité nerveuse supérieure » pose le problème de façon assez scientifique et le démontre avec sa méthodologie expérimentale. Nous insistons sur cette différence parce que, au Pérou, la bibliographie sur des systèmes psychologiques prétend identifier le Pavlovisme au comportementalisme, faisant table rase de la grande différence qui existe entre les deux.

Evidemment le débat historique eut une grande importance parmi les étudiants de l’université de San Marcos. Il y a eu une orientation vers le courant Pavlov et, en y associant la philosophie Marxiste, apparut une tendance dans la psychologie Péruvienne peu connue, malgré les efforts de diffusion qui ont été faits pour poser les problèmes.
Nous devons dire que dans les dernières années un groupe de professeurs et d’élèves des différentes universités du Pérou se sont déplacé pour assister à des évènements Internationaux de psychologie réalisés à la Havane-Cuba.

Lors de ces voyages on a rapporté du matériel bibliographique de tendance Marxiste, ce qui a permis d’approfondir les différents processus psychologiques à partir d’une optique différente de celle dont nous avions l’habitude. De cette manière on dépasse la proposition ci-dessus mentionnée de réunir le marxisme et Pavlov malgré le fait, je le répète, que de grands efforts pour cela aient été faits.
D’autres courants modernes ont également été connus à travers des bibliographies étrangères ; nous avons ainsi la Gestalt, l’Analyse Transactionnelle, etc.

Cette dépendance n’a pas empêché les psychologues Péruviens de faire de la recherche. Il existe environ trois à quatre mille travaux de recherche sous forme de thèses pour obtenir le titre de Licencié en Psychologie.

De nombreuses revues spécialisées sont publiées, des articles y abordent différents domaines de la psychologie d’autres servent de supports à des communications scientifiques. Nous ajouterons qu’il existe un ensemble d’associations, centre et instituts qui se consacrent à la recherche et à la diffusion de la psychologie tant du point de vue théorique que pratique.

Le plus développé est le domaine de la thérapie psychologique.

Une psychologie péruvienne

Nous croyons qu’une psychologie Péruvienne est en train de se construire, que dans les domaines où l’on fait de la recherche, peu à peu, on aborde le champ d’une psychologie de l’Homme Péruvien, ce qui permettra, d’une manière ou d’une autre, de trouver l’identité nationale dont nous avons tant besoin pour dépasser la dépendance que nous avons à tous les niveaux vis-à-vis des pays économiquement forts. Dans ce sens nous devons insister sur les efforts que font certains élèves et professeurs en réalisant des études sur la psychologie de l’Homme des Andes. Peut être sont-ils au début d’un chemin long, difficile et incompris, mais nous espérons qu’avec le temps cela donnera les résultats attendus. Nous insisterons sur la publication de la Revista Retablo (N°1) qui traduit justement les efforts ci-dessus mentionnés.

Comme on le comprendra, la psychologie occupe une position plutôt difficile à l’intérieur des classifications de la science, ce qui permet facilement de l’aliéner ou de la dépouiller de son véritable objet d’étude.

On dit généralement que c’est une science naturelle. Cette place obéit aux principes du comportementalisme, car comme on le sait, son essence est dans le conditionnement qui se base sur des lois biologiques.
Quand on distingue un seul aspect du processus psychique, en lui donnant un caractère substantiel comme le fait le comportementalisme avec le comportement, ou enlève à notre science son véritable objet d’étude : on « l’unilatéralise ». (se le unilateraliza)

La psychanalyse, de son côté, en privilégiant le caractère essentiel de l’inconscient dénature le véritable objet d’étude, le rend irrationnel. Elle écarte (le quita) l’aspect le plus important du sujet humain, la conscience.

Une psychologie et deux réalités

Nous considérons que la psychologie est une science humaine qui a pour objet l’étude de l’inter-relation de deux réalités : physiologique et sociale. Ce qui a pour résultat un processus différent, à l’instar du psychologique qui a comme déterminant le social. Nous en déduisons que la conscience, la personnalité et l’activité psychique au sein de celles-ci, sont ce qui est fondamental pour la psychologie.
Ces deux processus psychologiques, conscience et personnalité, que nous ne pouvons séparer qu’à des fins didactiques, expliquent les différents niveaux de régulation du comportement que l’être humain possède.
De telle sorte que le comportement est une partie du psychologique, et plus encore, c’est là que devient objectif le psychique, et à son pour il est le produit de ce dernier. Il existe une relation de détermination dialectique entre ces deux parties.

Ce qui est le plus développé dans le psychisme humain c’est la personnalité. Cette instance comprend les fonctions psychiques les plus complexes mais aussi, les plus humaines à proprement parlé.
À cause de toutes ces considérations (limitées bien sûr) nous croyons que dans le domaine de la science, différentes interprétations s’expriment, qui plus que scientifiques s’approchent de l’idéologique et c’est pourquoi on pose différemment le problème au sujet de la psychologie.

On parle beaucoup au Pérou de la théorie de la science, pourtant on ne parle pas de son lien au social de celle-ci, question que, d’en d’autres pays, on a certainement dépassé.

Car à l’analyse de la structure des théories de la psychologie et précisément quand on l’aliène, nous trouvons de fortes influences idéologiques qui défigurent notre science, et en cela la psychologie est humaine ; il est logiquement important de lui donner un sens et l’orientation nécessaire à satisfaire les intérêts du pays qui propose les dites théories. Nous ne sommes pas contre le fait que la science renferme une idéologie, nous disons même plus, nous considérons que c’est inévitable ; aucun scientifique ne peut se débarrasser de ses principes personnels ; l idéologie est un élément tacite dans la connaissance. Mais nous sommes également d’accord sur le fait que l’idéologie, afin d’être « scientifisée », afin de pouvoir faire partie de ce monde de la connaissance scientifique, doit être compatible avec la réalité et avec la science elle-même.

Par exemple, lorsque l’on nous dit que l’inconscient est ce qui doit être étudié en psychologie, il nous vient à l’esprit cette question : notre vie existe-t-elle en un constant devenir irrationnel ou au contraire sommes nous conscients la plus grande partie du temps et inconscients à certains moments ? L’idéologie introduite dans la psychanalyse s’appuie sur une philosophie irrationaliste, nous obligeant a définir un être humain régi par des lois biologiques et non sociales comme c’est la réalité. Ceci lorsque nous parlons de Freud ; déjà avec les tendances sociales de la psychanalyse on dépasse un peu le problème (E. Fromm, K. Honey) mais pas complètement.
Les néopsychanalystes insistent sur l’idée de l’inconscient comme direction du comportement, celui-ci naît de la conséquence des pressions sociales qui produisent des mécanismes non-conscients. Autrement dit les processus inconscients sont mis à jour par la problématique sociale.

On insiste sur le fait que des profondeurs du sujet surgit ce qui va diriger le comportement.

Voici, jusqu’à maintenant les considérations primaires et croyons nous, nécessaires, pour engager de donner un panorama superficiel de la psychologie du Pérou.