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Faut-il redouter la féminisation du monde ?

mercredi 17 mai 2006, par Yvette Reynaud-Kherlakian

Le sens de l’histoire est phalique, à n’en pas douter... La femme existe-t-elle ?

Faut-il redouter la féminisation du monde ?

"Voilà la question que j’ai fait semblant de me poser après avoir entendu parler comme tout le monde du livre d’Eric Zemmour, Le premier sexe, écouté avec attention le commentaire indigné que m’en a fait une jeune amie, étudiante en droit international et lu la critique maligne — De mâle en pis — de Jacqueline Rémy dans l’Express. Livre que je ne lirai pas : son succès de librairie a déjà récompensé le talent de l’auteur — que l’on dit réel — et sûrement mis du baume sur sa virilité endolorie — ce qui apaise mes émois grand’maternels. Mais ce livre que je n’ai pas lu et que je ne lirai pas me donne l’envie d’exercer mes neurones d’octogénaire un peu mieux que par la pratique des mots croisés. Je vais, avec canne et lanterne, promener sur ce que je perçois de notre monde, la question fatidique : femme es-tu là ? — accompagnée au besoin d’une inquiétude subsidiaire : femme, qu’as-tu donc fait de l’homme ?

Femme, es-tu là ?

Si ma lanterne s’en tient à la rue, au marché, aux transports publics, aux grandes surfaces, aux bidonvilles, aux campements de réfugiés, aux champs de coton, aux rizières... elles sont bien là, en nombre, nonchalantes ou affairées, voilées ou nombril clignotant entre blouse et pantalon, dernier caprice de l’éternel féminin selon la mode du jour ou sempiternelle image du malheur. Elles sont de tous les grouillements de foule, de la stagnation de toutes les files d’attente, de la hâte besogneuse de toutes les fourmilières. Elles sont aussi de toutes les solitudes. Elles sont là. Elles sont.

Mais existent-elles tout à fait ?

Certes, les démocraties d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs ont inscrit l’égalité des droits de l’homme et de la femme dans leurs constitutions. Chez nous, filles et garçons se côtoient à l’école et à la piscine ; le bulletin de vote de la citoyenne vaut celui du citoyen ; Monsieur peut prendre un congé de paternité s’il se sent en veine de mignotage tandis que Madame mène sa campagne de candidate à la députation... Pourtant, sauf dans la fonction publique, il y a le plus souvent, à compétences égales, disparité des salaires ; les femmes restent minoritaires partout où se concentre l’exercice du pouvoir : assemblées politiques, conseils d’administration, grands corps de l’État, appareils religieux. Il n’est pas nécessaire d’évoquer la situation des femmes dans bien des pays d’Afrique ou d’Asie pour affirmer que la femme, quand elle participe à la vie publique, reste confinée dans les seconds rôles. Aujourd’hui comme hier, c’est l’homme qui détermine les normes de la visibilité de la femme : tchador ou répartition émoustillante du nu et du couvert, sabot chinois ou talon aiguille restent son affaire ; il y a une Coco Chanel pour cinquante Christian Dior. Aujourd’hui comme hier la livrée de la bonne cuisinière se réduit à un discret tablier d’office domestique ; les grandes toques sont viriles : Brillat-Savarin oblige.

On voit bien qu’après des millénaires de pouvoir masculin — à peu près sans partage et souvent calamiteux —, ledit pouvoir, dans toutes les instances — politiques, religieuses, familiales — où il prétend encore s’imposer, a tendance à se raidir dans une violence, manifeste ou larvée, que la langue de bois ne peut ni dissimuler, ni justifier. Notons au passage que la misère ne fait partout qu’alourdir les charges des femmes sans alléger la domination masculine : dans la condition la plus abjecte, se cramponner à des restes de pouvoir est encore un moyen — dérisoire, et pathétique — de se sentir exister et la plupart des mâles en haillons ne s’en privent pas.

Adonques, la vision horrifique d’un monde émasculé-féminisé, relève de l’anticipation frileuse, voire du fantasme, plus que de l’observation. Pourtant, il est bien vrai que fait son chemin l’idée selon laquelle hommes et femmes appartiennent également à l’humanité si bien qu’il serait nécessaire d’harmoniser leurs conditions respectives. Il y a bien là une mise en question du pouvoir masculin. Mais encore faut-il comprendre quel est — pour la femme et pour l’homme — le sens de cette remise en question, faite au nom des droits de l’Homme.

Ce que Femme veut ?

Il faut d’abord rappeler ce que la femme ne veut plus : que la différence sexuelle entre homme et femme soit interprétée comme infériorité de l’une et supériorité de l’autre.

Or telle est bien l’interprétation encore dominante ici et là — et facile à résumer :

— il y a un ordre naturel qui désigne l’homme comme le sexe fort, donc le premier sexe et la femme comme le sexe faible, donc le deuxième sexe.

— l’ordre culturel qui fait vivre la femme dans l’ombre de l’homme ne fait que prolonger — en la normalisant — une réalité biologique en nécessité logique et en valeur morale.

Dans une telle interprétation, l’érection phallique est le signe ostensible de la virilité conquérante tandis que l’intériorité utérine est la marque d’une passivité silencieuse qui seconde l’activité virile. Toute la visibilité masculine est là qui va crânement vers l’accomplissement rationnel de l’homme universel — et aussi tout l’éternel féminin avec sa tendresse enveloppante, comme avec son opacité, sa duplicité, ses inconséquences... À partir de là, de graves théologiens se sont demandé si la femme avait une âme ; les terreurs superstitieuses ont fabriqué plus volontiers des sorcières que des sorciers ; et, il y a peu, la psychanalyse — de Freud à Lacan — s’avisait de ce que l’absence de pénis chez la femme était génératrice de fantasmes du manque chez la petite fille, l’inconscient se faisant ainsi complice de l’inégalité naturelle entre les sexes : « l’anatomie, c’est le destin », écrit Freud ; et Lacan de renchérir : « La femme n’existe pas ». Chez les juifs orthodoxes, la femme remercie Dieu de l’avoir faite ce qu’elle est tandis que l’homme, lui, remercie Dieu de ne pas l’avoir fait naître femme ! Et la science nous dit — cerise sur le gâteau de l’excellence virile — que c’est le spermatozoïde qui détermine le sexe de l’enfant à venir...

Ainsi Molière aurait raison — ou plutôt l’Arnolphe de l’Ecole des Femmes à qui il fait dire :

Du côté de la barbe est la toute-puissance...

L’essor des civilisations doit plus à la quéquette d’Adam qu’au nez de Cléopâtre. À n’en pas douter, le sens de l’histoire est phallique.

Et pourtant j’en doute. Et nous sommes de plus en plus nombreuses — voire nombreux — à en douter.

C’est que, si j’ai entendu dans mon enfance le curé de ma paroisse dire qu’un enfant était plus l’enfant de son père que de sa mère, — le père étant seul procréateur, la mère seulement logeuse et nourricière de l’embryon — j’ai appris par la suite bien des choses qui m’ont amenée à admettre comme évidente la formule lapidaire de Simone de Beauvoir :

«  On ne naît pas femme, on le devient »

Il faut dire que peu à peu — à partir du xviiie siècle surtout — l’idée du devenir, c’est-à-dire d’un temps qui ne fait pas que répéter ou corrompre mais qui transforme et qui crée, pénètre dans la pensée philosophique et scientifique occidentale, si bien que le regard sur la nature — et sur le droit qui y était attaché — s’en trouve bouleversé. Hobbes déjà, en faisant découler le droit de la force, désacralise et la nature et le droit : la nature est un champ de forces et le droit n’est que la légalisation d’un rapport de forces. Rousseau peut bien critiquer Hobbes et se faire le chantre de la bonté naturelle de l’homme : à vilipender comme il le fait la société corruptrice, il appelle à une refondation de la société à partir d’un contrat social par lequel la liberté de chacun doit négocier avec la liberté de tous. Il n’y a plus d’ordre établi qui tienne...

Et la science de faire chorus : Galilée, Newton mettent l’univers en branle ; Lamarck et Darwin s’avisent de ce que la vie est bien autre chose qu’un grouillement statique de reproduction et que, à coups de regards louchons, chaque espèce se mire dans l’espèce voisine ; l’ethnologie morcelle l’histoire humaine en cultures et met à mal la distinction sauvage-civilisé. Dans ce branle-bas général, bien des frontières se brouillent ; quels sont les critères de différenciation entre nature et culture ? animal et homme ? normal et pathologique ? Voire entre homme et femme ? La petite différence demeure, évidemment. Mais enfin, pourquoi la femme a-t-elle un clitoris et que vient faire ce bourgeonnement mammaire sur le torse de l’homme ? Un ethnologue, Georges Balandier explique la pratique de l’excision féminine dans certaines sociétés comme une volonté sociale de clarifier et de parachever une distinction restée incomplète. La nature ne fait que bricoler dirait le biologiste François Jacob. Et l’emploi — luxuriant — qu’elle a fait de la méthode des essais et des erreurs dans le cours de l’évolution est totalement amoral et n’a pas d’autre sanction que la réussite ou l’échec. Du coup, se réclamer de la nature pour justifier un comportement humain n’a pas grand sens. Que dans telle espèce de canards le mignon du mâle soit inséparable du couple hétérosexuel montre que l’homosexualité existe dans la nature et qu’elle n’est donc pas une invention de la perversité humaine mais cela ne justifie pas pour autant l’homosexualité humaine, pas plus que la dévoration des petits d’une portée précédente par un lion, nouveau mâle dominant, ne justifie l’infanticide. Entre ce qui est et ce qui doit être, il y a, chez l’homme, l’intervalle de la réflexion et du choix.

Le fait — dans quelque domaine que ce soit — ne définit donc pas le droit. En tant qu’il entre comme élément constitutif dans des situations le plus souvent complexes, il n’est que la matière première à partir de laquelle se pose la question du droit. Hobbes n’en disconviendrait pas puisque le droit n’est pas pour lui la conséquence mécanique de la force mais l’acceptation de l’exercice d’une force pour substituer un ordre au chaos.

Voilà qui nous permet de comprendre que la domination de la femme par l’homme n’est pas un destin mais une construction humaine qui, toute codifiée et ritualisée qu’elle est, reste, à la réflexion, révocable. Certes, à travers l’espace et le temps, elle s’est largement étalée dans la mouvance même des cultures et l’essor des civilisations — au point de paraître universelle. Aujourd’hui, les institutions qui la consacraient se lézardent visiblement, — ainsi le mariage — et l’anthropologie nous apprend qu’il y a toujours eu de par le monde des sociétés régies par les femmes. C’est bien la société qui éduque le petit d’homme — né mâle ou femelle — pour le faire homme ou femme selon les conventions du milieu humain qu’il habite.

Oui, on ne naît pas femme, on le devient. La formule n’est plus scandaleuse et elle est à peine paradoxale. Elle est aussi, par les travaux pratiques qu’elle suggère, plus riche qu’il n’y paraît, — et plus hasardeuse. Car enfin, si elle appelle d’abord à une déconstruction de la femme aliénée, elle invite tout autant à la construction de la femme libre. Or la femme ne dispose d’aucun miroir magique qui lui donnerait l’image de ce quelle doit être.

Une évidence pourtant : déconstruction et construction passent nécessairement par la conquête sociale de l’égalité des droits entre homme et femme, égalité qui doit être juridiquement énoncée et pratiquement assurée afin de donner à la liberté le cadre objectif dont elle a besoin pour produire de l’existence. Chez nous, — encore que la présence de l’Islam intégriste et de ses voiles réveillent bien des suspicions —, le temps est sans doute passé d’un féminisme hargneux. Mais combativité et vigilance sont toujours nécessaires : bien des hommes ne sont pas prêts à admettre pour leur propre compte la distinction entre droit légitime et privilège abusif et bien des femmes ne voient pas la distorsion entre leurs revendications égalitaires et leurs comportements passifs ou capricieux. C’est que l’esprit critique a bien du mal à atteindre en nous un imaginaire collectif et individuel encore soutenu par des institutions et nourri de légendes et de mythes. L’inconscient, pavé de dogmes archaïques, est volontiers fanatique. La femme à talons aiguilles est toujours prêtresse d’un éternel féminin édicté par l’homme.
Regardons plutôt du côté de la femme déjà hors joug masculin et de ses séquelles intimes — au moins mentalement.

Qui est-elle ?

À cette question, posée par le sociologue Alain Touraine (voir Le monde des femmes Fayard 2006), de nombreuses femmes répondent successivement : « Je suis une femme », « Je me construis comme femme » et « Je le fais d’abord par la sexualité ». Les femmes — ou tout au moins ces femmes — veulent donc se définir par elles-mêmes et non plus relativement à l’homme. Et si elles prétendent le faire d’abord par la libération sexuelle, c’est parce que la domination de l’homme s’est d’abord — et constamment — exercée à leur égard par l’appropriation sexuelle. La contraception permettant de séparer procréation et érotisme, l’homme et la femme deviennent des partenaires égaux dans la réciprocité du désir. Zorba le Grec peut y aller de sa danse, lui qui disait criminel le refus d’un homme d’accorder son désir au désir d’une femme. Et qu’Eric Zemmour proteste tant qu’il voudra, la bergère polyandre qui répond au berger polygyne, c’est le rêve d’un accord fluide et tendre — celui-là même qui enchante Les Mille et une nuits de Pasolini — sans mâle dominateur ou dominant, sans ersatz d’Eve sournoise, — tentée et tentatrice —, donc sans amuse-gueule sado-masochiste. À en croire l’exemple souvent cité des Na de Chine, il arriverait même que la polyandrie réussisse à assurer une société équilibrée. Dans un article intitulé Hédonisme féminin et sexualité animale, un anthropologue, Pierre Bamony, va jusqu’à considérer que la polyandrogynie, largement répandue dans la nature et qui procure la « sérénité biologique dans l’organisme » serait le modèle susceptible d’assurer la paix entre les sexes et de favoriser ainsi l’harmonie sociale.

Je serais tentée de dire : pourquoi pas ? mais je sais que là où il y a liberté, il n’y a pas de recette et je me contente, prudemment, de soupirer : Inch’Allah ! en tirant un peu sur les rênes de l’attelage sexuel. C’est que le sexe n’est pas le tout des relations de la femme et de l’homme, pas plus que le marché n’est le lieu de rencontre de l’argent et du bonheur. Nos sociétés modernes ont une autre extension et une autre complexité que la société villageoise des Na, d’ailleurs menacée, pour le pire sans doute, par une Chine monogame, à enfant unique, avec férule communiste sur misère en mutation ultralibérale. Prises qu’elles sont dans l’échangisme commercial, elles n’ont que trop tendance, nos sociétés, à faire de la libération sexuelle une consommation des corps qui déshumanise le sexe. Et il y a le sida qui fait du corps de l’autre une menace de mort. Et il y a l’enfant que la rupture et les errances affectives du couple parental, le morcellement de l’environnement condamnent trop souvent à une insécurité mortifère... Autant d’obstacles qui ont force d’avertissement : la liberté sans frein risque de se perdre dans un libertinage vampirique et autodestructeur. La marquise de Merteuil, héroïne des Liaisons dangereuses de Chaderlos de Laclos, en est une saisissante illustration. Et peut-être aussi l’érotisme maniaco-dépressif qui règne dans Les particules élémentaires de Houellebecq.

Femme, que veux-tu faire de l’homme ?

Une telle question suggère déjà que c’est comme sujet total — conscience de soi et conscience d’autrui — que la femme a à se libérer et à se construire. Ce faisant, elle déchire obligatoirement le tissage social de ses relations au monde et les prérogatives de l’homme en sont, bon gré mal gré, entamées. Qu’il puisse renâcler, on le comprend. La dialectique du maître et de l’esclave se défait rarement par un gracieux abandon de pouvoir de la part du maître. Plus rare encore est la conversion de la perte du pouvoir sur les êtres et les choses en liberté intérieure, soit en sagesse. Aussi la perte du pouvoir est-elle vécue comme un déni d’humanité ; de son côté l’esclave libéré mettra du temps à tailler à sa mesure l’humanité qui lui est rendue. On comprend que les ruses de l’inconscient, chez l’homme comme chez la femme, s’efforcent — rageusement, maladroitement — de faire raison claire d’une obtuse réticence.

La libération de la femme appelle donc la conversion du regard que l’homme porte sur la femme, et plus généralement la renonciation à un pouvoir vampirique — qu’il s’étale sur la place publique ou se dilue insidieusement en menues exigences dans la vie quotidienne. Mais cela ne devrait signifier ni une féminisation de l’homme, ni une virilisation de la femme. L’homme et la femme réconciliés dans une commune humanité n’existent pas, n’existeront peut-être jamais mais ils sont l’horizon éthique de la lutte des femmes pour la reconnaissance de leur pleine humanité. L’homme et la femme n’ont donc pas à se réduire l’un à l’autre dans une identité illusoire mais à apprendre à exister ensemble — autant par tâtonnements empiriques que par projets élaborés —, dans l’exercice de responsabilités partagées. La différence sexuelle demeure — sans être déterminante d’une fonction, sans figer un comportement en stéréotype. Elle est au départ d’une gamme d’attitudes — de la réserve pudique à l’intimité sans voile — qui font la particularité des rapports homme-femme à travers la mouvance des rapports intersubjectifs. Lesquels excèdent et l’appartenance sexuelle et l’énoncé des lois. L’androgyne, le transsexuel, l’homosexuel se caractérisent par ce débordement des repères biologiques normaux — soit visibles et constants — et du cadre légal de la reproduction sexuée. Ils ont droit de cité, comme l’hétérosexuel et, si besoin est, un supplément légal doit garantir la reconnaissance et le respect de leur différence. La loi, qu’elle interdise ou qu’elle permette, n’est jamais — au mieux — qu’un garde-fou qui protège ou qui encadre l’existence. Mais l’existence elle-même est faite de ce que nous faisons ensemble tout en restant des individus particuliers et différents. La différence sexuelle est un moteur d’existence. Et aucune autre différence n’est autorisée à la diluer pour se faire admettre. L’utopie exprimée dans Les particules élémentaires — une érotisation généralisée par disparition concomitante de la différenciation sexuelle —, relève sans doute d’un désir lessivé par le libertinage... De quoi entonner une chanson de corps de garde pour se remonter le moral !

Exister comme femme, oui, — avec l’homme. Gentil poète qui dit de la femme qu’elle est l’avenir de l’homme. De l’homme déphallocratisé, bien sûr, mais qui, fort de son passé, peut continuer à être haut de taille et large d’épaules, — donc protecteur —, et entreprenant, et inventif, viril en somme. La femme en est encore, dans les domaines longtemps réservés aux hommes, non seulement à faire ses preuves, ici où là, selon des critères qui restent essentiellement masculins mais à découvrir et à faire admettre un style de présence et d’action qui ne soit pas simple affaire de séduction et qui porte sa marque. Margaret Thatcher s’est imposée comme chef d’Etat mais en dame de fer plus mec que nature. La lourdeur physique de la chancelière allemande est peut-être en train de lester et d’authentifier un langage politique efficace et distillé sans éclat. Ségolène Royal fait ses gammes, non sans grâce : elle propose du métier politique une approche sensible, familière, quasi maternelle qui fait bouger la distinction entre le public et le privé et elle se démarque ainsi — peut-être trop visiblement — de l’éloquence formelle en cours dans les tribunes masculines. À suivre...

Me vient tout à coup à l’esprit un nom : Lysistrata. Un nom de femme qui donne son titre à une comédie d’Aristophane, écrite et jouée il y a quelque 2500 ans. Lysistrata entraîne les femmes athéniennes dans une grève du sexe pour amener leurs belliqueux époux à mettre fin à la guerre entre Athènes et Sparte... Et ça a marché — sur la scène tout au moins !

La femme, nerf de la paix ? Et en retournant comme un gant sa fonction traditionnelle de repos du guerrier ? Voilà qui tonifie son image et ouvre de gaillardes perspectives d’avenir ! Hommes de nos vies, aidez-nous à couvrir pieusement Pénélope de sa tapisserie à jamais inachevée ; et que repose en paix la matrone romaine dont la vie se résume à l’épitaphe : « Elle fila la laine et resta à la maison »...