Hommes et Terre

 

 
Cérémonie rituelle – Lêgba Lêgba-Fa, l'Homme, les hommes
La mythologie du golfe du Bénin à l'épreuve de l'humain
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Paul Aclinou

Chap.9 – De la la tâche des dieux

– C'est logique, car, après les dieux, il faut bien que l'homme aussi prenne sa part de responsabilité...

– Au départ certainement ; mais il est indéniable que sans le débat d'idées, la Grèce antique n'aurait pas rayonné tant sur le monde et sur tant de mondes ; c'est de ce débat-là dont je parle,.

– Dans ce cas, il a bien fallu justifier ce choix ? Il faut bien que le système repose sur une base ? Si tu exclus le divin comme assise, comment la Grèce expliquait-elle son choix ? Pouvons-nous espérer le comprendre à travers la mythologie grecque ?

– On le pourrait en partie, sans doute ; mais il ne faut pas oublier que la mythologie de la Grèce antique reproduisait le psychisme humain avant tout ; l'enseignement de cette mythologie repose sur le vécu, sur les comportements de l'homme et les enseignements que des générations successives en avaient retenus. Bien évidemment, les préoccupations théologiques, ou plus exactement théogoniques, faisaient partie des interrogations des penseurs, parce que c'est la vie ; et comme c'étaient des êtres conscients de cette appartenance, c'était naturel de s'interroger ; c'était normal de se poser les questions qu'encore aujourd'hui l'homme se pose ; à savoir la recherche du principe premier des choses. Mais, la Grèce eut le génie de faire la séparation dont il était question tout-à-l'heure. Pour répondre précisément à ta question, les savants arriveront certainement à mettre en lumière les fondements complets du système de l'antiquité grecque. C'est déjà fait en partie ; et il ne faut pas s'étonner, quand tout sera bien clair, de voir que là-aussi, le système résultait des conséquences d'une lutte qui avait laissé des vainqueurs et des vaincus, les premiers organisant à leur avantage la coexistence inévitable, et sans doute, l'organisaient-ils aussi, de façon à éviter le retour des heures de conflit...

– C'est-à-dire que les vainqueurs avaient fait en sorte que cela aille de soi pour tout le monde !

– Eh oui, Jo ! la méthode ne date pas de ton époque, elle existait déjà. C'est cela ; mais là aussi, comme dans la société indienne, une porte de sortie était prévue ; chez les Grecs toutefois, celle-ci relevait uniquement du domaine de l'homme ; les dieux n'y avaient pas accès ; je veux parler de l'affranchissement. Le système grec avait une autre caractéristique, il ne prétendait pas à l'intégrisme ; l'égalité des hommes était rétablie face aux dieux, puisque c'est là, un domaine qui ne relevait pas de la nature humaine. L'égalité existait à un autre niveau aussi, à celui de la pensée ; car, rien ne fut tenté pour contrarier la liberté de pensée ; ainsi, Socrate pouvait surgir parmi les esclaves...

– Ce n'était pas nécessaire d'interdire, puisque le consensus était total ; puisque le système social allait de soi pour tous. Cependant, Socrate justement, fut invité à s'en aller, ce qui revenait à dire que l'on fixait des limites à cette liberté-là…

– Non, tu te trompes ; à Socrate, ce n'était pas de penser qu'on lui reprochait, mais de mélanger les deux domaines, celui du divin et celui qui relevait de l'homme. Ce mélange ne pouvait être accepté, car, la séparation des domaines est l'une des assises du système. La façon dont Socrate a dû s'exécuter est très significative en ce sens qu'elle constitua une réaffirmation du système. Tu dois comprendre que le calme et l'absence de réactions indignées et de la part de Socrate et de celle de ses amis est aussi un signe...

– Signe que la condamnation allait de soi ? demanda Jo, et le dieu confirma sa pensée ; il lui dit " tout à fait, Jo", avant de poursuivre son exposé.

– Il faut saluer la performance des Grecs antiques ; la saluer, mais il ne faut pas la considérer comme un point de mire ; or, aujourd'hui c'est sa situation ; nous le constatons dès que nous écartons le voile qui le recouvre ; nous retrouvons cette division, elle est très subtile, et elle tente d'éviter deux débordements du système antique...

– Si débordement il y a eu, cela revient à dire que le système n'était pas aussi parfait qu'on pourrait le croire ; comment peut-on expliquer, dans ces conditions, qu'il ait tant duré, pour constituer, encore aujourd'hui, une référence même avec les aménagements ?

– On devrait parler plutôt d'attirance, car la Grèce n'a jamais été une puissance dominante absolue, comme le fut Rome, ou comme l'est aujourd'hui les Etats- Unis. Une attirance purement intellectuelle donc, les aménagements dont tu parles sont de profondes modifications qui tiennent aux apports issus d'autres sources ; mais, c'est exact que la pensée grecque constitue le fond permanent du système occidental actuel, si tu te places sur le niveau intellectuel ; par contre, si tu te situes dans la pratique de la vie quotidienne actuelle, ce sont les aménagements qui prévalent. L'explication tient en plusieurs points :

D'abord, parce que " cela allait de soi " ; ce fut, et c'est toujours la victoire du mot : obtenir le consensus du plus grand nombre, non pas comme la suite d'une controverse, mais par une structuration de la société qui était orientée sur la base de certaines valeurs, celle qui reflétait au mieux, le niveau de conscience des vainqueurs ; ou bien celle qui traduisait leurs aspirations de groupe. Le rôle qui était dévolu au groupe esclave inhibait la recherche des applications des idées sauf dans l'exploration intellectuelle ; la nécessité de transcrire les concepts dans le concret de l'existence au quotidien ne se faisait pas sentir ; ce n'était pas une urgence ; y avait-on même songé ? L'esclave s'occupant des tâches ancillaires de moindre valeur. Ce fut là, le premier débordement....

– Je veux bien ; mais, la Grèce antique avait fait bien des inventions, militaires notamment, sans parler du domaine artistique. La délectation intellectuelle ne leur fermait pas les yeux sur le quotidien...

– Pas tout-à-fait ; mais dans ces cas-là, ce sont d'autres facteurs qui sont intervenus, et qui, par la pression sur les hommes ont contraint à la réaction. Pour le domaine militaire que tu cites, il y a eu les affrontements avec les éléments extérieurs, avec d'autres peuples, ou bien avec d'autres branches de la famille qui conduisaient à l'innovation. Il me semble qu'il faille parler plutôt de réflexe de survie, et quelques fois, des réflexes d'orgueil ou d'honneur jouaient le même rôle. Dans le domaine militaire, il n'est pas étonnant que ce soit Rome, héritière de la tradition grecque qui ait le plus innové ; il le fallait pour réaliser la politique de conquête et d'expansion qui caractérisait l'empire romain. Dans le domaine artistique que tu évoques également, il convient de noter, que nous avons là, une interférence des deux domaines que je définissais plus haut ; entre le monde des dieux et celui de la nature. L'art grec se voulait d'abord divin avant de s'ouvrir au profane ; et même là, dans le domaine profane, l'art se voulait avant tout un hommage au divin. Il n'est donc pas étonnant que le système social constitué d'hommes libres d'une part, et d'esclaves d'autre part, ne fut pas mis en question à aucun moment du développement de la pensée. Les variantes qui apparaissaient ça et là, ne peuvent être considérées comme une remise en question de cette organisation strictement humaine.

Le second aspect de la réponse à ton interrogation porte sur ce que j'appelle le débordement intellectuel. Cet aspect culmine avec la condamnation de Socrate...

– C' est à dire ?

– Que reprochait-on à Socrate ? Seulement de considérer et de dire que le système n'allait pas de soi, c' est tout. Il faut décortiquer l'affaire Socrate pour le découvrir. Le système grec ne pouvait fonctionner que si on laissait leur place aux dieux. On ne pouvait bouleverser un élément sans entraîner une distorsion de l'autre, et donc une rupture de l'équilibre préexistant. Si tu veux, on peut considérer que pour les Grecs, le système des dieux est un outil, et rien d'autre ; mais c'est un outil qui, s'il faisait défaut, entraînait l'écroulement du système. Ceci, sur le plan humain ; par contre sur le plan intellectuel, la théogonie et la théologie sont des objets de pensée au même titre que les autres questions dont les penseurs s'occupaient.

– Mais l'Église issue du christianisme a détruit ce qui revenait aux dieux, et pourtant, l'esclavage n'a pas disparu pour autant du système gréco-romain ?

– Tout à fait, mais elle n'a fait que remplacer dieux par Dieu ; elle fut obligée ensuite d'équilibrer le nouveau système en donnant une autre dimension à l'esclavage de l'homme par l'homme. Elle avait ouvert une brèche, en ce sens qu'elle avait installé involontairement un pont entre ce qui revenait aux dieux et ce qui était du ressort des hommes. Ce pont va permettre, au niveau de l'intellect, d'introduire de la divinité dans l'homme ; quelques siècles encore et cette part grandissant finira par faire éclater, en apparence tout au moins, le système esclave/homme libre. Il faut dire que dans ses fondements, le Christianisme accorde la primauté à Dieu, alors que les Grecs l'accordaient à l'humain ; nous verrons les conséquences plus tard et ceci constitue l'un des apports dont nous avons parlés. En somme, Rome n'a pas innové par rapport à la Grèce; elle a amplifié la vision grecque, et par ses conquêtes, elle l'a introduit en des lieux géographiques où il n'avait accédé à l'intellectualisation. L'Église va enfourché ce cheval...

– L'Église, selon toi, n'aurait fait que chevaucher une monture qui ne lui appartenait pas...

– Elle a fait mieux que cela ; elle a gommé, pour le commun la frontière entre le divin et le profane, frontière qui fut instituée par la Grèce. Mais cet effacement fut progressif, de l'esclavage on passa au servage qui disparaîtra à son tour. Voilà pour l'aspect matériel de la question. Nous nous trouvons dans un système, apparemment différent, et dans lequel nous trouvons Dieu et sa création dont l'homme serait le fleuron. L'Église n'a pas aboli pour autant, la stratification à deux étages qui prévalait ; nous assistons à l'émergence d'une autre gradation qui, sans être aussi formelle que la vision grecque ou asiatique, n'en est pas moins une vision esclavagiste dans son application. La notion d'homme supérieur, ou classe supérieure, représentée par la noblesse en particulier, n'est qu'une autre forme du système grec et cela parce que en face de cette classe se trouvent tous les autres ordres auxquels sont dévolus les fonctions sociales moins nobles ou supposées telles. Bien sûr, il peut exister une stratification de second niveau, voire de troisième si ce n'est de quatrième.

– Dans ce cas il y a contradiction entre les buts que s'est assigné le christianisme et la pratique quotidienne. En effet, l'enseignement du christianisme ne comporte pas à mon avis, des éléments qui inciteraient à la naissance d'un système esclavagiste. Je ne crois pas que l'Église ne fasse que remplacer les dieux grecs par un Dieu judéo-chrétien.

– Oui, il y a contradiction, si nous nous référons à l'histoire de l'Église dans les 20 siècles écoulés ; nous en parlerons, mais on ne peut le faire sans y associer la démarche Judaïque, c'est-à-dire la " maison-mère " du Christianisme ; et là, nous abordons le cas de ceux qui, dans leur démarche pédagogique, ont préféré structurer le groupe social avant de structurer l'individu.

 

... à suivre.

 

À suivre...
P. G. Aclinou, novembre 2001
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