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Coh�rence du rituelLoin d'�tre al�atoire, un rituel s'organise selon
une loi dont la coh�rence peut �chapper provisoirement � la raison. Tel fut le
cas pour cette enfant qui traduisait un malaise et le r�tablissement d�une harmonie
perturb�e sous une forme g�nante et imp�n�trable. Mais certains rituels ne
choquent pas car leur modalit� se glisse dans l�ensemble des coutumes indig�nes
dont il �pouse les formes. La conscience est beaucoup plus perturb�e par les
actes dont la loi de coh�rence se d�veloppe en dehors des canons d'une soci�t�. Dualit�D�embl�e il convient de pr�ciser que la dualit�
Conscient � Inconscient est largement inappropri�e. Elle �tablit une
discontinuit�, un seuil, une barri�re, etc., toutes choses qui laissent �
penser qu�il existe un ici et un en de��. La r�alit� globale de l��tre humain
est bien plus complexe et ne saurait se r�duire au passage d�un �tat � un
autre, voire, en fait � des �tats limites : il n�existe pas, � ma
connaissance d��tat de totale inconscience, pas plus qu�il n�existe d��tat de
totale conscience. Ces mondes extr�mes appartiennent au dieux et, en tant que
tels il repr�sentent l�an�antissement de l��tat d��tre humain. Nous reviendrons
plus loin sur ces affirmations pour leur donner un contenu psychologique.
N�anmoins, nous garderons ces notions dans un premier temps et cela permettra
de jeter un pont entre ces archa�smes et une vision bien plus fond�e sur le
nuancement des �tats de l��me humaine de l�Inconscient � la conscience. Le rituel comme action de pr�servationUn rituel circonscrit g�n�ralement une r�alit�
psychique objective en d�crivant un espace centr�, dot� d�un point d'entr�e et
d�un point de sortie, d�un haut et d�un bas. Plus tard, une cardinalisation
plus complexe peut survenir, est, ouest, nord, sud, etc. A l�int�rieur de cet
espace nouvellement cr��, la r�alit� peut prendre sa place selon un ordre
acceptable pour le sujet. Le cerclage
a pour fonction de r�duire la charge d�angoisse provoqu�e par l��mergence de
faits psychiques inopin�s. Un rituel n'est pas une coutume (voir ce mot dans le
dictionnaire). Si cette derni�re renvoie � des comportements standards fix�s
selon un code... coutumier, le rituel r�v�le la pr�sence d'une r�alit� qui
n'est pas encore cod�e, ni m�me valid�e par le fait coutumier. La coutume
organise des actes familiers, le rituel circonscrit l'inopin�, l��trange. Or
face � l'impromptu, mus par des besoins tr�s irrationnels, les humains ont de
tous temps con�u des actes sp�cifiques, fortement organis�s selon des r�gles
parfois rigides. On a attribu� ce processus scrupules au sentiment religieux
mais rien n�est plus difficile � d�finir. Rien, dans un premier temps, ne nous
permet de dire qu�il se trouve un � sentiment religieux � qui soit �
l�origine de tels actes. Cependant, du point de vue psychologique, on peut dire
que le rituel tente d'amener au champ de la coutume une r�alit� nouvelle et
reconnu comme n�cessaire, mais qui n'appartient pas encore � l'espace
domestique, profane, qui lui est m�me �trang�re. La construction d�un rituel
ob�it � une n�cessit� intrins�que dont la port�e n�a pas �t� d�crite par la
psychologie. Si le premier exemple �voque l�objet transitionnel de M�lanie Klein, ce dernier tient aussi lieu
de f�tiche, une abstraction
repr�sentative d�un r�seau de forces sur lequel on ne sait pratiquement rien.
La projection de la libido sur le f�tiche d�tourne celle-ci d�un premier objet,
assurant la disparition des comportements g�nants sans alt�rer les forces en
pr�sence. Dans le deuxi�me exemple, la libido n�est pas
projet�e, le sujet tente d�en limiter le champ d�action. Des deux anecdotes se d�gagent des points communs
qui distingue l�approche anthropoth�rapique[1]
de la vision psychologique contemporaine. Le sympt�me est ici consid�r� comme
un �l�ment autonome dou�, qui plus est, d�un pouvoir r�parateur. Il n�est
nullement besoin de chercher un sens � ce signe ou sympt�me et il est de loin
pr�f�rable de ne pas fonctionner en terme de sympt�me donc de pathologie. La
d�couverte de sa finalit� peut cependant permettre � la conscience de
s�enrichir d��l�ments porteurs et inventifs. En percevant ces donn�es la
conscience acquiert de nouveaux outils, comprenant mieux les voies profondes de
la psych�, il peut en r�sulter une amplification du pouvoir r�parateur. Quand Freud, � la fin du XIXe si�cle,
saisit les vertus r�paratrices de la catharsis,
il fut mis en pr�sence d�une entit� � qu�il appela plus tard Inconscient �� dont il ne comprenait pas encore les
m�canismes. Sa recherche ult�rieure lui permit peu � peu de d�crire un syst�me
de plus en plus complet dont la description qu�il en fit �volua en plusieurs topiques. La question se pose sur la mani�re dont il est
possible d�avoir acc�s aux contenus m�connus de la psych�. En m�decine classique, pour gu�rir, le m�decin
utilise ses connaissances afin d�enrayer le processus morbide. On est en
pr�sence d�une topique dans laquelle l��l�ment perturbateur ou destructeur doit
�tre annihil� afin de laisser appara�tre � nouveau les sources vives de la
sant�, con�ue ici comme un terrain vierge d�agents n�gatifs. Sauf dans quelques
rares cas, les vaccinations notamment, il ne viendrait pas � l�id�e du m�decin
de se servir du facteur perturbateur pour renforcer les forces vives de
l�entit� humaine[2]. La m�decine
hom�opathique s�appuie sur un tel processus, certaines m�thodes de
d�sensibilisation aussi, notamment les traitements anti-allergiques. Malgr� ces exceptions, la voie n�a pas �t�
compl�tement explor�e. La � r�harmonisation �[3]
globale de l��tre passant par une sorte de dialogue avec le sympt�me lequel
est, par d�finition, r�versible. Les textes anciens l�attestent, mais
l�interpr�tation qui en est donn�e varie selon les auteurs, l�exp�rience
contemporaine �galement. Si la psychologie moderne s�est appliqu�e � conna�tre
pour les exploiter � son seul profit les rouages de l��me, jamais n�a �t� pos�e
la question d�une r�ciprocit� des �changes entre la Conscience et l�entit�
nomm�e Inconscient. Mais, sans rep�re connu la r�versibilit� peut demeurer vide
de sens. Il existe cependant une r�ponse interpr�table dans la description
faite des nombreux rituels et c�r�monies qu�utilisent encore des cultures dites
archa�ques.[1] Mais avant
de reprendre textuellement ces archa�smes il importe de faire plusieurs
remarques. Il existe un folklore profus �difi� autour de ce qui
touche de pr�s ou de loin � ces c�r�monies; sa qualit� d�pend, � notre sens, de
la lecture qui est faite encore de l�Inquisition et de la description
fantasmagorique des sorci�res. Notre raison est souvent alt�r�e par ces
pr�suppos�s. La magie est associ� � des op�rations d�ordre immat�riel et
insens�es. On dit d�un �v�nement qu�il est � magique � quand il
semble s�accomplir comme par l�effet d�un miracle. Par contamination de
l�opinion, l�action d�un sorcier ou d�un gu�risseur appara�tra
� magique �, c�est-�-dire sans cause ni raison. A mois que l�on
attribue cela � une quelconque puissance religieuse, ce qui est une mani�re de
dire la m�me chose. De ce point de vue les discours scientifiques et religieux
s�associent dans une m�me forme de r�cup�ration. Sur le fond, que l�acte
magique r�sulte d�un processus rep�rable et transmissible est une donn�e
�trang�re � nos mentalit�s. Encore une fois, que la gu�rison psychologique
survienne par la Parole, comme le pr�tend la psychanalyse, rel�ve du m�me
processus magique mais la psychanalyse a acquis des lettres de noblesse gr�ce �
ses fondateurs, tous �tres raisonnables.[2] La r�versibilit� de la communication entre les forces cach�es d�une personne et sa Conscience suppose qu�il puisse �tre invent� des formes de langage accessibles de part et d�autre � une compr�hension commune. De ce point de vue l�Inconscient ne serait plus une chose morte, constitu�e de s�diments historiques mais bel et bien un �tre vivant, ou un ensemble d��tres vivants, dou�s du pouvoir de communiquer. Or, parlant d��tre vivant, je dois ajouter que cela ne ressemble pas du tout � ce que nous nommons commun�ment ainsi. Il y a dans l�art un mod�le possible de r�versibilit�. Le metteur en sc�ne organise un espace sc�nographique au sein duquel plusieurs personnages �voluent dans un registre propre. � travers une succession de tableaux, cela raconte une histoire au spectateur venu l� savourer ce spectacle, en percevoir le sens et la beaut�. Le spectateur, � son tour peut amplifier ce qu�il a vu, en transmettre le contenu, ou m�me cr�er une dramaturgie semblable. [1] - Je connais bien la culture Kabyle, je me suis �galement int�ress� � la celle des indiens des Andes. Mais la m�decine traditionnelle chinoise rec�le nombre d�indications tr�s utiles pour la compr�hension des rituels traditionnels. Tout ceci doit nous conduire � reprendre la notion d�archa�sme des cultures. On nomme le plus souvent ainsi ce qui nous para�t li� � des cosmogonies que notre histoire valident comme ant�rieures au stade actuel de la civilisation. Le crit�re �volutionniste fait le reste. Il ne viendrait � l�esprit d�aucun ethnologue de consid�rer comme potentiellement actuel les �l�ments de ces cultures. [2] - Il n�en demeure pas moins que la psychanalyse fonctionne selon des modalit�s plus proches de celles des sectes que d�une discipline scientifique. Fonctionnement intimistes, recrutement tr�s s�lectif et tribal, organisation par cartel ou par �coles, absence de congr�s international permettant la libre circulation des nouvelles donn�es, absence de publications qui prendraient le relais des congr�s annuels, etc. Tout cela porte � croire que cette discipline �trange, qui se nourrit des critiques qui lui sont adress�es, ne pourra pas se renouveler ni s�enrichir de d�couvertes nouvelles et porteuses d�avenir. La psychanalyse, n�e avec le si�cle, fut emport�e avec lui. Cela pose cependant un probl�me grave car les Sciences humaines sont actuellement fortement morcel�es et verrouill�es par l�impact ancien de la psychanalyse. Si bien qu�il n�existe aucune possibilit� pour un chercheur en psychoth�rapie de faire conna�tre ses travaux, sinon la voie si ancienne de la bona fama. Au moment o� l�on glose tant sur la vitesse des communications voil� une discipline qui avance avec des allures de Cromagnon. [1] � Voir ce mot dans les articles de H�l�ne Mass�, sur ce site, notamment � Danse et espace de l�image �. [2] � � cette exception pr�s que l�on cr�e des vaccins ou des antidotes contre certaines maladies � partir des agents pathog�nes d�autres maladies. [3] �Nous retrouverons plus tard cette notion en l�explicitant. |
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