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La psycho-philosophie de Pierre Janet

D'apr�s l'ouvrage du m�me nom, de Claude Prevost Payot, Paris 1991

 

Janet n'emprunte � personne, et trace son chemin tout seul. Le primat du progr�s, l'optimisme devant le d�veloppement de la production � qui ne fera place � l'inqui�tude que dans les derniers grands cours � sont les axes essentiels. Jean-Jacques Rousseau, qui avait des extases fort pathologiques[1] a eu tort de penser que la soci�t� a perverti l'homme et que le primitif �tait heureux. La conf�rence se termine par cette phrase singuli�re: L'�ge d'or, s'il doit exister jamais, est en avant, non en arri�re. Quarante-sept ans et quatre jours plus tard, Janet, au Coll�ge de France, s'�criera : � Je crois que l'�ge d'or est en avant et pas en arri�re (�) �[2]. Il sera, � ce moment, question de l'interpr�tation causaliste des r�ves selon Sigmund Freud. La pens�e politique est la base du jan�tisme, m�me lorsqu'il s'agit de contester le d�terminisme freudien. Cependant on mesure le chemin parcouru: le projet politique s'est d�couvert un cheminement impr�vu : constituer la psychologie, et, la psychoth�rapie aidant, l'instituer comme tout � la fois clinique, et critique d'un syst�me social qui en m�me temps fait le progr�s par la personne et � tout instant risque de la briser.

Grandeur et mis�re du progr�s par la personne.

Il faut tenir pour un principe jan�tien fondamental que le progr�s se fait par la personne et qu'il faut qu'il en aille ainsi. Ce serait un personnalisme si ce terme n'�voquait un peu trop ais�ment une philosophie des valeurs qui, Dieu �tant mort, se trouve hors de question. Le tableau de la construction des conduites est une gigantesque m�taphore energ�tico-historique qui fonde la pr�tention de la personne � prendre en charge le progr�s, � l'acc�l�rer par la concentration des forces cosmiques. Il faut que cela soit vrai, et pour mieux l'assurer, Janet n'h�site pas, au m�pris de toute logique, � d�clarer qu'avant toute personnalit�, c'est encore un animal de g�nie qui a invent� le r�flexe, un autre qui a eu l'intelligence de suspendre sa conduite, un �tre de g�nie qui a invent� le panier de pommes ou, si l'on veut, le langage. Janet se refusait a tout travail d'�quipe, et c'est une des raisons qui fit qu'il n'eut pas de disciple, qu'il bouda � relativement � le projet de Dumas de produire un Trait� collectif de Psychologie, qui lui fait rejeter toute forme de vie communautaire, comme tout collectivisme. L'efficace est dans l'effort solitaire de la personne, et on ne saurait aller au-del� de l'intimit�, de ce lien inanalysable qui unit deux �tres, dans l'amour ou dans la relation th�rapeutique. Il a fallu des mill�naires d'effort cosmique pour que d'une soci�t� diffuse, ou d'un groupe, se d�gage peu � peu une personnalit�: ce n'est pas pour travailler � l'an�antir dans quelque macrocosme, f�t-il spirituel Le drame intime de Janet consiste en ceci que cet homme sait que la personnalit� est condamn�e � dispara�tre, qu'il a b�ti un syst�me �volutionniste qui rende cette disparition n�cessaire, mais qu'il ne le veut pas: assurer le progr�s en maintenant la personnalit� individuelle comme puissance cr�atrice, telle est la vis�e d�sesp�r�e dans son illogisme et qui peut fournir mati�re � un beau risque pratique.

Il y a deux dangers distincts, mais qui tiennent ensemble � la mani�re dont la personnalit� s'est constitu�e. Il y a forc�ment une contre�partie � l'av�nement de la personne, puisqu'il n'y a pas d'effort sans contre-effort, et que, si loin que le regard se porte, on n'a pu encore imaginer un monde sans conflit.

Le premier danger consiste dans la mani�re dont la personnalit� s'est constitu�e dans son rapport avec les choses mat�rielles. Reprenant, dans ses grands cours, les id�es de l'auteur italien Ettore Galli, mais qui ne faisaient que prolonger les siennes propres, Janet montre que les actes d'objet ont d�fini le monde du mien, bien avant que n'apparaisse le monde du moi. � Il y avait des possessions, il y avait bien des propri�t�s bien avant notre code civil et bien avant votre droit de propri�t� (�) �.[3] Celui-ci n'est que surajout� � des conduites d'appropriation. � Ce n'est que plus tard que vous constituerez votre moi avec une collection d'objets qui sont v�tres (�) �[4]. Ce travail est difficile, comme le prouvent les malades, lesquels tant�t exag�rent[5] tant�t perdent leurs appartenances; mais surtout les al�as de l'histoire, les rencontres, les h�ritages surtout ont fait ces appartenances in�gales qui engendrent les guerres et les conflits sociaux. Ils ont peut-�tre amorc� la distinction apparente des forts et des faibles. C'est l� un malheur n�cessaire. Supprimer la propri�t� serait en effet priver la personnalit� de ce substrat mat�riel d'appartenance qui a permis sa venue; ce serait supprimer la personnalit� elle-m�me en la coupant de ses racines. Mieux vaut d�cid�ment assurer � chacun une propri�t� minimale, et si possible la distribuer �galement. La psychologie peut jouer son r�le, par la critique qu'elle peut faire du droit, religieux, philosophique et moral, � la propri�t� absolue. Tout devient possible par ce travail de sape qui renvoie au nombre des modes du pass� les syst�mes rationnels et conservateurs.

Si Janet a concu sur le tard quelque inqui�tude, ce n'est pas du fait des dictatures qui lui sont apparues comme des crises morbides collectives, donc sans avenir v�ritable, �laborations monstrueuses du sentiment de pers�cution. C'est la civilisation am�ricaine qui le pr�occupe: le progr�s y est gigantesque, la masse des biens mat�riels consid�rable: chacun peut avoir ce qu'il veut; et pourtant se dessinent la mecanisation, la standardisation: les biens poss�d�s ne sont plus distincts; les personnes, priv�es du substrat original de leurs appartenances, ne risquent-elles pas de se dissoudre dans cette personnalite cosmique, dont parlait, apr�s les Orientaux, Schopenhauer, mais qui pourrait bien advenir par l'Am�rique ? C'est une raison suppl�mentaire de diffuser la psychologie qui seule peut fixer des limites ou des modulations � la production ou � la consommation, de mani�re que, l'effort diminuant pour vivre, les forces rendues disponibles soient utilis�es uniquement dans le sens de la cr�ation personnelle.

Mais il est un autre danger que la psycho-philosophie des conduites peut encore d�couvrir, donc pr�venir. La personnalit� se constitue quand les actions se r�duisent, quand elles se transforment en langage, puis en langage int�rieur, lorsque apparaissent la possibilit�, puis la r�alit� du secret et du mensonge. L'�mergence de la personnalit� est contemporaine de l'effort que doivent faire les hommes pour r�pondre non � des actions, mais � des intentions. C'est alors le drame: car ces efforts engendrent des id�es dangereuses: l'id�e de force et de faiblesse d'abord, celle de pouvoir ensuite, dont il n'est pas interdit de penser que le pouvoir politique est une objectivation : � Il y a des intentions qui, � peine soup�onn�es, d�terminent chez nous de fortes r�actions parce qu'elles nous semblent devoir se r�aliser. C'est le point de d�part de la distinction des faibles et desforts, et de toutes les notions de pouvoir[6]. � Il n'y a rien d'objectif ni de r�el dans tout ceci qui n'est qu'action et conduites : � Nos croyances sont souvent tr�s fausses et les croyances � nos pouvoirs sont plus fausses que toutes les autres. Cela n'a pas emp�ch� cependant que toute une philosophie s'est fond�e sur ces sentiments de pouvoir[7] �. Tout cela a �t� construit, mais l� encore, par suite des al�as in�vitables, s'est construit in�galement. Le sentiment de triomphe chez les uns, d'�chec chez les autres a renforc� l'in�galit� et les seconds n'ont eu d'autre ressource que de fuir dans le d�lire.

L'in�galit� des appartenances et des propri�t�s mat�rielles s'ajoute � l'in�galit� des sentiments de force ou de faiblesse, pour cr�er une situation insupportable. Le probl�me essentiel n'est pas d'�tre soi-m�me, tout en vivant au milieu des autres : � cet effet sont mont�es les conduites de la personnalit� sociale qui sont tr�s anciennes, elles nous aident � nous s�parer des autres � quoiqu'il faille se r�unir avec eux �[8]. La n�vrose est t�moignage d'un autre niveau de mis�re de la personne: le niveau du conflit, de la comp�tition, de la hi�rarchie, de tout ce qui tient au fait que nous sommes convaincus qu'il y a de la force et de la faiblesse, et qu'il est �crit quelque part que certains sont d�sign�s pour exercer le pouvoir sur les autres. En r�alite, les forts et les faibles font leur propre force ou leur propre faiblesse, par les sentiments qu'ils ajoutent aux �pisodes de leurs conduites. Aussi bien ce que la psychologie peut faire, c�est l� encore critiquer la notion de force et de faiblesse, celle aussi de pouvoir, d�noncer les extrapolations rationnelles qui figent l'in�galit� et decouragent les �volutions. Le champ de la psychologie pathologique se d�couvre comme entrecroisement de l'information prise et du syst�me denonc�, � travers ces pr�sentations de victimes, ou de malades. Le th�rapeute estle t�moin du malheur d'un malade qui lui-m�me t�moigne. L'intimit� de ces t�moignages, complices dans le monde heureusement s�par� de la maladie, est elle-m�me au service de la personne. Et apr�s tout, le malade ou le pervers pourraient bien �tre, � leur mani�re, des cr�ateurs. Ce n'est pas m�pris, mais affection et intimit� complice, pudeur aussi que ce langage dont il les d�signe, rencontre de deux libert�s d�nou�es � travers le pari libertaire.

La tentation d'Orph�e.

Janet n'est pas un r�volutionnaire militant. La nature ne proc�de que par petits sauts; il faut conserver la personnalit�, �viter de la couper de ses bases. Pourtant il existe des doctrines qui veulent le progr�s et pr�tendent en tracer les lignes, qui, comme le dit Blanqui, construisent de toutes pi�ces la soci�t� future id�ale. Il est des sciences de la r�volution ou de l'�volution sociale. Nous avons longuement parl� des critiques qu'adresse Janet � la sociologie positive et � la pr�vision qu'elle veut faire de l'avenir. Pas une seule fois le nom de Karl Marx n'est prononc� sauf en lapsus, qui peut �tre de l'imprimeur, pour Mach. La lutte des classes, qui para�t en filigrane, dans la conf�rence de Ch�teauroux, comme une cons�quence f�cheuse de l'in�galit�, est �voqu�e dans un seul texte : � Dans les r�unions publiques, les grands mots qui signifient n'importe quoi : humanit�, �galite, lutte des classes sont des outils pour forcer les consciences �[9]. Rien de p�joratif dans cette formule: ces mots r�sument des conduites et ils en provoquent d'autres: tel est leur r�le. Ils n'expriment ni une v�rit�, ni, � plus forte raison, la v�rit�.

On peut fort bien comprendre pourquoi Janet se d�sint�resse des th�ories scientifiques r�volutionnaires. Elles rel�vent des conduites rationnelles, posent qu'existe une v�rit� �ternelle, pretendent dessiner l'avenir � la lumi�re du pass� et du pr�sent: elles sont n�cessairement autoritaires; elles ne peuvent en effet s'imposer aux personnalit�s singuli�res qu'� la faveur de la contrainte ou des mouvements de foule; elles sont n�cessairement conservatrices: car celui qui les �nonce est l'homme d'un certain temps et d'un certain lieu : du dedans de sa situation particuli�re, il exprime une croyance qui tient � cette situation; comment pourrait-il �noncer une parole sur un avenir qui n'existe que par son ind�termination, sans supposer que la m�me loi est � l'oeuvre dans le pr�sent et dans l'avenir, sans, par l� m�me, restreindre le champ des possibles, sans �voquer une entropie...

Bibliographie :

Janet, Pierre (1886) (Ed.). Malebranche et les esprits animaux. Introduction � Malebranche: De la recherche de la v�rit�. Paris: Alcan.

Janet, Pierre (1889a). L'automatisme psychologique: Essai de psychologie exp�rimentale sur les formes inf�rieures de l'activit� humaine. Paris: Alcan.

Janet, Pierre (1889b). Baco verulamius alchemicis philosophis quid debuerit. Angers: Burdin.

Janet, Pierre (1893). Etat mental des hyst�riques: Les stigmates mentaux. Paris: Rueff.

Janet, Pierre (1894). Les accidents mentaux des hyst�riques. Paris: Rueff.

Janet, Pierre (1896a). R�sum� historique des �tudes sur le sentiment de la personnalit�. Revue Scientifique, 5, 4i�me s�rie, 24 janvier, 97-103.

Janet, Pierre (1896b). Manuel de philosophie du baccalaur�at de l'enseignement secondaire classique. Paris: Nony.

Janet, Pierre (1898). N�vrose et id�es fixes (I). Paris: Alcan.

Janet, Pierre (1901). Le sommeil et des �tats hypno�des. Annuaire du Coll�ge de France, 1, 26-27.

Janet, Pierre (1919). N�crologie de Th. Ribot. Annuaire de l'Association amicale des anciens �l�ves de l'�cole Normale Sup�rieure, 19-22.

 

Gr�ce aux efforts de la Soci�t� Pierre Janet, au soutien du C.N.R.S., les principaux livres de cet auteur sont maintenant disponibles. Ont �t� successivement r��dit�s :

� De l�angoisse � l�extase, Paris, diff. Masson, 1975, 924p. (2 vol.) ;

� L�automatisme psychologique, Paris, diff. Masson, 1989, 464p. ;

� L��volution psychologique de la personnalit�, Paris, diff. Masson, 1984, 328p. ;

� La m�decine psychologique, Paris, diff. Masson, 1980, 168p. (3 vol.) ;

� Les m�dications psychologiques, Paris, diff. Masson, 1986, 1160p., (3 vol.) ;

� N�vroses et id�es fixes, Paris, diff. Masson, 1990, 523p. ;

� " Les d�lires d�influence et les sentiments sociaux ", Bulletin de psychologie, Num�ros sp�ciaux XLVII et XLVIII, 1993-1994, 185p. ;

� " Les n�vroses ", Bulletin de psychologie, num�ro sp�cial, tome LII, n� 6, nov-d�c 1999.

 

Par ailleurs, la Soci�t� a contribu� � la r��dition de :

� Les obsessions et la psychasth�nie, New York, Arno Press, 1976, 756p., 537p. (2 vol.) ;

� L��tat mental des hyst�riques, Marseille, Jeanne Lafitte, 1983, 730p.

Aux �ditions Odile Jacob :

� L�automatisme psychologique, Paris, O. Jacob, 1998, 546 p. ;

� De l�angoisse � l�extase, � para�tre ;

� L��volution psychologique de la personnalit�, � para�tre ;

� N�vroses et id�es fixes, � para�tre.

Sites, pour en savoir beaucoup plus

�l�ments de bibliographie de Pierre Janet.

Le site de l'Institut Pierre Janet

 


[1] � Comme Proudhon, Janet cherche un moyen terme entre le � communisme de la mis�re � et la propri�t� in�gale, donc conflictuelle. Mais il veut l'universalisation et l'�galisation de la propri�t�, non sa disparition. Il veut surtout le progr�s.

Semblables a celles de Nietzsche ou de Roussel. AE, I, 132 sqq. Janet adresse en 1883, � Rousseau, exactement la meme critique que Nietzsche en 1881 (voir, a ce sujet Aurore, trad. fse. 1901, p. 181).

[2] � PI, 279. Le�on du 14 f�vrier 1927.

[3] � EPP, 168..

[4] � Ibidem.

[5] � Le paralytique g�n�ral est toujours propri�taire de l'asile tout entier dans lequel on l'a mis (ibidem), Formule admirable qui contient en germe la psychoth�rapie institutionnelle.

[6] � L'individualit� (Centre international de synth�se), 45.

[7] � PI, 191.Il s'agit de la philosophie issue de Maine de Biran.

[8] � EPP, 460.

[9] � IAL, 129. La libert� est cependant exclue de ces id�es-forces. On ne saurait la d�sacraliser.

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