Votez pour nous
Judasme et lacit,
les piges de la reprsentation

 

 

Jacques Halbronn

prsident du Centre dEtude et Recherche sur lidentit Juive (CERIJ)

Texte prsent lors des Journes Portes Ouvertes. Rencontrer les juifs laques de France

 Texte paru sur http://www.col.fr

 

Il convient de dcrire ce quest cette communaut juive de France qui rflchit ainsi sur elle-mme, tant il est vrai que ses origines pseront sur son mode de pense. Or, cette communaut est largement issue de limmigration. Quels outils employer pour apprhender cette population ? Notre approche est celle dun Observatoire de lIdentit Juive.

1.                 Les juifs en France

La plupart des juifs de France en sont issus, hauteur de trois gnrations et ce quils viennent dAfrique du Nord ou dEgypte ou dEurope Centrale ou Orientale, en y incluant les Juifs de Grce et de Turquie. Ce qui confre cette communaut juive franaise une prsence relativement rcente et ce nest pas le fait de sidentifier au pass juif de la France qui effacera un tel constat. Cette France qui, dune certaine faon, constitue le ciment de cette communaut juive par ailleurs si htrogne. Une France laque pour un judasme lac, comme une sorte de double lacit : car si la France considre tous ses citoyens comme gaux, par del toutes diffrences, ne faudrait-il pas que la communaut juive de France considre aussi tous ses membres comme gaux ? Tel est largument, croyons-nous, qui sous-tendrait au bout du compte, le positionnement du judasme lac la franaise. Mais la question est de savoir si la communaut juive de France peut se permettre de percevoir les choses ainsi du fait prcisment de son htrognit, dautant plus marque quelle est propre la majorit de sa population. Est-ce que la lacit ne serait pas un luxe de socits culturellement homognes et o les lments trangers restent toujours, en un temps donn, minoritaires ?

Pour notre part, nous souhaitons aller au del dune telle affirmation et rflchir sur la dynamique des relations entre les diverses composantes de la communaut juive de France et comment celles-ci psent sur son climat et sur son image.

Par del les considrations dmographiques, de nombre, il y a plusieurs sensibilits au sein de cette communaut et le clivage majeur nous semble tre le suivant qui vient singulirement relativiser les autres dont il est tant question : il y a les juifs dont les parents ou grands parents ne sont pas ns en France, qui ont peru la France de plus ou moins loin et il y a les juifs dits de souche franaise dont la mmoire familiale nest gure marque par une problmatique dintgration.

Il faudrait ne pas confondre intgration et assimilation et on observe quel point les deux populations juives se renvoient mutuellement ces termes : aux juifs de souche franaise, on voque le spectre de lassimilation et aux juifs dorigine trangre, celui de lintgration, jai bien dit de lintgration et non pas de la non intgration.

Le reproche dassimilation lgard des juifs de souche franaise vient du sentiment que ces juifs sont trop transparents, ce qui est assez trange venant de la part de juifs lacs, non pratiquants. Mais il y a en ralit un non-dit dans ce reproche comme si la garantie de la non assimilation venait prcisment des origines trangres.

Ce qui nous conduit la problmatique de lintgration qui concerne dabord ces Juifs venus dailleurs : une intgration qui implique un certain mimtisme plus ou moins heureux  dans tous les sens du terme   lgard des Franais en gnral et des juifs franais en particulier.

Un mimtisme, propre tout projet dintgration, qui est une forme de marranisme culturel : on se dit franais mais on fait perdurer certaines traditions familiales, juives ou non, qui ne le sont gure.

Un mimtisme qui parfois confine la caricature notamment chez ceux qui ont t fascins par la France, de loin et dont le rapport la France, on en conviendra, nest pas le mme que celui des Juifs de souche franaise qui nont pas peru la France distance.

Chez ces juifs franciss, lacquisition de la langue et de la culture franaises ont t des clefs mais qui souvent ont fait limpasse sur lexistence dun judasme franais autochtone. Pour faire image, les juifs franciss ont voulu ignorer ces juifs de souche franaise un peu la faon dont, toutes proportions gardes, les juifs faisant leur alya ont voulu ignorer quil y avait des arabes en Palestine, au sens o lon entendait ce mot il y a un sicle. Ces juifs venus dailleurs se sont dailleurs appropri la mmoire et lhistoire de ces juifs de souche franaise et ont affirm pouvoir assumer sans eux la continuit, ce que nous avons appel la diasporicit, les condamnant ainsi, sans trop de problmes de conscience  dans tous les sens du terme   la portion congrue.

Il importe de mnager un espace de discussion autour de ces thmes de lassimilation et de lintgration, en abordant de front les frustrations qui sont gnres par un certain refoulement qui ne se rsout pas ncessairement dune gnration lautre.

2.                 La communaut juive et le monde non juif

Lautre aspect que je souhaiterais aborder est celui des rapports de la communaut juive avec le monde franais non juif.

Il est clair que la nature du leadership au sein de la communaut juive de France ne peut pas ne pas marquer la faon dont celle-ci sera perue.

Selon qu la tte de la communaut juive de France, lon place des juifs de souche franaise ou des juifs issus de limmigration, croit-on que cela sera indiffrent ?

Croit-on srieusement quil est indiffrent que cette communaut juive de France soit reprsente par un juif dAfrique du Nord ou par un juif alsacien ? Croit-on quaux yeux de la communaut musulmane de France, le message, dans un cas ou dans lautre, soit le mme, en termes de communication ? On se retrouverait alors avec dun ct deux religions franaises, la catholique et la protestante face deux religions orientales, la juive et la musulmane, religions caractrisant massivement les populations rcemment immigres. Insistons aussi sur le fait que nous avons l affaire une nouvelle forme dantismitisme consistant assimiler les juifs de souche franaise une population issue de limmigration.

Est-ce que dans le contexte actuel du conflit isralo-arabe, un tel positionnement est souhaitable qui contribue fragiliser la communaut juive de France mais aussi par ricochet Isral ? Ne serait-on pas tent en effet, selon cette logique et ce rapprochement, de reprocher aux juifs leur cosmopolitisme et leur dracinement, tant en France quen Isral ?

Car la comparaison entre juifs et arabes en France ferait des juifs des apatrides, nayant quune patrie mythique et refusant un retour vers les terres o ils vivaient il y a encore un sicle, parfois depuis fort longtemps. A moins quon ne veuille affirmer le lien essentiel entre les juifs et Isral mais dans ce cas quelle source de conflit entre communauts juive et musulmane !

Or, les juifs ont un atout par rapport aux musulmans, cest de pouvoir ancrer leur prsence autour dun noyau dur, de pouvoir aller au del dune simple identification culturelle et linguistique en basculant au niveau du rel historique. Et nous faisons l une opposition entre culturalit (cf. louvrage de C. R. Samama, Dveloppement mondial et culturalits. Essai darchologie et de prospective co-culturales. Paris, Maisonneuve et Larose, 2001) et historicit : la culturalit se transmet dans la synchronie, lhistoricit dans la diachronie. La communaut juive de France a besoin de recourir ces deux axes qui correspondent ses deux populations, et ce quand bien mme les juifs de souche franaise seraient en effet une minorit, tout comme dailleurs les juifs en sont une dans le monde, sans que leur rle soit rduit en proportion. Cette minorit des juifs de souche franaise pourrait constituer une sorte dpine dorsale de la lgitimit de la prsence juive en France. Il nous semble que les juifs du pape, ceux issus du Comtat Venaissin, dAvignon, sont les mieux placs pour incarner cette dimension, eux qui, de fait, nont jamais quitt la France et ont t partie prenante de la culture dexpression franaise sans solution de continuit. Il nest nullement ncessaire quils soient trs nombreux pour assurer un rle significatif au sein de la communaut juive en gnrale et du judasme lac en particulier.

Pour ne pas rduire les juifs cette image itinrante, il nous semble urgent de recentrer la communaut juive de France vers son noyau historique dur.

Quelle centralit pour la communaut juive de France sinon celle dun leadership de souche franaise qui ferait du lien entre cette communaut et la France autre chose que celui dun pays daccueil, la France, vers des populations frappant sa porte, qui ferait de cette communaut une force coexistante depuis des sicles, que lon pense Rashi, un juif du XIe sicle !

Ds lors quun tel noyau dur retrouverait sa juste place, la prsence des juifs issus de limmigration installs en France prendrait une autre tournure : Joseph accueillant ses frres en Egypte plutt que Mose les conduisant vers la Terre Promise.

Serait-ce un si grand mal den revenir aux faits historiques, chappant ainsi aux mirages de la culture mme s il est vrai que la culture franaise a fascin tant desprits ?

Cette ide est-elle si trangre aux Juifs, eux qui ont eu des dynasties royales , qui ont eu des dynasties de tzadikim (Justes) ?

Dautant quil y a une faon dtre juif en France qui nest pas celle des juifs en Tunisie, Bucarest ou Istanbul et cette faon est celle qui, a priori, est la mieux faite pour que la relation entre juifs et non juifs, en France, puisse sinstaurer.

Il nous semble souhaitable que nous rflchissions, les uns et les autres, sur cet tre juif au monde franais car on sait  comme le notait dj Thodore Herzl, il y a plus de 100 ans, dans lEtat Juif, que lafflux de juifs dautres pays contribue dvelopper lantismitisme.

Rappelons ses propos, dats de 1895-1896 :

L o elle nexistait pas (la question juive) est importe par les immigrants juifs. Nous allons naturellement l o lon ne nous perscute pas et l encore la perscution est la consquence de notre apparition (...) Les Juifs pauvres apportent maintenant avec eux lantismitisme en Angleterre, aprs lavoir apport en Amrique.

Ce qui a contribu dvelopper lantismitisme en France entre la fin du XVIIIe et la fin du XIXe sicle a tenu en partie au fait que le sort des juifs dans ce pays tant relativement enviable, beaucoup de juifs sy sont rendus, sans parler du dcret Crmieux de 1870 qui a singulirement prcipit larrive de juifs dAlgrie, lhistoire bien diffrente de celle des Juifs de souche franaise, la veille de lAffaire Dreyfus.

Il nous semble donc ncessaire, notamment quau sein du Comit de Liaison des Associations juives laques tout comme dailleurs en ce qui concerne les diverses institutions juives en France, la reprsentation des descendants des juifs de souche franaise soit respecte et prise en considration, sans quils aient ncessairement se constituer en tant que groupe spcifique. Tout comme le juif est en altrit avec le non juif, le juif issu de limmigration lest avec le juif de souche franaise, cest ce que nous appellerons la double altrit, impliquant un respect rciproque de la diffrence. . Nous pensons que le judasme lac trouvera son axe dans une telle approche, aux cts dautres attitudes sarticulant sur le religieux et le phnomne isralien.

3.                 Les valeurs dun juif lac

Quelles sont les valeurs dun juif lac ? Laventure de la lacit juive passe par un tel questionnement qui est aussi celui de la possibilit de la conversion : peut-on devenir juif comme on peut devenir franais, peut-on sapproprier une nouvelle culturalit ? Est-ce que les valeurs juives ne peuvent pas devenir aussi celles des non juifs, depuis le temps quelles se sont propag ? Quest-ce qutre juive au sein dune civilisation qui se qualifie elle-mme de judo-chrtienne, quel est prcisment le facteur juif au sein de cette combinatoire judo-chrtienne, qui suppose, en effet, une certaine dualit si ce nest un certain syncrtisme ?

Il semble en effet quen tant que juifs, il nous faut repenser ce dualisme juif/chrtien et assumer notre part au sein du couple et vice versa.

Le dialogue judo-chrtien nous apparat dsormais comme une perspective importante, ce qui implique le dbat avec le non juif sur ce que nous sommes et sur ce quil est. Et de la sorte, la prsence juive cesse dtre une prsence parmi tant dautres, dans cette France plurielle, pour se recentrer sur une altrit radicale quil convient de modliser. Et quand nous parlons de dialogue avec les chrtiens, nous entendons aussi avec les chrtiens lacs, il nest pas question de nous enfermer dans le religieux mme sil y a l une clef de la dualit..

Est-ce le religieux qui sous tend le fait juif ou le fait juif qui sous-tend le religieux : telle devrait tre une de nos interrogations principales. Est-ce que pour quune culturalit puisse tre mise en uvre, il ne faut pas un terrain propice ou est-ce linverse ? Tant quon en restera une ide superficielle de la culturalit dont on peut changer comme on change de chemise, on navancera pas. Il nous faudra probablement recourir dautres concepts comme ceux dInconscient Collectif, comme celui de psychisme ethnique, et il est vrai que lapproche laque du judasme est plus proche dun certain racisme que lapproche religieuse ou nationale, au sein dun Etat hbreu, ce qui ne facilite dailleurs pas le dialogue intercommunautaire. Nous manquons, vrai dire, de models anthropologiques pour rendre compte du fait juif. Est-ce quil est certaines valeurs que seul le peuple juif, en raison de quelque atavisme, est en mesure de piloter, de grer et quil ne peut dlguer ?

Il importera donc de distinguer le problme de la circulation du juif dune culturalit non juive une autre et celui de la culturalit juive proprement dite qui transcende ces multiples culturalits. Le fait que les juifs soient disperss entre diverses cultures, tout en assumant un certain rle dont il conviendrait de cerner la spcificit, ne montre-t-il pas que la judit est un phnomne qui se situe au del du culturel ? Il faudrait peut-tre parler de proto-culturel ou en tout cas de transculturel. Dans un cas, il y a une faon dtre juif en France qui ne peut se transmettre, par mimtisme notamment, que par ceux qui incarnent une continuit de la prsence juive en France. Force est de constater la coexistence de trois culturalits juives : une interculturalit judo-franaise (les Anglais parlent dAnglo-jewry), une interculturalit lie au pays dorigine, si ce nest pas la France, judo-tunisienne, judo-polonaise etc. et enfin une transculturalit juive, propre tous ceux qui sont issus de lhistoire juive, de par le monde. Il ne fait pas de doute que chaque interculturalit juive est susceptible dvoluer mais il nen reste pas moins quil faut distinguer lobjectif et le subjectif : il ne suffit pas dvoluer, il faut aussi prendre la mesure du regard de lautre, de limage que les reprsentants de la communaut juive lui confrent et qui, selon que ce seront les uns ou les autres, pourra changer radicalement et faire basculer celle-ci dans un sens ou dans lautre. Encore faut-il savoir ce que nous voulons pour laborer une stratgie de communication et choisir ceux qui seront le mieux mme, de par leurs origines, de la mener bien. Pour simplifier, on dira que le judasme lac sinscrit dans une Histoire et dans une interculturalit avec la France en l'occurrence, que le judasme religieux sinscrit dans une pratique au quotidien et que le judasme sioniste sinscrit dans une utopie, qui est celle du retour une culturalit juive, impliquant un certain dpassement de linterculturalit

Il y a en effet un contraste frappant entre la multiplicit des cultures accueillant les juifs et la radicalit de laltrit juive. Au niveau dialectique, cette multiplicit ne fait pas sens si elle ne se transforme pas en dualit du juif face au non juif. Cela dit, cette altrit juive ne peut sexprimer dans labstrait, elle doit sancrer dans une culturalit non juive spcifique. Autrement dit, le juif nest en situation dtre lautre qu condition davoir parfaitement assimil le langage de lautre.

Tout au long de cet expos, on aura compris que lon ne peut pas remplacer lautre si facilement : si entre eux les juifs ne respectent pas leurs diffrences, comment les non juifs respecteraient celles des juifs ? On ne devient pas juif par un coup de baguette magique tout comme on ne devient pas juif franais part entire du jour au lendemain, cela dpasse la dimension du choix individuel pour tre un choix de la ligne. Il y a ceux, parmi les non juifs qui veulent se convertir au judasme tout comme il y a parmi les juifs ceux qui, en raison dune colonialit veulent se convertir au judasme franais. Il importera de rflchir sur la psychologie, voire les stigmates, du proslyte.

La condition du juif a singulirement volu au cours des deux derniers sicles : auparavant, les juifs taient prsents anciennement l o ils se trouvaient. Puis avec lmigration vers la Palestine puis vers Isral, avec lexode des colonies vers la mtropole, avec toutes sortes de migrations, le juif est redevenu errant, nouvellement arriv l o il se trouve. Il importe de rflchir sur ces deux images de lerrance, de la multiplicit des allgeances ou de lenracinement au sein dune culture nationale.

La communaut juive de France est dune grande complexit en ses composantes : comment parviendra-t-elle, en affirmant son unit, tenir un discours cohrent qui satisfasse chacun sans que cela devienne un propos inconsistant ? Ne vaut-il pas mieux accepter de confronter les sensibilits des uns et des autres, de les dialectiser, plutt que de tenter dsesprment den faire la synthse ? Ne vaut-il pas mieux laisser la parole un noyau dur, au sens historique du terme, plutt que de tomber dans une cacophonie de revendications de la part de juifs ayant les rapports les plus divers avec la France en gnral et le judasme franais en particulier ?

4.                 Signification et porte de  Juifs laques 

On sinterrogera, enfin, sur la signification du terme Juifs laques qui sert de mot valise une pliade dassociations. Le terme est, en fait, rapprocher dun autre utilis autrefois, celui de juifs progressistes et qui concerna, aprs la Seconde Guerre Mondiale, des juifs placs dans la mouvance communiste. Ce nest probablement pas par hasard que ces juifs progressistes  autour notamment autour des Amis de la Commission Centrale de lEnfance (CCE) qui organisait des colonies de vacances, manation de lUnion Juive pour la Rsistance et lEntraide (UJRE), dont le sige est toujours au 14 rue de Paradis, dans le dixime arrondissement  soient dsormais fortement prsents au sein de lensemble des juifs dits laques, comme cela ressort des Portes Ouvertes qui se sont tenu, les 1-2 dcembre 2001, la Mairie annexe du XIIIe arrondissement de Paris, manags par les dirigeants de cette structure judo-communiste. Lors du Colloque de la Sorbonne, 11-12 fvrier 1995, ils sinterrogeaient . Hier juifs progressistes ; aujourdhui juifs... ?, (Paris, Les amis de la CCE, 1996) ; cette question dappellation, laisse alors en points de suspension, la rponse allait venir peu aprs : ils seraient des juifs laques et ils entreraient au sein de cette mouvance, y apportant leur dynamique et leurs troupes, suscitant dans la foule les dites Journes Portes Ouvertes Rencontrer les juifs laques de France.

En affirmant lexistence dun Comit de Liaison des Associations Juives Laques de France, ne laisse-t-on pas entendre que le dit Comit reprsente le judasme laque franais, dans sa diversit ? Or, y regarder de prs, il nen est rien.

En tudiant la composition des membres ou du public de ces diverses associations, on observe quil est trs largement prdominance ashknaze et quil comporte des personnages dun certain ge. Ces deux remarques auraient du mettre sur la voie lethnologue, puisque des travaux ont t consacr au judasme laque.(cf. mmoire de Catherine Vago, notamment)

Il est en effet peu vraisemblable que les juifs lacs ne se recrutent que parmi les Ashknazes et plus prcisment ceux qui sont issus de limmigration, plutt que les juifs alsaciens ; il est galement peu probable que les jeunes juifs ne soient pas laques !

Ainsi, en revendiquant lappellation de juifs laques, nous avons en ralit affaire une manuvre de manipulation de la part dune mouvance trs spcifique et dont nous avons dit quelle se situait objectivement dans la continuit dun judasme dit progressiste. Que soient venu s'agglutiner ce noyau judo-communiste quelques sfarades, il sagit l de leur part dune erreur de parcours, due prcisment au flou de lexpression juif laque, que lon y trouve de juifs dobdience socialiste, correspond surtout au glissement dun certain lectorat communiste.

Mais quels sont les buts de ce judasme lac ? Ils sont en ralit trs spcifiques et bien loigns de ceux auxquels on pourrait a priori sattendre. Il faut savoir en effet, que durant lEntre Deux Guerres, les juifs originaires des pays de lEst afflurent vers la France et furent assez mal reus par lestablishment juif, de souche. Do la cration de structures qui taient en fait des micro-socits, o ces juifs trangers, lisant le yiddish  au travers notamment de priodiques quils produisaient  sexprimant pniblement en franais, pouvaient avoir le sentiment dtre juifs en France, occultant de facto la communaut juive locale. Quant lOccupation, elle consacra une diffrence entre juifs trangers et juifs de vieille souche franaise. Notons que le dcret-loi Crmieux fut abrog par Vichy, faisant des juifs dAlgrie des trangers. La notion de communaut isralite englobait les deux catgories de coreligionnaires  mais non compatriotes  par del ce qui prcisment les distinguait.(A. Wiewiorka, Ils taient juifs, rsistants, communistes, Paris, Denol, 1986.

Il semble que lorsque les Sfarades dAfrique du Nord arrivrent en mtropole, dans les annes Cinquante-Soixante, ils ne rencontrrent pas les mmes problmes  du fait de la Shoah, de lEtat dIsral, du fait de la connaissance de la langue franaise etc.  et ne furent pas conduits ragir avec les mmes procds de substitution. Et cest pourquoi, de rares exceptions, le sefardisme nest gure concern par ce judasme lac alors quil lest objectivement du fait que ses membres ne sont pas pour autant tous croyants ou tous pratiquants. Tout se passe donc comme si les juifs ashknazes, issus de limmigration, avaient lanc une O.P.A. pour sapproprier le judasme lac dont les leaders sont majoritairement dorigine polonaise au point que certaines runions de bureau, de nos jours, pourraient se tenir pratiquement en polonais.

Si lon examine dailleurs la presse franco-yiddish, autour de 1944, (Notre Voix, anciennement La Nouvelle Presse), on note des formules significatives :

Continuit de notre journal qui sera celui des Juifs en France ou Mais les Juifs de France nont pas support passivement (..) la rpression nazie ( numro du 6. 09. 1944)

Voil donc ces juifs communistes  notamment ceux lis la MOI, la Main duvre Immigre  parler au nom des juifs en France, expression prudente mais qui prpare quelques lignes plus loin une autre, plus forte encore, celle des Juifs de France.

Stratgie qui consiste revendiquer une reprsentation la plus large possible pour dsigner un groupe ayant un profil trs particulier : nous sommes les Juifs en/de France, nous sommes les juifs progressistes et finalement  dernier avatar- nous sommes les Juifs lacs (face aux juifs religieux)

Il importe de revenir sur le glissement de Juifs en France Juifs de France : la premire formule pourrait en effet dsigner un ensemble trs vaste incluant aussi bien les Juifs de France que les Juifs qui sont simplement rsidents en France, sans prtendre tre, quant eux, les Juifs de France. Mais, plus loin, en recourant la formule Juifs de France, cela signifie que ce sont eux les vrais Juifs de France et non pas un autre groupe qui ferait pendant aux Juifs en France. Autrement dit, il y a occultation des Juifs de souche franaise, compltement marginaliss et qui auraient dmrit, tout comme les Chrtiens forment une Nouvelle Alliance remplaant la sienne, les Juifs ashknazes trangers forment une nouvelle alliance avec la France, aux dpends des Juifs de souche franaise.

A lappui de cette thse, nous signalerons que chaque fois que, face un public de juifs lacs on aborde la question des juifs de souche franaise, il y a comme un malaise. Or, a priori, officiellement, le seul problme des juifs lacs, cest dtre rejets par les Juifs religieux, ils ne devraient donc nullement se formaliser dune revendication dexistence de la part de juifs lacs de souche franaise !

Do lon observe que ce judasme lac nest quune faade qui navoue pas lidentit de son vritable adversaire, de sa bte noire, savoir le juif de souche franaise qui les a snobs eux, les juifs ashknazes qui ont dbarqu en France ou leurs descendants. On dit, chez les psychognalogistes, quil faut trois gnrations pour fabriquer un psychotique. Dans les annes trente, la presse juive parlait des masses travailleuses juives immigres par opposition aux juifs de souche franaise, mais ce terme de juif immigr a fini par disparatre voire devenir tabou, un crime, en quelque sorte, contre le credo laque..

En outre, au lendemain de la guerre, il fut fortement question, notamment au Parti Communiste, de faire repartir ces juifs en sky, selon lexpression de Marty, dans leurs pays dorigine et ce fut dailleurs le cas de beaucoup, notamment vers la Pologne, devenue communiste, avec des succs divers.(cf. Maurice Rajsfus, Lan prochain la Rvolution. Les communistes juifs immigrs dans la tourmente stalinienne, 1930-1945, Paris, Mazarine, 1985) Les Juifs laques de nos jours et leurs cadres polonais sont les hritiers directs de ces structures propres aux juifs immigrs, communiquant entre eux lpoque, en yiddish ; on ne disait pas alors migrs. On pouvait trouver la formule : Juifs de France, franais comme immigrs. Sous Vichy, les statuts diffrrent : Les ressortissants trangers de race juive pourront (...) tre interns dans des camps spciaux. On avait bien affaire une mouvance spcifique : La dfense des immigrs, pouvait-on lire, est un souci permanent de la Presse Nouvelle. Ces immigrs qui ont aim en mourir le pays pour lequel ils se sont battus, ce qui signifie implicitement que ce ntait pas leur pays. Ceux-ci ne mritaient-ils pas une place prpondrante parmi les juifs de France ? Mais derrire lexpression immigrs, en France, finalement trop large, il y avait une ralit socio-historique, celle de lorigine gographique.

A la fin des annes 80, le phnomne du judasme lac sest manifest, sous ce nom, mme si le terme juif lac figurait dj dans les publications judo-communistes : le mme groupe ashknaze issu de limmigration sen prenait cette fois aux religieux qui tenaient le haut du pav, tout comme dailleurs il avait eu sa priode antisioniste, lpoque de Nasser. Triple rejet donc peru dailleurs, tort ou raison, comme mutuel  : les juifs de souche franaise, Isral, les juifs religieux. Mais gnralement, le premier rejet nest plus gure rappel, probablement parce que lon simagine que le problme ne se pose plus. Dans les trois cas, cette population se serait heurte un certain mpris : on leur reproche de ne pas tre des juifs vraiment franais, on leur reproche de ne pas venir sinstaller en Isral, on leur reproche de ne pas respecter les coutumes juives. Triple porte faux qui nempche pas que ces juifs que lon ne peut simplement dfinir par un refus  et la lacit est un refus  ou un manque prouvent une forme didentit fonde sur une certaine culturalit dEurope orientale, autour du yiddish, dune certaine nourriture, pas ncessairement kasher et sur la Shoah, entre autres. En se dfinissant comme juifs laques, ils peuvent ratisser plus large et capter des juifs nappartenant pas cette sensibilit mais en mme temps, ils se prsentent en creux et cela fausse les pistes. Jamais, ils naccepteraient de reconnatre quil sagit avant tout de la perptuation dune culture au demeurant non franaise, ils se croient obligs de se situer au niveau des principes tout en sachant trs bien que cela nest quune faade.

On notera donc que ce positionnement antireligieux et non sioniste ne fait que dissimuler dautres problmes plus aigus : celui de leur rcente immigration en France qui pourrait rendre concevable, une fois lorage pass, un retour ; celui de leur refus dtre considrs comme des juifs franais de seconde zone, face aux Juifs de souche franaise, ce qui conduit ces juifs lacs clbrer, sans tats dme, le bicentenaire de lmancipation des juifs de France, ce qui fait penser un peu nos anctres les Gaulois, sans juger bon de faire intervenir les descendants, en chair et en os, de ceux qui vcurent cette poque. Mais nest-il pas vrai que la revendication de la Palestine relve largement dune histoire que lon se rapproprie.

Ds lors que ces associations juives laques ne servent rellement qu crer un espace de vie juive pour ceux qui ont t exclus non point tant  comme ils laffirment  du monde religieux mais du monde judo-franais, il va de soi quelles sont amenes, affirmer une lacit qui constitue une sorte de ngationnisme lencontre des juifs de souche franaise. Autrement dit, ces juifs lacs, dun genre si particulier, sont prts jouer la lacit contre un communautarisme qui risquerait de privilgier ces juifs historiques que sont les juifs de souche franaise. On songe au jugement de Salomon o la femme qui a perdu son enfant prfre que lenfant restant meure : on prfre que les juifs deviennent un lment insignifiant plutt que dadmettre une quelconque suprmatie de la part des juifs de souche franaise. En fin de compte, aussi incroyable que cela puisse paratre, ces juifs laques veulent avant tout instrumentaliser la lacit aux fins de refouler les diffrences entre eux et les juifs de souche franaise bien plus que celles qui existent entre les juifs et les autres communauts ! Si on leur demande sil est vraiment indiffrent que dans leurs instances dirigeantes il y ait une majorit de juifs dorigine polonaise ( signalons que les juifs bundistes en France taient fortement centrs sur Varsovie) ils rpliqueront cela na pas dimportance ! Car en fait ce quils revendiquent avant tout cest un lacisme au sein de la communaut juive bien plus quun lacisme au niveau dune socit franaise communautariste. Le terme origine qui marquait limmigr juif de Pologne ou de Roumanie est dsormais utilis dans un sens plus large : on est dorigine juive, comme tous les Juifs, donc sans discrimination au sein de la communaut juive de France.

Faut-il sattendre ce que ce pseudo-judasme laque steigne avec ceux qui avaient des raisons de le revendiquer ? Il semble bien que la moyenne dge y soit assez leve et que les querelles des parents ne sont plus celles sinon des enfants du moins des petits enfants. Il existe certes quelques lments sfarades, gars au milieu dune masse ashknaze. On peut se demander si ceux-ci ne servent pas de faade, on pense notamment Albert Memmi, juif dorigine tunisienne, prsident de lAssociation pour un Judasme Humaniste et Lac (AJHL) mais qui nest en fait quune scission de Libert du Judasme, fonde par des Ashknazes issus de limmigration, la fin des annes 1980.

En guise dpilogue, signalons qu lissue de notre expos, les deux orateurs qui prirent ensuite la parole sexcusrent dtre polonais comme si notre intervention remettait en question leur droit sexprimer. On avait limpression que lon avait introduit le loup dans la bergerie, alors qu aucun moment, officiellement du moins, ces juifs lacs navaient mis le doigt sur une si vieille douleur, une douleur reste jusque l inavouable, protge par la langue de bois..

Il convient donc de mettre la lacit en perspective : quand la France sest voulue laque, elle tait relativement soude et cette lacit tait compense par un fort consensus linguistique et culturel qui en relativisait sensiblement les effets. Il est clair que dans une France plus htrogne, post laque, o les membres ne partagent plus toujours les mmes valeurs et surtout la mme Histoire, la lacit ne peut que le cder un certain communautarisme. En revanche, il est possible de parler de lacit au sein de chacune de ces communauts parce que chacune dentre elles comporte prcisment, entre ses membres, un fort dnominateur commun. Cela dit, quand des Juifs se dclarent laques face dautres qui ne le seraient pas, il ne peut sagir l en soi dune identit : on peut vouloir la lacit au sein du monde juif en France, on ne peut se dire juif lac. Il y a l un point aveugle que nous avons tent dexpliciter, savoir que sous cette tiquette de juif lac, il y a une revendication qui est, avant tout, celle des juifs immigrs et de leurs descendants et plus spcialement de ceux qui sont originaires de lEurope Orientale en gnral et de Pologne en particulier.

Certes, il existe un autre sens pour juif lac, cest celui de juif non pratiquant par opposition juif pratiquant  et les deux sens se croisent pour ajouter la confusion- mais il semble bien que cette mouvance laque fonctionne sur des pratiques sociales qui lui sont propres et qui relvent dune certaine ashknazit qui ne saurait se rduire aux pratiques franaises. Or, on ne peut quobserver que toute runion au sein de ces associations juives dites laques met en jeu, ipso facto, un ensemble dattitudes qui sont dailleurs perues comme tranges sinon trangres aux juifs qui nappartiennent pas la dite ashknazit. Il faudrait enfin souligner quel point les pratiques sociales spcifiquement franaises sont loignes de celles qui caractrisent tant les ashknazes que les sfarades, elles-mmes fortement marques par leurs interculturalits respectives, quelles soient germano- slaves ou arabo-turques.(cf. nos travaux in Cahiers du CERIJ, 2000-2001). Ne pourrait-on parler propos de cette mouvance de loubavitch laques et nexiste-t-il pas des sfarades parmi les Loubavitch, shabillant comme les anciens Polonais ?

Aucun problme, au demeurant, de la part de ces Juifs laques pour reconnatre quils ne respectent pas les lois juives, pas de problme non plus de leur part pour admettre bien volontiers que leur rapport Isral na pas abouti. En revanche, en ce qui concerne le jugement quils portent sur leur intgration en France au sein de la communaut juive, ces mmes juifs laques ne sont pas prts concder la moindre restriction, en dpit des obstacles vidents rencontrs par eux ou par leurs parents ; ils se veulent plus franais que les juifs de souche franaise et en tout cas pas moins  prts, loccasion, relativiser lintgration de ceux-ci alors que sils taient en Isral ils admettraient lexistence de sabras. (Panoramiques, numro sur les Juifs Laques, du religieux vers le culturel runi en 1992 par Izio Rosenman). Disons que ces Juifs de souche franaise leur font ombrage tout comme la prsence des Juifs embarrassent les Chrtiens sans parler du rapport des arabes palestiniens aux juifs Israliens.

Il suffit dtudier le personnel dirigeant de ces associations juives laques pour sassurer quune culturalit polonaise est sous-jacente : Cercle Gaston Crmieux de Richard Marienstrass et Jacques Burko, Cercle Bernard Lazare de David Fuchs, du Centre Juif Lac de Jean Liberman, Cercle Amical bundiste, fortement marqu par la Pologne, longtemps anim par Aby et Mni Wiewiorka, Libert du Judasme de Claude Kolinka et dElie Garbarz, Rvolution Progressiste Juive anim par Nathan Zederman, Association pour un judasme Humaniste et lac anim par Izio Rosenman ; Amis de la Commission Centrale de lEnfance de Jo Kastersztein ou Hashomer Hatsar, fond en Pologne en 1913 partageant les locaux du Cercle Bernard Lazare. Mais bien entendu, si on allait demander de quelles origines sont ces juifs lacs, il nous serait rpondu mais de partout, citant Un Tel ou Un Tel qui nont pas peru la nature de ce ghetto ashknaze. Un Roger Maria ncrivait-il pas en 1968 dans Nouvelle Presse Hebdo propos des juifs progressistes  : mme si tous ne parlent pas yiddish ? La contestation de la rgle matrilinaire, dans ces groupes, pourrait tre li au fait que le patronyme polonais, transmis par le pre, est considr comme la rfrence.

M. Rajsfus reprochera R. Marienstrass, auteur, en 1975, dtre un peuple en diaspora, Paris. F. Maspero, de quasiment rien dire des juifs maghrbins ou des juifs franais dont lantriorit dans le pays remonterait aux Croisades (Identit la carte. Le judasme franais en questions, Paris, Arcanthre, 1989, pp. 171 et 357). Limportance accorde la Shoah, par ailleurs, nest-elle pas lie, peu ou prou, limplantation gographique fortement polonaise des camps de concentration, justifiant dailleurs lorganisation de voyages de la mmoire ?

A lheure o les diffrentes ethnies afghanes sefforcent de doser la part des unes et des autres au sein dun gouvernement, est-il concevable que les Juifs affirment quils ne sont spars que par le fait de croire ou de ne pas croire ? Les clivages dhier ont pu temporairement sestomper, ils nen sont pas moins vous rapparatre et il faut les prendre en compte. Les associations Juives laques sont les hritires de fait du Comit Gnral de Dfense (CGD), rassemblant les juifs dEurope de lEst, qui sopposa, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, au Consistoire. Que les uns se revendiquent rsistants  encore que les communistes ne laient t quaprs lagression nazie en URSS, mettant fin au pacte germano-sovitique  face aux autres accuss de complaisance lgard de loccupant allemand ne change rien laffaire, pas plus que le fait que l UJRE communiste co-fondatrice du CRIF, de par notamment son attitude hostile lgard dIsral, ait t tenue quelque peu lcart avant de rapparatre au sein de la mouvance juive laque, constitue dailleurs en partie de transfuges du Parti Communiste, tels le journaliste Jean Liberman (cf. Se choisir juif, Paris, Syros, 1995) ou un Jean Ellenstein, se retrouvant au sein du Centre Juif Lac (CJL).

Le CRIF (Conseil Reprsentatif des Isralites de France) fut durant lOccupation une structure faisant cohabiter juifs de souche franaise et juifs trangers originaires dEurope Centrale, est-ce que le problme a cess dexister soixante ans plus tard ? On notera qu'Isralite de France nquivaut pas Franais juifs, la formule dsigne avant tout une prsence en France.

Il ne sagit pas, sous prtexte doublier les anciennes polmiques, de faire fi de diffrences nullement rsorbes et qui, en tout tat de cause, gardent toute leur prgnance en terme de lgitimit et denracinement. Imaginons un instant si la situation en Isral serait aujourdhui la mme sil avait exist un noyau dur juif qui stait perptu au travers des sicles, sans discontinuit ! O sont les Israliens de vieille souche palestinienne ? Il vaut encore mieux que les juifs de souche franaise reconnaissent la mfiance qui fut la leur lencontre des juifs immigrs en France mais cela ne saurait pour autant les faire renoncer leur rapport privilgi avec la France et les droits et les devoirs qui sen suivent.

En vrit, cest le regard du non juif  au sens o lentendait Sartre, qui cre cette illusion dhomognit, lantismitisme serait-il un alli de ces juifs lacs comme il peut ltre des sionistes ? Car la diversit des engagements idologiques au sein de la mouvance laque ne doit pas faire oublier lhomognit de sa population, quant ses origines gographiques et culturelles. Que signifie la question  : est-on juif franais ? De nos jours, on pourrait penser quelle pose la question du caractre franais des juifs. Or, le vrai sens de cette question est autre : est-on un juif de souche franaise ou un juif immigr, tranger, naturalis, vivant en France ? On peut aussi se demander si le dbat autour de la religion ne renvoie pas au clivage entre juifs franais et trangers juifs : pour le juif immigr, le juif de souche franaise apparaissait comme un franais de confession juive, mosaque. Est-ce quun certain lacisme juif ne viserait pas affirmer qutre juif ne se rduit pas une confession mais implique aussi une diffrence de culturalit ; est-ce que cela nimpliquerait pas que le juif tranger se sente plus juif que le juif de souche franaise dont la judit se rduirait, selon lui, une croyance et quelques pratiques synagogales. Quant aux Juifs dAfrique du Nord, leur arrive massive, a certainement modifi le paysage, avec une population fort diffrente de la polonaise, ayant un autre rapport la langue franaise et la France. Les juifs ashknazes pourraient-ils dsormais monopoliser lide de progressisme ou de lacit ? Les juifs des anciennes colonies, iraient-ils renforcer le ple des juifs de souche franaise, conduisant ainsi un rquilibrage de la communaut juive de France ? En fin de compte, il semble bien que ce soit des annes Soixante que date lide selon laquelle les vrais interlocuteurs des juifs ashknazes ne seraient plus les juifs de souche franaise mais les juifs maghrbins dexpression franaise. Il y a eu substitution, constituant a posteriori une sorte de revanche.

5.                 Juifs laques et juifs religieux

On a un peu limpression dsormais que derrire le dbat juifs lacs/ juifs religieux se cache le clivage entre juifs ashknazes et juifs sfarades. Tout se passe comme si chaque population dfinie objectivement par son Histoire se voyait attribuer une fonction spcifique au sein dune communaut plus large ; on dira que tout dcalage synchronique est rvlateur dun dcalage diachronique et que toute diffrenciation diachronique aboutit un partage des taches au niveau synchronique.

On notera quen Isral, les juifs sfarades ont t largement assimils une classe sociale infrieure par rapport aux juifs ashknazes, cest le concept de Second Isral, qui fit lobjet dun numro des Temps Modernes, dirig par Shmuel Trigano, la fin des annes Soixante Dix.

Il y a certes l une injustice mettre une tiquette sur un certain groupe de personnes, par ailleurs appartenant un mme peuple mais cest ainsi que les socits sorganisent et se structurent.

On dira ainsi, le cas chant, que tel juif sfarade nest pas trs pratiquant,  on dit volontiers quil est traditionaliste  plutt que de dire quil est lac et que tel juif ashknaze respecte quelques ftes plutt de dire quil est religieux.

Si les juifs polonais sont omniprsents dans les associations juives laques, les juifs dAfrique du Nord sont probablement fortement surreprsents sur les listes consistoriales et dans les instances religieuses franaises (cf. Information Juive, Supplment au n 212, Novembre 2001). Il y a une rpartition des rles. Certes, les Loubavitch sont-ils ashknazes mais selon nous il sagit dune interaction avec dautres communauts juives obissant dautres logiques car nous sommes ici en train de dcrire une situation spcifique la France.

Entre ces deux populations de juifs immigrs, mais ayant immigr des moments diffrents, quelle pourrait tre la place du troisime homme, le juif de souche franaise, minoritaire, certes, mais affirmant seul la continuit sculaire de la prsence juive en Terre de France. Il est fcheux que lors de la constitution du Consistoire, sous le Premier Empire, on nait pas prvu une telle situation, il est vrai qu lpoque, la plupart des juifs taient prcisment de souche franaise...

Lvolution qui a suivi a sensiblement modifi ltat des choses et les fondements socioculturels qui furent le thtre des amnagements dcids par Napolon ne sont plus les mmes tout de mme dailleurs que ceux qui furent larrire  plan de la lacit la franaise. Il est en effet ais de rendre possible la diversit quand un pays est fondamentalement uni, cest un luxe quil peut se permettre sans risquer de se disloquer mais est-ce toujours le cas dsormais ? Il y aurait donc une crise de la lacit, lie limportance de limmigration au cours du XXe sicle.

Si lon veut lever le dbat, le cas judo-franais nous semble exemplaire, presque un cas dcole. On voit l en effet se drouler des processus qui ont certainement jou dans les socits les plus anciennes, savoir linstrumentalisation des diffrences objectives, observables aux fins de division du travail.

Le problme, cest que cela nest pas admis officiellement : on imagine difficilement dans nos socits postmodernes que lon vienne distribuer les rles daprs les facis, daprs les pedigrees alors que cest bien de cela quil sagit en pratique : ce qui se ressemble sassemble. Lessor des sciences humaines et des sciences sociales en particulier na gure conduit davantage de lucidit et de conscientisation en ce domaine.

Il y a donc l un dcalage entre les faits  une catgorie donne de personnes se voit assigner un certain monopole sur un certain crneau  et les discours : toute personne dsireuse de sinsrer dans ce crneau sera la bienvenue.

En pratique, au sein dun groupe donn prvaudra un type de comportement propre non pas la fonction considre mais..... au profil de la catgorie stant vu assigner la dite fonction !

Prenons un exemple classique : si dans la police franaise, il y a beaucoup de Corses, il faut sattendre ce que certaines valeurs qui y rgnent ne soient pas spcifiquement celles requises, dans labsolu, pour tre policier   lchelle de la plante  mais relvent de particularismes rechercher dans la culture corse, tant bien entendu qu terme un amalgame se fera entre ces deux niveaux.

Pour notre part, ayant particip pendant une dizaine dannes aux runions du Comit de Liaison des Organisations Juives Laques, nous avons pu observer quel point nous tions en dcalage. Comprenez quun tel dcalage nexistait pas au sein dinstances non juives. La faon dont nous tions perus, couts, y tait totalement diffrente et ceux qui taient le plus suivis ne lauraient pas t dans un autre cadre. Il est clair que sil avait t demble reconnu que cette mouvance laque, en ses instances dirigeantes, tait un fief ashknazo-polonais, avec ses propres modes de communication, de crdibilisation, les choses se seraient pass autrement. Soit, ds labord, il et t clair que nous tions disqualifis de par notre diffrence, soit, cette diffrence eut t prise en compte et il aurait fallu linstrumentaliser dune faon ou dune autre. Il est probable, galement, que les membres de ces instances ne sont nullement conscients de leur idiosyncrasie dans la mesure mme o ils se retrouvent entre eux. Ils pensent probablement quils se comportent normalement, en gros comme nimporte quel Franais, comme nimporte quel Juif, ils ne voient vraisemblablement pas de quoi on parle mme sils savent, objectivement, que la majorit des interlocuteurs appartiennent un milieu culturel typ. Autrefois, lorsque beaucoup sexprimaient mieux en yiddish quen franais, la distinction tait claire et le juif de souche tait peru comme diffrent. De nos jours, la matrise du franais, la perte des accents, tend niveler le sentiment dun dcalage. Il y a l une homognit langagire qui vient modifier la situation, dans la mesure mme o le critre linguistique tait significatif. En outre, le nom des juifs de souche franaise, quand cela concerne lAlsace, nest gure distinct de celui des Juifs originaires dEurope orientale, qui ont souvent une consonance germanique : rappelons quil y a eu un flux migratoire de lOuest vers lEst avant quil ne se produise en sens inverse, dEst en Est. Certes, les juifs du Comtat Venaissin portent-ils des noms bien franais  gnralement des noms de lieux, mais il y a le fait des mariages mixtes entre juifs dorigines diffrentes..

On se retrouve avec un problme de lisibilit comme dailleurs, plus gnralement entre juifs et non juifs. Qui est juif, qui ne lest pas ? Qui est juif polonais, qui est juif alsacien ? En revanche entre juifs ashknazes et juifs dAfrique du Nord, la diffrence concernant les patronymes est flagrante : dun ct des noms germano-polonais, de lautre des noms judo-arabes. On sy reconnat, on sy retrouve, on se rpartit les rles : lun, le sfarade, affirmera lexistence dune communaut religieuse spcifique face aux autres communauts, catholique, protestante, musulmane. Lautre, lashknaze, affirmera son respect de la lacit et la marginalisation du fait proprement religieux au profit de critres dordre plus culturel. Entre ces deux attitudes, les juifs de souche franaise devraient probablement, au niveau dune lgitimit historique, avoir aussi voix au chapitre..

On pourrait parler dun syncrtisme social, ds lors que des populations par ailleurs bien distinctes sentremlent, par exemple lorsque des juifs dAfrique du Nord participent aux activits des juifs laques, voues en fait la justification de la diffrenciation des juifs ashknazes dEurope centrale et orientale. Le cas dAlbert Memmi est de ce point de vue hautement caractristique de ce que lon pourrait appeler un glissement chormatique ( partir du terme grec signifiant espace, alors que chronmatique renvoie au terme grec pour temps).

Pour lhistorien, un tel glissement doit tre repr, faute de quoi il aura le sentiment de lexistence dune sorte dOVNI social. En effet, pour viter de percevoir des ruptures dans la diachronie, encore faut-il ne pas se laisser garer par ces drives chormatiques, qui donnent lillusion dun phnomne nouveau, sui generis. Or, on remarque que les sociologues, comme Doris Bensimon, (LDJ 1989-2001 Ed. D. Bensimon et C. Kolinka

Extrait de la collection de la Lettre de LDJ n 0 61) qui connat de prs la mouvance juive laque nest pas parvenue la situer dans la continuit des associations doriginaires, dj prsentes dans lEntre Deux Guerres. En loccurrence, il convient disoler les facteurs suivants : la rcupration des thmes laques circulant en dehors du monde juif qui est dj un glissement chormatique, ensuite la mobilisation de juifs nappartenant pas au groupe socio-culturel de rfrence, importation de juifs dAfrique du Nord au sein des associations juives laques. A cela vient sajouter une sorte de tlescopage chronmatique qui consiste laisser entendre quil ny a plus de juifs de souche franaise, que cest une donne du pass.

Pour employer le jargon de lethno-mthodologie, que dire en effet de laccountability des juifs laques. Dans un manifeste rdig en octobre 88 mais repris en 2001, les fondateurs de lassociation Libert du Judasme ( LDJ) crivaient : Un groupe de militants juifs a constat que certains problmes vcus comme individuels refltent en fait la situation de la majorit des Juifs de France. Ces fondateurs, dont les trois plus significatifs sont ashknazes, immigrs, ne font videmment pas la moindre allusion leurs origines. Ils parlent de la majorit des Juifs de France alors que lon sait que la majorit de la communaut est sfarade. Or, de deux choses lune, o ces sfarades sont religieux et dans ce cas on ne peut dire que la majorit de la communaut est laque ou bien ils ne le sont pas et dans ce cas, pourquoi ne figurent-ils pas au sein de cette association en particulier et des associations juives laques en gnral ?

Pour masquer ces ralits, on recourt volontiers des acrobaties terminologiques, propres la situation diasporique : on ne sait jamais si on parle de juifs favorables la lacit la franaise et qui sont avant tout des citoyens franais ou si on parle de juifs exigeant que la communaut juive fonctionne de faon laque. Une telle confusion culmine avec la difficult croissante distinguer franais dorigine juive et Juif de souche franaise. Il est plus facile de devenir citoyen franais, accessoirement dorigine juive que de devenir descendant des juifs de 1791, lors de lEmancipation. Dans lEntre deux Guerres, il a pu sembl plus facile certains dintgrer la communaut juive de France que de devenir franais part entire mais ctait une fausse impression car, en tout tat de cause, devenir franais est une affaire de droit, devenir juif de souche franaise est une affaire lie lHistoire et on ne change pas lHistoire, moins dtre stalinien, comme on change un statut, par la naturalisation, par exemple. Dans un article paru dans la Lettre de LDJ, en septembre 1993, et consacr aux juifs de lex URSS en Isral, nous avions montr quune chose tait pour ces juifs de devenir citoyens israliens, une autre de perdre leur spcificit, voire de renoncer leur langue. On nous avait rpliqu que le temps sen chargerait. De fait, tout se passe comme si certaines poques, les clivages seraient mis entre parenthses mais cela na quun temps et comme dit ladage : Chassez le naturel, il revient au galop.

a)                Mthodologie des clivages sociaux

Passons quelques rflexions mthodologiques applicables, a priori, tout terrain comportant des clivages sociaux. Il conviendra de rechercher une continuit non pas tant du message que du mdium, cest dire mettre en vidence la prennit dune communaut se dfinissant ou dfinissable selon tel ou tel critres mais pouvant adopter diverses faades. Lantismitisme est un bon rvlateur de certaines stratgies : tel groupe peut refuser l'accs aux juifs non pas parce que les juifs ne conviennent pas aux buts affichs mais parce que cela remettrait en question son homognit fondatrice. A linverse, un groupe juif peut poursuivre des objectifs qui semblent louvrir aux non juifs mais de fait cest rarissime car en ralit le groupe essaie avant tout de justifier sa prennisation et son droit perptuer sa diffrence, le but affich ntant pas une fin mais un moyen. Dans tous ces cas de figure ltranger au groupe, considr selon ses origines, peut tre parfaitement en phase avec les valeurs affiches, sans que sa prsence ne soit autrement que tolre. Do lpineuse question des conversions : en principe, le groupe affichant des valeurs assez larges, il souvre tous ceux qui y adhrent mais en pratique ce qui importe, cest lappartenance non pas subjective mais objective au groupe, la question dun consensus au niveau des valeurs tant un piphnomne. Si lon prend le cas des astrologues, il convient de distinguer le groupe de ceux qui ont acquis une certaine formation technique, sont passs par un certain cursus et celui de ceux qui considrent que ce cursus est superftatoire. En ralit, le premier groupe est dfini par un certain langage, la pratique de la consultation est relativement secondaire et rejoint la nbuleuse de tous ceux qui gagnent de largent par une forme ou une autre de divination. Il ne suffira pas pour devenir astrologue, au sens o lest une certaine population issue de ce cursus, dtre un bon praticien. Encore faudra-t-il matriser un certain langage. Celui qui prtendrait rformer lastrologie en vacuant des pans de sa tradition, serait fort mal reu. Ce qui nempche pas que cette population, pour se justifier, affirme son efficience tant donn quil ne suffirait pas, apparemment, quelle fasse talage de sa culture. Or, on peut devenir un excellent praticien sans passer par un cursus qui est la voie d accs une communaut organise autour dun certain nombre dvnements sociaux(colloques, astro-cafs, revues etc), dont la dimension praticienne est une affaire personnelle, finalement assez secondaire ou du moins dont le bagage li ce cursus ne donne accs une pratique psycho-divinatoire que dans la mesure mme o toute mthode sy prte, de toute faon..

Tout comme, au bout du compte, il ne suffira pas de partager quelques ides sur le judasme lac pour appartenir pleinement la socit juive laque dont le mode de fonctionnement interne est plus important que le message quelle a transmettre. Lide, soutenue par certains juifs lacs selon laquelle toute personne qui se sent juive le devient ipso facto ne serait-elle pas au demeurant une faon de dire que tout juif tranger qui se considre comme juif franais le deviendrait, galement, ipso facto ? Or, pour toute personne voulant entrer dans ces milieux juifs lacs de France, il apparat assez vite que lon ne le devient pas membre part entire, si lon na pas un pedigree adquat dorigine ashknazo-polonaise, on risque fort de rester un participant de seconde zone, incapable dexercer une vritable autorit et ignorant des arcanes du Surmoi sous jacent.

Dans le dbat entre juifs laques et juifs religieux, nous avons dun ct un groupe qui dfinit ses objectifs mais occulte ses pratiques et de lautre un groupe qui met en avant ses pratiques mais qui nglige de prciser ce vers quoi il tend.

6.                 Une analyse linguistique de la question

On pourrait songer appliquer nos descriptions le modle signifiant/signifi. Ici, le groupe caractris par sa culture et son origine dEurope Centrale et Orientale est le signifiant et ses objectifs affichs, un moment donn, seraient le signifi, de la mme faon quun mot peut voir ses significations voluer au cours du temps. On pourrait videmment inverser lquation et dire que le groupe est plutt de lordre du signifi pouvant tre dcrit, dans le temps et dans lespace, au moyen de divers signifiants.

Pour notre part, nous prfrons la premire prsentation tant il est vrai que le groupe sil peut tre dcrit formellement comme lest un mot, un signifiant, nest li son rle social, le signifi, que de faon arbitraire.

On peut dailleurs se demander si le modle signifiant/signifi na pas son origine dans la description des socits  une ethnie remarquable, identifiable et sa fonction, son rle assign  et serait ensuite pass au champ linguistique.

Ncessit donc dune double comptence : difficult dassurer une fonction sans tre membre du groupe qui sest vu attribuer arbitrairement la dite fonction. Ainsi, on ne peut devenir roi de France si on nappartient pas une certaine aristocratie mais cette condition ncessaire exige que lon se prpare lart du gouvernement. De nos jours, une personne trangre, sexprimant mal en franais, bien quelle ait, par ailleurs, une forte exprience de lEtat, peut-elle prtendre tre un leader politique en France ? Et pourtant le fait de savoir parler franais, pour ne considrer quun facteur, na rien voir avec le fait de bien gouverner. Le fait dtre un homme ou une femme peut galement dterminer la possibilit daccder certains postes, le fait de sortir de lENA ou de Normale Sup  deux Grandes Ecoles  aussi.

Nous touchons l la question de lorganisation primitive des socits : lhumanit sest beaucoup servi de ce qui distinguait les populations entre elles  tant ethniquement que linguistiquement ou religieusement  ce qui explique probablement la multiplicit des clivages qui aujourdhui semblent faire moins sens pour le bon gouvernement de la Cit.

La lacit ne devrait pas, selon nous, se contenter de favoriser la cohabitation de ces diffrences mais leur assigner des fonctions spcifiques, faute de quoi celles-ci finiraient par perdre leur raison dtre au cours du XXIe sicle. En pratique, dailleurs, on continue instrumentaliser ces diffrences : le groom dhier, souvent noir, a laiss la place lagent de scurit qui lest aussi. Les critres dge, de sexe, de taille, de peau jouent un certain rle mais parfois on tourne le problme par lusage dun uniforme dune certaine couleur.

A chaque instant, on est amen se demander si le critre utilis pour dsigner une personne un poste tient sa comptence de membre du groupe qui le poste est en principe dvolu ou sa comptence concernant lactivit assumer. Dlicat dosage !

Le problme est en fait plus complexe en ce que lon peut raisonnablement admettre que certains talents sont hrditaires. Non pas tant parce quils se transmettraient par le jeu dun certain mimtisme familial mais parce quils seraient lis quelque spcificit dun psychisme gntique. Ce qui nous amne nous demander si les juifs, toutes tendances confondue, cette fois, auraient un gnie particulier, inn, interface entre un signifiant social et un signifi fonctionnel. Ce qui est clair, en tout cas, cest que leur dracinement culturel, accentu depuis un sicle, li aux migrations de toutes sortes, tant en Isral (cf.. louvrage classique de Georges Friedman Fin du peuple juif ?) quen diaspora, ne nous semble pas forcment favorable leur panouissement spcifique.

 

 

Jacques Halbronn, Ier-2 dcembre 2001, Paris.

Plan du site Vers le haut de page En savoir plus sur L'auteur
Envoyez vos commentaires et vos questions au rgisseur du site. Copyright 1997 Lierre & Coudrier diteur