Accueil > Témoignages et carnets de bord > Carnet de bord > Hommes et dieux

Hommes et dieux

Mythologie des peuples du golfe du Bénin

samedi 21 octobre 2000, par Paul Georges Aclinou

Les textes qui seront édités ici sont une invitation à la réflexion : ma vision des légendes des dieux du golfe du Bénin n’est pas du tout narrative, elle extrait ce qui en est l’enseignement essentiel, selon moi.

Je ne serai pas le représentant « officiel » de la culture des peuples du golfe du Bénin. Vous n’y trouverez ni folklore ni ésotérisme d’aucune sorte. Mon propos ne réside pas là, d’autant que cela masque l’essentiel (toujours selon moi). Bien entendu, chacune des explications que je donne repose sur des éléments d’analyse que chacun peut évaluer, contester et même rejeter.

Pour commencer

Le golfe du Bénin – l’Ouest du Nigeria – ; le sud des républiques du Bénin et du Togo – est le théâtre d’une pensée de vie qui mêle très étroitement l’homme et un ensemble de divinités dont la manifestation la plus connue est le vodou. On considère le vodou comme un culte, c’en est un en effet, mais pas seulement cela, car l’objectif essentiel n’est pas, à mon avis, l’accession, la fusion de l’Etre dans La Divinité Suprême ; il est, certes, la recherche du développement spirituel de l’homme mais surtout, il vise à l’avènement d’une société harmonieuse. Comme nous le verrons plus loin cette vision, dans toutes ses caractéristiques, ne s’arrête pas aux peuples de la mouvance des dieux du Vodou.
Avant d’aborder les données de la mythologie, nous pouvons prêter une attention particulière au lieu et aux hommes qui y vivent.

Les lieux

L’aire géographique qui nous intéresse couvre ce qu’on appelle le golfe du Bénin, un ensemble qui s’étend de l’Ouest du Nigeria (le pays Yorouba), le sud du Bénin, le sud du Togo et en partie le sud du Ghana.

L’actuel Etat du Bénin constitue la partie centrale de la zone d’influence. Ce que l’on appelle « La trouée du Dahomey » résulte d’un particularisme climatique du fait que la pluviométrie diminue de moitié environ par rapport à ce qui s’observe de part et d’autre de cette zone. On n’y trouvera pas de foret équatoriale de pénétration très difficile, mais une végétation beaucoup moins dense et donc plus facile à pénétrer par l’homme. C’est un couloir de passage par lequel des vagues successives d’émigrants vont déferler, entraînant un extraordinaire mélange d’idées. Nous avons à faire à un creuset.

Une seconde caractéristique vient de la pauvreté relative de ce coin d’Afrique, en particulier pour le Bénin et le Togo. Dans ces conditions, nous allons assister à une intense activité « intellectuelle » pour survivre. (Je veux dire que l’absence de rente que serait l’abondance de ressources naturelles obligeait et oblige encore à utiliser sa tête pour survivre.)

Avant la colonisation, cette nécessité de survie va expliquer en partie le dynamisme, voire l’agressivité des multiples royaumes qui se partagent le territoire et qui ne cessent de se battre soit pour contrôler le marché de l’esclavage soit pour se fournir en esclaves à livrer aux maîtres étrangers de la traite. Là apparaît une première contradiction avec la culture de ces peuples, laquelle stipule que : « Un roi ne fait pas la guerre à un autre roi ; un peuple ne fait pas la guerre à un autre peuple » Voilà pourquoi, on l’ignore trop souvent, les rois d’Abomey en particulier, organisaient une cérémonie à la fin de chaque campagne militaire pour se mettre en conformité – en apparence en tout cas – avec les préceptes des ancêtres. Cette cérémonie mettait en scène à l’issue de la campagne les espions du royaume, un corps de serviteurs du roi dont la compétence était reconnue et redoutée. Le roi présentait à la foule rassemblée, les espions, artisans de la victoire ; il les récompensait, mais en même temps, ces espions étaient présentés comme les responsables de la guerre qui venait d’avoir lieu, dégageant ainsi la responsabilité morale et spirituelle du souverain et du peuple. C’était une forme de la technique de bouc émissaire après coup. La signification d’une telle cérémonie en direction du peuple était que les nécessités de la vie avaient rendu la guerre inévitable, mais cela ne devait en aucune façon signifier le rejet des enseignements des anciens dont l’objet proclamé est la recherche de l’harmonie. Nous avons là, beaucoup d’hypocrisie bien sûr, mais l’essentiel était que les hommes ne perdent pas de vue l’objectif de leur culture.

Pendant la colonisation, la pauvreté du pays conduira les parents à pousser à l’extrême l’instruction des enfants, ce qui entraînait des sacrifices parfois considérables des familles. Une alphabétisation qui ouvrait la porte à l’administration coloniale, source d’emplois ; la fameuse « Dahomey, quartier latin de l’Afrique » s’explique ainsi. On allait le plus longtemps possible à l’école, n’ayant rien d’autre à faire, et surtout parce que c’était le seul moyen d’avoir un emploi stable, et subvenir ainsi à ses besoins matériels. De fait, la colonisation allait puiser largement dans cette main d’œuvre ; les hommes de cette partie des colonies s’étaient retrouvés dans tous les territoires ; ils formaient une diaspora qui posera quelques problèmes humains plus tard à la fin de la période coloniale.

Voilà donc les lieux et les conséquences de sa configuration sur la vie des hommes.

Les peuples

Yorouba, Adja, Minas, Fons, Popo Péda, Nago ...

Le golfe du Bénin est probablement la région d’Afrique où nous trouvons la plus grandes variétés d’ethnies ; cela ne doit pas surprendre étant donné le caractère de ce coin de terre que nous venons de découvrir. La facilité de pénétration se traduit par un mélange incessant de peuples venus en général de l’Est.

Le sud de la zone, au Bénin et au Togo en particulier est une région sans reliefs notables parcourue de cours d’eau et parsemée de lacs, ces points d’eau vont servir de sites de regroupement de la population allant jusqu’à servir de refuge pour des groupes défaits militairement et en fuite ; il n’est pas étonnant de voir la naissance de villages sur pilotis dont la vie se déroulait entièrement sur l’eau. (On notera qu’au Nord, les points d’eau sont peu habités car sources de maladies – présence de moustiques – et surtout faciles d’accès pour les envahisseurs ; là, ce sont les zones montagneuses qui seront des centres de peuplement.)

On peut considérer que dans une région donnée, la langue ou les langues parlées constituent un excellent indicateur pour apprécier l’histoire des mouvements de peuples. Au Bénin, si nous considérons cet élément, on note une très grande parenté entre plusieurs des dialectes usités ; il en est ainsi du fon, du dialecte adja, du mia, du popo ... ; entre ces parlés, les différences se situent davantage au niveau du ton et non à celui des termes ou même de la structure des phrases. Certes, la tonalité est un élément essentiel des langues du pays, à tel point que pour maîtriser l’un de ces dialectes, il faut pratiquement y avoir « goûté » dès le berceau, mais, ce n’est pas une barrière. Prenons par exemple le mot To, il peut signifier : oreille, ville ou pays, père, rivière ou fleuve ... or ce n’est pas le contexte de la phrase qui va décider de la signification mais le ton (bas, moyen, ou haut) qui le fera ; et souvent la nuance d’un ton au suivant est très tenue et propre à chacun des dialectes. Une personne qui parle fon comprend très facilement ce qui se dit dans les autres dialectes cités plus haut, sans pour autant être forcément à même de le parler sans se rendre ridicule, à moins d’une longue habitude.

Nous allons retrouver cette parenté entre le yorouba et le nago, deux autres dialectes pratiqués par une part importante de la population.

Cette situations vient du fait que nous avons des couches successives de migrants, qui une fois sur place vont se scinder en différants groupes formant les ethnies qui, aujourd’hui, peuplent le sud Bénin.

Il semblerait que le groupe Adja soit l’un des plus anciens et proviendrait d’un groupe plus important dont seraient issus aussi les Yorouba qui, eux-mêmes, vont se répartir entre le Nigeria et le Bénin pour l’essentiel. Il faudra attendre les résultats de fouilles archéologiques en cours pour en préciser les origines, probablement de l’Afrique de l’Est (de la zone considérée).

Une question : pourquoi ces peuples migrent-ils ? La facilité de circulation dans la zone n’est pas une raison suffisante ; il y a là en réalité un fait de culture qui, à ma connaissance, n’a pas été souligné jusqu’à présent. Certes, les besoins matériels suffisent, à l’instar de ce qui se passe dans d’autres contrés pour justifier les migrations ; mais ici, il faut noter que le golfe du Bénin n’est pas exceptionnellement riche en matières agricoles. Reste un principe fondamental des sociétés de cette culture que je vais appeler désormais Yorouba ; cet élément est le suivant :

« quand tu n’es pas né, avec un royaume comme héritage, il te faut bâtir le tien ». Ce précepte est vécu au sens propre ; nous allons le voir en œuvre tout au long de l’histoire des peuples du golfe. En voici une application historique dans le cas du royaume d’Abomey.

Le royaume d’Abomey – qu’on appelait DAN HO MÊ (littéralement : dans le ventre de Dan) qui donnera le Dahomey colonial – est probablement le plus connu du Bénin. Ce royaume à une histoire qui découle directement du précepte ci-dessus.

L’histoire commence vers le xiiie siècle ; une groupe de migrants d’origine Yorouba (?) se fixa à Tado et y fonda un royaume ; des décennies plus tard, se posa le problème de succession au trône, (probablement, parce que le roi n’avait pas désigné de successeur avant de mourir). Il y eut une dispute et finalement, l’aîné garda le trône de Tado ; le cadet s’en alla vers l’Ouest fonder le royaume d’Allada, n’ayant pas hérité de celui de son père. Le même problème se posa une fois encore à l’occasion d’une vacance du trône à Allada des décennies plus tard. Là aussi l’aîné sortit vainqueur de la controverse, héritant du trône. Le cadet et le benjamin partirent avec leurs partisans. Le premier fonda le royaume de Porto-Novo, et le second celui d’Abomey.

Un autre exemple nous est fourni par les ethnies qui occupent les régions Agoué, Anécho ... (vers la frontière du Togo) Ce sont des groupes venus de Accra (Ghana) qui s’y sont installés. Il y eut plusieurs vagues d’émigrants, qui après avoir perdu la bataille pour le contrôle de Accra ont du fonder ailleurs leur royaume. Voilà donc des ethnies apparemment distinctes qui fonctionnent sur des principes similaires.

Un autre élément culturel intervient dans le déroulement de ces querelles qui porte sur le rôle que la culture assigne à l’aîné ; c’est un point que j’ai développé dans « l’Horloger de Kouti, Le Commencement » ; nous aurons l’occasion d’y revenir.

J’ai voulu brosser un tableau succinct de l’élément humain, forcément incomplet, qui est la matière sur laquelle repose la mythologie que nous allons aborder à présent.

Les caractéristiques de la mythologie

Absence de gestes surnaturels ou surhumains – tout est à la dimension de l’Homme ; tout est au pouvoir de l’Homme) ;

Absence d’agressivité (que ce soit entre les dieux ou bien que ce soit dans les préceptes en direction de l’Homme ; nous sommes loin de l’image populaire que l’on attache au vodou) ;

Absence de violence, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de querelles, de controverse ou de contestation, « un roi ne fait pas la guerre à un autre roi. Un peuple ne fait pas la guerre à un autre peuple » ;

Absence d’intervention de fées ;

Une situation géographique non spécifiée ;

Groupe ethnique indéterminé.

Par ces deux derniers points, nous pouvons attribuer une dimension universelle à cette mythologie.


Le Bénin

Pays d’Afrique de l’Ouest situé entre le Nigeria et le Togo, avec un littoral donnant sur l’Atlantique nord, le Bénin – capitale : Cotonou – est un pays qui compte de nombreuses ethnies : Fon, Bariba, Yorouba, Adja.

Par suite il se pratique de nombreuses langues et dialectes : français – langue officielle – , fongbé, gengbé ou mina, yoruba, baatonu, dendi.

Léopard, H : 81,5 cm, Bénin. Ils étaient placés aux côtés de l'Qba pour l'apparat. Chaque animal est fait de cinq défenses. British Museum.

2 Peuples et cultures du Bénin2


Les informations de cette page ne sont pas de l’auteur mais issues du site officiel du Ministère du tourisme de la République du Bénin. Elles permettront de situer les propos qui vont suivre.
Ministère du tourisme de la République du Bénin

Le léopard a été repris comme logo des éditions Lierre et Coudrier en 1997. (NDLR)

Le peuple

Pour beaucoup de visiteurs, la riche diversité culturelle du peuple béninois constitue l’un des attraits les plus intéressants de ce
pays. La population du Bénin, d’environ 6,5 millions d’habitants,
est composée de plus de vingt différents groupes socio-culturels ayant chacun son histoire, sa langue et ses traditions. Ce qui reste toutefois constant chez tout le peuple béninois, est l’amitié et
l’hospitalité. L’ouverture et la chaleur remarquables avec
lesquelles ce peuple accueille les étrangers et les engage dans la
conversation permettent aux visiteurs de découvrir la culture béninoise sur un plan personnel. Qu’il s’agisse de marchander les prix des produits avec les vendeurs du marché achalandé d’Abomey ou de
visiter les célèbres tata somba des populations Betamaribè du Nord, les souvenirs les plus mémorables que l’on gardera de toute visite
effectuée au Bénin proviendront sans nul doute des populations
locales.

Le Sud

Les groupes socio-culturels les plus importants du Sud sont les Fon et les Yoruba. La langue Fon est la langue locale prédominante dans la plus grande partie de cette région, quoiqu’il existe beaucoup d’autres variantes. Le Goun par exemple est très apparenté au Fon, de même, les populations Goun qui sont concentrées au Sud-Est près de Porto-Novo sont très liées aux Fons. Les populations Adja constituent
un autre groupe intimement lié aux Fons. Elles sont concentrées au
Sud-Ouest, non loin de la cité d’Abomey.

Historiquement, les Fon étaient l’une des plus puissantes
civilisations de l’Afrique de l’Ouest. Ce sont les Fon qui ont fondé
le royaume du Danhomè, qui a dominé une grande partie de l’histoire du Bénin d’aujourd’hui avant la colonisation Française. Une visite à Abomey l’ancienne capitale du royaume du Danhomè constitue la
meilleure manière d’en apprendre davantage sur les Fon. Là, vous
pouvez traverser à pied les ruines de l’ancien palais aussi bien que
le Musée historique qui est un site du patrimoine Mondial des
Nations-Unies en raison de son importance historique et culturelle. Les Yoruba sont concentrés dans les régions Sud-Est et centrale du Bénin. Apparentés aux célèbres peuples Yoruba du Nigeria, ils constituent 12% de la population du Bénin.

Le Nord

Les groupes culturels les plus importants du Nord sont les Bariba, les Dendi et les Betamaribé ou « Somba ». Les Bariba sont originaires de la partie septentrionale du Nigeria et sont surtout concentrés dans la région Nord-Est du Bénin, autour de la cité de Nikki. S’ils sont paysans et éleveurs pour la plupart, les Bariba sont particulièrement connus pour leurs créations de tissus éclatants et riches en couleurs qui sont tissés par les femmes et utilisés comme vêtements traditionnels. La plus grande et la plus notable manifestation Bariba est la fête annuelle de la Gani célébrée à Nikki.

Les Dendi sont surtout concentrés au Nord-Ouest du Bénin, entre Parakou et Natitingou. On estime qu’ils ont émigré de l’ancien
empire du Mali avant de s’installer au Bénin. Ils sont paysans pour
la plupart, et ils élèvent également du bétail qu’ils mettent sous
la bonne garde des nomades Fulani. Les Fulani (ou Peulh) se retrouvent dans tout le Nord du Bénin. On les rencontre souvent pendant la saison sèche lorsqu’ils déplacent leur bétail, à la recherche de l’eau.

Le dernier groupe important du Nord est le groupe des Betamaribé ou « Somba » qui sont concentrés dans les montagnes de l’Atacora, au Nord-Ouest du Bénin. Ce groupe est particulièrement connu pour son style architectural unique, « les tatas somba » ressemblant à de petits châteaux. Ces habitants, de même que certains des plus beaux paysages du Bénin, sont aperçus depuis les montagnes de Natitingou, Boukoumbé et Tanguiéta.

La Religion

Au Bénin, les populations accordent une très grande importance à la spiritualité, et la pratique religieuse, qu’elle soit
traditionnelle ou moderne, est un élément important de la vie
quotidienne. Le bénin est considéré comme le berceau du Vodoun et plus de 80% de la population béninoise pratiquent cette religion
traditionnelle que certains appellent également Animisme. Ces pratiques sont encrées dans les traditions des peuples depuis des siècles, et pour beaucoup de visiteurs, elles constituent l’un des aspects les plus intéressants de la culture à explorer.

En plus de l’Animisme, les religions modernes telles que le
christianisme et l’Islam ont une présence croissante au Bénin. A peu près 20% de la population du Bénin est chrétienne. La plupart des Chrétiens du Bénin sont Catholiques, mais il y a également un nombre grandissant de Protestants. L’Islam gagne également du terrain au Bénin, surtout dans les grandes villes telles que Porto-Novo, Parakou et Djougou. Beaucoup de pratiquants de ces religions n’ont pas perdu leurs
croyances traditionnelles et prennent part aux cérémonies et rituels
traditionnels tout en allant à l’église ou à la mosquée.

L’Animisme repose sur une conception polythéiste de l’Univers.
On croit que Dieu ou « le créateur » est partout, dans tout et
qu’il est la somme des différentes et nombreuses divinités qui,
ensemble, constituent le Vodoun. Quelques exemples de ces divinités sont : Hêviosso ou Shango, le dieu du tonnerre et de la foudre ; Gou, le dieu du fer et des forgerons et Dan, le dieu de la prospérité.

Si le Vodoun a ses origines au Bénin, beaucoup de ses pratiques se sont répandues dans d’autres parties du monde. Cette situation découle de la traite négrière, étant donné que Ouidah, le berceau du Vodoun, était également l’un des plus grands ports négriers de l’Afrique de l’Ouest. Aussi, beaucoup de croyances traditionnelles du Bénin se retrouvent-elles actuellement parmi les populations des Iles Caraïbes (Cuba et Haïti particulièrement), du Brésil et d’autres parties de
l’Amérique du Sud.

Le meilleur endroit où l’on puisse en apprendre davantage du
Vodoun et assister probablement à une cérémonie ou à un festival,
c’est Ouidah, le centre du Vodoun. Là, vous pouvez visiter la Forêt
Sacrée, la demeure de certaines légendes et divinités les plus précieusement gardées ou le Temple des Pythons, là où ceux qui ont le goût de l’aventure peuvent prendre les pythons, ce qui est considéré comme sacré dans le Vodoun.

 


La théogonie

Peu développée, elle tourne autour de La Divinité Suprême – Ma Wu – et de la notion d’âme – la mythologie Yorouba en compte quatre. La théogonie est contenue toute entière dans le Nom de Dieu, tel que nous le disons ; c’est-à-dire « ce que nul ne peut atteindre » c’est la traduction littérale du terme Ma Wu – ou Ma Hou. Comme on le voit, il s’agit d’une phrase qui exprime un concept ; et comme telle, la culture yorouba ne va pas trop s’attarder sur cet aspect. J’aurai l’occasion de dire pourquoi. C’est de là que découlent notre conception des noms et les propriétés que nous leurs attribuons.

Remarque : on trouve un couple de divinités, Mawu et Lissa, qui sont vénérées dans certaines régions ; à mon avis, il s’agit d’une déformation qui viendrait du fait que le simple concept de « ce que nul ne peut dépasser » – traduction de Mahu – , s’avérerait trop abstrait pour certains, et surtout très difficile à rendre au niveau de la vie quotidienne.

On a invoqué également la possibilité que ce couple symboliserait un principe de dualité universelle qui serait à l’origine du monde. Dans un tel couple, Ma Wu serait féminin et Lissa masculin. Beaucoup de choses ont été écrites sur cet aspect de la culture du golfe du Bénin ; cependant, je pense qu’il faut s’en tenir à la signification que j’en donne plus haut. C’est ce que j’ai appris ; mais surtout, à l’occasion d’une cérémonie quelle qu’elle soit, on finit par « S’il plait à MaWu, notre cérémonie atteindra son but. » et ceci est dit quelque soit la divinité en cause, la divinité pour laquelle la cérémonie est faite. En clair, Ma Wu serait donc la Divinité Suprême, à laquelle on se réfère sans pour autant lui dédier une cérémonie particulière. En voici la raison : Nous pensons que Dieu (Ma Wu) créa le monde et les Êtres, il se désintéressa de sa création, mais, dans son immense Bonté, il créa les dieux pour venir en aide aux hommes.

L’homme doit donc rendre grâce à l’Être suprême constamment et le remercier de l’avoir créé ; mais pour le reste, pour tout le reste, il s’adresse aux divinités qui sont, elles, les « techniciennes » de l’action, étant entendu que Dieu avait tout entrepris dans le Commencement.

Voilà pourquoi je considère que parler de polythéisme n’est pas justifié ; c’est ignorer la structure de la pensée spirituelle des peuples en question. Or, et c’est là où les choses se compliquent , « Vodou » signifie littéralement « ce qu’on ne connaît pas, ce qu’on ne connaît pas encore ».

Vous voyez ainsi que nous allons naviguer entre « ce que nul ne peut atteindre » et « ce qu’on ne connaît pas encore ». Le « pas encore » est extrêmement important, car il positionne l’ensemble de la démarche pédagogique qui se place entre ces deux entendus. C’est pourquoi je disais que le Vodou n’est pas seulement une religion. Je pense qu’il est possible de le sortir totalement d’un cadre religieux et procéder à l’analyse du mécanisme de son fonctionnement. C’est ce que je propose par ailleurs. Quoiqu’il en soit, il ne s’agit que de mon point de vue, et surtout, c’est une invitation à la réflexion que je propose.

La cosmogonie

Elle reste sommaire dans la mythologie Yorouba. Sachez seulement que selon les « Vieux », le monde est crée par un principe appelé GBÊDOTO, c’est-à-dire, « celui qui possède la vie » ; ou mieux, « père qui possède la vie » ou encore « l’Etre qui génère le vivant », qui s’est servi d’un autre principe : ASHÊ (pouvoir, puissance, sérénité...) une notion qui est très difficile à rendre dans la langue française. On parlera du « Commencement » ; il ne s’agit pas du commencement du monde, mais d’un événement qui serait intervenu beaucoup, beaucoup plus tard, et qui justifie la nécessité d’une pédagogie qui est le rôle de la mythologie Yorouba, comme toute mythologie à mon avis, mais, je peux me tromper.

La pédagogie vise à retrouver l’état du commencement car « toutes les graines sont dans le commencement ». Il est important de retrouver cet état car, selon la mythologie Yorouba, c’est celui de l’harmonie parfaite de la création. C’est aussi la seule chose qui nous soit possible. En effet, dit-on encore, « avant le commencement, il n’y avait que Dieu seul et Lui-même ».

Bien sûr, les peuples du golfe du Bénin ont une représentation qui avait la forme d’une calebasse complète, ronde donc, qui se divise en trois parties, le domaine des Esprits celui des vivant et le pays des morts.

La pédagogie

La pédagogie apparaît comme l’objectif principal de la mythologie. Une pédagogie qui doit conduire l’homme, en tant qu’individu, mais aussi en tant qu’être social, à un niveau d’harmonie qui est celui dans lequel il se trouvait dans le « Commencement ».

3En conséquence3

L’homme est au centre de toute cette mythologie.

Les dieux apparaissent comme de simples « outils » qui sont à la disposition de l’homme pour lui permettre de d’assurer sa marche vers l’harmonie.( mais, des outils que l’homme doit acheter et qui ont leurs exigences ; d’où la constante nécessité de faire des « sacrifices » et d’une attitude de déférence )

Sa liberté est infinie. L’homme doit être libre par rapport à la société ; il doit l’être également, par rapport aux divinités. Il ne peut y avoir d’harmonie sans liberté. Sa liberté se traduit par le fait qu’il n’interroge pas le dieu de la divination ; il « le fouille » Il peut refuser la prédiction des dieux. Il peut refuser la réponse qui lui est fournie (une fois, et à une condition de rachat). Il peut demander une autre interprétation du verdict... cela suppose qu’il doit en assumer toutes les conséquences.

Liberté, mais aussi responsabilité ; il revient à l’homme de saisir le sens du sacrifice et de se l’appliquer ; ce qui signifie que le résultat de ses prières dépendent uniquement de lui.

Les outils

Ce sont des légendes, des devises et des chansons qui sont sélectionnées à partir des figures du dieu de la « divination », le dieu Fa. Il y a 256 figures ; chacune d’entre-elles comporte 3 légendes, 2 ou 3 devises et 2 ou 3 chansons. En réalité nul n’est en mesure de confirmer le nombre de légendes, de devises ou de chants dans lesquels la tradition a enfermé l’enseignement de chaque figure.

Les Dieux

2Structure du panthéon Yourouba2

Nous nous trouvons en présente d’une mythologie dont la structure est sans hiérarchie entre ses divinités. On a le sentiment que les divinités sont d’importance égale ; même si, l’un d’entre-eux est désigné comme « premier dieu ». Une extraordinaire complémentarité entre les divinités apparaît une fois qu’on a accédé aux sens des légendes.

2Les dieux du fondement2

Dans les faits, nous observons une structure qui regroupe autour de quelques divinités, un ensemble d’Esprits « secondaires », un peu comme une cour autour d’un roi. Les éléments de cette « cour » connaissent une évolution qui voit apparaître de nouveau membres, (comme dans l’ancienne religion japonaise).

Dans ma démarche, j’ai retenu huit divinités ; c’est un choix personnel qui ne signifie pas que les autres divinités sont à négliger. Celles qui interviennent dans le cadre de ma réflexion me semble assumer l’essentiel de l’œuvre pédagogique. Parmi celles-ci, deux dieux Fa (ou Ifa) et Lêgba (ou Eshu) forment le noyau. (J’ai montré par ailleurs qu’il s’agit en fait de deux facettes d’un seul et unique principe, et ceci se déduit de l’examen analytique des légendes).

En voici une rapide présentation :

3Aziri3

Je suis Aziri, déesse des marchés ; j’apporte la richesse, mais aussi la misère et quelques autres choses. On dit aussi que je suis la déesse de l’amour ; mais comme on ne peut préserver ses droits sans les défendre, alors...

3Oshoosi (Agê )3

Peu importe mon nom ; mon domaine est celui de la chasse. J’ai appris aux hommes à avancer dans l’ombre ; à voir sans être vus. Je leurs ai enseigné le silence et l’art de se fondre dans la forêt. Vous me trouverez toujours aux côtés des armes de mon frères Gû.

3Fa3

Fâ, est mon nom ; je ne suis qu’un gardien. Je garde les seize voies de la connaissance. Je suis votre guide ; mais, vous êtes libres.

33

Je suis Gû, dieu de la guerre, et aussi celui des forgerons ; c’est ainsi. Parlons ; ensuite, vous jugerez.

3Hêbiesso ( Shango)3

Je suis le dieu de la foudre ; le dieu tonnerre ; on m’appelle également Hêbiêsso. Je suis craint ; car, je peux détruire en un instant.

3Lêgba3

On dit de moi que je suis le dieu de la tête ; mais vous me rencontrerez sous beaucoup d’autres appellations ; par exemple : dieu des carrefours, dieu des nœuds, Lêgba... J’aime moins quand on m’appelle « Filou » ; mais, tout cela est sans importance ; l’essentiel est que je sois à votre disposition .

3Osanyin ( Aroni)3

(Le dieu guérisseur est aphone ; il ne peut donc rien vous dire. On prétend que ce sont les oiseaux qui parlent pour lui.)

3Yemoja (Oboto) Déesses de la sérénité3

Nous sommes innombrables ; on dit de nous que nous apaisons les vivants afin qu’ils poursuivent leur marche vers l’Harmonie. Mais, nous nous occupons des dieux également. A chacun, son dû.

3Lêgba ou Eshu3

Le dieu Lêgba est considéré comme le plus important des Esprits Yorouba, que ce soit en Afrique, dans son aire de rayonnement ; ou bien que ce soit en Amérique (Nord et sud , Caraïbes...) où il arriva à la suite des événements que vous savez..

Il est le premier des Esprits parce que le tout Puissant en a décidée ainsi ; mais, ce sont les dieux qui souhaitaient connaître lequel d’entre eux venait en premier ; Lêgba sortit vainqueur de la compétition.

Lêgba est le dieu de la tête, le dieu de la réflexion. Il est aussi le dieu des nœuds, le dieu des croisements ; c’est celui des Esprits qui induit les renversements de situations les plus inattendus. C’est ce que nous pouvons déduire des deux légendes fondatrices de la divinité.[1]

Voici en complément, un résumé d’une légende qui nous donne un aperçu de cet Esprit.

2Premier résumé2

Lêgba apprit un jour que le roi Metolofi possédait un bouc à quatre yeux, deux situés sur la tête et les deux autres à l’arrière de l’animal. En présentant la bête à son peuple, le roi fit savoir que ce que chacun serait amené à faire lui serait immédiatement rapporté car rien ne pouvait échapper à son bouc. Lêgba s’indigna ; il trouvait inadmissible qu’un être, fut-il roi, puisse tout connaître de ses semblables. Le dieu « fouilla » Fa ; il lui fut prescrit un sacrifice qui consistait en un chapeau et en quatre morceaux de tissu de couleur différente. L’Esprit Fa remodela le chapeau ; il en fit un couvre-chef à quatre faces, chacune de couleur différente ; il le remit à Lêgba qui s’en alla ainsi équipé.

En chemin, le dieu trouva le bouc à quatre yeux et le tua ; la scène était observée de loin par la population du royaume ; mais chacun ne pouvait décrire le responsable du forfait que selon son point de vue, selon la face du chapeau qu’il pouvait apercevoir sans soupçonner que les autres voyaient une autre couleur. Le roi dépêcha son ministre pour connaître l’auteur du méfait. Il s’en suivit une querelle générale, chaque personne étant persuadée d’être le témoin de l’unique vérité. Lêgba profita de la mêlée pour tuer le ministre ; là encore, le crime fut vécu de manière différente selon la couleur du chapeau que chacun pouvait voir. Le lendemain, Lêgba reprit sa tenue habituelle et vint trouver le roi pour le prier de rassembler le peuple ; il avait à s’entretenir avec lui en sa présence...

3Fa ou Ifa3

Fa est le dieu de la quiétude ; il est le dieu de la sérénité ; c’est ce que traduit le sens littéral de son nom. Dans la plupart des langues du sud du Bénin et dans l’aire géographique Yorouba ; fafa signifie fraîcheur, calme, sérénité ; l’eau fraîche se dit si fifa.

Fa, le « silencieux ». On dit que Fa connaît tout ; que Fa dit toujours la vérité (en l’opposant à Lêgba). Je le dis « silencieux » car, on « n’interroge » pas Fa ; on le « fouille ».

Fa connaît tout et dit tout. Fa est inséparable de Lêgba ; on constate que le second se tourne constamment vers le premier pour lui soumettre les problèmes. Fa prescrit un sacrifice et Lêgba agit. Est-ce pour cela qu’il faut « nourrir » Lêgba avant Fa ? Ainsi le veut la règle ; sans doute, parce que Lêgba est craint et que Fa n’est « que » respecté ; ou bien encore, parce que Lêgba est le premier des dieux. Mais, la réalité est plus complexe ; cette coutume, cette obligation rendue à la hiérarchie des deux Esprits, est aussi une indication sur ce que j’ai appelé un concept unique ayant deux facettes que sont Fa et Lêgba.

Quand on fouille Fa on obtient, ou mieux, on trouve, une réponse qui est aussi un Fa auquel sont associées des légendes, des devises et des chansons.

Ceci n’est que la traduction des seize voies dont j’ai parlé.

3Fa et les Fa3

En effet, parler de Fa doit s’entendre dans un sens multiple. Une multiplicité que traduisent les figures du dieu. Nous trouvons les seize voies ou seize figures de bases ; ce sont les figures « mères ». On les dit « mères » parce que ce sont les figures du fondement et non parce qu’elles sont féminines. En fait, il y en huit mâles et huit femelles ; la première est mâle et la dernière femelle ; cet ensemble forme une première famille dans laquelle les figures 2 à 15 sont les « enfants ». Chacune de ses seize premières figures donne naissance à seize enfants. Un calcul rapide vous montre que Fa est formé d’un ensemble de 256 figures (16 x 16) ; soit, 16 figures de base et 240 figures secondaires.[2]

On prétend que les 256 figures possèdent, chacune, trois légendes pour autant de devises et autant de chansons ; en réalité, personne n’est en mesure de garantir ces chiffres ; néanmoins, sur cette base, on peut remarquer que Fa est une connaissance très étendue ; et pratiquement personne ne peut se vanter de connaître toutes les légendes, toutes les devises et toutes les chansons des 256 figures de Fa.

Voilà pourquoi quand on dit que Fa possède une connaissance – un pouvoir – infinie, je pense que cela est faux. Fa n’a pas une connaissance infinie ; Fa est comme une surface parfaitement limitée, mais qui n’a pas de bord ; comme la terre par exemple. Fa est une « surface » limitée, sinon ce serait Dieu. Fa est comme une surface sans bord parce que, un homme ne peut probablement pas maîtriser tout son savoir.

Vous pouvez avancer aussi longtemps que vous voulez sur la terre sans jamais rencontrer de bord.

(Ce problème est sans doute aussi celui de l’esprit humain ; nous y reviendrons, peut-être).

Pour en savoir plus sur l’origine africaine et plus précisément égyptienne du vaudou, consultez : De la Magie à Kémèt (Égypte antique) au Vodou haïtien

Un entretien de l’auteur avec S. Diop de Planète Afrique