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Résili_silence

Un témoignage

vendredi 5 mai 2006, par Webmaître

Alex.Emmanuelle G. nous livre ici un récit émouvant...

Bonjour,

Merci beaucoup de m’avoir répondu. Je me rends compte que les personnes à qui j’en parle parfois, qui sont étrangères à ce problème, ont bien du mal à écouter, et encore plus à « participer » à la discussion... Parce que le psy ne suffit pas, c’est médecin et non pas ami, on a besoin aussi de parler à nos proches et je sens la puissance de ce tabou empêcher les gens de penser, d’en parler librement.

Si mon témoignage peut aider des personnes, (car je ne connais personne ayant passé par là), j’en serai ravie.

Vous dîtes qu’il faut parfois des moyens détournés pour que l’inconscient s’exprime. Oui, je l’ai remarqué.

Je m’exprime par le dessin depuis que j’ai l’âge de tenir un crayon, et je n’ai jamais cessé de remplir des feuilles, jusqu’à ce jour.
Le modelage , la sculpture, font partie de ma vie aussi. Inattentive en classe jusqu’au bac, j’ai pu faire des études d’Art qui m’ont permis d’envisager d’en faire mon métier.

Sans la création artistique, je ne serai plus de ce monde. Même dans les périodes suicidaires, je gardais ce lien avec l’expression plastique, c’est ce qui a sauvé ma vie psychique et physique. Car l’expression artistique mobilise ces deux « corps » à la fois .

Longtemps, pendant mes études, alors que je travaillais beaucoup et engendrais des pièces hors du commun, on me demandait d’en parler, c’était l’horreur. J’étais incapable d’aligner trois mots sur mon travail. J’ai mis des années à réussir à me dissocier de mes peintures et sculptures, qui, avec tous ces affects mis en jeu, devenaient des « pièces-mémoires »...

Longtemps je me suis sentie agressée par cette obligation de mettre un discours dessus. J’ai raté le diplôme de 3e année, je l’ai réussi la 2e fois, et ce n’est que le jour du diplôme de 5e année, devant un jury intransigeant, que quelque chose s’est débloqué et qu’ils ont eu un très bon souvenir de ma présentation orale.

Depuis que je suis sortie des Arts Décos, les mots ne manquent plus quand il s’agit de parler de mon travail. Je peinais à défendre ce qui participait à ma survie ! C’est cela qui nous était demandé : nous rendre auteur de nos productions, les défendre et les faire vivre devant un public.

Alors oui, l’inconscient utilise des moyens... autres que les mots.
Je sais que, enfant, je n’avais pas ces mots, ni la représentation mentale de ce qui m’arrivait. Aujourd’hui, je ne suis plus cet enfant, je connais les mots, et mon cerveau se représente les choses, mais je ne peux pas relier les deux.

Toute ma vie durant, j’ai eu une activité onirique foisonnante, encore aujourd’hui, chaque nuit, je fais énormément de rêves et de cauchemars se rapportant à la maison de mon enfance.
La voie royale de l’inconscient !

Oui mais voilà, le jour ou je suis allée porter plainte, j’avais de la « matière » : des dizaine de dessins d’enfant que j’ai faits très tôt et que n’importe qui peut qualifier de « violents », « suggestifs » avec des scènes très précises représentées, mon dossier médical, avec la liste des manifestations « somatiques » de mon mal, des revues tendancieuses ayant appartenues à mon père, des extraits de journaux intimes où entre douze et dix-sept ans, je ne rêve que de sa mort, et cherche des moyens pour le supprimer.

Tous ces éléments ont été saisis par la police et la personne en face de moi était très motivée. Les membres de ma famille ont étés entendus et je suis passée devant un expert. Tout mon travail de« rassemblement » à été réduit à néant par cet « expert » qui avait été dérangé pendant les fêtes de Noël.

Ce qui a été très dur, pour moi, a été de lire, chez mon avocate, le dossier, avec le témoignage des membres de ma famille et surtout le portrait que l’expert avait fait de moi.

C’était l’été dernier, et j’ai encore du mal à digérer ce que j’ai lu. Chacun protège mon père. Moi je crie mais personne ne m’entend. Cela accentue le traumatisme. Cela baillonne la vérité qui avait trouvé le chemin de la lumière.

Des preuves, il n’y en a pas. Il n’y a qu’une accumulation de défaillances d’un système familial replié sur lui-même, où seules les apparences doivent être fermement défendues.
Sacrifice ! Voilà la seule explication. La petite fille que j’étais, objet de plaisir, objet sacrificiel, objet de scandale, objet parlant, à faire taire absolument...

Petite fille bourreau, qui détruit son père, pauvre père qui l’a toujours gâtée...

Il faut être fort pour supporter tout ça.
Pour entendre les personnes, que l’on aurait crues de son côté, se mettre à défendre celui qu’il faut enfin démasquer...
Du début de l’agression jusqu’à la révélation, la culpabilité est notre pire ennemi.
Il faut savoir que dans le cas d’une révélation, un grand « ménage » va s’opérer. Moi, il ne me reste que ma mère et ma sœur. Ce sont les seules à ne pas s’être détournées de moi, malgré leur incapacité à me croire. Les autres ne veulent plus me croiser. Je suis devenue la bête noire de la famille.

Mais ce n’est pas grave. La sélection s’est faite toute seule. Je suis contente de ne plus faire partie de leur monde, et vice-versa.
Des gens que l’on se force à fréquenter, sous prétexte de l’appartenance familiale, non merci !
Les gens malsains, loin de moi ! Et ça, je ne regrette pas. Assainie, la famille se réduit, mais l’hypocrisie aussi.

Mon père, je l’ai rayé de mon arbre. Pour moi, il ne fait plus partie de l’arbre généalogique . Administrativement, il est toujours là, mais dans mon futur, qui se construit, il n’a plus de place.
Il vit toujours dans cette maison.

Un problème auquel je pense, est le droit du grand-père. Jamais, si j’ai un jour un enfant, je ne lui présenterai mon père. Et je ne veux pas être dans l’illégalité. Si lui veut le voir, il en a le droit. C’est horrible de savoir ça. Cela me dissuade presque d’avoir un enfant, que de penser que mon père a un droit dessus.

C’est aussi pour cela que j’avais porté plainte.

Voilà, dans les grandes lignes, quelques bribes de ce vécu.
Dans tous les cas, ce qu’il faut garder, dans des affaires aussi dures que celles de l’inceste, c’est l’envie de se battre. Et ça, c’est la restauration de l’estime de soi qui en permet l’existence.

Merci encore pour votre engagement.

Alex.Emmanuelle G


vendredi 5 mai 2006

Les souvenirs

Bonsoir, je viens de découvrir la publication de mon témoignage. Je suis assez émue de me relire dans ce « cadre ». Émue, mais troublée aussi, car quelque chose est en train de se rassembler en moi.

Il n’y a plus de procédure en cours, ma plainte a été classée sans suite il y a un an. Depuis, j’avais mis cette affaire un peu de côté, mais elle « revient » occuper mon esprit assez régulièrement. Depuis ma révélation, plusieurs fois, j’ai voulu « forcer » ces souvenirs à remonter à la surface. A chaque fois, des somatisations sont venues « tenir lieu » de réponse. (spasmophilie, appendicite, hémorroîdes, asthénie)

Depuis, je laisse l’eau couler sous les ponts. C’est à travers mes rêves que se profilent ces réminiscences. Lors de mes séances d’analyse, une sensation d’étouffement m’envahit, avec impossibilité de parler, tristesse, colère, et honte. J’aimerai pourtant tellement savoir ce qu’il s’est passé exactement.

Concernant mes périodes de toxicomanie, (de 16 à 23 ans, mais plus intensément de 18 à 22), je dois dire que c’est la thérapie analytique qui y a mis fin.

La pire des drogues dont j’ai usée a été l’alcool. Avec l’alcool, j’étais proche de la mort. J’ai eu énormément de chance pour ne pas mourir. Buvant jusqu’à l’amnésie, j’ai porté atteinte à mon psychisme, autant qu’à mon corps. Aujourd’hui, je ressens beaucoup de tristesse face à ces attentats que j’ai perpétrés vis à vis de moi. Ce qui m’a sauvée a été de penser à celle qui m’a enfantée, ma maman. C’est son amour qui m’a sauvée des eaux. C’est en pensant à elle, à ma sœur et à mes neveux que j’ai compris que je n’avais pas le droit de me supprimer, car ils tenaient à moi.

En me voyant dans un miroir, j’ai eu honte de leur faire ça. Les anges gardiens se sont mobilisés pour que je me réveille, que je ne m’étouffe pas, que je ne me fasse pas écraser, que je ne tombe pas de mes escalades dangereuses, dans la rue...

Par contre, ils n’ont pas pu éviter le viol que j’ai subi pendant un « coma » éthylique.

Ce qui me révolte aujourd’hui, c’est que cet homme, mon père, continue de côtoyer ma sœur, et mes neveux. Il s’en vante, car cela « cautionne » sa prétendue bonne foi, et ma sœur lui confie ses enfants sans la moindre hésitation.

D’ailleurs, elle le dit dans sa déposition « Si j’avais le moindre doute, je ne lui confierais pas mes enfants... »

Comment est-il possible de n’avoir aucun doute sur lui, alors qu’elle me connaît, qu’elle sait par ou je suis passée ? Est-ce un symptôme courant ? J’ai l’impression qu’elle les lui confierait plus volontiers qu’à moi, comme si j’étais « possédée » et que le mal venait de moi. Cette situation me cause des tourments, mais je ne peux que m’y résigner, c’est sa façon de procéder, pas la mienne.

Merci de m’éclairer.


Jeudi 11 mai 2006

Rêves

Je crois que je suis entrain d’intégrer de nouveaux éléments dans mon « enquête », je ne sais pas si ça ira jusqu’au souvenir, mais quelque chose m’est revenu, hier, en écrivant mes « bribes » de souvenirs à Claudia.

Je me suis simplement souvenue que mon père m’emmenait sur son vélo, le dimanche matin, pour aller en balade et en forêt. Je me suis rappellée ne pas vouloir y aller, et qu’il insistait. J’ai eu confirmation de ma mère qui me dit que c’était entre 3 et 5 ans, mais pas plus. Par contre, elle dit ne pas se souvenir que je ne voulais pas y aller.
Cette nuit, j’ai rêvé que je traversais une « initiation » un peu dans un style chamanique ; on me faisait prendre une « drogue » sensée m’apporter des visions. Il y avait une autre personne avec moi, qui le faisait aussi. Le chaman (un homme assez âgé, un indien je crois) nous fait prendre la substance en la soufflant sur nous (sorte de poussière blanche).

Pas de visions, des vertiges, de l’euphorie, mais une maîtrise de soi. Cela est très bref. L’autre personne en redemande ; je lui dis que ce n’est pas necéssaire et que je peux m’en passer. Suite à nos « réactions », il dit à l’autre qu’il n’en a plus et à me dit que je suis « sage ». Puis il ressort un peu de cette poussière et nous en souffle dessus encore une fois.

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Plus tard dans le rêve, je suis dans ma voiture et suis arrêtée par la police. je leur dis (encore sous l’influence de la substance, en me sentant assez hardie) : « carte grise, permis, assurance ? Voilà, voilà... », mais je dois fouiller dans un capharnaüm avant de les trouver. Je leur précise que c’est la première fois que je me fais contrôler ! (ce qui n’est encore jamais arrivé dans la réalité, j’ai mon permis depuis un peu plus d’un an.)

Il n’y a pas très longtemps (deux mois), j’ai fait un rêve très fort avec des amérindiens, qui me fait penser à celui de cette nuit :

Je suis avec des guérisseurs, et ils voient en moi, l’un d’eux parle à un autre et on me traduit la vision ; j’entends « viol, enfant.. »
On va me guérir, un jeune indien s’occupe de moi. Il y a une exposition, je crois que je réalise une fresque. C’est le vernissage, il y a du monde, il y a mon psy, qui part en me laissant « au soin des indiens ». (C’était assez long comme rêve mais j’ai perdu les épisodes) Je cherche quelqu’un que je ne trouve pas, on me guide vers une personne, c’est le jeune indien je crois, ou un autre. On court ensemble dans les prairies, on va très vite, on va vers la forêt, je fais des bonds comme un chevreuil, assez hauts, on dévale des pentes, on s’enfonce dans les sous-bois, et là, un « colon »avec un fusil nous aperçoit et nous vise, sans tirer, on est enfouis sous le sol, on se cache mais il nous voit et finalement repart. On se trouve dans une chambre, un autre indien est là. Il pose une question au jeune indien, que je ne comprends pas et me montre du doigt. Tout à coup, le vieil indien a un couteau, s’approche du jeune, et l’égorge en récupérant son sang dans un verre.

Puis il me vise avec un revolver , je crie, et il me tue également...
Je me réveille.

Au réveil, je n’étais pas angoissée comme dans d’autres rêves de « mort », je suis prise d’un immense amour envers ce peuple que je ne connais pas et que j’ai vraiment l’impression d’avoir approché.
Depuis, cet amour ne m’a pas quittée, je me suis documentée sur eux, ai recherché des plumes, écouté leur musique...

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Un autre rêve, fait dernièrement, qui est une énigme pour moi. Il faut dire que je l’ai fait deux fois, la première fois, en octobre dernier, alors que je vivais encore à Strasbourg, avec quelqu’un qui venait de me quitter. (J’ai très mal vécu cette rupture, mais ça m’a fait quitter la ville et du coup le plus grand bien)
Je suis dans ma maison d’enfance, dans le couloir. Des tâches de sang au plafond. Elles grandissent, ça goutte et me tombe dessus. Je marche vite, elles me suivent, où que j’aille le sang me poursuit du haut du plafond.

D’un coup, j’ai des choses qui poussent sur mes jambes et mes cuisses, on dirait des champignons. Ils sont blancs et me font mal. Ma mère arrive et essaie de m’aider à les enveler. Elle parvient à en extraire un, mais un autre repousse aussitôt. Je crie, je hurle, c’est horrible, ils continuent à proliférer.

Je me réveille , paralysée, en sueur, avec des douleurs sur les cuisses, devenues sensibles comme si c’était vraiment arrivé pendant mon sommeil.

La deuxième version, c’était il y a 1 mois environ, dans mon nouveau chez-moi.

L’après-midi, (en vrai) mon père me téléphone pour me dire qu’il a vu mon expo et que ça lui avait plu. Je ne ressens absolument rien, ni haine, ni aggressivité, ni contentement, rien du tout. Un peu comme la dernière fois ou je l’ai vu, dans la maison, pour « dominer » ma peur (J’y étais allée de mon plein gré, sans animosité, juste pour l’écouter, comme pour mettre fin a des rêves et cauchemars le mettant en scène sans cesse.)

La nuit àprès le coup de fil, je refais ce rêve avec les champignons qui sortent de mes jambes. Encore pires, encore plus grands, qui enflent jusqu’à éclater... Mais pas d’angoisses. Ma mère arrive, essaie de me soigner, mais les crises continuent. Parfois ça se calme et ça reprend. je me réveille, sensibilisée, mais sans affects.


15 mai 2006

La problématique amoureuse

L’amour, c’est déjà un sujet complexe en soi, alors pour moi, qui ai été trahie très petite, par mon père, c’est encore plus difficile.
Je voudrais, par ce témoignage, parler des « progrès » et des « résidus »qui demeurent au fil de mon expérience dans le domaine affectif, amoureux.

D’abord, j’aimerai préciser, comme vous l’avez déjà mentionné dans un article, que le domaine affectif est une des portes qui s’offrent à nous quand on veut se réparer, exister. Très jeune, j’ai utilisé cette voie pour diriger mes affects ; j’avais toujours quelqu’un à qui penser, il fallait qu’il y ait quelqu’un dans mon coeur, et dès que cette personne ne correspondait plus aux attentes et à l’idée que je m’en faisais, il fallait trouver quelqu’un d’autre.

Quand aujourdhui, je relis mes journaux, je suis étonnée de voir à quel point j’étais en demande affective, et souvent comme une naufragée, j’investissais de l’énergie vers des personnes « dépassées » par ces attachements.

C’est vers 6 ans que j’ai commençé à ressentir ça, après ça s’est calmé quand on m’a donné un chat (qui était devenu mon meilleur ami) mais je continuais à porter dans mon coeur quelqu’un, et c’est vers 12 ans que ça s’est accéléré.

Des premiers flirts jusqu’à ma première expérience sexuelle, je n’ai jamais cessé d’aimer. Plus tard, dans ma vie d’adulte, j’ai eu de nombreuses relations, j’ai multiplié les relations « foireuses », malgré une absence de plaisir mais au contraire une source d’angoisse, je recherchais le contact sexuel.

Même si au début, ça allait, brusquement j’étais prise d’une infinie tristesse, angoisse et dégoût me submergeant. Comme une crise de panique, accompagnée d’une certaine paralysie (je n’osais pas toujours laisser parler mes émotions de peur de choquer mon partenaire), je commençais à subir ce qu’à la base j’avais cherché.

Et quand j’étais « en confiance » avec quelqu"un, je pleurais bruyamment à chaudes larmes.

Plusieurs années de rapports douloureux se passant, j’ai un jour décidé que je réussirais à trouver ça beau un jour, et que j’allais mener ce combat pour obtenir une chose bien précise : le plaisir.
Comme s’il s’agissait d’un handicap, j’ai lentement appris à m’apprivoiser pour pouvoir apprécier ces contacts.

Cela ne s’est pas déroulé dans la paix, des événements traumatisants se sont rajoutés à cette quête, des rechutes, des régressions, des violences...

Un jour, à 18 ans, un soupçon de plaisir m’a traversée, résultat : je suis tombée enceinte. Il avait 32 ans, c’était mon « voisin » (il travaillait dans la maison d’à côté) alors que j’étais en couple avec quelqu’un. Une aventure, que j’ai payée très cher.

Le problème a été que je me suis crue enceinte de la personne avec qui j’étais, et c’est quand le médecin a daté la « bêtise », que je me suis souvenue de la date de la « tromperie ». J’y vois là un événement symbolique. L’oncle que je soupçonnais, au début de mes recherches sur mon agresseur, porte le même prénom que cette personne avec qui j’étais, mais mon véritable agresseur était beaucoup plus près de moi... Est-ce un hasard ?

L’avortement s’est très mal passé. Hôpital Civil Universitaire, les médecins rechignent à faire ce genre de travail, cela ne va pas dans le sens de la médecine, on ne sauve personne, on tue... Des étudiants sont alors chargés de le faire. Etait-ce la première fois pour eux ? Je l’ignore, mais en tout cas, en me réveillant de l’opération, des douleurs étaient présentes. Cela ne s’est pas dissipé, au contraire.
Je me suis réfugiée chez ma mère, qui venait de quitter mon père au début de cette année, et là, des douleurs insupportables. IL s’est avéré que j’avais une infection, qu’ils n’avaient pas tout « cureté ». J’ai failli être ré-opérée mais les médicaments m’ont fait expulser le reste. Mon corps a mis une année avant que les choses se remettent en place. Pendant cette année, mes rapports se transformaient en « bain de sang »... Honte avec mes partenaires qui ne comprenaient rien... à tout ce sang.

C’est à ce moment là que j’ai vraiment commençé à boire. Et que je me suis dit que le sexe n’était pas pour moi. En buvant, j’anesthésiais ma libido, je voulais inconsciemment arrêter le carnage. Et oublier ce que je voulais retrouver.

Après ces années d’errance, où je ne me liais plus à de jeunes hommes, hormis un professeur de 50 ans, mais je me retrouvais souvent avec eux, aux comptoirs... J’ai rencontré un S.D.F avec qui j’ai passé un an de ma vie. Inutile de préciser que ce fut la période la plus alcoolisée. Mais avec lui, je me sentais protégée. Parce qu’il avait le sens de valeurs introuvables chez d’autres, la loyauté, l’entraide et le courage. Je suis tombée amoureuse de lui, faisant abstraction de sa condition, de sa puanteur, de son auto-destruction. Je l’ai fait beaucoup rire et il m’a fait beaucoup boire.

Avec son apparence, il faisait peur ou choquait les gens. Ca m’amusait ! Je me rappelle qu’avant d’être avec lui, j’avais eu une relation avec quelqu’un dont j’étais très éprise, mais d’une condition sociale plus aisée (petite noblesse). Un jour, alors que nous avions rendez-vous, Manu, le S.D.F était là. Il a plus ou moins effrayé mon baron. Déçue du baron, je suis allée avec le « métabaron ».

Un jour, j’ai quitté Manu, car je commençais à vouloir changer et à évoluer. J’ai commençé ma thérapie.

Le transfert sur le psy a été très intense et très rapide. C’est donc dans ces séances que j’ai transféré mes affects, et tissé les premiers fils de ma guérison.

Le thérapeute était devenu la personne sur laquelle j’ai tout investi. Son « professionnalisme » m’a aidée à traverser bien des états, notemment dans le transfert, qui, au bout de trois ans, s’est estompé progressivement... Alors que la découverte de la psychanalyse me passionnait, et que je n’aurai raté une séance sous aucun prétexte, à présent c’est presque comme une corvée, j’y vais encore de temps en temps, mais c’est dur de me motiver.

Durant mon analyse, il y a 3 ans, j’ai fait la rencontre de quelqu’un qui allait être important dans ma vie. Il avait 42 ans, était en plein divorce, avait deux grandes filles, et tenait un bar. Je ne pensais pas, à l’époque, que j’allais passer deux ans avec lui.
C’était une relation très compliquée. Comme dans un jeu de miroir.
Quand je l’ai rencontré, il était au plus bas, j’ai voulu l’aider, le sauver.
J’ai travaillé avec lui, et suis passée « de l’autre côté du comptoir »... Tout en poursuivant mes études, je travaillais la nuit, au bar, jusqu’à 4h, et l’après midi, pendant les vacances, dans un manège de chevaux de bois. C’était une période hors du commun.

Dans son bar, je retrouvais une vie sociale, et en m’exposant à la vue des autres, sur scène (c’était un" bar à musique : blues, jazz, rock) ; j’improvisais avec d’autres musiciens, ou bien je décorais le bar. Je retrouvais peu à peu confiance en moi. Je ne buvais plus comme avant, J.L avait envie de prendre soin de moi. Notre relation était devenue fusionnelle, on était tout le temps ensemble. Il souffrait de manque affectif. Quitté par sa femme, il a dû fermer le bar, trahi par une associée.

Venant d’un quartier difficile, ancien enfant abandonné sa mère à 7ans, sauvé de la délinquance en étant placé dans une famille à la campagne, repris par sa mère quand il fut en âge de travailler, cet homme avait eu une vie difficile. Je l’ai aimé comme jamais j’avais aimé quelqu’un. il avait un appartement, mais je ne voulais mystérieusement presque jamais aller chez lui, finalement il l’a laissé et est venu vivre chez moi. Une fois le bar fermé, il s’est retrouvé sans droits, et a eu très peur d’atterrir dans la rue.
On a commençé à sillonner l’Alsace, des jours et des jours d’errances et de balades au contact de la nature. On la redécouvrait ensemble. On oubliait tout. La ville, les problèmes, on roulait, il roulait, on fumait, je me laisser porter par la voiture, on écoutait de la musique, on délirait... Il a repris goût à la vie, en redécouvrant les choses élémentaires.

On retombait en enfance, ensemble, on se connaissait très bien et nous avions une complicité très forte. On riait beaucoup, nous étions déconnectés de la triste réalité, qui allait bientôt nous rattrapper.
C’est avec lui que j’ai découvert le plaisir. En tout cas une grande étape était franchie.

On se sentais forts contre les autres. Car nous n’avions que peu d’appuis. Quelques amis, mais on se sentait étrangers aux autres. Ils ne comprenaient pas toujours nos délires. Et il est devenu jaloux. Je commençais à sortir avec des amies, il ne supportait pas. Il revivait des abandons. Il fumait beaucoup, ça me faisait mal. J’étais jalouse, parfois, et possessive. Lui aussi. Nos rapports sexuels ne lui suffisaient pas. De mon côté, j’avais fait des progrès, mais il en voulait plus. Mes progrès étaient fragiles, il était toujours en attente... Et cette attente me bloquait.

Parfois, il ressombrait, je voulais l’aider, et puis il m’attirait au fond... Nos crises devenaient de plus en plus violentes, je criais, je hurlais, je me découvrais complètement différente, je ne me reconnaissais pas...
Je l’ai quitté plusieurs fois, on recommençait pourtant... Mais un jour, j’ai mis toutes ses affaires devant ma porte. Et je ne voulais plus lui ouvrir. J’avais peur de lui, de sa folie. Je n’avais plus confiance, je ne le reconnaissais plus.

Quelques temps plus tard, on se fréquentait à nouveau. Il avait un peu changé, avait beaucoup réfléchi. Je lui avais toujours fait part de mes recherches concernant mon abuseur, il m’avait toujours bien écoutée, et c’était le seul à manifester de l’intérêt.

Après la rupture, on en a reparlé, et c’est là qu’il m’a dit que je devais « secouer » mon père, car il ne comprenait pas pourquoi ce dernier ne m’aidait pas dans mes recherches. Il trouvait ça bizarre. Il a deux filles, ados, et quand je les voyais ensemble, j’étais face à quelque chose d’inconnu : une grande complicité entre un père (fragile dans l’intimité... mais fort avec elles) et ses filles, qui l’adoraient...

C’est lui qui m’a ouvert les yeux sur mon père : celui-ci s’intéressait beaucoup à mon avenir professionnel, mais pas à qui m’avait violée... J.L m’a autorisée à penser que mon père était mêlé à mon affaire d’abus. Je le pensais secrètement, mais n’osais pas le formuler. En quelques heures, l’hypothèse était tombée : et si c’était lui ?
À partir de ce moment, quelque chose s’est remis à fonctionner... Des souvenirs me sont revenues, en vrac, des comportements bizarres, tout est devenu clair. Mais comme cette idée était neuve, j’ai mis du temps à en réaliser la portée tant c’était irréel et terrible. Bientôt les idées se sont rassemblées, et les choses se sont éclaircies.

Cela a fortifié ma relation avec J.L (il était à mes côtés pendant toute la durée de la révélation) mais je ne pouvais plus envisager une relation avec lui autre qu’amicale...

Lui même m’est apparu comme un père, je ne pouvais plus être avec lui.
Pour lui, c’était dur ; il était affectivement dépendant de moi, et ne supportait pas de me voir prendre mon envol, suite à cette quantité considérable d’énergie subitement débloquée, envol qu’il m’avait permis de prendre...

On n’était plus ensemble, il avait retrouvé un appartement, mais souffrait beaucoup de sa solitude. Mieux j’allais et plus il désespérait de m’avoir perdue. Aujourd’hui nous avons complètement coupé les ponts, pour lui permettre de se reconstruire...

Je le vois comme un ami, et il me manque beaucoup.

Ce qui a mis fin à notre relation a été la rencontre avec quelqu’un dont j’était fortement éprise. Notre relation a duré 8 mois, on vivait ensemble et faisions des projets pour l’avenir. Pour la première fois, je me voyais en couple, je croyais à nous. Les relations physiques étaient épanouissantes, j’avais atteint mon objectif. Je découvrais l’entente, et le plaisir. Mais un reste de manque de confiance en moi et une immaturité de sa part ont fait que la relation s’est enlisée... J’étais très jalouse, et me sentais délaissée à la première occasion. C’était quelqu’un qui n’avait pas beaucoup « travaillé sur lui », je remarquais ses carences et il ne supportais pas ce manque d’égalité. Mais j’étais très amoureuse. Plus il se détachait, plus j’avais peur, et plus je devenais invivable.

Un jour, il m’a quittée, du jour au lendemain, alors que la veille on faisait encore des projets. Tout s’est effondré pour moi. J’ai énormément souffert. J’ai quitté la ville. Je voulais le retrouver, lui laisser sa liberté. Mais c’était définitif. J’ai eu mal et me suis sentie incomprise et rejetée.

J’ai compris que le chemin allait être dur pour trouver quelqu’un « à la hauteur », qui connaîtrait et accepterait mes failles, en prenant soin de ne pas y « enfoncer le couteau »...

Les failles sont essentiellement la croyance initiale qu’on ne peut pas m’aimer. Qu’on va, un jour ou l’autre, me trahir, se rendre compte que je ne suis pas « normale ». Qu’on aura marre de mes handicaps. Qu’on n’aura pas la patience de m’apprivoiser... Qu’on ne mesurera pas, malgré les explications sur mon vécu, ma fragilité et l’importance de mon combat pour vivre sereinement.

Les angoisses, déclenchées au moindre doute, au moindre signe de détournement, d’exclusion, la peur d’être quittée pour une autre, plus saine, plus forte, la non reconnaissance des progrès accomplis... Tout ceci fait de moi quelqu’un d’exigeant, d’attentif, de blessé, cherchant quelqu’un d’adulte, de responsable, stable et patient.

J’aspire tellement à plus souffrir dans une relation, que je me détache à la moindre inquiétude. J’ai aussi la crainte de faire souffrir, de ne pas être facile à vivre.

J’ai tellement envie de construire quelque chose de solide, et d’avoir des enfants un jour... Mais les personnes que je rencontre, souvent attirées par moi, et déçues que je ne veuille pas « construire » avec eux, ne comprennent pas ce que j’ai vécu. J’ai comme principe de le leur dire, pour qu’ils me connaissent, et pour « tester » leur réaction, d’intérêt sur la question, ou de fuite la plupart du temps. Une chose est sûre ; je n’entreprendrai jamais une relation avec quelqu’un qui fait la sourde oreille.

Cela fait partie de moi, et j’espère un jour trouver quelqu’un à qui cela ne fera pas peur.
C’est la condition à un éventuel bonheur dans un couple... Oui, la répercussion de l’inceste est grande sur cette « entité » !

Alex.Emmanuelle G

Témoignage présenté par :

Messages

  • J’évoque souvent le crime d’inceste mais, dans le droit français, ce crime n’existe pas. Le viol est qualifié comme crime et puni comme tel, pas l’inceste.

    C’est pour cette raison que les juges s’appliquent si souvent à rechercher des preuves physiques et matérielles dans le cas d’un crime d’inceste. Il s’agit en effet de requalifier l’inceste en viol.

    Le législateur français n’a pas encore compris la gravité du crime d’inceste et sa portée au plan de l’édification de la personnalité.

    Mais, d’une manière plus générale, le crime d’inceste et la pédocriminalité sont des crimes contre l’humanité et il faudra bien que l’on envisage ces crimes sous cet angle.

    La France a donc beaucoup de retard, y compris dans l’archaïsme, la barbarie même des investigations judiciaires : des juges ignorants, des enquêteurs non formés, des experts cyniques...