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Les coptes n’aiment pas le vendredi

jeudi 24 mai 2007, par Halim Akli

Par Ahmed Halli – Paru in le quotidien « Le Soir d’Algérie » du 21/05/2007
Achraf Abdelkader souligne que le virus islamiste est désormais répandu en Égypte aussi bien dans les médias que les écoles et les sermons du vendredi. Les islamistes ont réussi à transformer le prêche du vendredi qui se voulait sermon d’amour et de tolérance en un discours de haine et d’incitation à la violence. On appelle à la guerre contre « la progéniture des singes et des porcs », c’est-à-dire contre les juifs et les chrétiens. C’est ainsi que le musulman sort de la mosquée, semblable à une bombe à retardement qui éclate au contact du premier chrétien rencontré.

Il y a des gens qui sont très sensibles aux variations climatiques. D’autres ont une aversion particulière pour la « fuite utile des jours », pour reprendre Hugo. On sait que nous, les Algériens, détestons tous les jours de la semaine. Nous abhorrons les jours dits ouvrables parce que nous sommes obligés de travailler ou d’empêcher l’effondrement des murs, c’est selon. Et nous haïssons les week-ends pour le prodigieux ennui qu’ils nous prodiguent.

Les jeudis et les vendredis sont devenus synonymes de punition pour tous les Algériens. L’ennui est si présent, telle une fatalité, si pesant qu’on ne bouge que sur injonctions des minarets ou de notre système cardiovasculaire. Tenez ! Nous n’essayons même plus de tromper cet ennui en accomplissant le plus fastidieux des devoirs citoyens : voter. Oui, c’est l’ennui, et l’ennui seul qui explique le faible taux de participation au scrutin de jeudi dernier. À cause de l’ennui, et à défaut du « Tiers État », nous avons l’État du tiers ou même du quart, selon les plus pessimistes. Vous allez voir comment les Syriens, qui ne s’ennuient jamais, vont envahir les bureaux de vote à la fin de ce mois pour plébisciter Bechar Al-Assad. Les Syriens, à la différence des Algériens, aiment leur président, leurs députés et même leurs morveux. Les Algériens qui ne s’aiment toujours pas, décidément, sont certes plus libres que les Syriens. C’est le maharadjah de Douniapoor [1] qui l’a laissé entendre vendredi dernier en commentant les résultats du parti vainqueur. Oui, les Algériens jouissent de la cruelle liberté de ne pas aimer le pouvoir et vice-versa. Ceci dit, les Algériens qui ont voté se demandent avec effroi comment leurs élus vont faire pour ne pas s’ennuyer dans l’hémicycle et succomber ainsi à la tentation de déserter.

Un ex-voisin, ex-cadre du FLN reconverti dans les affaires [2], m’a suggéré la solution de la coercition, notre spécialité. Puisque les futurs parlementaires ont été élus par un tiers des votants seulement, pourquoi ne pas les payer au prorata. Un tiers des voix égale un tiers du salaire égale un tiers de présence à l’Assemblée, pour rester dans la norme acceptable. Comme tous les Algériens, ils auraient évidemment quartier libre pour s’ennuyer durant les week-ends, une manière de ne pas se détacher de leur électorat. Il fut un temps où les Algériens étaient partagés en ce qui concerne le cas particulier du vendredi. En ce temps-là, il y avait deux camps en présence : il y avait, d’un côté, les extatiques, les opportunistes et grands pécheurs qui paradaient au sortir des mosquées. De l’autre, les démocrates, les laïcs qui fermaient vitres et volets pour laisser passer l’orage. Aujourd’hui, Dieu soit loué, on ne distingue plus les menaçants des menacés. Ils sont mêlés les uns aux autres, en gandouras blanches, à l’exception des femmes. Sur ce plan-là, les Algériens font cause commune, grâce à la divine providence. Bref, le vendredi ne mobilise plus que contre trois ennemis potentiels : les femmes, Israël et les États-Unis. Rares sont encore les égarés qui affichent leur aversion pour ces vendredis-là. Il y a quand même des voix discordantes, comme en Égypte où le vendredi est désormais synonyme d’inquiétude et de crainte pour la minorité copte. Le journaliste et militant pour les droits des coptes, Magdi Khalil, a dénombré samedi dernier une vingtaine de vendredis sanglants depuis 1972. Le scénario est toujours le même : des prêches incendiaires et des tracts s’emparant d’une rumeur puis la curée. Notre confrère Achraf Abdelkader revient lui aussi, dans le magazine Elaph, sur les incidents du 11 mai (la date du onze est-elle fortuite ?) dernier dans un village du gouvernorat de Gizeh. Ce jour là, dit-il, suite à une rumeur sur l’intention des coptes d’agrandir leur église, près de 500 islamistes se sont rassemblés. Ils ont attaqué des maisons et des commerces coptes, clamant le nom de Dieu transfigurés par le bonheur de mener cette « guerre sainte ». Celle-ci leur a permis de brûler environ 27 maisons et de piller l’or et les biens qui s’y trouvaient. Et pourquoi pas, puisque les cheikhs du terrorisme ont décrété que les biens des coptes sont du butin. Grâce à Dieu, ils ne se sont pas emparés de femmes aussi au même titre, ajoute notre confrère. Quant à la police, relève encore le journaliste égyptien, elle n’est jamais là lors de ce genre d’incident. Et lorsqu’elle se manifeste, c’est toujours bien plus tard une fois que les agresseurs aient eu tout le loisir d’accomplir leurs forfaits.

Épiloguant sur la grande peur du vendredi chez les coptes, Achraf Abdelkader souligne que le virus islamiste est désormais répandu en Égypte aussi bien dans les médias que les écoles et les sermons du vendredi. Les islamistes ont réussi à transformer le prêche du vendredi qui se voulait sermon d’amour et de tolérance en un discours de haine et d’incitation à la violence. On appelle à la guerre contre « la progéniture des singes et des porcs », c’est-à-dire contre les juifs et les chrétiens. C’est ainsi que le musulman sort de la mosquée, semblable à une bombe à retardement qui éclate au contact du premier chrétien rencontré. C’est là que réside le danger du vendredi. Je ne sais pas pourquoi, on ne voit pas un seul chrétien sortir le dimanche de l’église et brûler la maison d’un musulman ou bien agresser un musulman, s’interroge Achraf Abdelkader. Je ne comprends pas pourquoi tous les auteurs du crime d’incendie ou de meurtre commis contre nos frères coptes sont taxés de fous. Ces actes de violence ne seraient-ils pas une façon pour le mouvement des Frères musulmans d’atténuer la pression que le pouvoir exerce sur eux ?

Abordant, dans ce contexte, l’attitude des théologiens musulmans, le journaliste souligne : « L’internationale islamiste dirigée par Karadhaoui, Ghannouchi et Fahmi Howeidi, ainsi que par d’autres apôtres du terrorisme a incité à tuer les femmes, les enfants et les fœtus israéliens. Mais ils ont observé un silence de tombeau s’agissant de l’assassinat des musulmans par les islamistes en Algérie et au Maroc. Ils se sont tus également lorsque nos frères coptes ont été agressés. Comme nous le disons, en Égypte, le silence est une marque d’approbation. C’est donc, de la part des théologiens du terrorisme, une fetwa implicite légalisant le meurtre des musulmans et des chrétiens innocents, pour autant que les meurtriers soient des islamistes. »

Aux dernières nouvelles, l’internationale islamiste serait dans un état de confusion extrême à cause d’une récente fetwa émanant de l’université Al-Azhar. L’un des cheikhs de la vénérable institution, le Dr Ezzat Attia, a édité une fetwa qui s’appuie sur un Hadith authentique. Celle-ci autorise, voire incite les femmes qui travaillent à allaiter leurs collègues mâles de façon à prévenir le péché de promiscuité et à éviter la suspicion, selon Al Arabiya.net. Malgré les protestations des Frères musulmans qui veulent porter l’affaire devant le Parlement, le Dr Attia persiste et signe : citant le Hadith, il précise que cet allaitement doit intervenir à cinq reprises pour être légal.
 
Les personnes intéressées pourront trouver plus de détails à cette adresse : Al Arabiya


[1C’est une circonscription virtuelle. Bon, si vous insistez, c’est la troisième à gauche en sortant de l’ascenseur du Palais du gouvernement.

[2Ce qui ne veut pas dire que tous les anciens pontes du FLN sont reconvertis dans les affaires. J’en connais qui sont partis avec, comme seul butin, une bassine à peine remplie d’eau. Juste de quoi se laver les mains.