| |||||
| |||||
|
 R�ponse � Pierre-Andr� Taguieff   Jacques Halbronn pr�sident du Centre d�Etude et Recherche sur l�identit� Juive (CERIJ) Compte-rendu de la Nouvelle Jud�ophobie, Ed. du 2 mars, Paris, 2002   Ce qui fragilise les positions de M. Taguieff, dans le d�bat autour de la jud�ophobie, terme utilis� notamment � la fin du XIXe si�cle par un Pinsker, l�auteur d�Auto�mancipation (voir le Sionisme et ses avatars au tournant du XXe si�cle, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002), c�est l�id�e qu�il se fait de la soci�t� id�ale et, a contrario, de ce qui serait un modus vivendi d�testable. Citons-le : � Certains (en ce qui concerne Isra�l) proposent la cr�ation d�un Etat bi-national, mani�re de r�aliser le projet suppos� salvateur de la soci�t� plurinationale (qui ne diff�re que par le nom et quelques inflexions de la soci�t� pluriculturelle ou multi-communautaire). (...) On exalte le mod�le multinational � l��poque o� tous les �tats multinationaux (..) s�effondrent. � (pp. 219-220) M. Taguieff a le culte du �principe de la�cit� (p. 217), pour lui sacro-saint et singuli�rement en France. Je cite : � Un islam fran�ais sera construit sur une application am�nag�e aux sp�cificit�s de la religion musulmane des principes de la loi de s�paration des Eglises et de l�Etat �. De l� d�coulent en fait la plupart de ses analyses et de ses jugements. Or, pour nous, l�id�e de la�cit�, ch�re aux doctrinaires fran�ais de la fin du XVIIIe si�cle, est en crise, elle est devenue largement un leurre. Curieusement, Taguieff s�insurge contre l�id�e d�un Etat isra�lien bi-national, ce qui a toujours �t� le cas, du moins officiellement, depuis la naissance de l�Etat d�Isra�l : n�oublions pas les �arabes isra�liens� sans parler de la question du statut des arabes au sein d�un �grand Isra�l�, d�apr�s la Guerre des Six Jours. Taguieff ne s�interroge pas sur les �solutions� isra�liennes qui ont depuis �t� �labor�es ou plut�t qui ne l�ont pas �t� pour g�rer en effet la cohabitation entre deux nations, deux religions. Il n�ose pas dire ouvertement qu�il trouverait normal que l�Etat H�breu ne devrait en effet ne comporter que des Juifs et on ne le voit gu�re s�interroger sur la la�cit� � l�isra�lienne. Particularit�s de la seconde IntifadaEn ce qui concerne l�Intifada, Taguieff ne prend pas la peine de qualifier la situation pr�sente et qui perdure : s�agit-il ou on d�une occupation, s�agit-il ou non d�une �r�sistance� avec tout ce que cela implique comme connotation pour un Fran�ais ? On aurait aim�, ne serait-ce qu�en passant qu�il d�finisse la conjoncture et en montre la sp�cificit�. Il aurait pu ainsi pr�ciser en quoi cette �occupation� diff�re de celle des Allemands en France, au d�but des ann�es Quarante. D�une part, par le fait que, du moins dans le cas de l�Intifada dite d�El Aqsa, � la diff�rence de la pr�c�dente, des n�gociations sont en cours en vue d�une solution, ce qui n��tait nullement le cas en France, il y a soixante ans, Hitler et P�tain � pour ne pas parler de de Gaulle � ne se rencontraient pas � la table de n�gociation pour fixer un retrait et pas davantage quand les Allemands p�n�tr�rent dans la zone libre. Avec la nouvelle Intifada, nous avons affaire � un processus de d�bordement de l�autorit� repr�sentative � en gros celle de Yasser Arafat � et ce bien que celle-ci ait d�j� obtenu des r�sultats tangibles, ne serait-ce qu�en termes de territoire. Cette nouvelle Intifada � qui induirait une nouvelle jud�ophobie � � un certain moment, semble m�me s��tre d�velopp�e pour appuyer les n�gociateurs palestiniens, elle en serait le prolongement. Il eut �t� bon, ici, de d�samorcer certains amalgames. Or, on a parfois l�impression en lisant Taguieff d�une propos apolog�tique visant � d�consid�rer la rh�torique de l�adversaire sans aborder le probl�me de fond. I� Crise de la La�cit� et de la d�mocratieCertes, l�Etat d�Isra�l est-il d�mocratique mais c�est pr�cis�ment ce d�mocratisme qui est la cause de bien des maux, en la circonstance. Car un Etat La�c ne devrait pas se pr�occuper, a priori, de savoir quelle ethnie ou quelle religion seront dominantes, au niveau parlementaire. En tout cas, un Etat la�c ayant de telles pr�occupations ne devrait pas annexer ou garder des territoires comportant des populations jug�es ind�sirables, selon son id�ologie, et mena�ant sa raison d��tre, s�il consid�re que sa raison d��tre est de permettre � une composante bien pr�cise de garder ind�finiment le pouvoir. Il ne fallait pas �tre un grand proph�te pour deviner � quelles aberrations, � terme, on parviendrait avec des exigences aussi contradictoires. Un Etat ayant des vis�es de conqu�te doit avoir une certaine capacit� d�absorption, d�int�gration des populations nouvellement plac�es sous son contr�le ou alors il doit envisager des formules f�d�rales ou conf�d�rales dont les exemples ne manquent pas, au cours des �ges, que l�on songe � l�Autriche-Hongrie, permettant � une minorit� de conserver le pouvoir sans brimer � l'exc�s les autres entit�s, en leur conf�rant une repr�sentativit�, par exemple dans le cadre d�un S�nat faisant pendant � une Chambre des Repr�sentants, comme aux Etats Unis et dans bien d�autres pays, comme la France. Paradoxalement, l�Angleterre, en charge de la Palestine, a cr��, il y a bien des si�cles, ce bicam�ralisme (House of Lords, House of Commons) tout comme elle n�a jamais pr�n� un scrutin de liste, caract�ristique de la vie politique isra�lienne, ce qui montre bien que le r�gime politique isra�lien n�est nullement calqu� sur le britannique. C�est ce qu�on nomme, en droit constitutionnel, le bicam�ralisme alors qu�Isra�l est rest� fid�le depuis sa cr�ation au monocam�risme, apparemment plus conforme � sa modeste dimension. Mais avec l��volution des choses, le bicam�risme aurait du s�imposer (rappelons qu�Isra�l n�a pas stricto sensu de constitution mais il a bien tent� de r�former le mode d��lection du Premier Ministre, Sharon ayant ainsi �t� �lu au suffrage universel, alors que ce n�est pas le cas du Pr�sident de la R�publique d�Isra�l, ce qui est quand m�me assez �tonnant mais n�a pas �t� maintenu pour l�avenir) . M. Taguieff n�en dit mot. Or, le regard sur la situation isra�lienne n�est pas fonci�rement diff�rent de celui qu�on peut porter sur la situation fran�aise qui est au c�ur de sa Nouvelle Jud�ophobie. La �faillite� des Etats multinationauxTaguieff nous affirme que les Etats multinationaux sont en crise ! Il y a certes des exemples dans ce sens, qui sont bien connus mais il y en beaucoup plus qui perdurent. De l� � affirmer que les Etats �uninationaux� repr�sentent un id�al.... Ce serait ignorer que toute unit� est de fa�ade et que la multiplicit� peut toujours appara�tre sous le vernis. Et en tout �tat de cause, c�est bien ce qui se passe actuellement en Isra�l, et on ne peut affirmer par avance qu�il n�existait, de toute fa�on, aucune solution ! Je cite Taguieff : �Ce qui est observable dans l�Histoire, ce sont des successions non pr�visibles de flux et de reflux, de disparitions et de r�apparitions� (p. 233). Nous sommes bien d�accord mais plus la structure est fragile et insatisfaisante et plus elle est susceptible, t�t ou tard, de se craqueler. La France et la S�paration de l�Eglise et de l�Etat�Est-ce qu�en exprimant sa d�fiance envers tout Etat bi ou multi-national, Taguieff est en train d�affirmer que les juifs en France ne constituent en aucune fa�on une forme de dualit�, qu�ils s�inscrivent totalement et pleinement au sein de la �nation fran�aise�, nation qui, par d�finition, ne saurait se diviser ? Est-ce que la la�cit� � laquelle Taguieff semble si attach� ne permet pas, justement, de g�rer la multiplicit� et la diversit� ? Mais cette la�cit�, enfant�e par le XVIIIe si�cle ne s�appuyait-elle pas sur une soci�t� relativement homog�ne et m�me les juifs en son sein n�y �taient pas des �trangers, ils vivaient, au milieu des populations chr�tiennes, certes dot�s d�un statut diff�rent au niveau juridique mais appartenaient bel et bien au tissu soci�tal fran�ais. Rien � voir avec une forme d�immigration issue d�une autre sph�re politique. Comme l��crit, justement, sur un tout autre sujet, Taguieff, il faut faire la part de ce qui est sous-entendu quand on approche un �tat de choses :� L�une des caract�ristiques de l�islamisme contemporain est qu�il pr�suppose le pouvoir abusif que se sont arrog�s les mollahs etc. � (p. 155) Dans la France du d�but du XIXe si�cle, ce qui est �pr�suppos�, c�est qu�il n�y a pas d��trangers, apportant leurs modes de vie et de repr�sentation sp�cifiques, mais qu�il y a une diversit� religieuse, avec les catholiques fran�ais, les protestants fran�ais et les juifs fran�ais au sein m�me de la �nation� fran�aise. A partir du moment o� ce pr�suppos� n�est plus garanti, que le creuset fran�ais n�est pas en mesure de franciser des �l�ments �trangers, alors, en effet, il a bien crise de la la�cit� � la fran�aise et la pr�sence des musulmans en France mais aussi des juifs �trangers en est le catalyseur. Or, notons que Taguieff, � aucun moment, ne distingue juifs de souche fran�aise et juifs immigr�s, alors qu�il s�agit l� d�un probl�me majeur dont Herzl, dans l�Etat Juif, avait annonc� la gravit�. Certes, quand Taguieff catalogue les divers protagonistes de la soci�t� fran�aise, au regard des musulmans, distingue-t-il les �Fran�ais de souche� et les Juifs. (p.178) sans protester comme si les Juifs ne pouvaient �tre eux aussi, du moins pour certains, des �Fran�ais de souche� ou �de souche fran�aise�, comme on dit d�ailleurs couramment.. Est-ce que l�on ne risque pas de tout m�langer : nation, religion, ethnie ? Est-ce que tout cela doit �tre refoul� au nom de la la�cit� alors qu�� tout moment ces diff�rences sont manifestes. La la�cit�, vue par des �pigones, serait-elle devenu un Surmoi d�lirant, exigeant une sorte de sacrifice de l�intelligence et de la perception, un rite initiatique castrateur, un prix exorbitant � payer, que Taguieff imposerait ainsi � tous les postulants � l�appartenance fran�aise ? Face � des positions aussi radicales sinon caricaturales, force est de se demander qui parle, qu�est ce qui a �t� transmis � celui qui endosse et assume un tel fardeau, une telle dictature, et exige de l�autre qu�il fasse de m�me. En ce qui concerne l�auteur de ces lignes, aucunement marqu� par l��migration, nous avons le sentiment d�une certaine �tranget� face � cette hyper-la�cit� qu�on veut nous infliger et infliger � autrui et notre malaise est d�autant plus grand que nous savons pertinemment � quel point il est source de d�chirement, de schizophr�nie, pour ceux qui se l�imposent � eux-m�mes. Car la question lancinante est bien celle-l� : est-ce que la notion de communaut� est une sorte de r�alit� virtuelle qu�il faudrait � la fois vivre et nier ? Est-ce que la la�cit�, en ce sens l�, ne serait pas une sorte de n�gationisme ? Et pourtant, nous entendons r�guli�rement parler de la �communaut� pour d�signer la communaut� juive, il y a m�me des sites ou des revues qui portent le nom de �voix de la communaut� qui nous ont publi�. Et en m�me temps, ceux qui parlent de communaut� semblent le faire en cachette, un peu � la fa�on des marannes. On nous a expliqu� l�autre jour que c��taient en fait les antis�mites, les jud�ophobes qui utilisent ce terme � l�encontre des Juifs mais que nous pouvions l�utiliser entre nous mais nier son existence face � des adversaires. No comment ! A vrai dire, je ne go�te gu�re de telles gesticulations, je n�y ai pas �t� pr�par� par ma famille, je ne participe pas d�une telle complicit�,� mais en m�me temps je crois en comprendre l�origine de la part des populations immigr�es, �trang�res qui tendent � fonctionner, en effet, sur plusieurs registres � ce qui pourrait �tre consid�r� comme un stigmate (voir notre �Psychanalyse de l��tranger�, sur ce site http://www.faculte-anthropologie.fr/minorites/jh_etranger_resum.htm). La clef est simple : l��tranger est amen� � se faire passer pour ce qu�il n�est pas, � assumer une situation d�imposture. Il sait ce qu�il est mais il ne doit pas le reconna�tre et il ne faut pas qu�on le reconnaisse comme tel ! Il me semble qu�une telle �thique, un tel ethos, se transmet d�une g�n�ration � l�autre, est per�ue en fait comme la dualit� entre la sph�re du priv� et celle du public, ce qui s�accompagne souvent du recours � deux langues ou en tout cas � deux fa�ons de s�exprimer. Nul, plus que l��tranger, n�a conscience � ce point du clivage qui pr�cis�ment interpelle la la�cit�. Et l� se tient un paradoxe ! Ceux qui probl�matisent la la�cit� et en appr�hendent tout le jeu seraient pr�cis�ment les �trangers dans la mesure m�me o� celle-ci leur appara�t comme un bouclier contre toute discrimination, comme une assurance, une garantie d�int�gration minimale. Nul plus que l��tranger n�a le culte de la la�cit� ! A contrario, celui qui n�a �rien � cacher� a aussi moins de raison de s�attacher � cette la�cit�, revue et corrig�e, instrumentalis�e, � l�aune de l��migration, il n�en appr�cie pas autant le caract�re pervers, n�vrotique voire pathog�ne. Il est plus dispos� que l��tranger � revisiter les structures m�mes de la soci�t� voire de l�Etat fran�ais alors que les populations �trang�res � dont les trois quarts des juifs, rappelons-le � font partie s�y accrochent comme � un tr�sor inestimable. Et en ce sens l�, on ne peut qu�observer la convergence entre juifs issus de l�immigration et musulmans encore que ces derniers, pour des raisons que nous allons expliciter, n�entretiennent pas le m�me rapport � la France et � son histoire, ce qui accentue encore plus leur ambigu�t� et rend quasiment ind�chiffrable leur mode de communication. Il y a quelques ann�es, le CERIJ avait organis�, de fa�on assez pr�monitoire, un colloque �Discours identitaire et antis�mitisme� qui avait provoqu� � d�j� : ! � quelques vagues. L�id�e que l�on puisse relier la fa�on dont les juifs parlent d�eux-m�mes, d�terminent ceux qui les repr�sentent, puisse avoir quelque effet sur ce que Taguieff appelle la jud�ophobie semblait tout � fait scandaleuse et il ne semble pas que ce dernier ait r�fl�chi sur les causes internes � c�est � dire propres au positionnement des juifs � de cette jud�ophobie, pr�f�rant s�en tenir aux seules causes externes, c�est � dire celles qui tiennent aux probl�mes des non juifs !. Car nul plus qu�un juif immigr� n�est capt� de fa�on aussi complexe par le syst�me de la la�cit� au point que l�on puisse se demander s�il n�y a pas l� une juda�sation de la la�cit�. Car non seulement le juif immigr� � ou issu de l�immigration � doit se d�fendre face la soci�t� fran�aise en g�n�ral mais il doit le faire �galement face � la soci�t� juive non immigr�e contre laquelle il n�h�sitera pas � brandir l�argument de la la�cit�. Certes, on nous dira que tout cela est de l�histoire ancienne, que le temps a pass�.. Voire ! Nous ne pensons pas, pour notre part, que les probl�mes ont �t� r�solus sous pr�texte qu�ils sont plus enfouis et d�sormais mal identifiables par certains int�ress�s. Les r�actions que le CERIJ a provoqu�es, avant, pendant et apr�s les Journ�es Portes Ouvertes des Juifs la�cs de France des 1-2 d�cembre 2001, en t�moignent. Certains n�h�siteront pas � affirmer que ces r�actions sont justement dues au fait qu�il n�y a pas de probl�me mais nous avons la faiblesse de croire le contraire, que le simple rappel de ce clivage parfaitement connu et conscient autrefois sinon institutionnalis� �tait de l�ordre de l�insupportable, de la menace. Et la question que nous poserons : est-ce que la communaut� juive est en position de dialoguer avec la communaut� musulmane alors qu�elle n�a pas r�solu ses probl�mes internes et qu�elle ne sait pas se positionner, h�sitant constamment entre plusieurs options ? Est-ce que ce n�est pas l�, Monsieur Taguieff, une cause de la jud�ophobie, au m�me titre d�ailleurs que la complexit� de son lien avec Isra�l et avec la la�cit� � l� isra�lienne ? Car comment les juifs de France, li�s � l�immigration ou au rapatriement, en ce qui concerne les juifs alg�riens, prisonniers des rets de la la�cit� � la fran�aise ne seraient pas aussi victimes des pi�g�s de la la�cit� � l�isra�lienne ? Comment, d�s lors, pourraient-ils juger sainement de la situation caus�e par les dysfonctionnement de la d�mocratie isra�lienne, en terme de gestion des clivages et des origines propres aux populations concern�es ? II � Vers une soci�t� communautaristeLors du d�bat sur l�Emancipation des Juifs de France, les juifs alsaciens pr�naient le maintien d�une �nation� juive alors que les descendants de marannes, bordelais, imposaient l�id�e d�une citoyennet� individuelle, longtemps dans une situation de semi-clandestinit� en France ou du moins dont la dimension juive n��tait, pour le moins, pas mise en avant.. Et de fait, nous vivons depuis dans une situation de marranisme. Napol�on, en instituant le Consistoire introduisait bel et bien une certaine forme de communaut� qui corrigeait sensiblement le mod�le pr�c�demment adopt�. On observe que les clivages actuels � notamment entre juifs et musulmans � sont d�ordre religieux ou para-religieux. La France n�est pas confront�e avec des affaires de s�cession ou d�autonomie r�gionale qui sont pass�es au second plan, pour l�heure. Certes, on nous objectera le caract�re inad�quat du terme �religion� mais pr�cis�ment n�est-il pas temps de le red�finir, de l�enrichir, plut�t que discuter de son �ventuelle inad�quation ? Ceux qui chipotent sur le terme sont d�abord ceux qui tentent de saboter une r�flexion sur le communautarisme en France. Combat d�arri�re-garde ! On conna�t la chanson : tous les juifs ne pratiquent pas et on est en droit de se demander si le refus du religieux, chez nombre d�entre eux, ne passe pas d�abord par un refus d�exister en tant que communaut�. Un tel refus, �tay� par une affirmation de non-croyance, de non-respect de la Loi, des mitsvoth, nous appara�t comme un pr�texte. Et puis, les Chr�tiens, non plus ne pratiquent pas. Peut-�tre certains pr�f�reraient-ils les appeler des �fran�ais de souche� comme si les communaut�s musulmane et juive �taient faites exclusivement d�immigr�s. Evitons de gr�ce un tel pi�ge ! Nous pensons, au contraire, que l�appellation de catholique, de protestant, est pr�f�rable et moins pol�mique et ce serait une forme de jud�ophobie de la part d�un catholique ou d�un protestant de se dire �fran�ais� face � un juif sinon face � un musulman. L�appartenance religieuse vaut pour tout le monde � condition encore une fois d�en revisiter le sens. Parler de communaut�s religieuses permet en outre d��viter de s�engager dans des d�dales autrement redoutables, articul�s sur les clivages les plus divers et vari�s, corporatifs, g�ographiques etc., et qui ne rel�vent pas d�une seule et m�me probl�matique, qui ne s'ins�rent pas au sein d�un m�me syst�me de repr�sentations. On nous parle de �s�paration de l�Eglise et de l�Etat� (1905), toujours en r�citant une le�on d��ducation civique. Qu�est ce � dire que cette notion ? Qu�est ce qu�elle recouvre et peut-on la repenser, la red�finir au m�me titre que l�appartenance religieuse ? En fait, c�est tout le champ du religieux au d�but de ce XXIe si�cle qui est � revoir et peut �tre � (r�)instrumentaliser.  Cette �s�paration� ne signifie
nullement pour nous l�interdiction de communaut�s religieuses, ni le
refoulement de notre identit� confessionnelle tant individuelle que collective.
Elle implique d�abord qu�il n�y a pas/plus de religion dominante. N�oublions
pas que la la�cit� s�est d�abord construite contre le catholicisme, notamment �
l�initiative des Protestants. Il reste que dans ce monde la�que, la plupart des
f�tes d�terminant des cong�s pour tous, sont d�origine chr�tienne. Autrement
dit, nous vivons dans une la�cit� rest�e profond�ment marqu�e par le
christianisme. Inutile de le nier ! Nous avons l� une nouvelle
manifestation du recours � une fa�ade la�que (cf. notre article �les pi�ges de
la repr�sentation� (site : col.com) qui dissimule une r�alit� beaucoup
moins ouverte qu�on veut bien le dire. Or, nous voudrions d�passer une telle pol�mique qui est appauvrissante pour tous car la la�cit� pure et dure � en fait une pseudo-laicit� � est, pour les minorit�s religieuses que sont le protestantisme, le juda�sme et l�Islam, une victoire � la Pyrrhus..; Sous le vocable de religion � que l�on pourra �ventuellement remplacer par un autre, en recourant par exemple � quelque terme grec, comme koin� � auquel nous conf�rons pr�sentement une signification tr�s large, d�ordre socio-historique, et certainement pas individuelle et subjective, nous incluons un certain nombre de notions : synchroniques comme celle de culte, celle de croyance, celle d�ethnie et diachroniques, celle de provenance culturelle, celle du rapport historique au pays consid�r�. Et nous nous attendons � ce que cette classification provoque des r�actions qui r�veilleront un certain n�gationisme voire une certaine jud�ophobie d�un type nouveau, voire un antiracisme in�dit.. Car ce que ne pr�cise assez P. A. Taguieff, c�est que la jud�ophobie � toute ju�d�ophobie car le pluriel serait de rigueur � est fonction des repr�sentations et que toute repr�sentation peut g�n�rer un rejet, un refus, �tre le catalyseur d�une jud�ophobie qui ne s�avouait pas comme telle, qui n�avait pas encore trouv� son vecteur. Taguieff se scandalise du fait que l�antis�mitisme puisse se pr�senter comme un antiracisme. Il d�montre l� l��tendue d�une certaine na�vet� car d�s lors que l�on d�finit, que l�on distingue, qu�on ne veut pas confondre des cultures ou des peuples, on risque fort de tomber sous une telle accusation de racisme, au nom de la la�cit�, au nom du consensus et en ce qui nous concerne, nous ne nous faisons aucune illusion quant � la possibilit� d��tre trait� de �raciste� pour telle ou telle de nos analyses, ce qui a l�avantage au demeurant de placer nos propos sous le coup de la loi et rel�ve donc d�une forme de terrorisme intellectuel. Au vrai, le meilleur moyen d��chapper � la jud�ophobie n�est-il pas de renoncer � toute d�finition de ce qu�est le juif ou les juifs � certains n�appr�ciant gu�re le singulier en la circonstance. Or, pour notre part, il n�est pas question de renoncer � d�crire, � mod�liser et � classer et ce au sein m�me de la communaut� juive de France. Dans une r�cente discussion avec une �tudiante marocaine musulmane, nous avons entendu un argument assez remarquable : les juifs seraient des �trangers et des immigr�s, tous autant qu�ils sont, du fait m�me de leurs origines et cela peu importe que pour certains cela puisse remonter bien avant les croisades, dont on sait qu�elles furent l�objet de pogroms avant la lettre. Cette personne faisait r�f�rence non pas aux pays de la diaspora dont serait originaires telle ou telle sous-communaut� juive fran�aise � turque, tunisienne ou polonaise- mais au culte m�me, � la liturgie qu�elle distinguait de l�Histoire objective. D�o� la n�cessit� en effet de distinguer culte et culture. Cette �tudiante voulait oblit�rer des si�cles d�histoire par un tel proc�d�, cherchant ainsi � placer communaut� juive et communaut� musulmane sur un m�me pied. A ce jeu l�, on pouvait �galement consid�rer que le christianisme �tant d�riv� du judaisme et s�originant en Palestine faisait aussi de tous les chr�tiens des �trangers par rapport � la France, les non -�trangers �tant d�s lors les pa�ens de type Ast�rix ou les ath�es. Elle oubliait que nous vivons dans une civilisation jud�o-chr�tienne. Mais ce faisant, cette musulmane ne faisait-elle pas montrer d�une certaine jud�ophobie par son argumentation sp�cieuse qui t�lescopait un probl�me majeur qui est celui de la m�moire culturelle qui ne saurait se r�duire � la seule pratique cultuelle. Et de fait, il ne s�agit nullement pour nous de r�duire les communaut�s �religieuses� � la seule dimension cultuelle et cela pour la raison suivante, c�est qu�il convient de les replacer dans le contexte historique fran�ais. Il est ainsi clair que la communaut� musulmane de France est li�e � l�Afrique du Nord, ce qui n�est pas le cas de la communaut� musulmane en Angleterre, plus marqu�e notamment par le Pakistan (partie de l�ancienne colonie britannique indienne avant la partition) pour des raisons li�es aux divers colonialismes. De m�me, la communaut� juive de France a une sp�cificit� qui est � reconna�tre par rapport � celle de Russie (� laquelle Solj�nitsyne vient de consacrer un ouvrage) ou � celle des Etats Unis. Ainsi, on ne parlera pas des communaut�s religieuses tout court mais des communaut�s religieuses en France (les CRFs, si l�on veut), ce qui leur conf�re ipso facto une profondeur historique, �temporelle� (voir l�article sur le dialogue jud�o-arabe en France)., une valeur ajout�e qui d�passe la simple appartenance religieuse sans ancrage historico-g�ographique, ce qui relativise n�cessairement la seule question de la pratique cultuelle. Ce qui nous conduit � r�fl�chir sur les relations pouvant exister entre pr�cis�ment les diff�rentes communaut�s d�une m�me religion, question des rapports des musulmans dans le monde, des juifs dans le monde. Ce qui nous ram�ne finalement � la question de la R�publique. Nous ne sommes pas juifs tout court, nous sommes des juifs en France et nous nous inscrivons directement ou indirectement dans l�histoire d�une certaine communaut� religieuse. On nous objectera que pour les populations issues de l�immigration, elles se retrouvent entre deux communaut�s; ainsi une musulmane d�origine marocaine en France ne rel�ve-t-elle pas en effet, demandera-t-on, de la communaut� musulmane majoritaire du Maroc et de la communaut� musulmane minoritaire de France ? Mais pr�cis�ment, c�est cette dualit� qui tend, chez certains, � vouloir relativiser l�id�e de communaut� religieuse en France (CRF). Or, nous pensons qu�il faut poser autrement le probl�me : si l�on est en France, de telle ou telle religion � et ce par del� la question de la croyance personnelle � et c�est l� que nous pouvons dire que cette repr�sentation communautaire est la�que en ce qu�elle ne pr�juge pas des convictions individuelles � on entre dans un cadre qu�il importe de respecter et notamment celui de la CRF d�accueil. On notera que nous ne parlons pas de la France en g�n�ral comme lieu d�accueil mais de la CRF � laquelle se �relie� � le mot religion vient de l� � la personne immigr�e. Et tout comme un immigr� doit se conformer aux normes du pays d�accueil, il devra aussi se conformer aux normes de �sa� CRF. Qu�est-ce � dire ? Qu�au sein m�me de cette CRF, il sera aussi un immigr�, ce qui pose la question de la double immigration que l�on refuse souvent de penser. On assiste souvent, en effet, � un refus de cette double immigration, ce qui peut entra�ner des effets fort f�cheux pour le bon fonctionnement des CRFs respectives. Il est tentant de nier son appartenance � une CRF, � ses structures dirigeantes, � son �lite, � son aristocratie, � ses valeurs et strat�gies sp�cifiques pour se propulser dans la soci�t� fran�aise, en en niant les clivages. Mais c�est bien sur ce point qu�il y a rupture entre deux repr�sentations de la soci�t� fran�aise et nous savons � pr�sent, peu ou prou, les enjeux existentiels qui sous tendent l�une et l�autre. Le d�bat se d�place d�sormais sensiblement : du fait du respect de l�appartenance � une CRF, ayant sa propre histoire, ses propres �lites, le reproche de x�nophobie, paradoxalement, n�existe plus qu�au sein m�me de chaque CRF et cela est probablement pr�f�rable ainsi. A chaque CRF, d�s lors, de g�rer la question de ses immigr�s et de leur place en son sein. Notons que dans le cadre du CFR, on peut englober des personnes n��tant pas citoyennes mais r�sidentes, ce qui permettrait de r�soudre nombre de probl�mes li�s � l�immigration, au droit de vote des �trangers et dont seraient charg�es les CFRs concern�es. A propos de x�nophobie, rappelons que personne n�est en soi un �tranger, que ce n�est qu�une facette existentielle de sa condition. Dans l�absolu, on ne ait pas �tranger, on le devient du fait d�un d�placement et cela a un co�t, qui est notamment d��tre conduit � minimiser le r�le du temps dans la mesure m�me o� c�est la dur�e de la pr�sence et de l�exp�rience qui s�pare l��tranger de l�autochtone. En pratique, ce qui vient quelque peu compliquer les choses, on peut h�riter sinon d�un statut sinon d�une attitude qui reste marqu�e par le passage d�une communaut� religieuse propre � un pays X vers une communaut� religieuse propre � un pays Y. Ce n�est pas le lieu, ici, de revenir sur les stigmates li�s � un tel passage, il convient � chaque CFR d�y r�fl�chir et de les prendre en compte. Nous vivons dans des soci�t�s qui �crasent l�individu, qui le r�duisent � un num�ro, le CFR constitue un cadre de proximit�, respectant certaines idiosyncrasies, facilitant finalement l�int�gration sans prendre des raccourcis qui ne r�solvent rien. On l�a dit, le bicam�risme� comportant un s�nat que l�on appelle d�ailleurs chambre haute � � caract�re centrifuge � qui se situe dans le terroir, et qui rassemblerait notamment les CFRs au regard de l�Histoire par opposition � la chambre basse qui se situe plus sur le seul plan juridique, national � � caract�re centrip�te � est la marque de cette dualit� que nous revendiquons et qui pour simplifier est li� au temps et � l�espace. Les soci�t�s actuelles sont trop souvent borgnes !. L�avantage des CFRs par rapport � toute division g�ographique c�est que, par leur caract�re diasporique, elles ne remettent pas en question l�int�grit� du territoire national tout en canalisant le besoin de diff�renciation. En outre, elles permettent � l��vidence d��tablir des liens d�un Etat � un autre. Ainsi, en ce qui concerne la jud�ophobie, nous pensons qu�elle doit �tre abord�e en r�fl�chissant sur les structures soci�tales et qu�il ne faut pas simplement s�attaquer aux sympt�mes. Le probl�me, c�est que ce sont souvent les juifs eux-m�mes et notamment ceux qui sont issus de l�immigration � et nous y incluons les juifs d�Alg�rie, citoyens fran�ais depuis 1870 � car la question n�est pas simplement juridique � qui se refusent � un tel examen de conscience, contribuant ainsi au blocage de la soci�t� avec les refoulements qui en d�coulent. Enfin, nous ne pouvons nous emp�cher de rappeler � M. Taguieff que la jud�ophobie est g�n�r�e selon nous par le fait que les juifs de France ne s�inscrivent pas dans un cadre rep�rable, qu�ils sont repr�sent�s par des dirigeants qui ne repr�sentent pas l�esprit de la pr�sence juive s�culaire en France et qui projettent des strat�gies inad�quates qui n�y sont pas de mise. Le malaise de la communaut� juive de France, c�est le m�me qu�en Isra�l, c�est celui de l�Alya, pour adopter un terme qui lui est g�n�ralement r�serv�. Le noyau historique du juda�sme fran�ais a �t� d�bord� par les alyas successives tant d�Europe de l�Est que d�Afrique du Nord, au point de devenir minoritaire. Nous pensons que ces alyas sont largement responsables de la jud�ophobie, et en disant cela nous ne faisons que reprendre les analyses de Herzl dans l�Etat Juif. Il est temps que la communaut� juive se recentre sur ses racines et sur ceux qui les incarnent g�n�alogiquement. Car pour nous l�id�e de communaut� religieuse est tout le contraire d�une approche fantasmatique du r�el, c�est au contraire la prise en compte de pesanteurs s�culaires et incontournables que d�aucuns, pour des raisons qui sont les leurs, croient dans leur int�r�t de nier ou de consid�rer comme un d�tail. Il y a aussi un n�gationisme juif ! Le XXe si�cle aura d�racin� des populations enti�res et les juifs en particulier mais il ne s�agit pas, pour autant, de cr�er une soci�t� de d�racin�s mais d�engager un processus de r�enracinement autour de ceux qui ont �chapp� � cette mal�diction. C�est d�ailleurs, paradoxalement, chez ces juifs qui sont pleinement en phase avec la France, qui n�ont aucune interf�rence avec d�autres culturalit�s que la fran�aise, que le facteur proprement juif est le plus facile � cerner, pour les autres, trop souvent, ce qu�ils appellent �juif� rel�ve de la nostalgie d�autres culturalit�s que la fran�aise. Or, c�est pr�cis�ment cette culturalit� qui constitue le ciment commun � toutes les CFRs � partir du moment o� chacune d�entre elles se recentre sur ce qui la relie � la France, � travers la cha�ne des souvenirs, de comm�morations, mais aussi � travers la cha�ne d� hommes, en chair et en os. N�est-ce pas ce que trop souvent nous avons reproch� aux Chr�tiens, que de s��tre appropri� un h�ritage en en ignorant les h�ritiers l�gitimes ? Et apparemment, la grande tentation des juifs issus de l�immigration, en France, c�est de nier l�existence de juifs de souche fran�aise ou de d�clarer qu�ils ont d�m�rit�, qu�ils n��taient plus vraiment juifs. Il est terrible de voir comment un tel discours jud�ophobe, longtemps pr�gnant en milieu chr�tien, peut �tre repris par des juifs contre d�autres juifs et que ces derniers, � leur tour, traitent de jud�ophobes ceux qui le leur rappellent ! Au bout du compte, on peut se demander s�il est sain d�employer un tel concept que chacun utilise � sa guise et d�abord pour emp�cher l�autre de s�exprimer !  Jacques Halbronn | |||||
|
Envoyez vos commentaires et vos questions au r�gisseur du site. Copyright � � 1997 Lierre & Coudrier �diteur | |||||