Le r�veur et le po�te
Ce que nous entendons par "image", n'est pas semblable � la copie d'un objet pris dans le monde ext�rieur.
Elle est plut�t le fruit d'une activit� imaginaire inconsciente qui affleure � la conscience. Elle est rep�rable
par les affects qui l'accompagnent, sorte de remugle int�rieur qui bouleverse le corps d'une mani�re ou d'une autre.
Notre culture nous a sensibilis� � attendre essentiellement de l'image une expression surtout visuelle, cependant
les autres sens sont �galement sollicit�s � chaque production imaginaire mais nous n'en tenons pas toujours compte.
Chacun peut se souvenir de telles exp�riences : ce jour, cette luminosit� particuli�re, marchant sur un trottoir,
une odeur vient flatter mes narines et soudain m'emm�ne ailleurs, dans un souvenir , ou dans un paysage parfaitement
�tranger... Mais cet ailleurs dans lequel nous plongeons par le biais d'un sens prend soudain corps associ� �
d'autres sensations, � des sentiments voire � des pens�es qui appartiennent maintenant � cet ailleurs. La "r�alit�
physique objective" dans laquelle nous �tions tout � l'heure laisse place � une autre dimension, celle de la "r�alit�
psychique".
" ...C'est un produit qui a en soi une unit�, avec son sens particulier. L'image est une expression concentr�e
de la situation psychique globale, ...
Cette constellation r�pond, d'une part, � la cr�ativit� propre de l'inconscient et, d'autre part, � l'influence de
l'�tat momentan� de la conscience..." 1
C'est "un contenu charg� de sens, qui se superpose � la r�alit�, lui donnant une coh�rence et un ordre et qui
est toujours accompagn� d'affects." 2
Il est des images irruptives, arrivant � la conscience sans crier gare, reconnues comme telles sans que cette
conscience ne sache leur attribuer un sens ou en capter la coh�rence. D'autres, la plupart m�me, pourront passer
inaper�ues, teintant ou filtrant les choses comme un voile nuance le regard que l'on porte sur une chose,
insuffisamment puissantes, peut-�tre, pour que nous y pr�tions attention. Cette forme d'activit� de l'imagination
est le plus souvent passive, subissant les images qui influencent � bas bruit notre vie quotidienne, elle traduit
immanquablement une dissociation entre la conscience et les forces de l'inconscient qui poussent et cherchent ainsi
� �tre entendues.
La qualit� d'une imagination qui devient active est toute diff�rente. C'est un v�ritable dialogue qui s'instaure
entre l'inconscient et la conscience, o� la conscience met ses outils au service de l'Autre pour qu'il
s'exprime.
"... la mise en forme esth�tique requiert la compr�hension du sens, et la compr�hension a besoin de la mise en
forme esth�tique." 3
O� est le po�te ? Les images ne nourrissent-elles pas l'�uvre po�tique ? Le po�te n'est-il pas celui qui, �
l'�coute des moindres �lans et manifestations, l'amplifie, la magnifie, r�invente le langage dans une alliance
toujours renouvel�e des mots, de leur sonorit� ?
"(...) Car l'�tre est avant tout un �veil et il s'�veille dans la conscience d'une impression extraordinaire.
Un individu n'est pas la somme de ses impressions g�n�rales, il est la somme de ses impressions singuli�res.
Ainsi se cr�ent en nous les myst�res familiers qui se d�signent en de rares symboles. C'est pr�s de
l'eau et de ses fleurs que j'ai le mieux compris que la r�verie est un univers en �manation, un souffle odorant
qui sort des choses par l'interm�diaire du r�veur...". 4 Bachelard exprime,
au travers de ces quelques phrases po�tiques, le lien qui unit le r�veur au po�te. " ...l'humanit� imaginante est
un au-del� de la nature naturante. C'est la greffe qui peut donner vraiment � l'imagination mat�rielle l'exub�rance
des formes. C'est la greffe qui peut transmettre � l'imagination formelle la richesse et la densit� de la mati�re.
Elle oblige le sauvageon � fleurir et donne de la mati�re � la fleur... Il faut l'union d'une activit� r�veuse et
d'une activit� id�ative pour produire une oeuvre po�tique. L'art est de la nature greff�e.".
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Un travail, souvent tr�s long, suit l'activit� du r�veur pour qu'il devienne po�te. La r�verie est
le mat�riau du po�te. Mais auparavant, d�j�, la t�che est importante qui consiste � ouvrir les portes qui
la tienne captive, � asseoir la confiance de l'�tre face � la d�couverte d'un minerai brut et pr�cieux.
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L'Imagoth�rapie
La vis�e de l'Imagoth�rapie n'est pas curative, (le terme th�rapie est ici utilis� au sens de
m�diation) mais il peut cependant lui arriver de l'�tre :
"L'image, c'est ce qui surprend notre raison, dou�e en elle-m�me d'un pouvoir r�parateur. Son exploration
vise � ce que chacun d�couvre sa propre relation � la r�alit�, per�oive sa mani�re propre de faire face �
de multiples situations, exp�rimente sa capacit� intime � r�agir opportun�ment � n'importe quel facteur
perturbateur. Il est certain qu'aucune r�gle, aucune morale, aucune th�orie ne peut s'opposer � cette spontan�it�
profonde de l'�tre. C'est � la conscience d'assumer ou non ce que cela pourrait impliquer dans la vie de devoir
ainsi se livrer � des forces irrationnelles. C'est tout au moins ce que nous serions tent�s de dire � priori,
tant les choses de l'imaginaire nous paraissent primitives, sauvages, violentes. C'est oublier le formidable
pouvoir d'adaptation de l'Imaginal � la vie r�elle." 6
L'imagination qui devient active est dynamique, elle engendre le mouvement, cela signifie non seulement que
l'image une fois per�ue peut s'amplifier, rebondir, dispara�tre et se transformer. La fluidit� qui s'installe
r�side dans l'attention et la vigilance que lui porte la conscience permettant qu'elle
adh�re � la vie et au
destin de l'�tre en l'accompagnant aussi dans son aspect le plus concret.
"C'est la pouss�e du psychisme qui a la continuit� de la dur�e. La vie se contente d'osciller. Elle oscille
entre le besoin et la satisfaction du besoin. Et s'il faut maintenant montrer comment le psychisme dure,
il suffira de le confier � l'intuition imaginante." 7
L'imagoth�rapie, cr��e par Alain Kieser L'Baz et V�ronique Rousseau, plus qu'une technique, s'apparente
d'avantage � un art de vivre ou � une forme de m�ditation active.
L'�laboration de cette technique particuli�re trouve son origine dans l'exploration par Alain Kieser 'l Baz de
diverses traditions et pratiques, telles la m�decine traditionnelle chinoise, la tradition du soufisme,
la psychologie des profondeurs, certaines techniques de visualisation, l'ost�opathie, le r�ve �veill� dirig�
de R. Desoille, dont elle diff�re sensiblement dans le sens o� l'imagoth�rapie n'induit pas une conduite de
l'image mais accompagne, le plus souvent, ce qui advient.
Le souci de Alain Kieser 'l Baz fut de cr�er une technique adapt�e au monde moderne, qui ait un caract�re de
souplesse et d'efficacit� que la plupart de nos contemporains attendent d'une technique quelconque.
Par la vigilance port�es aux cinq sens, (d'abord les sensations ext�rieures puis on s'attarde sur les perceptions
internes), l'attention � l'ambiance qui se cr�e, aux affects ou aux sentiments qui peuvent nous traverser,
on laisse l'image prendre corps; on observe alors m�thodiquement, comme une sorte d'�tat de ce lieu int�rieur :
est-il immobile, plein ou vide, sombre, lumineux, color� ?... est-il habit� ? Se met-il en mouvement ?
On suit alors le mouvement, on affronte ce qui arrive, m�me si ce mouvement engendre la terreur, m�me si
les d�couvertes sont insolites, d�rangeantes. Il n'est nullement besoin d'interpr�ter la situation, il
n'est que de suivre et de favoriser ce mouvement, sans chercher � le lier � une logique.
L'activit� imaginaire est dynamique( lorsqu'on parle d'imagination passive, cela signifie que la
conscience est passive, qu'elle subit les fruits de l'imaginaire.) et r�gie par des lois de polarit� :
le manque a tendance � attirer ce dont il a besoin, r�pondant � l'adage "la nature a horreur du vide".
Elle vient compenser un manque ou bien op�rer une compl�mentarit�. Cette notion de polarit� se rep�re ais�ment
dans tout ce qui vit , c'est la tension qui cr�e le mouvement : le d�sir de l'homme vers la femme et bien s�r
l'inverse, la faim qui fait sortir le loup du bois, le jour qui appelle la nuit, etc. Un mode de vie par trop
unilat�ral se verra � un moment d�rang� par l'appel de sa polarit� inverse, � moins bien s�r que le carcan
impos� ne soit si fort qu'il emp�che l'attraction de s'exercer, mais dans un cas comme celui-l�, la personne
se trouve en danger car il existe un v�ritable risque d'explosion de la situation ou de l'�tre. La qu�te de
l'harmonie est une recherche permanente qui passe par des moments de tensions extr�me, de conflits, souvent
jug�s inutiles car trop d�sagr�ables pour notre culture h�doniste.
"La vie est un champ de bataille. Elle l'a toujours �t�, elle le restera toujours. S'il n'en �tait pas ainsi
la vie s'interromprait." 8
Le repos, l'arr�t de l'activit� ou la recherche d'�quilibre peut, au contraire, �tre synonyme de stase,
voire de mort. En effet, l'exp�rience montre que l'�tre est toujours en recherche de relation, de tension
et de d�s�quilibre.
"L'harmonisation des manifestations de l'entit� humaine n'a pas pour but la suppression plus ou moins momentan�e
de manifestations pseudo morbides ou pathologique mais de faciliter la libre circulation des fluides vitaux qui
sont � la base de ces manifestations, leur assurant puissance et efficacit�. C'est pourquoi cette harmonisation
peut s'accompagner de manifestations g�nantes et susceptibles de conduire le Moi � prendre des mesures de sauvegarde
comme s'il entendait qu'il s'agit d'une pathologie suppl�mentaire." 9
On dit que l'�nergie est finalis�e : elle poursuit un but que nous ne connaissons pas, le plus souvent, mais que
nous tentons d'appr�hender et de favoriser. Cette �nergie provient d'un centre qui lui donne ses qualit�s, ses
caract�ristiques propres, que l'on peut retrouver aux diff�rents niveaux o� elle se manifeste : dans les images,
dans une multitude de d�tails tr�s concrets, qui dans la vie peuvent facilement passer inaper�us.
Cette �nergie finalis�e, oscille selon le mouvement de la vie, c'est l'observation de ces oscillations qui permet
de rep�rer des cycles, des cr�tes et des creux de l'activit�, une sorte de respiration de l'�tre. Autrement dit,
la libido nous met en contsante relation au monde et par suite en tension. Cependant C. G. Jung donnait �
la libido une d�finition bien plus large que celle que Freud lui assignait.
L'imagot�rapie, pratiqu�e au quotidien comme une asc�se, nous sensibilise � ces lieux diff�rents; nous invite au
voyage, aller et retour incessants entre ces mondes et le connu nomm� "r�alit�". Dans ce voyage s'amorce un dialogue
int�rieur ou avec les autres, il s'agit alors de trouver les mots pour traduire ce que l'on en per�oit, et il n'est
pas tr�s facile de dire avec notre langage habituel des choses cod�es diff�remment. Pas simple non plus de vivre avec
cette multiplicit� int�rieure, souvent contradictoire, qui engendre le doute, am�ne � de douloureuses d�cisions
concernant la mani�re d'agir. Cependant une coh�rence se dessine dont on est soudain surpris, au d�tour d'un chemin
tortueux, coh�rence qui nous engage dans un mouvement vivant, et nous impose de d�finir des limites, celles de
notre humaine condition.
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Atelier d'�criture
Au sein de l'atelier
d'�criture, je me sers encore de l'id�e du jeu des personnages inspir�e du Cycle des 9 Princes d'Ambre.
Ce que touche Zelazny au travers de ses �pop�es, ou bien ce que touche les mythes, appartient � l'humanit�.
Je ne pr�tends �videmment pas qu'en jouant de nos personnages, nous parvenions forc�ment � une vision aussi vaste,
il s'agit seulement du m�me �tat d'esprit : nous pouvons aussi bien contacter des images qui concernent surtout
notre individualit�. C'�tait pour moi, la d�couverte d'une vision animiste de l'univers qui a .transform� peu �
peu ma vision du monde. Ce travail de mise en sc�ne des diff�rentes instances qui nous composent, est une v�ritable
exploration de nos images int�rieures. Il'L Baz dit � ce propos :
" Exploration des images int�rieures... Elles sont fond�es, pour la plupart, sur l'�coute attentive des �lans et
des sensations int�rieures qui s'organisent pour donner naissance � des "mondes" � ce sont les images � lesquels
cherchent une �chapp�e vers la lumi�re de la Conscience, le plus souvent gr�ce � un m�diateur sans lequel
leur mise en sc�ne serait difficile. C'est pourquoi la notion de repr�sentation est ici � prendre au sens
large, comme m�taphore mais aussi comme mise en spectacle. Nous pouvons aller jusqu'au bout en cr�ant de v�ritables
repr�sentations th��trales de nos univers intimes. Nous pourrions au moins les �crire sous forme de sc�nario.
Ce serait une forme de c�r�monie, un retour moderne aux c�r�monies animistes. La d�couverte que l'exp�rience
animiste n'est pas si primaire que certains anthropologues s'accordent � le dire.
Nos images ont besoin de se repr�senter. C'est pour l'�tre humain une n�cessit� imp�rieuse. Il n'est pas
moyen de le dire autrement." 10
"... Encha�n�s aux espaces �troits de la mati�re et de la ville gigantesque, il nous reste des terres immenses
� conqu�rir, des plan�tes, des univers entiers � conqu�rir, ce sont les eldorados de l'�me, terres � jamais
vierges pour cette tranche d'humanit�. Champs d'�nergie qui attendent les sangs futurs."
11
Martine Burger, Toulouse le 15/12/97
1 - Les Types psychologiques, C.G. Jung. Georg editeur S.A.,
Gen�ve 1986, p. 433.
2 - Images et syst�me de repr�sentation. M�thodologie de la
recherche, fascicule no1, FaLAP, II 'l Baz.
3 - L'�me et le soi. C.G.Jung. Albin Michel, Paris 90.
p. 171.
4 - L'eau et les r�ves. Essai sur l'imagination de la mati�re.
Gaston Bachelard. poche biblio essai. p. 14.
5 - Ibid., p.18.
6 - L'anthropoth�rapie, Il'L Baz. Lierre et Coudrier �d., 1995.
7 - L'air et les songes. Essai sur l'imagination du mouvement,
G. Bachelard, Poche biblio essais.
8 - Essais d'exploration de l'inconscient, C.G. Jung.
9 - Harmonisation et strat�gie d'harmonisation, Il'L Baz,
FALAP, Paris, 1991.
10 - Manifeste de la m�lancolie, Il'L Baz, in�dit p. 43.
11 - Les tambours de la libert�. Hurt of Africa, Il'L Baz.
Lierre & Coudrier �d., Paris 1994.
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