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Marie Louise von Franz

[Un article de Rolande Biès->http://www.cgjung.net/mlvf/index.htm]
 
 
Marie-Louise von Franz est née en 1915 dans une famille autrichienne qui vint se fixer en Suisse après 1918. Après de solides études littéraires, elle rencontra, en 1933, l’homme qui allait orienter toute sa vie : C.G. Jung. Elle vient de nous quitter en février 1998. Ce savant de réputation mondiale venait d’entreprendre une étude approfondie de l’Alchimie et il lui proposa de devenir sa collaboratrice pour la traduction des textes grecs et latins. Formée à l’école du maître, elle devint psychothérapeute et participa à l’élaboration des grandes œuvres de Jung. Marie-Louise von Franz a publié de nombreux ouvrages, en particulier sur l’interprétation des contes de fées, dont douze ont déjà paru en français. Elle continua l’œuvre du grand psychologue et lui rendit un très bel hommage dans C.G. Jung, son mythe en notre temps. Parallèlement à ses activités de psychothérapeute et d’écrivain, Marie-Louise von Franz a mené une brillante carrière d’enseignante et de conférencière à l’Institut C.G. Jung de Zurich d’abord, puis dans le monde entier. Sa méthode thérapeutique applique les découvertes de Jung sur la nature de l’inconscient et le dynamisme de celui-ci. Elle se refuse à toute théorie sur l’individu et les troubles psychologiques, en estimant qu’il y aurait là une manipulation susceptible de contrarier le processus curatif. Pour elle, la thérapie doit suivre les tendances d’auto guérison de la psyché. Comme le dit Jung avec humour : " Je ne suis pas de ceux qui croient qu’ils doivent veiller à ce que les cerises aient des queues. Je me tiens là, observant ce dont la nature est capable ". Cette " nature " s’exprime à merveille dans les rêves, dont l’écoute est le facteur essentiel de la thérapie. Le public français connaît Marie-Louise von Franz pour la part majeure qu’elle a prise dans la composition de l’Homme et ses symboles, ce grand ouvrage de vulgarisation de la psychologie des profondeurs. Claude Mettra l’a présentée sur France Culture, dans le Cri de Merlin (18 février 1978) en même temps que paraissait un grand livre collectif sur Jung, où ses contributions sont capitales : C.G. Jung et la Voie des profondeurs. Puis les Éditions de la Fontaine de Pierre ont entrepris de publier, en français, ses différents ouvrages. J’ai eu la très grande joie de rencontrer Marie-Louise von Franz, la première fois, il y a plus de vingt ans. Elle a bien voulu répondre à mes questions.

Nous devons ajouter que Marie Louise von Franz, comme bien d’autres collaborateurs de C G. Jung fut tenue à l’écart du développement de la pensée de Jung en France. Une très – trop – grande place a été faite à ce courant dont Pierre Solié fut le pivot, qui tenta de jeter des ponts entre la pensée de Jung et celle de Freud. Mission impossible, dont Jung lui-même ne voulait pas. C’est ainsi que toute une partie de l’œuvre de Jung fut laissée de côté. Maintenant certains de ces zélateurs consentent à citer MLVF, comme si certains tabous avaient été levés.


Les pantoufles de Jung

Pour rendre hommage aux liens étroits entre Marie-Louise et Carl Gustav Jung, ce premier opus rappelle les circonstances symboliques et drolatiques de leur rencontre.
Texte paru dans le bulletin associatif n°1, du 17 février 2006.

Il était une fois une jeune fille de 18 ans, petite, mince, qui habillait son mètre soixante un peu n’importe comment. La coquetterie ne l’occupe guère, Marie-Louise. Elle a bien d’autres préoccupations en tête. Elle veut connaître « la vérité des choses ».
Mais où trouver la vérité des choses ?
Serait-ce dans les livres, qu’elle aime tant ? Serait-ce dans les Humanités ? Dans l’œuvre des grands auteurs grecs et latins qu’elle étudie passionnément au lycée ? L’exceptionnelle mémoire donnée par sa marraine fée engrange tous ces textes, mais peut-on vraiment y trouver la vérité ? Elle en doute parfois, Marie-Louise, quand son regard s’attarde sur le panorama aux alentours du lac, à Zürich.
Elle pense au destin bousculé de son père, à sa maladie, qui contraint ce brillant officier de l’armée autrichienne à devenir comptable. Elle ne se souvient pas de l’Autriche : elle n’avait que 3 ans et sa sœur aînée, Marianne, seulement 7 ans, à l’arrivée de la famille en Suisse, en 1918. Mais elle songe qu’elle est ainsi une enfant du cœur de l’Europe. Oui, elle pense... Elle aime la réflexion intérieure Marie-louise et, de toutes façons, il n’est guère facile de communiquer avec maman.
Ce matin là, dans l’ordinaire brouhaha du lycée, c’est à peine si elle entend un camarade de classe s’approcher et lui parler de sa tante, Toni Wolff, (…mais qui est donc cette dame ?) qui souhaite réunir un petit groupe d’adolescents à la demande de son ami Carl Gustav Jung (…mais qui est donc ce monsieur ?). Elle apprend alors, Marie-Louise, que Monsieur Jung est un médecin célèbre et qu’il souhaite rencontrer la jeunesse de son temps. Une invitation ? Pourquoi pas, se dit-elle…
Il fait sombre cet après-midi d’été 1932, quand la petite troupe part pour rencontrer Monsieur Jung, à Bollingen. Le ciel est gros d’orage, si gros même que la pluie battante les surprend. Ils rient et chahutent sous les imperméables et les parapluies, un peu inquiets tout de même d’arriver aussi mouillés. La plus inquiète est Marie-Louise aux souliers et aux bas détrempés. Quand ils sonnent à la porte et que la haute silhouette de monsieur Jung se découpe dans le vestibule, Marie-Louise ne sait que faire, impuissante, devant la flaque d’eau, à ses pieds. Alors, la voyant, Carl Gustav Jung va chercher ses propres pantoufles et s’offre à les lui prêter …moitié pour le confort de la jeune fille, moitié pour préserver ses tapis ! En ce jour de 1933, Marie-Louise von Franz chausse les pantoufles de Jung, sans savoir encore que commence ainsi le compagnonnage de toute une vie, avec la complicité du ciel de pluie.

Cet épisode relate des faits recueillis auprès d’un proche ami de Marie-Louise, Monsieur Etter.

La forme du texte exprime le libre imaginaire de Chantal Delacotte.