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« Le monde intérieur du trauma » : une approche singulière de l’œuvre de Jung

mardi 26 janvier 2016

Donald Kalsched explore le monde intérieur des images du rêve et des fantaisies rencontrées en thérapie avec des personnes qui ont vécu des expériences insupportables. Il montre comment, par une tournure ironique de la vie psychique, les images mêmes qui sont engendrées pour défendre le Soi peuvent devenir maléfiques et destructrices, entraînant un traumatisme supplémentaire pour la personne. Pourquoi et comment cela se produit, telles sont les questions que l’ouvrage se propose d’aborder.

En s’appuyant sur du matériel clinique détaillé, l’auteur accorde une attention particulière aux problèmes des troubles psychosomatiques et de la dépendance ainsi qu’au vaste sujet de la dissociation et de son traitement. En se concentrant sur les défenses archaïques et primitives de l’âme, il se connecte théorie jungienne et de la pratique avec la théorie des relations d’objet et la théorie contemporaine de dissociation. Dans le même temps, il montre comment l’approche jungienne des images universelles des mythes et du folklore peut éclairer le traitement du patient traumatisé.

Le traumatisme est à la source d’une rupture de ces transitions développementales qui rendent la vie digne d’être vécue. Donald Kalsched voit cela comme un problème spirituel aussi bien que psychologique et dans le monde intérieur du trauma, il donne un aperçu convaincant de la façon dont le système d’auto-guérison intérieure tente de sauver l’esprit personnel. 

« La psychanalyse a eu ses origines dans une étude du traumatisme et de la redécouverte d’abus physique dans l’enfance et sexuelle a de nouveau ravivé l’intérêt psychiatrique dans les troubles dissociatifs résultant d’un traumatisme. Dans ce livre throught stimulante Donald E. Kalsched s’appuie sur son propre travail clinique pour montrer la valeur des idées de Jung dans le monde intérieur de la psyché dans le traitement de ces patients, en particulier ceux qui souffrent de trouble de la personnalité multiple et stress post-traumatique. Dans le même temps, il propose certaines modifications aux théories de Jung en réponse aux conclusions de chercheurs et de cliniciens qui approchent le problème de différents points de vue théoriques tels que les relations d’objet et de la psychologie de soi.

The Inner World of Trauma, Archetypal Defenses of the Personal Spirit1 de Donald E. Kalsched2 (Le Monde intérieur du trauma - Défenses archétypiques de l’Esprit Personnel) est un livre exigeant, ne le cachons pas. Ne serait-ce que parce qu’il est écrit en anglais, et qu’il n’a pas encore été traduit en français3. Mais c’est du bel anglais. Et derrière l’élégance du style, derrière la profondeur des analyses, le lecteur devine un homme chaleureux qui ne se cache pas derrière son statut de Ph D4, mais qui ose s’engager, quitte à s’exposer avec ses forces mais aussi avec ses failles, tout au long de son chemin avec les personnes traumatisées qui le consultent. Un médecin qui cherche la juste mesure entre la compassion envers le patient et la fermeté à l’égard des forces « démoniaques » qui le « possèdent » : le système d’autoprotection, mais aussi d’auto-persécution que constituent les défenses archétypiques du Soi. Dans une oeuvre qui nourrit autant le coeur que l’esprit, le chercheur américain partage sa passion pour un domaine où il reste beaucoup à découvrir.

Espace transitionnel, fonction transcendante, transfert

L’étude de Donald E. Kalsched, parue pour la première fois en 1996 aux Etats-Unis et au Canada, s’inscrit dans le prolongement de deux courants de pensée : le courant proprement jungien et celui de l’école psychanalytique britannique de la relation d’objet (object relation), surtout à travers l’oeuvre de Donald Winnicott. A cela il faut ajouter une troisième source majeure : la Self Psychology de Heinz Kohut. L’auteur associe les approches personnalistes de Winnicott et de Kohut, fondées avant tout sur les relations humaines, notamment sur la relation mère/enfant, aux dimensions trans-personnelles, mytho-poétiques5 de la pensée jungienne, pour en faire une synthèse originale. Celle-ci lui permet d’aborder la « dimension interpersonnelle de la fonction transcendante »6.

1 The Inner World of Trauma, Routledge, 1996

2 Donald E. Kalsched est psychanalyste, membre du C.G. Jung Institute de New York.

3 On peut aborder la pensée de Kalsched en français dans trois numéros des Cahiers Jungiens de Psychanalyse  : le numéro 117 (mars 2006), Figures miroir  ; le numéro 119-120 (octobre 2006), Le traumatisme dans l’analyse qui comprend un article écrit par Kalshed intitulé Le traumatisme précoce et ses aspects daïmoniques ; le numéro 123 (septembre 2007) Approcher l’ombre où un article de Giovanna Galdo intitulé La nuit belle. Créativité, destructivité, dissociabilté étudie les rapports entre le moi et l’ombre et consacre quelques pages très intéressantes aux défenses du Soi et à l’opus de Donald Kalshed.

4 Aux Etats-Unis, un Philosophy Doctor est une personne titulaire d’un doctorat du troisième cycle.

5 Kalsched indique (p.126) que la fonction mythopoétique de l’inconscient est un terme forgé à l’origine par le savant classique Fredrick Myers à la fin du XIXe siècle. Myers croyait que l’inconscient crée en permanence des fantasmes mythiques qui se manifestent dans les rêves, le somnambulisme, l’hypnose, la possession et les états de transe des médiums. Ellenberger regrette, dans sa revue monumentale de l’inconscient dans la psychiatrie contemporaine, que cette notion prometteuse n’ait pas été approfondie par d’autres théoriciens que Jung et Flournoy.

6 The Inner World of Trauma, op. cit, p. 144

 

Pour en donner un bref aperçu, prenons quelques mots qui commencent avec le préfixe trans. Donald Kalsched note l’espace transitionnel de Winnicott, la fonction transcendante de Jung, et il insiste sur l’importance d’un troisième terme, le transfert, qui est un espace dans lequel ce qui est désigné par les deux premières notions est susceptible de « s’entremêler »7. Un espace d’autant plus important que s’il y a un lieu privilégié de transformation de la structure traumatique, c’est bien celui-là, du moins selon notre auteur.

7 Ibidem, p.145

Kalsched prend soin de montrer comment il a également enrichi et conforté le résultat de ses analyses avec les travaux de nombreux autres chercheurs. Citons-en les principaux : Sandor Ferenczi, Michael Fordham, Ronald Fairnbarn, Harry Guntrip, Edmund Bergler, Charles Odier, James Masterson, Mélanie Klein et Wilfred Bion. Freud, bien entendu, occupe une place fondamentale dans cette généalogie et ses prises de position au sujet du trauma sont également passées en revue.

Les 215 pages de ce livre apportent beaucoup de matière à méditer. Les deux premiers chapitres décrivent les trajectoires de patients de Kalsched. Ils montrent comment les défenses archétypiques du Soi se manifestent au cours des différentes étapes de l’analyse, notamment dans les rêves des personnes traumatisées. Le système d’auto-sauvegarde est généralement personnifié par un couple de personnages, la dyade formée par un persécuteur-protecteur et son « client », une victime enfantine et innocente, souvent féminine. Il s’agit là d’un portrait onirique du système archétypique mis en place par le sujet pour répondre au trauma extérieur.

Les cas relatés illustrent les mécanismes à travers lesquels ce système opère afin de sauver le sujet de l’anéantissement psychique. Parmi ces mécanismes, deux sont fondamentaux :

 

· l’encapsulation dans une bulle fantasmatique auto-suffisante mais contre-dépendante,

· la dissociation, qui se produit en différents endroits : entre les différentes composantes du psychisme, mais aussi entre le sujet et le monde, par un travail préalable de sape des conditions d’émergence d’un espace transitionnel.

 

Le legs du trauma

Donald Kalsched trouve des caractéristiques communes à ses analysants traumatisés. Une sorte de « portrait-robot » peut-être dressé d’après ses observations.

- Tout d’abord, ce sont des personnes qui cachent anxieusement leur vulnérabilité derrière une armure dure et méprisante ; elles peuvent même devenir arrogantes à force de s’identifier aux forces numineuses qui les possèdent.

- Autre trait de caractère largement partagé : elles développent précocement une grande autonomie par rapport à leurs parents, puis par rapport aux autres en général, pour masquer et étouffer leur besoin cuisant de relations affectives qui leur inspire honte et dégoût. C’est donc une autonomie extérieure qui cache une grande dépendance intérieure. La relation avec leur mère au cours de leur enfance a généralement été mal vécue. Ce sont souvent des personnes sensibles : dans une même situation, les enfants qui ont la peau plus épaisse sont moins traumatisables.

- Ce sont souvent des personnes brillantes, et leur intelligence se déploie de préférence dans des sphères abstraites, par exemple esthétiques, scientifiques ou philosophiques. Certaines réussissent à relever de grands défis sportifs, mais même dans ce cas, leur rapport au corps reste impersonnel : il leur faut vivre des sensations fortes pour le faire exister. C’est une façon d’essayer de mettre en relation leur corps et leur esprit. Leur pensée est plutôt désincarnée, et leur corps, même s’il est cultivé, est peu « habité ». Elles souffrent généralement de problèmes psychosomatiques.

- Les personnes qui ont vécu un épisode traumatique adoptent parfois une attitude de repli schizoïde, et peuvent être amnésiques. Beaucoup d’entre elles se servent de l’addiction à toutes sortes de drogues pour apaiser leurs souffrances. Certaines sont sujettes à des accès de rage quand elles sont contrariées. Cependant, elles peuvent dissimuler leur fragilité derrière le rempart de la réussite sociale, ou du moins celui d’une adaptation superficielle, tout-à-fait extérieure, à la société.

Les chapitres suivants ancrent l’analyse de Kalshed dans l’histoire des recherches psychanalytiques consacrées à ce sujet. Ils commencent par le dialogue de Freud et de Jung sur le monde intérieur du trauma (c’est le titre du troisième chapitre). L’expérience du trauma concrètement vécue par Jung dans son enfance, puis l’approche théorique de ce problème qu’il a ensuite développée, sont résumées. Suivent les contributions d’autres chercheurs jungiens. Enfin, la théorie psychanalytique à ce propos est passée en revue, via des résumés synthétiques des oeuvres de grands penseurs non-jungiens. Donald Kalsched se réfère essentiellement à des auteurs britanniques et américains. Tous ces auteurs apportent des pierres à son édifice.

Par exemple, dans la Confusion des langues entre les adultes et l’enfant, Ferenczi montre que chez une personne traumatisée, la partie émotionnelle de la personnalité régresse pour retrouver l’état de bonheur antérieur au trauma, tandis que la partie mentale évolue de façon parfois extraordinairement rapide. Cette fulgurante « progression traumatique » peut débarrasser le fragment de la personne dont elle s’empare des préoccupations terrestres égotiques, et le faire participer à une sagesse universelle clairvoyante. Ce fragment de personnalité, la partie progressive, acquiert dans certains cas des pouvoirs paranormaux, qui lui permettent par exemple de percevoir des événements au-delà des barrières de l’espace et du temps. En particulier, elle peut observer la destruction de la partie régressée. Tel Isis réassemblant les morceaux épars du corps d’Osiris, la partie progressive cherche à retrouver l’unité dont la personne jouissait avant d’être traumatisée. Bien entendu, Kalsched rapproche cette théorie de Ferenczi de sa propre conception du système d’autoprotection. La présence de dyades plus ou moins analogues est également relevée chez d’autres chercheurs, comme chez Ronald Fairnbarn, Colin Ross ou Edmund Bergler.

Le traumatisme dans les contes...

La seconde partie du livre est dédiée à l’analyse de quatre contes où la dynamique du système d’auto-sauvegarde est représentée : Eros et Psyché, Fitcher’s bird et Rapunzel (Raiponce, en français) des frères Grimm, et Le Prince Lindworm8. L’auteur souhaite montrer ainsi l’origine archaïque, religieuse, de la dyade étudiée afin d’étayer l’idée que sa nature est archétypique.

8 Un Lindworm est un serpent, un dragon, un monstre mi-homme, mi-serpent dans les mythologies scandinaves.

Les interprétations de ces contes sont parsemées de digressions intéressantes pour les thérapeutes, par exemple sur le rôle du transfert ou sur celui du deuil et du sacrifice dans le processus de reprise d’un cours « normal » de l’existence par les analysants. Cette seconde partie révèle bien entendu des représentations archétypiques, mais le lien avec la pensée de Winnicott est préservé dans la synthèse kalschedienne, notamment en ce qui concerne les transformations de la libido et celles de l’agressivité dans le processus d’incarnation du Soi.

Les contes étudiés présentent deux parties. La première décrit l’état initial d’« ensorcellement » du Moi par l’ombre du Soi ; la seconde relate la libération des deux entités, qui se différencient l’une de l’autre, grâce à la difficile prise de conscience par le Moi des forces agressives de l’ombre du Soi. Celles-ci sont alors « humanisées » et intégrées. Un processus qui mène le sujet de l’ « ensorcellement » initial où il est prisonnier à l’ « enchantement » dont il peut jouir, malgré les désillusions nécessaires pour parvenir à cet état. C’est un moment crucial et dangereux puisqu’il s’agit de passer par une étape de « retraumatisation » soit libératrice, soit réaliénante.

Ce livre exigeant est aussi un livre qui a beaucoup à apporter à tous ceux qui se sentent concernés par la question du clivage précoce de la personnalité. Un clivage effectivement très précoce car dans les cas décrits, au moment où l’épisode traumatique se déroule, le moi n’est qu’en formation et ne dispose pas encore des ressources nécessaires pour résister à l’intensité des décharges émotionnelles. C’est pour pallier ce manque que les défenses archétypiques du Soi entrent en jeu.

L’ombre du Soi

L’oeuvre de Kalsched est originale parce qu’elle met en valeur la dimension négative du Soi, dont beaucoup d’auteurs ne retiennent que les aspects positifs. En conséquence, l’interprétation des contes de Kalsched se distingue de la métapsychologie jungienne la plus courante. Par exemple, dans le cas de Fitcher’s bird (un conte du type de Barbe Bleue, mais probablement antérieur à la version que nous connaissons aujourd’hui), il ne suit pas l’analyse de Kathryn Asper9 qui voit dans le personnage masculin diabolique une représentation de l’animus négatif de la femme ou de l’ombre de l’homme. Pour Kalsched, il s’agit de l’ombre du Soi.

9 Analyse publiée dans M. Stein et L. Corbett Psyche’s Stories : Modern Jungian Interpretations of Fairy Tales, Vol I Wilmette, Ill. : Chiron Publications pp. 121-140.

10 Defences of the Self, in Journal of Analytical Psychology 19 (2) pp. 192-199

Kalsched n’est pas l’inventeur de la notion d’ombre du Soi, sur laquelle Michael Fordham avait déjà écrit en 197410. Jung lui-même considérait les représentations du Soi comme ambivalentes et il avait perçu la structure dyadique du système d’auto-défense face au traumatisme. Donald Kalsched reconnaît bien sûr que le Soi a une fonction ordonnatrice et unificatrice de la psyché, qu’il est représenté par des symboles d’union des opposés et de totalité. Cependant il avance que dans le cas du trauma, le Soi a une fonction désintégratrice du psychisme. Il détruit l’espace transitionnel, de sorte que le sujet ne parvient ni à assimiler les expériences vécues au-dehors, ni à entretenir, au-dedans, une vie imaginative créatrice de symboles. La fonction transcendante ne peut pas se constituer. Le sujet demeure confiné dans une prison fantasmatique stérile, mélancolique et engourdissante, à bonne distance de toute prise de conscience des émotions, notamment de l’angoisse. Il est « ensorcelé ». Sa pensée, passée sous l’emprise de la figure du Protecteur/Persécuteur, n’interprète plus les informations fournies par ses sens via des représentations verbales ou imagées. Elle condamne au silence l’enfant intérieur, la victime innocente qui constitue l’autre pôle de la dyade du système de défense archétypique.

Les poussées autodestructrices et séquestratrices issues de l’ombre du Soi ne sont pas une simple rébellion sans cause : elles obéissent à un but sous-jacent. Dans ce cas de figure, l’objectif que poursuit le Soi indifférencié, primitif et démoniaque est de sauver ce que Donald Kalsched appelle le Personal Spirit, l’Esprit Personnel, en l’isolant de la réalité. Le système de défense considère que le Personal Spirit est menacé par les expériences traumatisantes que le sujet a vécues et qu’il tend à revivre indéfiniment. Pour cela, il disloque l’Esprit Personnel et le cache, à l’abri des coups du sort, dans différents endroits du psychisme (où il est « encapsulé ») et du corps (où il donne éventuellement lieu à des sortes de délires somatiques). Cet aspect positif et salvateur de l’ombre du Soi était jusque-là rarement mentionné dans la littérature sur le trauma.

Au prix d’un travail sur lui-même généralement parsemé de crises, le patient peut éventuellement remettre en relation les différentes composantes de son être et donner à son Esprit Personnel le loisir de s’épanouir dans la réalité. Pour cela, il a besoin d’un témoin qui l’accompagne. Il lui faut accepter de lâcher une part de sa toute puissance narcissique pour s’impliquer dans une relation affective. La voie qui mène de l’ensorcellement à l’enchantement est celle de l’amour. Les derniers chapitres du livre indiquent les caractéristiques de cet amour. Compréhensif, il est à même de contenir successivement en son sein les fragments dispersés de l’âme traumatisée ; mûr, il accorde à l’autre la liberté et la souveraineté d’un être distinct ; il est assez fort pour que les déceptions mutuelles soient surmontées. Cet amour exige l’énergie de l’humilité. Pour les personnes traumatisées, cette étape est difficile. Il leur semble qu’il leur est demandé de sacrifier, voire de trahir, le monde divin dont ils se considèrent être les élus, pour s’enfoncer dans la médiocrité et la platitude de « ce monde ». Mais cette longue « chute » confère progressivement du poids et de l’authenticité à leur réalité.

Au terme de ce cheminement, l’activité imaginative créatrice peut se développer, un sens peut être donné aux ressentis, y compris aux ressentis douloureux. La part magique de l’existence peut se manifester. Le patient jouit alors d’un rapport plus intime, plus senti, avec son propre corps et s’ouvre au monde. Le Soi s’incarne. C’est au seuil de cette incarnation que le Soi apparaît dans toute son ambivalence, avec sa part d’ombre et sa part de lumière qui se combattent mutuellement et se muent l’une en l’autre. Face à cette lutte de forces titanesques, le moi doit reconnaître humblement les limites de son pouvoir.

Le Personal Spirit est un concept forgé par l’auteur. Dans les harmoniques de sa pensée, il le rapproche de l’esprit des Egyptiens de l’Antiquité, de la notion socratique de daïmon, et surtout de l’Hermès/Mercure ambivalent des alchimistes, qui anime le processus de transformation. Le Mercure duplex à la fois esprit ailé et puissance chtonienne, lumen naturae selon la terminologie paracelsienne, ou corps subtil d’après celle des néo-platoniciens. Mais il s’agit là de notions similaires, et non équivalentes au Personal Spirit. Kalshed considère que l’essence de ce dernier se cache, dans le cas des personnes traumatisées, au sein de la figure de la victime jeune et innocente du couple Pésécuteur/Persécuté, une figure volontiers représentée sous la forme d’un petit animal ou d’un enfant.

C’est, pour Kalshed, la part unique, sacrée de l’individu, qui doit être défendue par tous les moyens, voire, en dernière extrémité, par le suicide. Kalshed pose que toute atteinte au Personal Spirit est absolument inconcevable. Pour renforcer cette idée qui est au fondement de son édifice théorique, il rapporte des considérations tout à fait analogues trouvées chez Ferenczi et chez Winnicott.

The Inner World of Trauma est une approche singulière de l’oeuvre de Jung, comme doit l’être toute vision authentiquement jungienne de l’âme. C’est aussi un vaste - et synthétique - récapitulatif des travaux menés par les chercheurs anglo-saxons dans le domaine du trauma, c’est-à-dire, en fin de compte, le domaine qui constitue le fil rouge de l’histoire de la psychanalyse. Ce récapitulatif est bien entendu orienté puisqu’il sert à étayer la thèse de l’auteur, mais il n’en reste pas moins un tour d’horizon passionnant et... accessible aux néophytes. »

 Recension de l’ouvrage par Arnaud de Margerie

 Sur
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Des pages du même ouvrage

« Un complexe traumatique entraîne une dissociation de la psyché. Le complexe n’est plus sous le contrôle de la volonté et, pour cette raison, il devient autonome. Cette autonomie consiste en une capacité à se manifester indépendamment de la volonté consciente et il interagit en directe opposition des tendances conscientes : il s’impose de manière tyrannique par dessus la conscience. Des affects explosifs se font invasifs et surgissent à la conscience de l’individu tel un ennemi ou un animal féroce. J’ai fréquemment observé que les affects caractéristiques d’un trauma sont représentés dans les rêves par un dangereux animal sauvage - une frappante illustration de la scission opérée au sein de la conscience. » Jung, cité par Donald Kalsched, p. 12