Variations sur l'anima  

 

Illel Kieser 'l Baz

 

L'anima, fantaisies

 

L´┐ŻAnima, selon certains, est la part f´┐Żminine de l'homme, c'est aussi la vie en lui. Nous ne serions pas seulement homme ou femme mais travers´┐Żs par des formes diverses. L´┐ŻAnima en est une, si bien confondue avec la femme que les romans, les r´┐Żcits historiques, les contes semblent ´┐Żvoquer la femme alors qu´┐Żil ne s´┐Żagit que d´┐Żune projection de la pens´┐Że au masculin, voile pos´┐Ż sur le regard et qui confond l´┐ŻAnima et la femme. Ainsi naissent les l´┐Żgendes. On nous a dit que la premi´┐Żre femme avait ´┐Żt´┐Ż Eve, le premier homme Adam. Il para´┐Żt ´┐Żvident qu´┐Żil ne s´┐Żagit que d´┐Żun mythe. D´┐Żautant plus que, selon ces m´┐Żmes l´┐Żgendes, la premi´┐Żre Anima fut Lilith, premi´┐Żre ´┐Żpouse d'Adam, celle qu'il r´┐Żpudia car elle refusait de se soumettre en revendiquant l´┐Ż´┐Żgalit´┐Ż. YHVH ´┐Ż qui semble avoir tr´┐Żs t´┐Żt aim´┐Ż l´┐Żordre ´┐Ż sur la demande de ce mari offens´┐Ż la condamna ´┐Ż errer dans les portions infernales de l'univers. Elle ´┐Żpousa par la suite un d´┐Żmon. Et YHVH cr´┐Ża Eve ou Zo´┐Ż d´┐Żune partie ´┐Ż une c´┐Żte ´┐Ż d´┐ŻAdam.

Il ne faut donc pas oublier que la vie est ambivalente. Chez certains hommes, la pr´┐Żsence de la vie, loin d'apporter paix, harmonie et bonheur est au contraire une cruelle blessure. C'est surprenant pour nos mentalit´┐Żs mais tout ´┐Ż fait r´┐Żel psychologiquement. Ne pensons pas que ces hommes l´┐Ż se comportent comme des fous ou des marginaux. Ce sont des ´┐Żtres que l'on rencontre partout. Si la pr´┐Żsence de l'Anima est universelle, elle est attest´┐Że dans toutes les cultures soit comme la premi´┐Żre ´┐Żpouse de l'homme soit sous des formes moins humano´┐Żdes, ses qualit´┐Żs et particularit´┐Żs demeurent fluctuantes et li´┐Żes ´┐Ż la culture et au climat. L'Anima, comme double sym´┐Żtrique inverse ´┐Ż au sens math´┐Żmatique ´┐Ż aura des traits le plus souvent compl´┐Żmentaires ´┐Ż ceux de la conscience ´┐Ż masculine. C'est une loi g´┐Żn´┐Żrale et grossi´┐Żre mais elle s'av´┐Żre fiable jusqu'´┐Ż certains points. Donc, notre culture essentiellement intellectuelle, et dont presque toutes les valeurs reposent sur la pr´┐Ż´┐Żminence de la conscience et de la raison s´┐Żcr´┐Żtera une Anima le plus souvent sentimentale, nostalgique, conservatrice et irrationnelle. C'est une caract´┐Żristique g´┐Żn´┐Żrale, mais il convient de ne pas ´┐Żtre esclave de ce clich´┐Ż si l'homme que l'on a en face de soi poss´┐Żde des qualit´┐Żs psychologiques tout ´┐Ż fait singuli´┐Żre par rapport ´┐Ż la grande th´┐Żorie de ses semblables.

Cela introduit une sorte de vision dialectique, mouvante de la notion d'Anima. Il n'y a pas d'Anima dans l'absolu. Pour que l'on puisse parler d'Anima il convient qu'il y ait au pr´┐Żalable une instance dont elle serait le double sym´┐Żtrique invers´┐Ż. Cette instance sur laquelle se penchent toutes les psychologies est appel´┐Że le Moi par Jung. Freud a aussi parler du Moi mais pas de la m´┐Żme mani´┐Żre et nous pr´┐Żf´┐Żrons adopter celle de Jung, non par fid´┐Żlit´┐Ż ´┐Ż son g´┐Żnie ni ´┐Ż sa th´┐Żorie, mais parce que sa conception est tr´┐Żs op´┐Żrationnelle. Psychologiquement il semble bien que les choses se passent dans la psych´┐Ż de l'homme comme Jung le disait. Ainsi l'Anima se meut en correspondance avec le Moi lequel lui est li´┐Ż, plus ou moins soumis, plus ou moins hostile. Leur relation n'est pas toujours belle et grandiose comme une histoire d'amour. Entre eux deux, ce n'est bien souvent que haine, ressentiment et d´┐Żsir de vengeance ´┐Ż ´┐Ża dure depuis la cr´┐Żation, c´┐Żest dire la masse des ranc´┐Żurs accumul´┐Żes. C'est parfois l'ignorance la plus totale entre l'un et l'autre. Et ce qui se joue au dedans de l'homme est le plus souvent ´┐Żvacu´┐Ż ´┐Ż l'ext´┐Żrieur par projection sur des femmes, des m´┐Żres, des ´┐Żpouses...

 

Prenons l'exemple d'un homme distingu´┐Ż, cadre sup´┐Żrieur de son m´┐Żtier, aimable avec ses collaborateurs, tr´┐Żs aim´┐Ż de ses subordonn´┐Żs et appr´┐Żci´┐Ż de la hi´┐Żrarchie. Premier tableau.

Le voil´┐Ż dans un embouteillage. Pendant quelque temps rien ne se passe, d´┐Żailleurs ce n'est pas n´┐Żcessaire, l´┐Żaction n´┐Ża pas commenc´┐Ż. Le temps passe... L'embouteillage persistant, ce monsieur tr´┐Żs digne prend conscience qu'il risque de rater son rendez-vous avec un coll´┐Żgue ´┐Żtranger. Tr´┐Żs subtilement le monsieur distingu´┐Ż se mue en une personne plus f´┐Żroce. Sa conduite est juste un peu plus heurt´┐Że. Rien que de tr´┐Żs normal puisqu'il est en retard... Tout s'explique ! M´┐Żme le pi´┐Żton qui vient de jouer au tor´┐Żador avec la voiture. Il n'avait pas besoin de traverser au vert. C'est normal et ´┐Ża colle avec la r´┐Żalit´┐Ż.

Deuxi´┐Żme tableau, ce n'est plus tout ´┐Ż fait le m´┐Żme homme.

L'embouteillage persiste comme un vieille poisse, une calamit´┐Ż du ciel. Pardon, de la soci´┐Żt´┐Ż, avec les bagnoles, le bruit, le b´┐Żton... Mon dieu que la vie est dure parfois ! Le monsieur tr´┐Żs distingu´┐Ż se transforme peu ´┐Ż peu en un homme plus soucieux, le voil´┐Ż tendu, triste ou hargneux.

Cela d´┐Żpend en fait de son histoire, mais ces changements subtils montrent une pouss´┐Że tr´┐Żs forte de l'Anima avec une cohorte de d´┐Żmons ´┐Ż ses trousses et qui profiteront de la br´┐Żche ainsi offerte pour s'engouffrer dans la citadelle de la conscience pour la livrer au pillage de ces vilains sentiments que sont la rage et la jalousie. Selon les circonstances cela peut aller plus loin.

Maintenant ce monsieur tr´┐Żs digne s´┐Żen prend ´┐Ż une automobiliste par trop audacieuse... Il l´┐Żinsulte. Il la traite de vous savez quoi.

Voil´┐Ż, l´┐Żactrice principale vient d´┐Żentrer en jeu !

N'attendez pas que ce monsieur se transforme imm´┐Żdiatement en sauvage. Vous avez trop lu la litt´┐Żrature psychologique. La culture occidentale est extr´┐Żmement complexe, les m´┐Żcanismes de d´┐Żfenses aussi. On ne perd pas son vernis du jour au lendemain. La raison en est simple et imm´┐Żdiate. Il y belle lurette que le monsieur en question s'est mis ´┐Ż l'abri des ´┐Żraflures qui pourraient ´┐Żtre faites ´┐Ż sa dignit´┐Ż. Toute sa vie m´┐Żme est b´┐Żtie autour d'un garage pour une si belle carrosserie.

C'est cela le danger. Des ´┐Żtres comme lui, le monsieur tr´┐Żs digne, ne se transforment en sauvages que dans les recoins les plus obscurs de leur vie ou de l'histoire d'une soci´┐Żt´┐Ż. L´┐Ż o´┐Ż il ne risque pas d'y avoir de t´┐Żmoin. Nous avons eu la malencontreuse id´┐Że de rencontrer un jour ce type de ´┐Ż sauvageonne ´┐Ż inculte et barbare, transform´┐Że en tigresse.

Nous nous promenions agr´┐Żablement dans un bois de la vall´┐Że de Chevreuse lorsque nous cr´┐Żmes voir plus loin dans le bois des silhouettes arm´┐Żes. Intrigu´┐Ż nous avons suivi ces ombres pendant un temps tr´┐Żs long afin de bien constater qu'il s'agissait de braconniers ´┐Ż la recherche de cerfs qui pullulent ´┐Ż cet endroit. Mais les braconniers ne sont plus les pauvres h´┐Żres d'antan. Ce sont en g´┐Żn´┐Żral des individus qui prennent le risque de la prison pour le plaisir de tuer... une b´┐Żte. Leur ´┐Żquipement est tr´┐Żs sophistiqu´┐Ż et il op´┐Żrent avec des moyens de commando. Ce sont souvent des messieurs tr´┐Żs dignes. Ceux-l´┐Ż en ´┐Żtaient s´┐Żrement. Et leur dignit´┐Ż urbaine devait ´┐Żtre en proportion de l'application qu'ils mirent ´┐Ż nous poursuivre ´┐Ż travers bois, une nuit durant, balles tra´┐Żantes ´┐Ż l'appui. Nous d´┐Żmes notre salut ´┐Ż la connaissance que nous avions des bois et en nous barricadant dans un g´┐Żte de b´┐Żcherons. On sait que ces gens l´┐Ż n'h´┐Żsitent pas ´┐Ż tuer celui qui les surprend car le risque pour eux est ´┐Żnorme. Est-ce si exceptionnel que cela ? En fait non ! Les conditions sont r´┐Żunies pour qu´┐Żun sc´┐Żnario dramatique se d´┐Żroule. Il fait nuit, nous sommes loin de tous regards indiscrets, le rapport de force est en faveur du fauve qui vient d´┐Ż´┐Żtre l´┐Żch´┐Ż.

A la faveur d'un ´┐Żv´┐Żnement qui menace la stabilit´┐Ż de l'individu/homme et la vigilance de la conscience, l´┐ŻAnima s´┐Ż´┐Żchappe. L´┐Żanimal est tr´┐Żs habile pour percevoir et exploiter les d´┐Żfauts de son gardien.

Tenez, prenons une dispute dans un couple, cela commence le plus souvent sur une futilit´┐Ż, la couleur du beurre ou autre chose du m´┐Żme genre. Rien de bien extraordinaire, puis un mot, un seul mot et les fauves sont l´┐Żch´┐Żs´┐Ż Il faut appeler les gendarmes ! C´┐Żest que, ´┐Ż court d´┐Żarguments, la femme l´┐Żche son Animus ! D´┐Żs lors, le monsieur tr´┐Żs digne se sent oblig´┐Ż de lib´┐Żrer son propre fauve.

Et les exercices qui sont propos´┐Żs ´┐Ż certains cadres dans les entreprises, loin de favoriser l'´┐Żpanouissement de ceux-ci contribuent au contraire ´┐Ż une meilleure assise du Moi, donc ´┐Ż une menace plus grande pour la psych´┐Ż. Ces hommes tiendront tant qu'ils seront au sein rassurant d'un groupe ou d'une entreprise, d´┐Żs qu'une menace appara´┐Żtra ils seront soumis ´┐Ż la m´┐Żlancolie, ´┐Ż la violence ou ´┐Ż la maladie ´┐Ż des troubles d´┐Żhumeur ´┐Ż tr´┐Żs f´┐Żminin ´┐Ża ! ´┐Ż.

Les pires ingr´┐Żdients pour ce type d'individus, ce sont l'´┐Żducation, les habitudes de la vie. Les risques sont fatalement exclus d'une vie qui doit se d´┐Żrouler autour d'un microcosme dans lequel chaque chose a une place rep´┐Żr´┐Że et balis´┐Że.

Bien entendu, la plupart des occidentaux vivant hors de toute forme de dangers, perclus d'habitudes, ne risquent de rencontrer leur double f´┐Żminin et sauvage que dans des circonstances fortuites. La plupart du temps, la d´┐Żesse Raison tient lieu de rempart, d'hygi´┐Żne de vie et d'id´┐Żal.

Mais hors des habitudes, attention, danger !

D´┐Żs que l'individu se met en mouvement, d'une mani´┐Żre ou d'une autre ´┐Ż il prend des risques ´┐Ż, il va vers Zo´┐Ż, il court ´┐Ż la rencontre de la vie. Ceux qui demeurent dans le ventre de leurs habitudes n'ont pas quitt´┐Ż le cercle magique de la m´┐Żre. Ceux-l´┐Ż ne vivent que de la vie de leur m´┐Żre, leur m´┐Żre-Nation, leur m´┐Żre-entreprise... Le monsieur tr´┐Żs digne de notre embouteillage ne rencontrera-t-il peut-´┐Żtre jamais l'Anima, peut-´┐Żtre ne sortira-t-il jamais de ses gonds car il a peur ?

Beaucoup d'´┐Żtres que nous rencontrons sont sid´┐Żr´┐Żes par la peur, une peur qui les cloue sur le rail de la normalit´┐Ż, en d´┐Żpit des d´┐Żsirs d'´┐Żvasion et de risque qui les habitent parfois d'une mani´┐Żre si fugace qu'il ne savent dire s'il en ont r´┐Żv´┐Ż ou pas.

Tout juste se risquent-ils ´┐Ż quelque aventure durant un bref s´┐Żjour dans un club de vacances pour Occidentaux en mal de safari ou bien ´┐Ż la faveur d´┐Żune partouze qui restera secr´┐Żte. Le sexe est un excellent promoteur pour terre d´┐Żaventures, mais chacun sait qu´┐Żil demeure cach´┐Ż.

L'Anima, comme sym´┐Żtrique inverse du petit Moi, soumet celui-ci ´┐Ż toutes sortes de risques quand l'aventure de la vie se tente. Et ´┐Ż notre ´┐Żpoque, dans nos soci´┐Żt´┐Żs, prendre des risques, c'est le plus souvent, au travers d'un th´┐Żrapie de profondeur, aller au devant de ses monstres int´┐Żrieurs. L'homme ne risque plus rien ailleurs... si, dans la maladie !

Retenons que l'Anima appara´┐Żt rarement sous une forme positive. Elle est en effet si bien refoul´┐Że dans un environnement rationnel, suffisant et terriblement normalisant qu'elle ne peut ´┐Żtre qu'un v´┐Żritable monstre primitif. Nos soci´┐Żt´┐Żs si bien organis´┐Żes courent ce risque de voir na´┐Żtre des flamb´┐Żes de violence qui seraient la manifestation collective de l'Anima refoul´┐Że. Nous pensons m´┐Żme que la violence des fondamentalismes vari´┐Żs est d´┐Ż ´┐Ż l'´┐Żmergence de cette Anima n´┐Żgative, nostalgique, dangereusement religieuse et violemment offensive. Une telle Anima compense la pression exerc´┐Że sur toute forme de myst´┐Żre, de cr´┐Żativit´┐Ż individuelle et de conscience de soi. Parce que l'homme a peur du futur dans une soci´┐Żt´┐Ż qui se complexifie, les valeurs rationnelles, par leur coh´┐Żrence totalisante, constituent une sorte de refuge et de s´┐Żcurit´┐Ż. Il est souvent difficile de ne pas sombrer dans l'illusion de ces sauvegardes rationnelles. D´┐Żs lors l'anima se ´┐Ż constelle ´┐Ż en un monstre irrationnel, versatile et dangereux. L'homme de science cherchera ´┐Ż ali´┐Żner une si difficile force int´┐Żrieure, ´┐Ż moins qu'il n'´┐Żpouse une femme qui repr´┐Żsente ce type de ´┐Ż monstruosit´┐Ż ´┐Ż ignorante ´┐Ż ´┐Ż lui la puissance et la logique, ´┐Ż elle le poids de l'ignorance. A eux deux ils feront une totalit´┐Ż. Ils y seront totalement ali´┐Żn´┐Żs.

A notre ´┐Żpoque marqu´┐Że par le progr´┐Żs et la science, l'irrationnel rev´┐Żt un caract´┐Żre religieux et r´┐Żtrograde.

Cela condamne-t-il toute forme de religiosit´┐Ż ?

 

Ainsi le monsieur tr´┐Żs digne ne devenait un dangereux ´┐Żnergum´┐Żne que dans des circonstances inopin´┐Żes. Le reste du temps il pourra se livrer sans trop de danger ´┐Ż si l'on exclut les provocateurs, Rushdie, Scorc´┐Żse... ´┐Ż ´┐Ż ses passe-temps favoris, du terrain de golf ´┐Ż l'´┐Żglise en passant par le cabinet d'un astrologue. Il accomplira toutes ces d´┐Żvotions f´┐Żtichistes avec ferveur sans avoir tout ´┐Ż fait conscience que ce faisant, il r´┐Żgresse compl´┐Żtement. Tant que cela ne l´┐Żse pas trop l'´┐Żdifice conscient, rien ne se passe vraiment. On a m´┐Żme plut´┐Żt l'impression que faire du sport, renouer avec la pri´┐Żre, militer pour le tiers monde... est une mani´┐Żre d'apporter ´┐Ż sa vie l'Anima qui lui manque. L'homme ne se rend pas compte qu'il n'a pas quitt´┐Ż le giron de sa m´┐Żre ´┐Ż habitudes, suffisance et bonne conscience ´┐Ż car en fait il ne court aucun risque et n'en fait courir aucun ´┐Ż son environnement.

Et si cela doit se passer, nous l´┐Żavons vu, il contr´┐Żlera avec vigilance des incursions furtives dans la caverne du monstre, prenant, par exemple, une ma´┐Żtresse qu´┐Żil quittera d´┐Żs que les exigences de cette derni´┐Żre deviendront trop pressantes´┐Ż

M´┐Żme l'amour, si dangereux pour les hommes qu'il jette maladroitement dans les bras tendres de celles qui deviennent plus loin des ´┐Żg´┐Żries, n'est plus un risque.

Alors la vie n'existe-t-elle que dans les cabinets des th´┐Żrapeutes ? Nous sommes loin de le penser.

 

Zo´┐Ż s'est r´┐Żfugi´┐Że dans le Corps, au plus profond de l'´┐Żtre, dans les m´┐Żcanismes hormonaux, les circuits archa´┐Żques de la r´┐Żgulations endocrinienne et le syst´┐Żme neuro-v´┐Żg´┐Żtatif. Zo´┐Ż guette comme la m´┐Żre faucheuse, cette vieille compagne de l'homme, la Mort.

Zo´┐Ż se tapit au fond du corps, l´┐Ż o´┐Ż la raison n'a plus cours, l´┐Ż o´┐Ż la technique et la science ne peuvent plus rien, avouant leur ignorance. A l´┐Ż´┐Żechelle d´┐Żune soci´┐Żt´┐Ż, vous savez ce que cela donne, de formidables moyens mis au service de la pr´┐Żvention de toute atteinte virale, m´┐Żme les plus anodines. Tout doit ´┐Żtre propre et lisse ! Le moindre interstice risque de voir p´┐Żn´┐Żtrer la B´┐Żte !

Quand l'homme n'a pris aucun risque susceptible de le jeter dans les bras de la vie, c'est la maladie qui joue ce r´┐Żle paradoxal de recours du vivant en soi. Tout se passe parfois comme si la vie n'avait plus d'autre possibilit´┐Ż que de se montrer si cruelle qu'elle ressemble ´┐Ż la mort. Cette inversion renvoie en fait ´┐Ż un immense refoulement de l'Anima. A trop se d´┐Żfendre, la vie frappe en touchant les m´┐Żcanismes de d´┐Żfense gisant au plus secret de l'´┐Żtre. De plus en plus les m´┐Żdecins inclinent ´┐Ż penser que m´┐Żme le cancer serait d´┐Ż ´┐Ż une atteinte des syst´┐Żmes immunitaires ce qui les pousse ´┐Ż croire ´┐Ż une contamination possible.

Cette forme d'Anima si proche de la mort n'est pas le privil´┐Żge d'une soci´┐Żt´┐Ż que l'on dit d´┐Żcadente et vou´┐Że ´┐Ż la barbarie. D´┐Żj´┐Ż Ulysse savait la rep´┐Żrer et m´┐Żme en d´┐Żjouer les pi´┐Żges. Elle est si fascinante qu'il est difficile de s'extraire de l'illusion qu'elle provoque. L'homme la suit avec la certitude d'aller vers la lumi´┐Żre pendant qu'elle le conduit vers l'inconscience ou la mort, ce qui, du point de vue humain revient un peu au m´┐Żme.

Dans les r´┐Żcits, les contes et l´┐Żgendes cette Anima est repr´┐Żsent´┐Że par un ´┐Żtre qui n'est ni humain ni tout ´┐Ż fait bestial. C'est une sir´┐Żne, une ondine, une nymphe ou une f´┐Że dou´┐Że de pouvoir de m´┐Żtamorphose.

Il y a des formes d'Anima encore plus archa´┐Żques, plus animales et dignes de figurer dans un mus´┐Że des horreurs. Les r´┐Żves des criminels nazis emprisonn´┐Żs devaient en ´┐Żtre meubl´┐Żs. Mais l'homme du commun peut aussi parfois se retrouver ´┐Ż devoir g´┐Żrer les impulsions venues de telles monstruosit´┐Żs. Ces monstres l´┐Ż figurent une r´┐Żalit´┐Ż psychique int´┐Żrieure qui n'est pas l'apanage des seuls psychopathes. Ces figures psychiques entra´┐Żnent le plus souvent le petit Moi vers l'ab´┐Żme ´┐Ż moins qu'il ne soit suffisamment puissant pour les affronter dans un combat singulier. Dans leur illustration des figures de m´┐Żtamorphoses de la psych´┐Ż les tantristes ´┐Żvoquaient une lutte sans merci avec un monstre f´┐Żminin et terriblement sensuel.

Ce combat repr´┐Żsente l'effort de la conscience pour ma´┐Żtriser des forces aussi puissantes qu'elles sont archa´┐Żques afin de les mettre au service de la civilisation. Loin de devoir les refouler, il nous faut, nous hommes, domestiquer ces forces au terme d'un combat qui grandit notre conscience.

L'Anima ´┐Żl´┐Żmentaire dont il a ´┐Żt´┐Ż question ici peut aussi bien se pr´┐Żsenter sous forme d'un serpent que d'un animal f´┐Żroce, cela d´┐Żpendra du contexte et des figures repr´┐Żsentatives de l´┐Żimaginaire. L´┐Żassujettissement de la conscience ´┐Ż ces formes d'Anima livre la conscience ´┐Ż la destruction.

Mais plus loin que ce caract´┐Żre destructeur il existe un principe qui accompagnent ces ´┐Żtres ´┐Żl´┐Żmentaires. C'est le d´┐Żsir, l'´┐Żlan vers les autres, le monde et la vie. Et c'est ainsi que paradoxalement ces ´┐Żtres de mort conf´┐Żrent un savoir profond. Ainsi s'exprime le paradoxe de la vie. Et c'est aussi pourquoi nous devons nous m´┐Żfier des cadres id´┐Żologiques qui nous servent une Anima sur mesure.

A l'oppos´┐Ż de ces images terribles de la vie qui nous ronge, dans la conscience populaire il y a la Muse. Nous voil´┐Ż en terrain connu. Elle inspire le po´┐Żte, fait r´┐Żver le jeune homme. Plus que les ´┐Żtres ambivalents ´┐Żvoqu´┐Żs plus haut la Muse figure le mouvement de l'Eros. On retient d'elle la sensualit´┐Ż, les rondeurs nacr´┐Żes ou bronz´┐Żes, c'est selon, mais toujours elle figure le bel aspect d'Eros. Pourtant nombre de po´┐Żtes et de cr´┐Żateurs ont soulign´┐Ż le caract´┐Żre d´┐Żvorateur de leur Muse. Qui conna´┐Żt les affres de la cr´┐Żation, le doute int´┐Żrieur ne peut plus ´┐Żtre aveugle au point de n'y voir que la sensualit´┐Ż. Et si les romantiques ont tant d´┐Żpeint celle-ci n'est-ce pas parce que la mort les fascinaient avant tout ? Pourtant, plus que les ´┐Żtres ´┐Żl´┐Żmentaires et grossiers, la Muse figure la sagesse du savoir attach´┐Ż ´┐Ż l'Anima. Science cruelle, fascinante et pleine de cette vivacit´┐Ż de la nature en nous. Un homme qui serait poss´┐Żd´┐Ż par cette sorte d'Anima pourrait soit refouler totalement son affectivit´┐Ż, par la peur que celle-ci lui inspire, soit au contraire lui donner vie par une sorte de qu´┐Żte vers des sciences occultes, ou religieuses mais toujours sous l'angle du despotisme et du dogmatisme.

C'est ´┐Ż dire qu'il faut avant tout, d'une fa´┐Żon ou d'une autre, entamer le dialogue avec ces ´┐Żnergies qui gisent au fond de nous, hommes. Dialoguer c´┐Żest leur permettre de parvenir ´┐Ż la conscience qu´┐Żelles enrichissent alors. Vouloir ma´┐Żtriser ces forces est illusoire, autant que de vouloir canaliser les laves d´┐Żun volcan. Notre ´┐Żpoque voit progresser consid´┐Żrablement les ´┐Ż possessions ´┐Ż par ce type d'Anima chez des hommes dignes qui, parall´┐Żlement ´┐Ż leur endoctrinement, d´┐Żveloppent une rationalit´┐Ż sans faille, une bonne conscience ´┐Ż toute ´┐Żpreuve. Ils ont une terrible puissance derri´┐Żre eux.

Et nous en arrivons maintenant ´┐Ż une derni´┐Żre repr´┐Żsentation de l'Anima. Celle-ci est figur´┐Że sous les traits d'une d´┐Żesse. Dans les r´┐Żves ce peut-´┐Żtre plut´┐Żt une g´┐Żante ou une femme dou´┐Że d'un pouvoir gigantesque. Nous sommes d´┐Żs lors en contact avec un ´┐Ż arch´┐Żtype ´┐Ż. Les l´┐Żgendes de tous les pays racontent ce qu'il advient de l´┐Żimpudent qui ose approcher la d´┐Żesse, la regarder voire toucher un seul morceau de sa robe ´┐Ż si elle est habill´┐Że bien s´┐Żr.

H´┐Żros ou fou ! Un homme qui serait l´┐Żespace d´┐Żun instant en contact avec ce type d'Anima pr´┐Żsenterait un m´┐Żlange ´┐Żtrange de pouvoir de fascination, de puissance et de fragilit´┐Ż inqui´┐Żte. L'homme tirerait son pouvoir de la fascination et de la puissance que lui conf´┐Żre la pr´┐Żsence de cette ´┐Żnergie. Mais le petit Moi, menac´┐Ż d'´┐Żtre ´┐Ż tout moment d´┐Żbord´┐Ż par le flot des puissances de l'Inconscient, vivrait sur un lit d´┐Żinqui´┐Żtude constante. Il lui faudrait alors se r´┐Żfugier dans un environnement qui lui renvoie constamment une image forte et sereine. Les gourous, les tyrans, vous connaissez ?

On ne vit pas tranquillement en pr´┐Żsence constante des forces sauvages de la nature. Les criminels nazis durent conna´┐Żtre ce genre de tourments apr´┐Żs avoir connus ceux de la puissance ´┐Ż tout au moins pour ceux qui avaient gard´┐Ż un semblant de conscience. Les autres, il en existe encore, sont des ´┐Żtres qui n'ont plus d'humains que l'apparence car leur conscience a ´┐Żt´┐Ż submerg´┐Że par des flots d'une puissance inou´┐Że.

Nous avons connu personnellement un dignitaire alg´┐Żrien, membre du FLN. Cette homme eut ´┐Ż g´┐Żrer une ville enti´┐Żre et il s'acquitta de sa mandature sans trop de probl´┐Żme. Mais vint le moment o´┐Ż le souvenir de crimes ´┐Żtranges vint le hanter. Durant la guerre de r´┐Żvolution cette homme avait froidement massacr´┐Ż sa famille. Nous savons que ce fut un crime perp´┐Żtr´┐Ż sous l'´┐Żgide d'une tr´┐Żs violente col´┐Żre qui n'avait rien ´┐Ż voir avec l'honneur de la guerre. Son p´┐Żre, en fait, l'avait offens´┐Ż pour une faute personnelle. Il tira une certaine gloire politique de cet ´┐Żpisode et il sut l'exploiter puisqu'il eut de tr´┐Żs hautes responsabilit´┐Żs. Mais ce qui fait la naissance d'un pays participe d'un effort de civilisation et non du meurtre et de la folie. Quand la paix vint, qu'il fut de moins en moins question des hauts faits de la guerre, les d´┐Żbordements humains autoris´┐Żs par la guerre ne furent plus tol´┐Żr´┐Żs, la puissance de la d´┐Żesse ´┐Ż qui s´┐Żassociait aux n´┐Żcessit´┐Żs politiques du moment ´┐Ż le quitta et il perdit le contact avec la r´┐Żalit´┐Ż de fa´┐Żon tr´┐Żs progressive jusqu'´┐Ż devenir d´┐Żment. Nous l'avons revu ´┐Ż une ´┐Żpoque o´┐Ż le crime revenait le hanter. Son regard avait d´┐Żj´┐Ż la qualit´┐Ż de ceux qui ont d´┐Żcoll´┐Ż de la r´┐Żalit´┐Ż. Il n'arr´┐Żtait pas de parler de son ´┐Żclat h´┐Żro´┐Żque comme pour retenir magiquement la force de l'Anima qui le quittait, se rabattant comme pour le sauvegarder ´┐Ż la gloire collective. Il fut abattu lors d'un dernier acc´┐Żs de d´┐Żmence.

Un homme et son anima

 

ANI-MAL ´┐Ż ENTENDU

Un essai classique

 

L'Anima est la part f´┐Żminine de l'homme. L'Animus est la part masculine de la femme. L'inconscient est bipolaire et se constitue autrement que comme le r´┐Żceptacle des choses dont la conscience ne veut plus. Tels sont les aphorismes qui fondent la topographie psychique selon les continuateurs de Jung en France. Mais le malentendu commence l´┐Ż.

L'Anima renvoie au f´┐Żminin donc ´┐Ż la femme... puisque la femme est la part f´┐Żminine de ce monde. C'est une tautologie.

Chacun aveugl´┐Żment, emplit la d´┐Żfinition de l'Anima selon cette id´┐Że simple, directe et g´┐Żn´┐Żrale. L'Anima serait donc le sentiment, la douceur, la tendresse, tout ce que la femme serait si volontiers, instinctivement. Cette sym´┐Żtrie, math´┐Żmatique par sa simplicit´┐Ż, finit par inqui´┐Żter et faire douter de la v´┐Żracit´┐Ż de sa port´┐Że. Les id´┐Żes g´┐Żniales sont bien moins simples et beaucoup plus fourbes. Elles prennent la logique de vitesse.

Si, depuis la naissance de cette conception bipolaire de la psych´┐Ż, quelques g´┐Żn´┐Żrations de psychoth´┐Żrapeutes se sont ´┐Żchin´┐Żs ´┐Ż en comprendre la port´┐Że, le myst´┐Żre demeure, boucl´┐Ż dans la prison de la dualit´┐Ż. A vouloir scier les barreaux, on finit ainsi par les lustrer. L'´┐Żclat du m´┐Żtal carc´┐Żral remplace celui des horizons de la libert´┐Ż.

Rien de l'Anima ne peut vraiment s'expliquer par le f´┐Żminin ni de l'animus par le masculin ! La raison en est simple : on ne conna´┐Żt de l'un et l'autre que leurs rapports ponctuels d'´┐Żcrasement au profit d'une seule qualit´┐Ż de masculin, celle que nous confondons le plus souvent avec l'homme ; pas grand chose donc !

Du f´┐Żminin, nous connaissons par cons´┐Żquent celui qui, soumis ´┐Ż son ma´┐Żtre, forme avec lui le couple qu'on lui conna´┐Żt, celui des lendemains de roman rose s'´┐Żtiolant dans la grisaille quotidienne. Pour le reste, seuls sont entr´┐Żaper´┐Żus des ph´┐Żnom´┐Żnes d´┐Żclench´┐Żs par celle qui demeure enferm´┐Że dans une prison obscure. Toute une part du f´┐Żminin de la femme mais aussi le f´┐Żminin de l'homme demeurent dans l'ombre soumis au poids des verrous de la conscience dominatrice qui s'en m´┐Żfie et refuse leur actualisation. L'Anima qui se rebiffe est en g´┐Żn´┐Żrale violente, irrationnelle, fourbe, fac´┐Żtieuse...

N'est-ce pas une figure f´┐Żminine... figure de femme ?

Femme et Anima sont inconnues, continents noirs s'offrant en friche aux bottes de ceux qui seront assez clairvoyants pour diriger leurs conqu´┐Żtes vers les d´┐Żcouvertes de l'esprit. Si nous sommes ´┐Ż l'aube d'une r´┐Żvolution, c'est ´┐Ż partir des clivages femme/homme, Animus/Anima que celle-ci se jouera non pas dans la conqu´┐Żte des eldorados qu'une certaine science nous promet.

Voyons vers quels paradoxes les tautologies de la culture pourraient nous conduire.

Prenons l'exemple d'une culture proche, celle du Maghreb. Les hommes maghr´┐Żbins se font volontiers des d´┐Żmonstrations tactiles de leur amiti´┐Ż. Ils se prom´┐Żnent main dans la main, s'embrassent, se serrent et se palpent... Ils sont souvent tendres et romantiques, non moins souvent lyriques. Ils expriment facilement leurs sentiments et avec fougue. A l'inverse, contrari´┐Żs, il manifesteront une grande violence difficilement ma´┐Żtrisable. Dans ces moments, leur aveuglement est tel que les ´┐Żtres vivants, autour d'eux deviennent des objets. Il serait facile d'´┐Żvoquer un refoulement important de l'Anima. Tout renforce une telle interpr´┐Żtation, l'Islam, l'Afrique...

Pourtant la culture maghr´┐Żbine a produit des sages et des ma´┐Żtres dignes de figurer au Panth´┐Żon de l'humanit´┐Ż. Consid´┐Żrant cela, il est permis de se demander comment une culture ´┐Ż ce point de d´┐Żcadence a pu produire des g´┐Żnies aussi importants que ceux de l'Occident. D´┐Żs lors la fiabilit´┐Ż des th´┐Żories universalistes ´┐Ż la th´┐Żorie de l'Anima peut l'´┐Żtre au m´┐Żme titre que celle de l´┐Ż´┐Żdipe ´┐Ż est mise en doute. L'infaillibilit´┐Ż scientifique existe-t-elle ?

A quelque chose pr´┐Żs, ces hommes se comportent ´┐Ż l'inverse des occidentaux m´┐Żles. Ceux-ci, bien adapt´┐Żs au monde manifestent difficilement leurs ´┐Żmotions et leurs sentiments. Le lyrisme n'est pas leur qualit´┐Ż essentielle et le dithyrambe est ´┐Żtranger ´┐Ż leur mode d'expression.

Selon un mod´┐Żle universel on dirait que ceux-ci refoulent leur Anima pendant que ceux-l´┐Ż en sont poss´┐Żd´┐Żs.

On serait tomb´┐Ż dans le pi´┐Żge classique du r´┐Żductionnisme qui repose sur la g´┐Żn´┐Żralisation des connaissances que nous avons des m´┐Żcanismes psychiques chez des occidentaux. Selon cette vis´┐Że, les maghr´┐Żbins sont psychologiquement ´┐Żvaluables en fonction d'une norme purement europ´┐Żenne. S'en tenir ´┐Ż cela, non seulement ce n'est pas les conna´┐Żtre mais en outre c'est commettre une r´┐Żduction f´┐Żcheuse ´┐Ż l'´┐Żgard de leur personnalit´┐Ż, et finalement, il sera difficile d'entrer en contact avec eux sur un plan d'´┐Żgalit´┐Ż.

  

D´┐Żfinir l'Anima de l'homme par comparaison ´┐Ż ´┐Ż par rabattement en quelque sorte ´┐Ż des valeurs dites f´┐Żminines proc´┐Żde donc de cette m´┐Żme logique qui r´┐Żduit ´┐Ż sa propre dimension tout ce qu'elle ne conna´┐Żt pas.

Comprendre l'Anima suppose ainsi de passer par un axiome, son corollaire et un pi´┐Żge. Ce dernier poss´┐Żde des implications morales que l'on ose ´┐Ż peine soup´┐Żonner.

Le pi´┐Żge, nous venons de l'aborder, c'est celui qui consiste ´┐Ż r´┐Żduire l'inconnu ´┐Ż une composante plus ´┐Żvidente et connue. Le proc´┐Żd´┐Ż est concevable quand l'on a affaire ´┐Ż un objet mais d´┐Żs qu'il s'agit des contenus de la psych´┐Ż humaine si la r´┐Żduction est autoris´┐Że c'est comme outil provisoire. Si celle-ci se prolonge et s'´┐Żrige en dogme alors il y a outrance et force est de dire que nous somme hors du cadre de la science et que nous approchons de celui de la th´┐Żologie. Pourtant sous couvert de scientificit´┐Ż, de nombreux courants psychologiques se livrent ´┐Ż l'exercice de la r´┐Żduction. Celle-ci se double d'ailleurs bien souvent d'un caract´┐Żre ethnocentrique. Le pi´┐Żge est celui de tous les formalismes, quand la th´┐Żorie nourrit l'id´┐Żologie sans progresser comme savoir.

L'axiome est le suivant : l'Anima est constitu´┐Że des ´┐Żl´┐Żments psychologiques qui, dans une culture donn´┐Że, freineraient l'adaptation du sujet m´┐Żle ´┐Ż la norme. Nous pensons en effet que la figure de l'Anima ´┐Żvolue selon les soci´┐Żt´┐Żs. Cela ne veut pas dire que ce soit un complexe de type culturel. En fait, le complexe en question poss´┐Żde des qualit´┐Żs fixes dans l'absolu ´┐Ż tels sont les arch´┐Żtypes, des sortes de masses d'´┐Żnergie polaris´┐Żes vers un m´┐Żme but ´┐Ż mais celles-ci s'actualisent et se d´┐Żveloppent dans un environnement bioclimatique donn´┐Ż.

Les corollaires sont multiples. Leurs choix d´┐Żpendra donc de la strat´┐Żgie de l'expos´┐Ż ou de la psychoth´┐Żrapie. Certains sont surprenants mais cliniquement vrais. Ainsi, dans une culture fond´┐Że sur la conscience, l'Anima sera-t-elle en grande partie confondue ´┐Ż ce que nous nommons inconscient. Inversement dans une culture qui privil´┐Żgie un mode d'adaptation autre que celui que nous connaissons, l'Anima risque d'avoir des caract´┐Żristiques proches de ce que nous nommons conscience. Le probl´┐Żme n'est pas au niveau des jeux de mots/maux ´┐Ż si chers aux disciples du grand ma´┐Żtre Zen : Lacan ´┐Ż mais de r´┐Żalit´┐Żs concr´┐Żtes parfaitement qualifi´┐Żes selon une classe nomm´┐Że Anima.

...

On parvient alors ´┐Ż la certitude que la premi´┐Żre qualit´┐Ż de l'Anima est d'´┐Żtre fuyante et insaisissable, fac´┐Żtieuse et versatile. A n'´┐Żtre que celle qu'on incarc´┐Żre, elle finit par ´┐Żtre au del´┐Ż de tout syst´┐Żme de connaissance.

De l´┐Ż, d´┐Żcoule en partie son caract´┐Żre ambivalent et terrifiant. Elle est au c´┐Żur de tout et met le sujet m´┐Żle constamment sur ses gardes, lui qui est cens´┐Ż dominer l'univers entier gr´┐Żce aux puissances de la technique. Dieu d´┐Żnud´┐Ż, le voil´┐Ż ´┐Ż devoir se d´┐Żfendre comme un enfant meurtri par des peurs irrationnelles.

Nous venons de d´┐Żfinir la grande polarit´┐Ż Anima-Conscience de l'homme occidental. Plus sa conscience ´┐Ż p´┐Żle cr´┐Żateur de la technique ´┐Ż est gonfl´┐Że, plus son Anima se fait inqui´┐Żtante, ´┐Żtrange  et mena´┐Żante, plus le sujet, par r´┐Żflexe cherchera ´┐Ż s'en prot´┐Żger, au risque de s'en couper.

Se couper de l'Anima, c'est la mort, la mort dans l'´┐Żme, la mort de l'´┐Żme ou bien par accident, par maladie, par suicide ou par l´┐Żchet´┐Ż. (La perte de sa dignit´┐Ż propre ´┐Żquivaut ´┐Ż une mort, c'est pourquoi la faire perdre ´┐Ż quelqu'un rel´┐Żve de la justice. Or le plus souvent ce sont les femmes, les enfants, les ´┐Żtrangers et maintenant les handicap´┐Żs et les personnes ´┐Żg´┐Żes qui sont les victimes malheureuses de ce genre de crime).

Nous parvenons maintenant ´┐Ż l'impression que derri´┐Żre cette figure qui devient terrifiante, l'Anima repr´┐Żsente une sorte de totalit´┐Ż qui se manifeste sous une forme sombre. Nous en sommes l´┐Ż ´┐Ż un niveau de confusion tel que Anima, Ombre et Soi sont confondus. Sans avoir ´┐Ż red´┐Żfinir ces contenus arch´┐Żtypiques il suffit de savoir que tous les niveaux de r´┐Żalisation et de potentialisation sont confondus sous une m´┐Żme figure, t´┐Żn´┐Żbreuse la plupart du temps.

A ce point, il peut arriver que la figure de l'Anima se projette non sur une femme mais sur des syst´┐Żmes humains complexes tels que religion, parti politique... En apparence la coh´┐Żsion psychique est assur´┐Że, mais le sujet vit en r´┐Żalit´┐Ż sur un bourbier. La force psychique incluse dans l'Anima demeure op´┐Żrante dans les soubassements de la psych´┐Ż et l'aspect terrible de celle-ci est compens´┐Ż par la projection qui en est faite sur un syst´┐Żme du monde charg´┐Ż alors d'en absorber les effets.

L'individu se cr´┐Że un syst´┐Żme du monde ´┐Ż politique, religieux, philosophique ´┐Ż coh´┐Żrent et ordonn´┐Ż qu´┐Żil mettra en relation hostile ´┐Ż tous les autres consid´┐Żr´┐Żs comme mauvais.

Anima positive et Anima n´┐Żgative correspondent ainsi des localisations ais´┐Żment rep´┐Żrables... pour le th´┐Żoricien. D'un point de vue psychologique, dire ainsi les choses suppose qu'il y ait un p´┐Żle bon et un p´┐Żle mauvais ´┐Ż l'Anima. Rien n'est plus faux ! En fait seul le regard humain est au centre et transforme en positif ou en n´┐Żgatif ce qui est par essence dans la neutralit´┐Ż la plus absolue.

On confond le couteau et le criminel. Tant que personne ne s´┐Żen empare, le couteau est inerte, il n´┐Żest que la virtualit´┐Ż d´┐Żun outil ou de larme d´┐Żun crime.

La Nature est ! Elle n´┐Ża ni qualit´┐Ż ni objet, c´┐Żest notre conscience qui l´┐Żaffuble de tous les v´┐Żtements que l´┐ŻHistoire nous restitue.

Ainsi quand nous prenons deux figures qui servent de d´┐Żjectoires aux projections de l'Anima, la m´┐Żre, l'´┐Żpouse, nous voyons qu'une culture volontiers idol´┐Żtre confond les unes, femme ou m´┐Żre avec celle-l´┐Ż, l'Anima, tour ´┐Ż tour princi´┐Żre, castratrice, langoureuse ou perfide. Il ne faut pas compter sur la psychologie acad´┐Żmique pour permettre aux praticiens de distinguer l'une de l'autre.

L'Anima castratrice, r´┐Żsultat d'une inflation de la conscience est alors confondue avec la m´┐Żre; l'Anima langoureuse, compensation d'une s´┐Żcheresse ´┐Żtendue des comportements du m´┐Żle est confondue avec la ma´┐Żtresse du monsieur laquelle, d´┐Żailleurs, se prend facilement ´┐Ż ce jeu car cela l'arrange d´┐Ż´┐Żtre l´┐Żobjet d´┐Żune telle confusion.

Jung a bien signal´┐Ż cette confusion qui rend la m´┐Żre coupable des pires fautes ; l'amante des pires tentations. Une telle conception est ´┐Ż la source du sexisme, du racisme et de la gen´┐Żse du bouc ´┐Żmissaire.

 

Axiome premier : l'Anima n'est pas ce que nous ´┐Ż savons ´┐Ż du f´┐Żminin, lequel demeure encore largement inconnu, la femme demeurant un continent noir sur lequel toutes les th´┐Żories psychologiques se sont ´┐Żchou´┐Żes du haut de leur fier navire baptis´┐Ż Logos, impuissant face aux vagues mena´┐Żantes du grand Inconnu.

Axiome deuxi´┐Żme : pour conna´┐Żtre la femme, ´┐Ż elle d´┐Ż´┐Żcrire ou de r´┐Ż´┐Żcrire le monde et son Histoire. Cela ne prendra pas forc´┐Żment beaucoup de temps puisque tous les documents de base existent d´┐Żj´┐Ż. Certaines ont d´┐Żj´┐Ż commenc´┐Ż.

Axiome troisi´┐Żme : pour dire quelque chose du f´┐Żminin mais aussi du masculin, il faut ´┐Żtre deux, un homme, une femme.

 

L´┐Żhomme et lllel Kieser vous disent donc qu´┐Żils ne savent rien de l´┐ŻAnima !

´┐ŻIllel Kieser, Mauvezin le 21/01/2001  

Du m´┐Żme auteur, sur la psychanalyse : Inanalyse ou le d´┐Żclin de la psychanalyse en Occident, Lierre & Coudrier ´┐Żditeur, Paris 1989.

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