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Enfance violée, maturité volée

mercredi 21 février 2007, par Kieser ’l Baz (Illel)

Qu’on veuille se l’avouer ou non, notre société se transforme peu à peu en validant, sous différentes formes, des valeurs de prédation. L’économie est le secteur qui le démontre chaque jour mais il est des lieux où cette tendance prédatrice se fait insidieuse, voire perverse. Le viol de l’enfant, loin de constituer une atteinte marginale, est un mal qui nous ronge au plus profond et qui révèle, bien plus que le caractère inhumain de l’économie de marché, une abolition progressive et dangereuse du sentiment de cohésion dont toute culture a besoin pour durer...

Nos cultures hédonistes conçoivent mal qu’il existe des lieux de l’âme humaine qui ne connaissent la paix que dans des circonstances particulières, rarement selon le cheminement qu’une science victorieuse voudrait direct et sans attente.

Les méandres de l’âme échappent encore à la lumière des experts. La question de la guérison hante cependant l’adulte rescapé des violences de l’enfance. Or, il faut bien l’avouer, nos modernes psychologies ne sont pas armées pour faire face aux énigmes imposées par ce fléau. Il y a plusieurs explications à ce manque.

En premier lieu, la société est incapable de faire face aux violences infligées aux enfants, elle se contente d’avancer pas à pas, au cas par cas, en aveugle et de manière souvent opportuniste. Chacun se souvient du « procès d’Outreau », il y eut aussi l’affaire Dutroux, aux USA, la hiérarchie catholique dut, sous la pression médiatique, réagir vivement contre certains clercs mais sans jamais se remettre en cause. Au Canada, un film faisant référence à des faits réels, Les enfants de St Vincent, rapporte comment, dans un pensionnat de garçons, des prêtres abusèrent impunément de leurs pensionnaires... Chaque affaire soulève une vague médiatique gonflée par le flot des passions, chacun s’active, on s’interpelle, on « commissionne » mais l’on attend que les flots accusateurs se retirent à nouveau dans leur lit. Ce silence médiatique laisse croire qu’en dehors de ces affaires à scandale, il ne se passe presque rien. Rien n’est plus faux ni plus inquiétant car de nombreuses victimes anonymes s’endorment en se demandant ce qui se passe en ce monde pour être ainsi abandonnées du destin, de Dieu, des autres, de la société.

L’aveuglement de nos cultures n’est pas fortuit, la violence faite à l’enfant révèle une béance terrible dans le formidable édifice de notre « civilisation ». Il y aurait fort à méditer pour nos modernes philosophes sur une civilisation qui serait le fleuron de l’univers mais qui laisserait ses enfants en sacrifice à quelques monstres.

Il existe une masse incompressible de délinquance et de monstruosité, tel serait le prix à payer sur la route du progrès... L’expert nous assomme d’une savante énumération statistique qui clôt toute velléité protestataire.

Si vous ne parvenez pas à dormir, revoyant sans cesse d’anciennes scènes horribles, rassurez-vous, vous êtes le tribut du progrès, un rouage nécessaire pour le confort de vos congénères.

Messieurs les experts, la pédocriminalité, toutes formes confondues, n’est pas exceptionnelle, elle touche toutes les couches sociales et, en certains cas, elle est une institution !

Cet aveuglement de la société conduit à un désintérêt pour ces crimes. On en sait beaucoup sur les criminels en série mais si peu sur les pervers anonymes, ceux des beaux quartiers, comme ceux des barres d’immeubles de banlieues, ceux qui, dans les institutions scolaires ou sociales guettent, à l’affût d’une victime solitaire et mal assurée... Le pervers est partout et si nos yeux peinent à le démasquer, c’est justement parce que, pervers, il sait manipuler et retourner les situations critiques à son avantage.

Nos connaissances psychologiques, en ce domaine, se limitent à l’héritage freudien plus ou moins trituré - il n’est pas très net, en effet, concernant le crime d’inceste - ou bien aux doctrines comportementalistes contemporaines dont B. Cyrulnik est l’apôtre francophone.

Entre ces deux tendances, beaucoup de psychothérapeutes opèrent, à l’ombre des circuits de publication et de parole.

Il n’est pas bon, dans la culture du consensus, de prêcher une autre parole que celle des experts. La guérison, pour l’adulte dont l’enfance a été volée, passe par des chemins sinueux, certes, mais ils sont possibles.

Au cours de mon cheminement, j’ai souvent noté des similitudes entre les rescapés de l’enfance violée et les rescapés d’autres violences : exil forcé, famine, guerres et tortures. Plus ces traumatismes ont été subis dans l’enfance, plus la similitude est notable... C’est ce qui m’a conduit à m’interroger sur les mécanismes mis en jeu par l’entité humaine pour forcer les portes de la vie et faire en sorte qu’un futur devienne possible. Je sais cependant que ce futur est hanté par de nombreux fantômes qui continuent d’errer dans le silence de l’âme. Bien souvent, le bonheur n’est possible qu’au prix d’immenses efforts. L’adulte volé doit maintenir à bras forcé un barrage entre ces monstres intérieurs et sa vie auprès de ceux qu’il aime.

L’écoulement de l’énergie psychique

Dans un essai sur les traumatismes sexuels de l’enfance j’ai montré que la survie de l’Ego reposait sur la capacité qu’avait l’énergie psychique de s’écouler par des circuits dérivés qui contournent la blessure de l’enfance, laquelle, en fait, se constitue comme un chapelet de traumatismes - répétition, silence, soumission pour la victime.

Jung a nommé Fonction transcendante cette capacité de la psyché à inventer sans cesse des moyens de réparation. C’est « ... cette faculté qu’a la psyché inconsciente de guider l’être humain arrêté dans une certaine situation vers une situation nouvelle en le transformant. Chaque fois qu’un individu est bloqué par des circonstances ou par une attitude dont il ne parvient pas à se sortir, la fonction transcendante produit des rêves et des phantasmes qui l’aident à construire, sur un plan symbolique et imaginaire, une nouvelle façon de vivre qui soudain prend forme et conduit à une attitude nouvelle. »

Ces circuits de dérivation trouvent leurs sources au plus profond de l’être, ce qui revient à dire qu’ils traduisent une part importante de l’authenticité de la personne, même si cette originalité évolue sans grande cohérence.

Qu’est-ce que cela veut bien dire ? Nous allons retrouver dans la vie quotidienne des supports de représentations qui, eux, seront richement baignés par des affects enracinés. Contrairement à ceux qui résultent d’une imitation, comme je l’ai évoqué à propos des exilés ou des rescapés de conflits armés.

Dans sa prison de l’enfance, le petit être s’est créé des coins d’intimité à l’abri de la vigilance de son prédateur. Dans ces espaces préservés, à l’abri du regard dangereux de l’adulte, l’enfant évolue, mûrit mais sans ordre, sans le support indispensable d’un guide moral qui donnerait au futur les raisons de la vie. Des réflexes se créent et s’affinent dans cet espace, offrant à l’âme un semblant d’existence.

L’adulte perpétue ce genre de réflexe dans sa vie désormais un peu plus à l’abri. Ces comportements, souvent inconscients sont banalisés et passent inaperçus mais ils sont absolument nécessaires car ce sont eux qui assurent la véritable cohésion de l’être.

Approcher et comprendre ces rescapés passe par une sensible appréhension de leur monde intérieur, celui qui a échappé à la prédation.

Dans un premier temps, je m’efforce donc d’établir le contact avec ce monde. Et je dispose d’un fil conducteur très solide : les affects - impressions, sensations, émotions, etc. Même négligés par la personne ces lieux de la psyché sont très fortement chargés d’affects, certains très violents et primaires mais, au moins, authentiquement enracinés dans l’histoire du sujet. J’entends parfois, à ce propos : « C’est la seule chose qui me permet de tenir ! »

Tenir un journal, lire, dessiner, faire des collections, etc. sont autant de supports. J’ai connu un jeune homme qui passait ses loisirs à courir les bouquinistes à la recherche de livres rares sur des sujets bien précis. « Comme ça, disait-il, ça me détend » Et ces livres ne lui servaient à rien, aucune activité ne leur était liée, ils encombraient plutôt son appartement. Mais après un temps on découvrit ensemble que cette activité négligeable le mettait en contact avec son grand-père, la seule personne porteuse d’une représentation parentale positive.

Ces comportements peuvent parfois apparaître compulsifs et immatures, donc suspects alors qu’ils sont porteurs de richesses et de liens. D’où la nécessité d’une très grande prudence dans l’usage de conclusions ou d’interprétations. En général, je n’interprète absolument pas, je fouille plutôt dans la vie domestique de la personne à la recherche du moindre signe d’un « perchoir d’affects ».

J’ai constaté que, très souvent, le simple fait de revaloriser ces activités ou ces affinités singulières, permettait la création de différents réseaux d’activités et de motivations à partir desquels la vie se reconstituait de façon plus enracinée. Et c’est cela qui permettra progressivement la substitution d’un Moi solide à l’Ego fragile et instable qui existait auparavant en surface. (J’opère souvent un glissement de la notion de Moi à celle d’Ego sans dire pourquoi. Il serait trop long de donner les raisons précises. Disons que l’Ego serait la fine pointe, la peau, du Moi, lequel s’enracine dans les différentes strates de l’Inconscient. Bien entendu cette topique n’est absolument pas commune mais elle a l’avantage d’être opérationnelle et utile). Il existe en tout être une étonnante capacité à rebondir et à user du moindre ancrage de motivation pour reconstruire une personnalité. Mais cela ne se fait pas aussi simplement que le dit B. Cyrulnik.

Un monde où tout paraît irréel

Bien sûr ces personnes ne sont pas dénuées de sentiments ni d’émotions et leurs sensations leur permettent une adhésion au monde qui peut s’avérer performante. Il leur manque cependant ce lien essentiel à leur histoire et à leur patrimoine psychique qui crée l’unité d’une personne. C’est cette absence d’unité qui est à l’origine d’un sentiment de manque ou d’insatisfaction. Dans leur monde tout peut paraître instable, fragile voire irréel. Les témoignages foisonnent qui font part de cette étrangeté d’appartenance à un monde irréel.

Que se passe-t-il si un exilé, forgé à l’imitation, veut exprimer quelque chose de profond qui lui est spécifique ? Il recourt à tous les schémas de son passé, à sa langue maternelle, aux rites de son enfance, il retourne à son passé pour trouver une libre voie d’expression de sa sensibilité mais aussi pour y retrouver l’authenticité de ses affects et émotions. C’est pourquoi le réflexe communautaire est parfois si puissant chez ceux qui sont exilés. La communauté entretient « les saveurs du pays ». Elle demeure le gîte le plus approprié pour accueillir la souffrance. Si la nation d’accueil se fait indifférente, le réflexe communautaire s’accentue au lieu de se diluer...

Dans des cas de violences impliquant les parents ce recours n’existe pas. Pire ! Chaque fois que l’individu, par réflexe, recourt au puits de son histoire, il retrouve ce puissant sentiment de terreur et de trahison qui le tenait durant sa soumission aux violences de l’autre.

La conscience bute sur le mur de la souffrance mais aussi sur le grand vide généré par la trahison des parents.

D’où, en retour, un tout aussi puissant sentiment que tout est vain. L’Ego est chaque fois confirmé, en quelque sorte, dans son statut flottant, instable voire éphémère doublé d’une très forte sensation de solitude. Cet isolement, cette absence de repère confine l’individu dans un univers de doutes, voire de culpabilité. Il n’existe pas de communauté des rescapés de la pédocriminalité. Or, parler, échanger, savoir que d’autres connaissent les mêmes troubles tend à amoindrir la pression des sentiments de culpabilité et d’étrangeté. C’est pour cela que le groupe de parole, lieu d’échange et d’accueil, est un espace ou la guérison fait ses premières avancées. En France, il n’en existe pratiquement pas... et il n’est pas nécessaire qu’un tel groupe soit animé par un spécialiste, la seule volonté d’échange suffit.

N’oublions pas que père et mère constituent des supports de représentations autour desquels la vie du futur adulte se constitue. Que l’un ou l’autre des ses parents ou les deux viennent à défaillir et c’est l’ensemble de l’édifice des représentations qui s’écroule. L’être confronté à ce drame doit affronter une catastrophe psychique.

Des enfants abandonnés parviendront à trouver des représentations de substitution dans leur entourage proche voire auprès de parents adoptifs car rien dans leur vie ne s’oppose à cela. L’abandon par les parents biologiques deviendra un point focal vers lequel la conscience se tournera quand celle-ci sera assez solide pour fouiller dans les entrailles de la mémoire, trouver les angoisses de l’attente, de la faim de tendresse, vivre l’absence des odeurs du corps d’une mère à jamais disparue...

La conscience de l’être présent sera suffisante car il y aura eu une autre chaleur, d’autres attentions, plus calmes et porteuses d’avenir.

Mais pour l’enfant violenté il existe un piège terrible. Il devient l’esclave de son prédateur qui le prive du même coup de la faculté de créer des liens ailleurs donc de se forger des représentations substitutives. L’enfant vit un emprisonnement et un esclavage dont il ne saisit pas le sens. Il est trahi par sa parenté et par son destin.

L’adulte pédocriminel est aussi vigilant que le gardien d’un trésor, il ne laisse rien filer hors de son contrôle. Chaque fois que ces enfants réussissent à trouver un mieux être ailleurs, soit auprès d’un autre adulte, à l’hôpital, etc. le prédateur se mobilise pour briser ce lien. J’ai souvenir d’un homme de 70 ans, beau-père d’une fillette qu’il avait soumise à ses désirs durant de nombreuses années. Trente ans plus tard, rien n’ayant filtré dans la famille, il était toujours là, apparemment serviable et aux petits soins pour sa belle fille, toujours célibataire. Sa vigilance le poussait à intervenir sur tout dans la vie de cette femme, mais bien sûr pour lui rendre service. En fait, même s’il avait changé de méthode, il demeurait le gardien de la prison de l’enfance et dont il avait forgé les barreaux.

C’est cette sauvagerie de l’enfermement, plus que le chantage, qui fabrique un terrible univers de silence. Le chantage intervient de surcroît, si ce n’est les coups ! Nous comprendrons donc que l’enfant dont on aurait repéré qu’il est l’objet de viols répétés qu’il a rapidement besoin d’être isolé du milieu criminogène.

Mais ils présentent également des signes manifestes d’une grande fragilité.

Sortir du silence, permettre l’expression libre des émotions ravalées représente une seconde urgence.

A l’occasion d’une psychothérapie, que convient-il de faire ? Renforcer le Moi ? Créer des abréactions pour « exorciser » la blessure comme le font certaines psychothérapies humanistes ?

Renforcer le Moi, ce serait comme réparer les étages d’une gigantesque tour qui reposerait sur des piliers instables. Colosse au pied d’argile, la menace serait encore plus grande.

On peut néanmoins évoquer des personnalités qui se sont créé de véritables blindages grâce à un talent particulier qui a été surexploité. Un travail sur soi représente, pour ces personnes, un très grand danger si on ne procède pas avec moult précautions. En effet, la perte de cet outil de valorisation que représente ce talent, amènerait un vide terrible, difficile à surmonter.

Provoquer des abréactions, ce serait courir le risque de déclencher un gigantesque embrasement de la psyché.

Notons en passant qu’une psychanalyse n’est pas possible car toute cure repose sur un Moi fort ! C’est un postulat de départ pour toute cure. Il reste donc la psychothérapie comme premier recours et je ne rentrerai pas ici dans les détails sur la distinction de l’une et l’autre. J’ai remarqué que la meilleure façon d’aider ces personnes consistait en un premier temps à leur permettre de retrouver confiance en leurs instincts afin qu’elles trouvent en elles la capacité de réagir aux sollicitations extérieures avec un maximum de sérénité. C’est à partir du rétablissement de l’alliance entre le Moi et les instincts que celui-ci peut enfin sortir de sa crispation initiale et consentir à faire les deuils nécessaires à l’édification de nouvelles attitudes.

Un rêve me fait penser à cet itinéraire intérieur : Une femme rêve qu’elle se trouve dans une voiture qu’elle contrôle mal. L’habitacle est presque vide, froid. Notre personne est sur un pont très haut dont l’architecture est très élégante mais fragile, perchée au-dessus de l’océan. Tant bien que mal, elle parvient à un monticule où elle récupère un autre véhicule, neuf celui-là, de couleur blanche. Il se trouve du monde avec elle. L’ambiance est plus agréable, elle est au volant et n’a aucun mal à prendre la conduite en main. Cependant elle est effrayée à l’idée de devoir rebrousser chemin. En fait, elle se dirige sur un chemin non balisé, très caillouteux [...] Le rêve se poursuit sur une thématique différente.

Plusieurs évocations importantes émergent de ce rêve et qui peuvent nous servir de modèle. Tout d’abord, le caractère froid et vide de l’habitacle du véhicule initial laisse penser à ce monde où les émotions originales sont comme gelées. En fait, le rêve évoque le vide, l’absence de décorum. Malgré une apparence esthétique - la beauté du pont - la vie se réduit à la mécanique, à un assemblage de matériaux. L’image du pont enjambant un bras d’océan illustre fort opportunément le caractère lointain de la vision du monde, qui s’associe aux aspects froids et mécaniques de la vie. Le Moi, dans cet ensemble, ne contrôle rien. Perché au dessus des flots de l’Inconscient, il ne peut qu’être saisi par la panique.

On peut penser que cette personne s’est construit un monde artificiel fondé sur la raison et la pensée, selon les préceptes de notre monde. Cet univers peut être « beau » mais il est aussi source de vertige.

Arrivé au sol, le paysage rupestre contraste avec le côté plutôt « moderne », dépouillé, de la première partie. Le Moi retrouve contact avec une forme de nature en lui. Mais cela n’est pas incompatible avec les aspects techniques de la modernité. Notre personne conduit une voiture au contact de nouveaux éléments humains qui représentent autant de nouvelles adaptations ou attitudes dans la vie. Le Moi maîtrise cette fois la conduite. Il n’échappera cependant pas au chemin caillouteux qui représente souvent l’itinéraire de la vie, l’acquisition des expériences de l’existence. Mais c’est aussi la vie avec ses aspects rustiques, voire sauvages. Si le Moi reprend maintenant le contrôle de la conduite, en contact direct avec la nature alentour, il ne peut esquiver la nécessité de se frotter aux éléments avec ce que cela représente de difficultés mais le sentiment est désormais là, facilitant la vie sociale.

La fin du rêve ne dit pas dans quelle direction le Moi se dirige. Peut-être s’agit-il de revenir au point où le Moi a été gravement lésé ? D’autres rêves viendront peut-être pour donner cette information ? Peut-être le Moi peut-il se passer de ce genre d’information ? Trop savoir peut nuire !

Préparer l’avenir à des parents de substitution est une tâche importante. Là où les parents biologiques ont failli, la mémoire ne pourra pas réparer le manque, l’absence, la blessure mais la psyché est si souple qu’elle peut se fixer sur des symboles là où la réalité est défaillante.

Rêve d’une femme de 30 ans : Poursuivie par des voyous au caractère indéfini, elle court vers une grande surface toute proche où un homme d’âge mûr lui permet de se réfugier... Alors que le centre commercial était désert, soudain, tout s’anime, comme lors d’un samedi de grande fréquentation... Elle est désormais en sécurité.

Si l’on se place selon un point de vue dynamique - personnages et objets du rêve représentent des éléments de la psyché -, voilà un élément masculin dont la crainte qu’il suscite pousse la personne à rejoindre un lieu de fort croisement social - le centre commercial - là, un homme plus amène que les premiers l’accueille chaleureusement. Comme s’il existait une sorte de complicité objective entre les jeunes voyous, transformés en rabatteurs, et cet homme.

L’image suspecte, voire agressive du masculin - les voyous - subit une transformation qui passe par un changement d’attitude : cette femme, très longtemps contenue dans sa solitude, finit par adopter des comportements plus ouverts aux autres.

Tant que l’on s’en tient au jeu des images, notre entendement n’est pas choqué mais dès que l’on se demande à quoi réfèrent ces voyous, nos préjugés chancellent. En effet, ces derniers renvoient directement à la relation que cette femme entretient avec les sujets masculins. Et l’agressivité développée dans le rêve est tissée de cette défiance à l’égard de l’homme qui est directement en rapport avec ce qu’elle a subi dans l’enfance. Paradoxalement son instinct, pour peu qu’elle l’entende, la pousse vers une restauration de l’image de l’homme, du père, figuré par celui l’accueille dans le centre commercial.

La rencontre avec le masculin passe par la restauration de l’image du père, sorte de régression positive. Autre enseignement parallèle du rêve : l’image de l’homme est directement associée au social, appelons le aussi inconscient collectif.

Reprenant le scénario onirique sous une autre forme : cette femme doit faire le deuil d’une rencontre au masculin sous la forme directe - jeunes hommes prédateurs -, il lui faut d’abord faire le deuil de l’harmonie avec le père réel - les viols de l’enfance ne le permettent pas - et passer au stade de la représentation, du symbole si l’on veut, pour se reconstruire. L’image du père, unifié dans un processus normal, est désormais apparemment éclatée en de multiples formes sociales, culturelles et humaines mais la psyché, elle, fait déjà le lien puisqu’elle lui présente cette image sous la forme d’un homme d’âge mûr, dans le centre commercial.

Si l’itinéraire de cette personne paraît sinueux, au regard de celui d’une jeune femme qui aurait vécu « normalement », il n’en n’est pas moins porteur d’une future harmonie, laquelle passe par un deuil difficile mais qui la mettra à distance des nombreuses rancœurs accumulées au cours de son douloureux début de vie dans la relation à l’homme et au masculin.

Réagissez !

Pour rendre la pédocriminalité imprescriptible, allez signer la pétition sur le site Au nom de l’enfance violée.

Si vous êtes rescapé ou victime, vous avez la possibilité de dialoguer sur le forum Vivre après l’inceste

Parution de l’essai de Illel Kieser ’l Baz, Inceste, pédocriminalité : crimes contre l’humanité, version téléchargeable

Lire des extraits, commander la version imprimée, sur le site, dans l’espace Librairie

Pour le Canada et l’Amérique du nord : Fondation Fleur de lys
http://manuscritdepot.com/a.illel-kieser-lbaz.1html.htm


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II - Comment réparer

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Messages

  • Avant Propos
    Derrière les gracieux battements de paupières complices d’une femme, d’une mère ; sa tendresse, son baiser, le souffle chaud et caressant de son amour, il y a bien plus que le simple assouvissement d’un tourment ou d’un besoin naturel. Derrière le froufroutement délicat du vol silencieux et dansant d’un papillon, il y a bien plus que la célébration d’un acte existentiel banal.
    Le tourment existentiel de la célébration ou de la jouissance de la vie, pour peu naturel et commun qu’il soit, n’en témoigne, n’en exprime pas moins un cérémonial unique d’un inégalable enjeu : celui d’épanouir et d’exercer, sur un champs de vie à la fois précaire qu’absolu dans sa finalité de ce don incurable, exceptionnel, dont l’intensité et le désespoir de son vœu incertain d’aboutissement, la multitude et la complexité de ses objets autant que de ses intentions, rend la quête existentielle passionnante, pathétique, bien ardue à maîtriser. Et sans un talent sensible et créatif motivé et conséquent, sans un infatigable effort à connaître, à comprendre ; à nous dévoiler à nous-même autant qu’à créer et projeter nos moyens et instruments d’exercice, nous ne serions pas capable de rendre honneur à l’immense dimensionnalité de l’art, de la célébration sans pareille de la vie dont l’existence nous a doté de la lourde présomption. Et derrière la violence ou le violentement de l’assouvissement immédiat ou fonctionnel, individuel ou collectif, j’appréhende un manquement dangereux sanctionnant autant l’incapacité à harmoniser et pacifier ses propres instincts, que celle de l’abus et de la méconnaissance du respect des droits des autres : autant éléments, facteurs, partenaires, que lois systématiques de l’équilibre et de l’harmonie partageant avec nous l’existence.

    Derrière le mépris évident de la violence ou du violentement.
    J’ai bien apprécie de l’approche psycho analytique de cet article, et cependant, chaque fois que je l’ai lu, il m’a hélas semblé que je devais y faire un commentaire. Pourquoi ? Mais parce que derrière la violence ou le violentement sexuel, il y a, à mon avis, un monstre d’abus de sensibilité qui s’exerce, s’accomplit sur son objet humain sans tenir compte que celui-ci était un sujet de droit à part entière. Cette violence ignoble et gratuite, outre qu’elle détruit, renie outrageusement l’attribut le plus fondamental de la race humaine, celui de l’identité individuelle reconnue et protégée par la société, dans son droit à la liberté, à s’engager librement et sans contrainte dans l’assouvissement de tout enjeu et intention de réalisation sensible.

    Il ne s’agit donc pour moi, autant dans l’inceste, le viol domicile, familial, ou même social en brisant volontairement des règles éthiques et morales de rapports sexuels interdits, pas seulement d’un défaut, d’une hérésie ou d’un cas de psychose, de maladie individuelle d’exercice sexuel reniant le consentement de la victime ou le respect de son agrément ; l’individu qui s’exerce ainsi place son désir au dessus de tout, comme un absolu sans autre réflexion que son propre assouvissement ou son impérieuse et méprisante jouissance. Non seulement, à mes yeux, il se refuse au partage consenti, mais il détruit par cet acte odieux un des principes fondamentaux de l’existence humaine, celui qui est à la base de sa survie et de son excellence : le respect de l’autodétermination et de la libre participation de « l’autre ». Or, ce qui fait la grandeur et la richesse autant sensible, imaginaire que créative de la race humaine, c’est justement la considération et la reconnaissance des apports volontaires des autres membres de la société avec lesquels nous sommes tous tenus de partager l’existence.

    Freud auquel je rends un hommage vibrant en cet endroit, disait : « Alles ist Libido », c’est dire, tout est libido. Et il avait pleinement raison, car dans l’existence, il n’y a que deux forces qui prennent des visages, des facettes multiples ; cependant qu’il ne s’agit que de l’anima et de l’animus. De la masculinité et de la féminité. Et au risque d’être involontairement simpliste, nous disons que la masculinité est de nature dominante et représente la force, la puissance sexuelle ; tandis que la féminité représente la recevabilité, la tendresse, l’élégance. Et afin de couper court à toute discussion inutile, notons que pour les deux catégories sexuelles de l’espèce humaine, il y a non seulement des degrés (regrettables ou pas) que des inversions de caractères dominants. Mais je ne dis pas que l’homosexualité ou la bissexualité sont contre nature, mais qu’elle sont, du point de vue de la nature humaine elle-même, des contradictions naturelles. Parce que non seulement s’il n’y avait qu’elles, la nature humaine n’existerait plus. Car ce qui qualifie et caractérise la race humaine, c’est sa fertilité, et c’est dire, se reproduire dans le temps, l’espace et la quête de l’assouvissement du tourment de l’exercice sensible.

    Du constat éloquent de cette dualité freudienne, se déduit la loi de l’harmonie naturelle : celle qui, en concordance avec la complémentarité de ces deux éléments, crée l’harmonie de l’amour fructueux. Et j’irai même plus loin en disant que cet exemple naturel est bien plus significatif qu’on ne le pense, parce que tout en présentant la première unité sociale, morale et éthique de l’existence humaine, elle n’en est pas moins composée de deux individualités distinctes, complémentaires, infructueuses l’une sans l’autre. Et de cela, on peut conclure que l’équilibre, l’harmonie ou la quête fructueuse et positive dans l’équation de l’existence humaine est duale. Pourquoi ce détour ? Mais parce que l’être qui n’accepte, dans son assouvissement, de respecter l’autodétermination de l’autre, ne projette que ses propres insuffisances, sa propre incompétence à accéder à la notion de responsabilité la plus intransigeante de la civilisation, de la culture humaine. Et celle-ci implique non seulement le respect de l’autre, du partenaire, de la communauté ; mais aussi des règles et des usages qui agréent au bon fonctionnement d’un idéal social d’intérêt commun : celui de la réalisation complexe et multiples des moments et d’enjeux d’exercice de la jouissance existentielle de tous et de tout un chacun.

    Celui ou ceux qui affirmaient ou affirment encore que l’être humain est né bon et que c’est la société qui le détruit, se trompent bien, j’en suis convaincu ; car le bien comme le mal font partie intégrante de notre nature humaine. Le bien n’est à mon avis qu’une valeur d’expérience confirmant des lois répondant au résultats fructueux et positif inhérents à un fonctionnement naturel rapprochant les rapports humains et sociaux le plus étroitement à l’harmonie, à la paix, à la réalisation partagée et respectée des êtres humains. Le mal, par contre, est plutôt l’erreur, le manquement, le défaut insolent et poursuivi qui, depuis les temps les plus reculés de l’existence humaine, a toujours été source de maux, d’abus et de destruction autant individuelles que collectives. Seuls la raison et le jugement objectifs respectant le bien et tous ses principes et ses implications nous ouvrent sur un idéal individuel, social et culturel nous permettant d’aspirer et de nous reconnaître de la civilisation. Autrement dit, ceux qui ne se sont pas affranchis ni de la violence, ni ne parviennent à maîtriser ou à dominer leurs bas instincts, ne sont rien d’autre que des barbares sociaux ou culturels. Et certes, la société ne peut pas les rejeter (sinon, où iraient-ils donc ?) ; mais elle se doit les soigner, et bien sûr se garder d’eux. Mais le meilleur moyen de se protéger de tels individus, c’est d’agir sur les valeurs éducatives que toute société, dans ses idéaux, cultive et encense. Car notre monde, de jour en jour, devient petit et exigeant de sécurité.

    On ne sera surpris de trouver derrière l’esclavage, la colonisation destructive des cultures, des us et usages de peuples étrangers, la même violence, le même mépris de l’autre que dans l’inceste, le viol sexuel. Et bien de guerres, d’actes politiques ou d’exploitation ont intentionnellement pour effet de violenter des faibles, de priver des peuples entiers de leurs droits légitimes en imposant ceux du plus fort. Ce sont tous des actes de violentement incultes et barbares parce qu’ils se résument tous ou s’exercent tous au détriment de tout respect et droit humain d’équitable intérêt. Faire subir aux autres ce dont on se préserve soi-même ou le dictat de sa religion ou de ses idées n’est ni juste, ni honorable. Il en va de même de croire ou d’instaurer par la violence que sa vie, ses désirs ou ses intérêts sont impérativement au dessus de ceux des autres. Si ce n’est pas du racisme, de la discrimination...de l’Apartheid ou du terrorisme ?

    Ce qui choque aujourd’hui, c’est qu’avec la croissance de l’anonymat des grandes villes, et ce malgré culture et civilisation de notre ère actuelle, ces violences gratuites et plutôt honteuses envers les femmes, les enfants, les faibles, les étrangers, les malades se multiplient. A croire que bien de gens se cachent sous le manteau de la civilisation ou de ses facilités pour y exercer le plus vulgairement du monde leurs bas et primitifs instincts. L’éducation, l’enfermement, la culture...la civilisation avaient-ils failli ? Personnellement, je ne le pense pas. C’est plutôt, à mon avis, un problème d’idéal d’exercice et de jouissance existentielle. Lorsque dans une société on a longtemps légitimé ou instauré la violence ou la prépondérance aveugle de la phallocratie comme principes existentiels par excellence, il est bien difficile de s’en débarrasser plus tard car des générations en chaînes ont avalé ce venin et l’ont transmis aux précédentes. Peut-être serait-il temps de dire aux gens la vérité, notamment que toute violence, sous quelque forme qu’elle soit, est un acte avilissant et barbare qui doit être irrémédiablement sanctionné. Et ceci pour tous, et partout...alors peut-être vaincrons-nous ce vil fléau. Et nous pourrons enfin nous dire que nous sommes civilisés.

    Musengeshi Katata
    Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

    munkodinkonko@aol.com

    Voir en ligne : Contre la prescription de crimes sexuels

  • Bonjour,

    Vous parlez d’inceste et de pédophilie et, d’après vous, ce serait inhérent aux sociétés occidentales. Que nenni ! Les anciens egyptiens
    dont j’admire fort la culture, ne rechignaient pas à
    marier un frère et une soeur, fils et fille de pha-raon. Que la lignée ne meure pas ! Et que dites-
    vous des pays d’Afrique de l’est où l’on marie
    des gamines de 8 ans à des adultes ? Et dans
    les pays où, bien que les lois l’inter-
    disent, on marie toujours de très jeunes filles à des hommes adultes.

    Devriez vous renseigner sur les civilisations
    chinoises, japonaises, indiennes, etc...

    Ca n’empêche pas les défauts des occidentaux,
    loin de là, mais à ce sujet, nous n’avons rien
    inventé : la perversité humaine n’a pas besoin d’exemples, son imagination lui suffit.

    genevievextremo@free.fr

    • @Geneviève Extremo,
      Bonjour et merci de votre mail,

      Je n’ai jamais dit que l’inceste était inhérent aux sociétés occidentales. Mais c’est un crime qui semble progresser dans les grands centres urbains, sur toute la planète et, comme ce mode d’urbanisation et la vie qu’il induit sont mondialisés, j’en déduis qu’il s’agit probablement d’un mal qui lui est inhérent.

      Et nous clamons partout sur la planète que c’est le mode de vie que nous avons légué au monde. Il faut donc en assumer aussi les ombres.

      Mais ma démonstration ne s’arrête pas là - pour l’instant non publiée - la société dite mondialisée est de type prédateur, où la loi du plus fort l’emporte. Ce qui est une formidable régression en regard des efforts de civilisation.

      Vous prétendez que les Pharaons pratiquaient l’inceste, les Incas aussi... Mais la pratique était symbolique, c’est-à-dire que la mariée était consacrée sœur. Ce n’était pas la sœur biologique.

      Même dans les mythes, l’inceste est assez rare pour être remarqué comme exceptionnel.

      Ensuite vous faites référence aux mariage forcés de jeunes filles à des hommes d’âge mûr.

      C’est une mode actuelle qui consiste à rappeler les méfaits de l’Islamisme radical ou de quelques dégénérés se réclamant de l’Islam. Cela n’excuse en rien nos propres méfaits.

      Par ailleurs, ce dévoiement de l’Islam est relativement récent. Pour être né et avoir vécu en terre d’Islam, si on mariait très tôt des enfants, la consommation du mariage était régie par des règles très strictes, jamais avant la puberté.

      J’ai moi-même été marié très jeune à une enfant de mon Douar... Cela ne m’a pas empêché de vivre autre chose que ce que les adultes avaient choisi pour moi en d’autres temps. Et tout le temps de notre enfance nous avons eu des jeux d’enfant.

      Je prends bien soin de me renseigner, comme vous dites, sur les cultures dont je parle et, à ma connaissance, il n’existe aucune autre civilisation qui ait généralisé à ce point l’inceste que la société contemporaine, tous continents confondus.

      De retour du Canada, je ramène des chiffres sur l’étendue du mal et c’est considérable, sidérant, époustouflant. Il y a de quoi s’alarmer.

      Maintenant vous dites que l’imagination suffit à la perversité humaine. En effet, mais les humains ont inventé des règles, des rites, des tabous qui la préserve du Mal, en permettant une vie sociale qui progresse hors de la barbarie.

      Je constate chaque jour que, de ce point de vue, nos sociétés mondialisées sont en profonde, très large régression.

      On peut, si l’on veut, banaliser cette extension du Mal, de la prise de pouvoir du plus fort sur le plus faible des humains, l’enfant, je m’érigerai chaque fois que possible contre ce retour à la barbarie, non pas par devoir moral mais parce que je sais ce que cela révèle de monstruosité sociale.

      Pour l’instant, et depuis 45 ans, je vis en France, je m’intéresse donc d’abord à la France.

      Cordialement
      IBK