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Sándor Ferenczi

Sándor Ferenczi, né Sándor Fränkel le 16 juillet 1873 à Miskolc et décédé le 22 mai 1933 à Budapest, est un psychanalyste hongrois. Fils de Baruch Fränkel et de Rosa Eibenschütz, tous deux juifs polonais, il magyarise plus tard son nom en Ferenczi.

Ami de Lou Andreas-Salomé et de Sigmund Freud, Ferenczi fut le psychanalyste de Melanie Klein, de Géza Roheim et de Michael Balint. Sa position lui valut d’être mis en marge de l’IPA à la fin de sa vie.

Son parcours de psychanalyste fut marqué par une psychanalyse avec Freud à propos de laquelle les historiens de la psychanalyse repèrent une dynamique transférentielle et contre-transférentielle très importante, pouvant peut-être expliquer le rejet ultérieur de Freud et les conduites de Ferenczi.

Il ressort des écrits de Ferenczi une exigence de franchise et de sincérité, ainsi que le souhait d’apporter de véritables soins aux patients. Ferenczi déplorait l’hypocrisie de ses contemporains psychanalystes, qui se réfugiaient derrière les concepts de résistance et de transfert négatif pour ne pas remettre en question leur théorie de référence ou leur pratique. Appelé l’« enfant terrible » de la psychanalyse, il osait aller au bout de sa pensée et l’exprimer sans se censurer.

Ferenczi pense que la technique aussi bien que la théorie peuvent s’ajuster à chaque situation et à chaque sujet. Cette conviction est à la source de ses innovations théoriques et cliniques.

**La confusion des langues

En 1932, dans Confusion de langue entre les adultes et l’enfant, Ferenczi expose ce qui donne les bases de ses théories sur le trauma : l’adulte et l’enfant ne parlent pas la même langue.

L’adulte imposerait à l’enfant un langage de passion, empreint de sexualité inconsciente que l’enfant, dont le langage est tendre et non passionnel, ne peut pas élaborer. Les stimuli parentaux débordent les capacités de métabolisation de l’enfant, pouvant constituer un véritable traumatisme, menant vers le clivage du moi et le repli sur soi.

Ferenczi décrit aussi l’identification à l’agresseur : l’enfant, dont la prématuration psychique ne lui permet pas de supporter le langage et les comportements passionnés de l’adulte, se soumet alors à l’adulte considéré comme agresseur, internalisant en même temps la culpabilité inconsciente parentale.

Cette séduction originaire par la mère (et non plus seulement par le père) aurait selon Ferenczi sa place dans la constitution de l’hystérie.

Après l’abandon par Freud de la neurotica, Ferenczi remet en place le concept de théorie de la séduction, ancrant dans le réel un traumatisme que Freud pensait fantasmé.

Ce trauma originel de la séduction parentale de l’enfant innocent, en demande de tendresse, est pour Ferenczi un moment constitutif de la psyché humaine. Il considère alors que la technique psychanalytique n’explore pas assez cette demande de tendresse que porte le patient.

**Le trauma

Cette confusion de langue, paradigme de la violence inconsciente maternelle et de la souffrance de l’enfant, induit un traumatisme constitutif, mettant l’enfant en position d’élaborer des mécanismes de défenses particuliers afin d’y résister et d’en sortir intact.

Cette idée se retrouve d’ailleurs chez Donald Winnicott, qui voit à l’origine de l’appareil psychique un traumatisme premier.

Ce trauma précoce est donc à l’origine de notre psyché aussi bien que des troubles psychiques, de même que le complexe d’Œdipe est le complexe central pour Freud.

Ferenczi remet sur la scène réelle la notion de traumatisme. À partir des études menées sur les soldats et sur les patients souffrant de névrose traumatique, il en déduit qu’une fragilité constitutive du moi remontant à la première enfance rend celui-ci perméable à une trop grande excitation, agissant comme effraction du système psychique, qui n’a alors d’autre choix de survie que de se morceler.

La trace mnésique de l’événement effractant (au sens d’effroi) se retrouve séparée et isolée du reste du psychisme, restant cependant vivante bien qu’inconsciente. Le patient se trouve alors en situation de répéter sans cesse, dans ses rêves ou dans son existence, la situation traumatique : la remémoration consciente est impossible et empêche l’élaboration.

Il s’attaque à la circoncision, vu comme une cause de traumatisme infantile.

On peut reprocher à cette théorie du trauma ce qu’elle doit à la théorie de la sexualité. Ferenczi reprend à son compte la théorie freudienne, même s’il rejette la théorie de la séduction qui avait conduit Freud à rejeter les accusations d’inceste portées par certaines patientes.

On notera d’autre part que la mère tient une place importante dans l’élaboration d’un trauma originel, ce que Donald Winnicott reprendra plus tard à son compte.

Il y aurait donc beaucoup à dire sur cette « dissociation » provoquée par le trauma qui induit une éternelle répétition...